Edward PDV
Le piano est ma passion.
Depuis toujours.
Je suis musicien dans l'âme.
Jouer est ma raison de vivre.
Je n'en ai pas eu d'autres.
Jusqu'à maintenant.
Etre professeur ne m'avait, jusqu'à aujourd'hui, jamais posé de problèmes.
Tout me plait dans la musique, même l'enseigner aux autres.
La plupart de mes élèves, de tous ages, n'ont pas vraiment de talent, et peu d'endurance.
Presque tous arrêtent au bout d'un an ou deux au grand maximum.
Cela ne me gêne pas.
Il y a toujours d'autres élèves…
Jusqu'à elle.
Elle vient depuis 3 mois.
3 fois par semaine.
Appliquée.
Elle n'a aucun talent, mais elle veut vraiment bien faire.
Elle est jeune, sérieuse.
Elle est douce, et discrète.
Je sais, rien qu'à la voir bouger, que ça ne doit pas être facile pour elle au Lycée.
Elle n'est pas une adolescente comme les autres.
Elle s'habille simplement, en jean et chemise ou pull.
Seules ses converses marquent un peu sa jeunesse.
Elle rougit dès que je la corrige.
Dès le premier cours que je lui ai donné je me suis senti mal à l'aise.
J'ignore ce que cette gamine éveille en moi.
C'est difficile à dire.
J'ai envie de la protéger.
J'ai envie de lui dire qu'elle est incroyablement plus belle que ces idiotes trop maquillées qui doivent lui mener la vie dure.
J'ai envie de lui promettre qu'elle sera heureuse, et reconnue à sa vraie valeur, un jour.
Quand je vais la chercher dans la salle d'attente, elle est toujours plongée dans un livre.
Elle le range dans son sac à dos et me suit, tranquillement.
Elle ne me parle jamais, sauf pour me saluer, et me remercier, à la fin du cours.
Je l'encourage, comme je n'ai jamais encouragé aucun de mes élèves.
Elle ne le mérite pas vraiment, elle ne fait pas d'énormes progrès, mais elle est touchante de sincérité et de volonté.
Je la regarde jouer, bien sur.
3 fois 1 heure par semaine.
Je connais ses doigts presque aussi bien que les miens.
Ses ongles, courts, et couverts d'un vernis transparent, sans doute pour les endurcir.
Ses poignets délicats.
Sa longue chevelure, qu'elle attache silencieusement juste avant de commencer à jouer.
Ses yeux qui brillent d'un éclat si vif quand elle réussit à jouer une mélodie.
Le petit bout de langue rose qui pointe quand elle se concentre, si fort, qu'elle ne doit même pas en avoir conscience.
Son dos, bien droit, trahissant sa volonté farouche.
Je me suis habitué à tout cela.
J'admire cette fille, j'aime l'avoir comme élève.
Je me réfrène. Beaucoup. Je n'ai pas envie de m'avouer que je voudrais bien plus.
Et puis, la voilà, rougissante.
Elle tire sur les manches trop longues de sa chemise bleue.
Elle ne s'assied pas.
Elle prend une grande inspiration :
« Je…je voulais vous prévenir que je ne viendrai plus. C'est ma dernière leçon, aujourd'hui »
Je reste figé.
Ce n'est pas possible !
« Mais…pourquoi ? »
Elle évite mon regard.
Elle fixe ses chaussures.
« Je ne suis pas douée, je m'en rends parfaitement compte… »
« Mais tu aimes jouer ! Cela se voit ! Tout le monde ne peut pas devenir un professionnel ! Mais toi tu as la foi ! C'est…c'est ce qui compte »
Elle reste là, gênée.
Ma gorge se serre. Je ne peux pas supporter l'idée de ne plus la voir.
« Bella…Si c'est une question d'argent, on peut s'arranger, je »
Elle m'interrompt :
« Non, ce n'est pas pour ça. Je ne veux plus, c'est tout »
Il me semble voir des larmes dans ses yeux mais elle fait volte face et s'installe enfin au piano.
Elle noue ses cheveux, dans un geste qui trahit sa nervosité.
Les premiers accords claquent, trop durs.
Elle s'immobilise et je tache de me reprendre.
« Écoute, on en parlera après, pour l'instant concentre toi ! »
Je me place derrière elle.
Elle joue, et il me semble que ses accords révèlent une tristesse infinie.
Je pose mes mains sur ses épaules.
Jamais je ne fais cela.
Mais là je ne peux pas faire autrement.
Elle continue à jouer.
Je me déplace et m'installe à coté d'elle.
Je pose mes doigts sur les touches et nous jouons ensemble.
Je n'ai jamais été si proche d'un de mes élèves, encore moins d'elle.
Elle s'arrête de jouer.
D'un coup.
Je continue, et ne stoppe que quand j'entends ses pleurs.
Je ferme les yeux et prends une inspiration.
Dans ma tête, c'est le chaos le plus total.
Je sais comment je devrais me comporter.
Je sais ce dont j'ai envie.
Je sais ce que je veux.
Elle.
Je me tourne vers elle.
Son chagrin, ses joues pleines de larmes.
La colère m'envahit et c'est la fureur qui me pousse à la prendre dans mes bras.
Elle se débat mais je raffermie ma prise autour de ses épaules et vais chercher ses lèvres.
Elle s'immobilise et je bouge mes lèvres avec douceur, cherchant à approfondir le baiser.
Elle me laisse faire et je prends possession de sa bouche.
Toutes mes résistances fondent comme neige au soleil.
Je la veux.
Non plus comme une élève, mais comme un homme désire une femme.
Elle est douce, chaude aussi.
C'est elle qui rompt le baiser.
Ses yeux immenses se plantent dans les miens.
« Pourquoi ? »
Elle a l'air d'avoir peur.
Mon cœur bat, si fort, si vite.
Je passe mon pouce sur sa lèvre inférieure, encore humide de notre baiser.
Je sonde son regard.
Je crois comprendre pourquoi elle voulait cesser ses cours.
Parfois, la proximité fait plus de mal que de bien. Surtout si on est amoureux de quelqu'un qu'on pense inaccessible...
Et c'est avec autant de sincérité que de passion que je lui réponds :
« Parce que je t'aime ! »
Elle ne répond pas , mais me sourit avec une joie qui me transperce de bonheur et je reprends le baiser.
Elle y répond et rien ne m'arrête.
Pas même quand je déboutonne sa chemise et lui enlève son soutien gorge.
Ni quand je découvre sa poitrine du bout de ma langue, puis sa féminité de la même manière.
Quand je l'étends nue sur mon piano, rien ne vient nous déranger.
Et quand la passion nous emporte, que je la fais mienne, m'enfonçant en elle avec le plus de douceur possible, que son corps s'adapte au mien, que sa douleur devient lentement plaisir, je sais que je viens de me trouver une nouvelle passion dans la vie.
Elle se nomme Bella, et ma vraie raison de vivre, c'est elle.
