DISCLAIMER :

Les personnages ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de Frank Lupo et Stephen J. Cannell. Je ne gagne strictement aucun argent, j'écris juste pour le plaisir. Quant au scénario, il ne m'appartient qu'en partie puisque je m'inspire de ce qu'on sait de l'abandon de Futé pour cette fanfiction.

Note : Les saphirs de Ceylan sont d'une couleur très claire et peuvent avoir la même que les aigues-marines. Plus ils sont clairs, plus ils sont précieux.

Bonne lecture !


PREMIER ACTE : LA CHUTE DES IDEAUX

Scène 2 : Tout arbre qui vit tranquille finit un jour par être secoué.

Proverbe viêtnamien

Le réveil se mit à sonner. Je me réveillai et m'étirai comme un chat dans le lit. Je sentis une main m'enlacer à la taille. A.J me tira contre lui et m'embrassa tendrement dans le cou. Je me tournai vers lui et répondit à son embrassade.

« Bien dormi ma chérie ? me demanda mon mari.

-Très bien même. »

Après un dernier baiser, nous nous levâmes. Tandis que j'entendais la bonne mettre l'eau et le lait à chauffer, je me dirigeais vers la chambre de notre fils de 4 ans. En ouvrant la porte, je fus comme chaque fois attendrit. Sa tête blonde reposait sur son oreiller. Un large sourire illuminait son petit visage. J'avais presque des remords à lui faire quitter le pays des rêves. Je m'approchais doucement, m'accroupis et lui caressais les cheveux.

« Mon ange... murmurai-je. Il faut te réveiller... »

Un battement de paupière me répondit, suivi d'un grand bâillement. Son regard bleu ciel croisa le mien.

« Ca va ? »

Il acquiesça de la tête. Je contemplais un instant son visage : tout le monde disait qu'il était mon portrait. C'était la vérité. Nous avions les mêmes yeux, la même chevelure blonde. Nous avions le même sourire. Pourtant, si Richard me ressemblait physiquement, il n'en était pas de même au niveau de son caractère. Pour ça, il tenait bien de son père. Roublards tous les deux, ils arrivaient à se sortir de bien des situations. Mais Richard avait quelque chose en plus, un charme bien à lui que n'avait pas A.J. Peut-être pensais-je ça car il était mon fils.

~oOo~

Après le petit-déjeuner, je finis de me préparer. A.J était déjà parti au travail. Moi, je devais emmener Richard à la maternelle, comme tous les matins. Lorsque j'eus fini, j'étais parfaitement en accord avec la mode de ce début des années 1950. Une longue jupe bleue recouvrait mes jambes jusqu'à mi-mollet. Un chemisier blanc à pois de la même couleur que mon bas mettait légèrement en valeur mes formes gracieuses. Une petite ceinture de satin bleu marine rehaussait ma taille.

Avant de sortir, j'enfilais rapidement de petits gants blancs, assortis à mes escarpins, pris mon bibi bleu et le posai sur mon brushing tiré du dernier film de Marilyn Monroe. Mes deux meilleures amies et moi avions craquées sur sa coupe. Du coup, nous étions trois à avoir exactement la même quand nous sortions ensembles.

Peut-être cela pour vous paraître étrange pour une mère de famille. Mais je n'avais alors que 22 ans. Quand j'étais tombée enceinte, j'étais très jeune. A.J et moi avions fait un mariage de convenance, mais cela ne nous gênait pas. Nous nous aimions depuis notre plus tendre enfance et étions parfaitement heureux, même si mes parents m'avaient reniée en apprenant ma grossesse. Les siens étaient morts six ans auparavant, permettant à A.J d'hériter de leur fortune. L'argent était donc loin d'être un problème, d'autant que mon mari était vice-directeur de la banque la plus importante de Boston. Nous n'avions ainsi aucun soucis autres que celui d'aimer notre petit Richard.

Celui-ci me sortit de mes rêveries :

« On y va maman ? J'ai promis à Dave de jouer aux billes avec lui avant les cours.

-Oui mon ange. On part de suite. »

Main dans la main, nous prîmes la direction de l'école, sous le beau soleil de la fin mai. L'école n'était pas loin, à deux pâtés de maison. Inutile que le chauffeur nous y emmène par ce temps. Nous arrivâmes rapidement.

« Tu es bien sage, hein mon chéri ? prévins-je.

-Oui maman, me répondit-il avec un air innocent. Promis.

-Allez, file. »

Je l'embrassai une dernière fois et le regardai entrer dans la cours de la maternelle. Il eut tôt fait de retrouver ses amis. Je partis donc, mais avec l'intime conviction de m'être encore une fois de plus fait rouler dans la farine par mon fils quant à sa promesse d'être sage. J'ignorais comment il faisait, mais il revenait tous les soirs avec le plein de billes, gagné en jouant. J'avais quelques fois été convoqué par le directeur qui accusait Richard de voler les billes. Mais il n'y avait jamais la moindre preuve. Moi, je pensai plutôt qu'il arnaquait ses amis ou qu'il trichait. Encore une fois, j'ignore comment il s'y prenait, mais il y avait toujours des enfants pour jouer avec lui, malgré ses incessantes victoires. Il y a des choses qu'une mère ne préfère pas savoir.

~oOo~

« Louiiiiiise ! entendis-je. Samantha est arrivée ! »

Impossible de ne pas reconnaître la voix suraiguë de Rebecca. Mes deux meilleurs amies m'attendaient aux bas de l'immeuble de Louise, dans le quartier chic de Boston. De brique rouge, dans le plus pur style victorien, j'aimais énormément cet immeuble au centre de Beacon Hill. Il me rappelait les maisons de poupée de mon enfance. Il semblait parfaitement s'accordait avec la chevelure auburn de Louise. Celle-ci encadrait un visage fin plutôt pâle, constellé de tâche de rousseur qu'illuminaient ses grands yeux verts. On la sentait beaucoup plus posée et calme que Rebecca, une véritable boule de nerf. Elle était aussi petite que Louise était grande. Très sèche de corpulence, elle n'avait que la peau sur les os alors qu'elle mangeait à longueur de temps toutes sortes de sucrerie. Ses cheveux noirs tombaient en mèches folles sur sa nuque. Ses yeux d'un brun foncé bougeaient sans cesse, comme le restant de son corps d'ailleurs. Il lui était impossible de rester immobile plus de trente seconde. Il était inconcevable de penser que Louise et Rebecca Stanford soient sœurs jumelles. Fausses jumelles, certes, mais sœurs quand même.

Je souris en la voyant se précipiter vers moi. Elle me serra dans ses bras -le haut de son crâne arrivait à peine à mon menton- et m'entraîna vers Louise qui attendait patiemment qu'on la rejoigne.

« Salut ma vieille ! fit-elle joyeusement. Comment tu vas ?

-Bien, et vous ? Votre voyage alors ? »

Mes deux amies étaient parties retrouvées leurs cousins et cousines dans le New Jersey pour une réunion de famille.

« Super ! s'écria Rebecca. C'était génial ! Et ton mari ? Comment va ? Et mon filleul ? »

Rebecca était la marraine de Richard. Nous avions tiré au sort, je ne pouvais pas me résoudre à choisir l'une ou l'autre de mes amies.

« Oh tu le connais ! Il remporte tous les tournois de billes de l'école.

-Tu devrais faire attention... conseilla Louise. Il ne faut pas qu'il tourne mal.

-Oh ça va ! s'exclama Rebecca. C'est pas un gangster ! Juste un gamin aimant les billes. Rien de bien méchant ! Fais pas ta moralisatrice encore ! »

Je pouffais en silence en voyant Louise lever les yeux au ciel. Ce genre de dispute entre sœurs arrivaient fréquemment et je ne m'en mêlais pas, même lorsqu'elles me prenaient à témoin.

~oOo~

Nous partîmes alors faire les magasins, comme prévu. Après avoir dépensé notre argent toute la matinée, nous fîmes une pause chez notre glacier préféré. Celui-ci nous commençait à savoir nos petites habitudes et nous demanda directement si nous voulions nos glaces habituelles.

Tandis que Louise et moi dégustions tranquillement nos sorbets à la pistache et à la menthe, nous observâmes d'un air désespéré Rebecca engouffrer son cornet à quatre boules. Comment faisait-elle pour manger autant et être aussi mince ?

Une fois que ce fut fini, je tenais à payer pour mes amies. Bien sûr, comme toujours, il y eut quelques protestations, mais j'eus le dernier mot et tirai mon chéquier.

« Tiens ! remarquai-je. Il faudra que je passe à la banque. C'est mon dernier chèque.

-Bah ! répondit Rebecca. De toute façon, on va rentrer, il est onze heure moins le quart. Sinon tu n'auras jamais le temps de récupérer Richard. »

Mais avant, Louise tenait absolument à aller chez l'un des plus grands joailliers de Boston. Elle avait repéré un magnifique collier de perle et souhaitait l'acheter. Bien entendu, Rebecca et moi suivîmes. Après tout, quelle femme n'aimait pas les bijoux ?

Nous entrâmes bientôt dans un magasin à l'ambiance feutrée. Un petit homme au crâne dégarni nous aborda et se présenta comme le vendeur avant de préciser que si nous avions besoin de quelque chose, nous ne devions pas hésiter à l'appeler. Louise demanda à voir son collier, tandis que Rebecca et moi entreprenions de faire le tour des lieux.

Je ne connaissais absolument pas ce joaillier. A.J et moi achetions nos bijoux chez son concurrent d'ordinaire. Mais je devais bien admettre que cette enseigne-ci déployait des trésors invisibles ailleurs. Tout était d'une grande finesse, à la fois distingué et discret. A mon avis, j'allais changer de bijoutier.

Rebecca me fit signe d'approcher, ce que je m'empressai de faire :

« Regarde cette merveille ! Je suis certaine qu'elle t'irait parfaitement ! »

Mon amie connaissait mes goûts visiblement ! La petite broche désignée représentait un oiseau tropical en vol. Les ailes et la queues étaient de fins fils d'or rattachées au corps par une mince tige du même métal recouverte d'émeraude, donnant une impression de fragilité. De minuscules saphirs de Ceylan translucides simulaient les plumes de la tête, quand les yeux et le bec se paraient de diamants. Je restais en admiration béate devant une telle perfection. Rebecca murmura :

« Elle serait magnifique sur ton manteau de vison...

-C'est ce que j'étais en train de me dire, répondis-je ne riant. En plus, elle n'est pas chère. 5 500 $ pour une beauté pareille, c'est rien.

-Là, je suis bien d'accord avec toi ! Tu vas l'acheter ?

-Oh oui ! Mais il va falloir que je passe à la banque avant. »

Je délaissai la broche pour m'approcher du comptoir où Louise payait son collier au vendeur. J'interpellais celui-ci :

« Dites, j'aimerais beaucoup voir la broche représentant un oiseau tropical s'il vous plait.

-Ah ! s'exclama-t-il. Madame est connaisseuse et a bon goût à ce que je vois ! Oui, oui... Cette broche est une petite beauté, un joyaux parmi les joyaux. Quant au temps qu'il a fallu pour la faire... Oui, oui... Très bon choix madame, très bon choix. »

Tout en devisant, le vendeur prit la clef de la vitrine dans laquelle elle était exposée puis l'ouvrit. Il s'empara délicatement de la broche et me la présenta. Elle paraissait si fragile que je n'osais pas la toucher. Je la pris entre mes doigts et la retournai dans tous les sens. Elle était parfaite. Le vendeur déclara :

« Si je puis me permettre, madame, les saphirs de Ceylan s'accommoderont très bien avec vos yeux. Oui, oui... Ils les mettront en valeur... Mettez-la sur une robe de soirée toute simple et l'effet sera grandiose. Oui, oui ! Magnifique. »

Je ne pus m'empêcher de sourire. Je savais déjà que je l'achèterais, elle était tellement belle...

« Puis-je la réserver, monsieur ? demandai-je. Je n'ai pas l'argent sur moi et j'ai utilisé mon dernier chèque tout à l'heure.

-Oui, oui... Bien sûr, madame, bien sûr. Venez la chercher d'ici une semaine.

-Je viendrais avant monsieur. »

Bientôt, nous quittâmes le joailler.

~oOo~

« Maaaaaaaaaaaman ! » entendis-je hurler dans la cours de l'école alors que je patienter auprès des autres parents.

Je vis une tête blonde courir de toute ses forces puis stopper net devant moi. Mon fils, un immense sourire aux lèvres, brandit victorieusement un sac. Au bruit qu'il faisait, je compris que c'était encore des billes.

« J'en ai jamais gagné autant d'un coup ! clama-t-il fièrement.

-Mon ange, demandais-je, que vas-tu en faire ? Tu en as des tas à la maison.

-Ben, je vais les revendre ! s'exclama-t-il comme s'il s'agissait de la chose la plus évidente au monde. J'ai déjà les prix : une tablette de chocolat pour cinq cent kilo de billes ! »

Je me mis à rire devant les idées de Richard. Nous rentrâmes à la maison, tandis qu'il me parlait de ses projets de futur homme d'affaire. Il était persuadé de faire fortune dans le commerce des billes.

Lorsque nous arrivâmes, la bonne m'apprit qu'A.J ne rentrerait pas pour midi et resterait au bureau assez tard aujourd'hui. Je m'étonnais de cela, d'ordinaire mon mari mangeait au moins avec nous afin qu'on l'on passe un peu de temps ensembles. Pourtant, je ne relevais pas outre mesure cet étrange changement. Si j'avais su à ce moment que c'était le début de mes ennuis...

~oOo~

Richard faisait la sieste. La bonne s'occuperait de lui à son réveil, je pouvais donc passer à la banque pour ensuite aller acheter ma broche.

J'arrivais devant le guichet. La femme entrouvrit la bouche sous l'effet de la surprise en me voyant.

« Ma... Madame Bancroft ?

-Oui, bien sûr... Vous me connaissez, non ? Je suis l'épouse du vice-directeur...

-Mais que... Que faites-vous là ?

-Je viens retirer de l'argent et demander un nouveau chéquier... répondis-je légèrement inquiète. Pourquoi ?

-Attendez-moi un instant s'il vous plait. Je... Je vais chercher un responsable. »

Un responsable ? Je fronçais les sourcils. Que se passait-il donc ? Bientôt, ce fut le directeur de la banque en personne qui revint et me pria de le suivre dans son bureau, un air navré sur le visage. Il me demanda de m'asseoir en face de lui et prit une grande inspiration :

« Vous ne m'avez pas l'air au courant, Samantha...

-Au courant de quoi Garret ? » paniquai-je.

Je sentis une catastrophe imminente au visage du directeur. Il soupira :

« A.J est venu ce matin retirer tout votre argent de notre banque.

-QUOI ? Mais... Enfin... Je... »

Le froid m'envahit. Mon cœur se serra douloureusement. La terreur s'emparait de moi. Mon cerveau ne fonctionnait plus normalement. Je devins livide.

« Calmez-vous Samantha... supplia Garret.

-Je... Je veux le voir... chuchotai-je, le souffle court.

-Mais c'est impossible... »

Impossible ? Comment ça impossible ? Il travaillait dans le bureau d'à côté, non ?

« Il a démissionné il y a six mois... continua Garret.

-Dé... démissionné ? » répétai-je faiblement.

Je portai ma main gantée à mon cœur. Je me sentais mal. Si mal... Comment... Comment vivait-on depuis six mois ? Nous n'avions jamais gagné autant d'argent. Il m'avait dit qu'il avait eu une augmentation...

« Samantha ? »

La voix de Garret était si lointaine... Je fermai les yeux.