Hello :)

Aujourd'hui un chapitre un peu plus long ^^

Hivers 1850

Mademoiselle! Vous êtes sure que ça ira?

La jeune fille se retourna et offrit un sourire rassurant à l'homme qui, penché au dessus de son chariot, la dévisageait avec inquiétude. Elle eut un sourire rassurant. Brave homme.

Le village n'est pas loin d'ici, ne vous en faites pas, dit-elle d'une voix douce.

Comme vous voudrez... Mais faites attention: on a vus des troupes armées dans les environs, et avec votre enfant...

Le sourire de la jeune fille s'estompa. Devinant qu'il abordait un point sensible, il s'empressa de conclure la conversation.

Bien, j'ai encore du chemin à faire. Bonne chance, et... (il se stoppa quelques secondes, le regard figé sur le paquet enveloppé par un linge que serrait la jeune fille entre ses bras fins) …mes félicitations.

Merci, merci pour votre aide, murmura-t-elle avant de se détourner et de s'enfoncer dans les arbres.

L'homme observa la fine silhouette s'éloigner et disparaître dans la foret enneigée. Si frêle, si jeune et semblant déjà porter le poids du monde sur ses épaules... La vie ici était dure, et il était conscient de lui avoir probablement sauvé la vie en lui proposant de la conduire avec son chariot. Cette gamine serait sûrement morte en route, de faim, de froid, d'épuisement, ou pire... Il se força à détourner le regard, se concentra sur son attelage, et repris la route.

*oOo*

Elle y était presque. Dès qu'elle aurait dépassé l'orée des arbres, elle aurait regagné le village, et alors tout irai bien, se répétait-elle inlassablement. Elle serait avec les siens, ils la protègeraient, s'occuperait de cet enfant dont elle n'avait jamais voulu la responsabilité, et tout irait bien. Ils organiseraient des funérailles pour leur mère, morte en donnant la vie, une semaine plus tôt. À cette pensée le cœur de la jeune fille se serra. Elle n'avait pu ramener son corps; elle avait été incinérée comme un animal, ses cendres dispersées elle ne savait où. Des larmes brulantes perlèrent au coin de ses yeux, et elle s'étonna de pouvoir encore pleurer.

La jeune fille enjamba un ruisseau, à présent gelé, et son rythme cardiaque s'accéléra en même temps qu'un fin sourire soulagé se peignit sur son visage. Plus que quelques mètres... Et alors tout s'arrangerait.

Tout irait bien.

L'adolescente dépassa l'orée des arbres et déboucha sur ce qu'elle savait être son village adoré. Releva la tête, heureuse. Et se figea.

L'odeur était écœurante. Les cadavres s'empilaient dans la cour, leurs blessures béantes illuminées par la lueur des flammes, donnant l'impression qu'elles bougeaient sur les corps désarticulés des hommes, femmes, enfants et vieillards qui pourrissaient là. Leurs visages déchiquetés par les corbeaux les rendaient méconnaissable, leurs têtes n'étant plus qu'un immonde amas de chairs sanguinolentes, noires et putrides. D'autres, qui avaient été brulés vif avant d'êtres jetés dans le gigantesque charnier, avaient les membres littéralement liquéfiés, d'où l'ont voyait les os craquelés entre les muscles atrophiés et les tendons noircis.

Les yeux de la jeune fille s'étaient écarquillés devant tel spectacle, et sa main, par automatisme, s'était porté devant le visage du bébé qu'elle portait. Les larmes lui montèrent aux yeux et elle serra les mâchoires pour ne pas laisser échapper le sanglot qui formait une boule dans sa gorge, serrant convulsivement sa jeune sœur contre sa poitrine. Ses jambes tremblèrent, et elle s'adossa contre l'arbre derrière lequel elle se tenait, les épaules voutées. Puis elle finit par s'assoir dans la neige, et elle ferma les yeux, laissant ses larmes couler.

Tout le village avait été purement et simplement massacré. Massacré, sans sommation. Sans pitié.

Lorsqu'elle tourna à nouveau la tête vers les cadavres en décomposition, elle ne vit que des taches de couleur floues, brouillées par les larmes brulantes qui dévalaient la pente de ses joues. Jaunes et dansantes pour les flammes qui léchaient le bras noir de ce qui avait dû être un enfant. Grandes, noires et mouvantes pour les corbeaux qui volaient de cadavres en cadavres. Rouge, pour la chair fraichement arraché par les charognard. Brun rougeâtre, pour le sang coagulé qui imprégnait la terre. Rouge. Pour la neige. Rouge. Partout. Rouge. Assez. Assez!

Elles étaient seules, seules dans cette neige imprégnée du sang de ceux qu'elle avait aimée. à présent, elles étaient condamnées.

Alors, effondrée dans la neige carmine, sa petite sœur dans les bras, Hisana hurla.

Et son hurlement désespéré résonna dans la forêt enneigée.

Fort.

Et longtemps.

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