Encore une fois, après avoir fini une histoire, j'y ajoute une nouvelle fin.

Cette fois c'est la faute de "hugesg1fan" (et autres reviewers) qui ont demandé la suite, à savoir que Neal se fasse opérer et qu'Elizabeth le materne à mort. Apparemment, je ne sais pas résister aux demandes...

Donc, voilà la suite. Neal s'en sortira vivant (tout juste…)


Neal poussa les portes de verre des bureaux du White Collar. Diana et Jones discutaient au sujet d'un dossier. Ils levèrent la tête brièvement, le saluant d'un sourire, puis reportèrent leur attention sur l'écran de l'ordinateur. Peter descendait les marches, un sourire aux lèvres.

"Bonjour Neal. Juste à l'heure."

"Comme d'habitude," répondit l'escroc avec un sourire.

"Garde ton chapeau, nous sortons," dit Peter poussant la porte vers le hall.

"Une nouvelle affaire ?"

"Oui." Peter appuya sur le bouton de l'ascenseur.

"Tu as l'intention de m'en dire davantage ?" demanda Neal voyant Peter rester silencieux.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent avec un carillon.

"Nous avons été contactés par le PDG de la clinique Saint Clair. Il a découvert des irrégularités financières dans leurs comptes et il pense qu'il y a une sorte d'arnaque avec les patients. Quelqu'un facture des traitements mais les fonds n'apparaissent pas dans la comptabilité de la clinique…"

"Un médecin qui demanderait des paiements en liquide ?"

"Peut-être. Nous devons enquêter là-dessus." Peter se tourna vers Neal. "Comment va ton épaule ?"

Neal fronça les sourcils surpris par le changement de sujet. L'accident avait eu lieu plusieurs semaines auparavant. Peter avait cessé de lui demander comment il se sentait, assumant qu'il avait totalement récupéré.

"Bien."

"Non… je devrais être plus clair," rétorqua Peter le regardant droit dans les yeux. "Tu n'aurais pas besoin de voir un médecin, pour une… visite de suivi ?"

Neal eut un sourire comprenant la pensée de Peter. "Maintenant que tu en parles… En fait je la sens un peu quand je nage sur le dos à la piscine."

"Très bien, allons donc voir un médecin," proposa Peter avec un clin d'oeil.

Ils quittèrent le bâtiment du FBI et prirent la voiture de Peter.

Sur le chemin, il lui expliqua brièvement le cas. "Notre principal suspect est un médecin avec un cabinet privé sur la 7ème."

"S'il a des clients privés, ça va être difficile de suivre les paiements." Neal plissa les yeux pensif, essayant de voir comment ils pourraient suivre les règlements.

"Pas quand les opérations sont faites à la clinique."

"Nous allons voir un chirurgien alors ?"

"Oui."

"Comment se fait-il que je n'ai pas été sur ce dossier jusqu'à maintenant ?" demanda Neal. "Je n'ai aucune information, tu ne me facilites pas les choses Peter."

"J'avais besoin de toi sur le dossier des contrefaçons. Jones et Diana sont sur ce cas depuis des semaines avec nos spécialistes financiers. Tu vas vite comprendre. De toutes façons, je conduis l'entretien, tu es juste mon excuse."

Ils arrivèrent au bâtiment et Neal grogna en sortant de la voiture. Il n'aimait pas travailler sans avoir d'abord pu se préparer.

Ils entrèrent dans un superbe bâtiment abritant des bureaux classieux et prirent l'ascenseur. Ils furent admis dans une salle d'attente. Il était encore tôt, la salle était vide. Neal s'occupa en admirant les aquarelles sur les murs. Il s'aperçut que Peter le regardait.

"Quoi ? Je me contente de regarder. Tu sais, j'aime vraiment l'art…"

Peter fut sauvé d'une réponse par l'infirmière qui les invita à rentrer dans le bureau du médecin. Un homme dans la cinquantaine, vêtu d'une blouse blanche immaculée au-dessus d'un costume impeccable, se leva pour les accueillir.

"Ah, Monsieur Caffrey, je suis content de vous voir."

Neal sursauta et regarda Peter. L'agent arborait un air innocent. Neal fronça les sourcils et se tourna de nouveau vers le médecin, puis regarda le bureau. Un dossier portant son nom s'y trouvait.

"Peter?" fit-il, la voix un peu tendue, se demandant ce qu'il se passait.

"Oui Neal ?" Peter affichait toujours une innocence implacable.

"Que faisons-nous vraiment ici ?" La voix de Neal commençait à monter.

Peter ne répondit pas mais ne put empêcher un sourire sur ses lèvres. Neal plissa les yeux comprenant la supercherie.

"C'était un coup monté ?" demanda-t-il. Il serra les dents le visage crispé. "Bravo, tu a réussi à tromper un expert ; je devrais sans doute te féliciter…"

"J'ai eu le meilleur des professeurs," expliqua Peter, plutôt fier de lui. Il pouvait voir que Neal était furieux, ou il aurait arboré un sourire radieux face au compliment.

Le docteur gardait le silence. Peter l'avait vu auparavant pour lui expliquer le problème.

Une fois que Neal put se débarrasser de l'écharpe et revenir travailler, il avait clairement dit qu'il ne se ferait pas opérer. Mozzie et Elizabeth avaient essayé de le persuader à plusieurs reprises. Un jour, Neal avait quitté la maison des Burke en claquant la porte, expliquant qu'il était capable de prendre ses décisions tout seul, et que si cela ne leur convenait pas ils n'avaient qu'à le renvoyer en prison. Il s'était excusé en envoyant un superbe bouquet de fleurs à Elizabeth, et autour de quelques bières sur la terrasse ; Peter avait accepté de ne plus aborder le sujet.

Mais bien sûr Peter était Peter. Il ne pouvait pas ne pas s'inquiéter, alors il s'était renseigné, avait parlé à son propre médecin puis à un spécialiste. Les différentes conversations avaient clairement mis en évidence que l'opération n'était pas une option. Alors Peter décida de prendre les choses en main et organiser un rendez-vous avec un chirurgien. Il espérait qu'une fois que les risques qu'il courrait en refusant l'opération lui auraient été clairement expliqués, Neal se montrerait suffisamment intelligent pour se rendre à l'évidence. Peter s'était occupé des différentes paperasseries, notamment au niveau des assurances et des coûts, et le docteur avait accepté de convenir d'un rendez-vous pour rencontrer Neal et lui expliquer le problème.

Le chirurgien s'avança. Il avait la voix douce et parlait posément, gardant une distance sécurisante. Il fit un signe vers une chaise et alla s'asseoir derrière son bureau.

"Monsieur Caffrey, puisque vous êtes là, pourquoi ne pas vous asseoir ? Laissez-moi vous expliquer la situation ; en fin de compte c'est vous qui prendrez la décision. Vous pouvez passer cette porte à n'importe quel moment."

"Neal, je peux te laisser si tu préfères," dit doucement Peter.

Neal laissa tomber ses épaules, vaincu et s'assit. "Non, tu peux rester. Tu as organisé tout ça, la moindre des choses est que je te laisse en profiter."

"Neal, je—" Peter commença à s'excuser, mais Neal l'arrêta d'une main.

"Peter, assieds-toi, s'il te plaît. Docteur, je vous écoute."

Le médecin prit son temps pour lui expliquer les raisons pour lesquelles l'opération était nécessaire, répondant aux questions de Neal, clarifiant les délais de convalescence, les risques à laisser son épaule en l'état. Peter restait silencieux ; Neal seul pouvait prendre la décision et combattre les démons intérieurs qui lui faisaient détester les hôpitaux.

Ayant obtenu toutes les informations nécessaires, ils quittèrent le bureau du médecin pour retourner au FBI. Neal n'avait pas décroché un mot depuis que le rendez-vous avait pris fin. Il rentra dans le bureau et se dirigea vers sa table.

"Neal, mon bureau," ordonna Peter, se dirigeant vers l'escalier.

Neal soupira et le suivi à contre coeur. Peter le fit entrer le premier et ferma la porte. Il s'y appuya, comme s'il avait besoin de s'assurer que Neal n'essayerait pas de s'enfuir.

"Neal, je—"

Neal l'interrompit. "Peter, s'il te plaît—"

"Non, tu m'écoutes. Je te présente mes excuses pour t'avoir menti au sujet du rendez-vous. Je ne suis pas très fier de la façon dont je l'ai fait…"

"Tu m'avais pourtant l'air plutôt fier de toi," commenta Neal.

"Seulement parce que tu n'as rien vu venir, pas de l'avoir fait." Peter le regarda l'air grave. Oui, il avait été plutôt fier d'avoir réussi à tromper le grand Caffrey, il n'aurait pas mis sa main à couper sur ses chances de réussite. Il n'était pas très fier de lui avoir menti, cependant il le referait sans hésiter dès lors qu'il s'agissait de sauver sa vie. "Neal, tu ne sembles pas être capable de prendre soin de toi, alors j'en ai pris la responsabilité."

"Je suis tout à fait capable—"

"Neal, laisse-moi finir. Tu as entendu le médecin, le sujet est sérieux. Si tu veux continuer à travailler avec moi, j'ai besoin que tu sois en forme. Je ne peux pas passer mon temps à m'inquiéter que la moindre bousculade blesse ton épaule." Neal essaya de l'interrompre une nouvelle fois et Peter l'arrêta d'un regard noir. "Tu sais que le risque existe. Tu es peut-être prêt à le prendre, pas moi."

Neal garda le silence et Peter alla s'asseoir sur sa chaise.

"Neal, pourquoi détestes-tu autant les hôpitaux ?" lui demanda-t-il gentiment.

"Personne n'aime les hôpitaux," grogna Neal.

"Non, bien sûr. Mais dans ton cas, c'est presque une phobie. Je ne comprends pas."

"Mozzie les déteste encore plus que moi."

"Parce qu'il veut échapper au système, et j'admets que c'est difficile dans le milieu hospitalier. Mais tu n'es pas aussi parano.

Neal le regarda l'air perdu. Si Peter n'avait pas eu le regard rivé sur lui, il ne l'aurait pas vu. Un éclair traversa les yeux de son ami, masqué presque avant d'apparaître. Et tout à coup, il comprit.

L'escroc avait passé sa vie à courir. Sa santé, son corps, sa forme étaient primordiaux dans son activité. Se retrouver enfermé dans un hôpital était aussi grave que la prison, peut-être même plus quand c'était votre corps qui ne coopérait plus et que vous étiez totalement vulnérable.

Il repensa à ce que Neal lui avait dit pendant qu'ils étaient prisonniers quelques semaines plus tôt. Que Mozzie faisait une bonne infirmière. Il était sans doute plus qu'une bonne infirmière. Il frissonna légèrement, imaginant ce qu'il avait peut-être été amené à faire pour soigner son ami… ou lui-même. Maintenant qu'il y pensait, Neal ne devait pas être mauvais non plus. Il se souvint du calme de Neal quand il avait vu que son épaule était déboîtée, comment il avait géré la douleur. Dieu seul savait ce qu'il avait traversé dans le passé. En même temps, il l'avait vu grimper des arbres avec une blessure par balle vieille d'un jour…

"C'est différent maintenant. Tu es en sécurité," lui dit-il doucement.

"Je me suis enfui quand j'avais dix-huit ans Peter ; c'est devenu un instinct. Ca ne va pas changer du jour au lendemain."

Peter hocha la tête. "Je comprends. Faisons ça par étapes ; surmonter tes peurs une par une, d'accord ?

Neal haussa légèrement les épaules, ne niant pas la peur.

"Si tu es d'accord, je serai à tes côtés. Neal…" il attendit que son ami le regarde. "Prends ce rendez-vous, okay ?"

Neal soupira et hocha la tête en signe d'accord. Il se leva de la chaise pour retourner à son bureau.

"Oh, et Neal…" Neal se retourna. "Vas-y doucement à la piscine."

Neal ouvrit la bouche pour protester, puis ne put s'empêcher de rire. "C'est vraiment dommage que tu aies choisi le mauvais côté de la loi Peter ; nous aurions fait une équipe du tonnerre…"

Peter sourit et le chassa de la main. "Tu as un dossier de fraudes sur ton bureau, va travailler."


Une fois qu'il eut accepté de se faire opérer, Neal fit de son mieux pour ne pas s'enfuir. Peter, lui ayant accordé le temps nécessaire pour gérer les rendez-vous, était toujours à proximité – jamais trop près, toujours à la bonne distance – pour lui poser une main sur l'épaule, l'encourager d'un hochement de tête, d'un sourire. Ne le poussant jamais, mais présent et sécurisant.

Il conduisit Neal à la clinique le jour de l'opération et était présent quand il se réveilla. L'opération se déroula dans les meilleures conditions. Elizabeth passa lui dire qu'elle avait tout organisé pour son retour et sa convalescence. Il était content de rentrer chez lui. Pendant un moment, il avait été persuadé qu'Elizabeth voudrait qu'il aille chez eux. Après deux nuits à l'hôpital, il avait hâte de retrouver son lit.

Elizabeth avait en effet tout planifié ; son expertise de coordinatrice d'événements fut mise à profit pour organiser la convalescence de Neal. A l'hôpital, le docteur avait informé Neal qu'il allait avoir besoin d'aide pendant les premiers jours. Son bras serait dans une écharpe pendant près de six semaines avant de commencer la rééducation. Après deux semaines, il se sentirait sans doute mieux et pourrait probablement se débrouiller seul pour de nombreuses tâches. Avec un sourire, Elizabeth lui avait dit de ne pas s'inquiéter, qu'elle allait le "materner à mort". Il l'avait remerciée d'un sourire, sans se douter qu'Elizabeth le pensait… un peu trop littéralement si on avait demandé son avis à Neal.

Les deux premiers jours se passèrent bien. Neal prenait encore des médicaments très forts et passait son temps à dormir. Avoir quelqu'un qui s'occupait de tout autour de lui, lui convenait parfaitement. De toutes façons, tout ce qu'il faisait c'était manger, dormir et aller aux toilettes quand il en avait besoin.

Le troisième jour, rester éveillé s'avéra un peu plus facile, et il prit réellement conscience de ce qu'avait voulu dire Elizabeth quand elle avait affirmé qu'elle avait tout organisé.

Mozzie, trop heureux d'avoir accès la cave de Neal, était là pour la nuit. Il l'aidait à s'habiller et se déshabiller, se laver et se raser. C'était bien, son épaule lui faisait encore mal, moins il la bougeait mieux il se portait.

Puis June arrivait avec le petit-déjeuner, mais pas de café. Apparemment le café avait été interdit par Elizabeth. Bon d'accord, le thé était bon et les pancakes moelleux, il ne pouvait pas se plaindre. Elle lui apportait ensuite un encas matinal puis le déjeuner. Neal se demanda s'il avait perdu du poids ou ce qui justifiait autant de nourriture.

Elizabeth arrivait l'après-midi, avec le thé pour le quatre heures, accompagné de cookies. Plus tard, elle lui préparait le dîner… et coupait sa nourriture en morceaux suffisamment petits pour un bébé. Elle avait un regard d'une telle tendresse tandis qu'elle s'occupait de lui, qu'il n'eut pas le courage de dire quoi que ce soit.

De toutes façons, le jour trois fut une journée encore un peu nébuleuse, il s'endormait moins mais était encore passablement dans le brouillard ; il découvrait le programme, donc la journée se passa bien.

Le jour quatre fut une copie conforme du jour trois. Neal se demanda si on l'autoriserait un jour à se déplacer du lit au canapé sans quelqu'un à ses côtés. Les anti-douleurs le rendaient cotonneux et son épaule lui faisait moins mal, aussi quand Mozzie lui apporta ses médicaments le matin, il les refusa.

"Neal tu es sensé les prendre pendant au moins dix jours…"

"Je prendrai les antibiotiques, ne t'inquiète pas. Mon épaule va mieux, je n'ai pas besoin des anti-douleurs maintenant. Ils me font sentir tout cotonneux."

"Ils sont sur l'ordonnance. Il est trop tôt pour arrêter de les prendre. Tu as été opéré il y a seulement six jours Neal. Ne me dis pas que tu n'as pas mal."

"Pas tant que ça ; pas de quoi justifier les anti-douleurs."

"Neal… Ca fait combien de temps qu'on se connaît ?" Mozzie le regarda l'air grave et n'attendit pas de réponse. "Ne pense pas que tu peux me tromper. Je sais que tu as encore mal, je peux le voir dans tes yeux."

"Et moi qui pensais que seules les femmes regardaient mes yeux…" murmura Neal.

"Neal, tu n'arriveras pas à détourner la conversation avec moi."

Neal soupira, vaincu. "Ca n'est pas si terrible Mozz. Vraiment. Et tu sais ce qu'on dit 'un petit peu de douleur renforce l'âme'."

"Oui, bla bla bla. Nous parlons de douleur physique, et ça clairement ça n'est pas bon pour ton corps. Si tu l'obliges à travailler non-stop pour lutter contre la douleur et pour cicatriser, ta convalescence va être plus longue."

"Mozz, s'il te plaît.…" Neal commençait à en avoir assez de cette conversation.

"De toutes façons, tu n'as pas le choix. Soit tu les prends de ton propre gré, soit je t'oblige à les prendre."

"Quoi, tu vas garder ta main sur ta bouche jusqu'à ce que je les avale ou qu'ils fondent ?

Mozzie prit son sac. "J'ai d'autres cordes à mon arc. Un simple coup de fil et on m'apporte une version injectable de tes anti-douleurs en quelques minutes." Il se tourna vers Neal, tenant une seringue à la main.

Neal pâlit, il ne doutait pas un instant que Mozzie connaissait les bonnes personnes. "Tu plaisantes ?"

Mozzie se contenta de lever un sourcil.

"Je ne te laisserai pas me piquer les fesses."

"Je le ferai si je le dois ; tu n'es pas vraiment en état de me résister." Mozzie était on ne peut plus sérieux.

Neal prit un verre d'eau et avala les pilules, maugréant contre les infirmières psychopathes et se demandant à quel moment Elizabeth avait organisé "la" réunion mettant en place toutes ces instructions.

Le jour cinq fut une copie du jour quatre, simplement agrémenté par la recherche de la seringue afin de s'en débarrasser. Bien sûr, il ne la trouva pas. Pas surprenant. Mozzie le connaissait mieux que personne, il n'allait pas laisser quoi que ce soit à un endroit où Neal pourrait le trouver. Alors, il prit son mal en patience, n'ayant même pas le courage de peindre ou dessiner. Il passa la plus grande partie de la journée sur la terrasse, à regarder le ciel et les immeubles, maudissant le jour où il avait laissé Peter le convaincre d'accepter l'opération.

Ses textos à Peter étaient la seule chose qui lui permettait de tenir. Peter semblait être au courant du maternage à haute dose mais ne pouvait pas faire grand-chose. "M'opposer à June et Elizabeth ? Même Quantico ne nous forme pas pour ça". Neal se demanda si Peter viendrait s'il lui envoyait un texto disant simplement "au secours !". Probablement pas. Peter appellerait d'abord l'un de ses trois anges gardiens pour demander ce qui n'allait pas… et lui dirait que certaines personnes devaient travailler.

Le jour six, Neal était assis sur le canapé lisant un livre quand Elizabeth lui passa la main dans les cheveux. Il sursauta surpris par l'intimité du geste.

"Neal, tes cheveux sont dans un état déplorable."

Neal eut une grimace. Il n'arrivait pas à lever son bras gauche pour se laver correctement les cheveux, la plupart du temps il se contentait de les mouiller.

"Est-ce que Mozzie te lave les cheveux ?" Elizabeth poursuivit sans attendre une réponse. "Bien sûr. Et il n'a bien sûr aucune idée de la façon de laver tes boucles."

Avant qu'il ne puisse dire un mot, elle avait disparu dans la salle de bain. Elle s'agita avec des serviettes, un banc, une carafe puis appela Neal. Bon d'accord, le shampoing fut agréable. Et le massage crânien un pur bonheur, il faillit gémir de plaisir se rappelant juste à temps qui lui faisait le massage. Quand elle insista pour utiliser un sèche-cheveux, il faillit craquer. Il serra les dents et la laissa faire. Et puis… certes, ses cheveux étaient quand même mieux comme ça, alors il ne pouvait pas trop se plaindre.

Le jour sept, Peter était en train de travailler sur un dossier quand il reçut un appel paniqué d'Elizabeth.

"Chéri, Neal est parti !"

Peter sentit son coeur essayer de s'échapper de sa poitrine. "Quoi ! ?"

"Il faisait la sieste et je suis allée le voir… Il était parti ! Il a son émetteur pas vrai ? Tu peux le trouver ? " Elizabeth était au bord des larmes.

Ses mains s'activant plus vite que son cerveau, Peter avait déjà les données du GPS de Neal sur son écran. La lumière clignotait sagement chez June. Pendant une seconde, Peter se demanda comment Neal avait réussi à enlever son émetteur, puis il se rappela les textos désespérés de son ami. Il soupira, soulagé.

"Chérie, calme toi," dit-il doucement à Elizabeth. "Raconte-moi exactement ce qu'il s'est passé."

"Il avait l'air fatigué, alors je l'ai convaincu de s'étendre. Il n'a pas trop protesté donc je me suis dit qu'il était vraiment fatigué. Je l'ai aidé à se coucher et il a dû s'endormir en cinq minutes." Peter était content qu'Elizabeth ne puisse pas le voir rouler les yeux. "J'étais en bas à discuter avec June. Je suis remontée environ une heure après… et son lit était vide," sanglota Elizabeth. "Oh Peter, tu penses qu'il s'est enfui ? Il n'est pas en état, son épaule…" Elizabeth pleurait à chaudes larmes.

Peter grimaça. Il allait tuer Caffrey. Il comprenait que le maternage était sans doute exagéré, mais cela ne justifiait pas qu'il mette sa femme dans un tel état d'angoisse.

"El, chérie, s'il te plaît, calme toi. Je suis en train de quitter le bureau. Je vais chez June. Je le retrouverai. Toi, tu rentres à la maison.

"Mais Peter…"

"Non, rentre à la maison chérie. Prends un bon bain, fais-toi du thé. Je le retrouverai, je te le promets. Tu sais bien que je le retrouve toujours. Dès que j'ai des nouvelles, je t'appelle. Nous devrons sans doute parler un peu, je préférerais être seul avec lui. D'accord chérie ?"

"Tu ne vas pas lui faire de mal ?" demanda Elizabeth soudain inquiète.

"Mais non voyons. Il ne peut pas être bien loin. Comme tu l'as dit, il n'est pas en état de se promener. Je vais sortir les données de son GPS et le trouver." Peter grimaça en prononçant ces mots. Il détestait mentir à El, mais il n'allait pas lui dire qu'il était toujours là. Il allait laisser son ami tranquille un moment, vérifier ce qui l'avait fait déguerpir et essayer de réparer tout ça. La soirée s'annonçait intéressante…

"D'accord, je rentre. Appelle-moi dès que tu l'as retrouvé." Elizabeth raccrocha.

Quand Peter arriva à l'hôtel particulier, Elizabeth était partie et June lui ouvrit la porte, l'air soucieux.

"Peter."

"Bonjour, June. Il semblerait que notre escroc favori ait encore fait des siennes…"

June sourit. "Il ne supporte pas d'être enfermé… et cette maison possède quelques passages secrets. Neal les connaît tous." Bien que soucieuse, la vieille dame semblait plus amusée qu'inquiète par la disparition de Neal.

"Je vais le trouver," répéta Peter et il monta les escaliers vers le loft.

Il ouvrit la porte lentement. Il n'était pas revenu à l'appartement après avoir ramené Neal de l'hôpital. Il grimaça en observant les lieux. Pas étonnant que Neal ait pris la poudre d'escampette. Elizabeth avait transformé la pièce en chambre de convalescence tout droit sortie d'un magazine. Une pile de coussins moelleux envahissaient le lit, le patchwork fait main d'Elizabeth était posé sur le canapé ; des livres et magazines étaient posés sur la table basse. Des plantes avaient été disposées dans la cuisine. Un panier avec des encas et du thé était posé sur la table. Les chaises avaient été déplacées afin que Neal puisse se déplacer facilement. La pièce avait été tellement dégagée qu'il pouvait sans doute s'y déplacer les yeux fermés…

Il regarda autour de lui, se demandant où Neal avait bien pu se cacher pour s'isoler un peu. Il regarda l'échelle contre le mur. Il s'était toujours demandé où elle menait. Il leva la tête. Pas de doute, la trappe était déverrouillée. Il sourit et grimpa les barreaux.

Il poussa la trappe et arriva dans une sorte de grenier. Une porte menait sur le toit. Une bordure assez large permettait de se déplacer, sans doute conçue pour faciliter les travaux sur le toit. Neal était assis contre un mur, un carnet à croquis sur les genoux, sa main dessinant à grands traits assurés.

"Salut Peter," fit-il sans lever la tête.

Peter rit doucement. "Ca devient trop facile tu sais. Tu vas finir par perdre ta réputation."

"Naan… Tu es le seul à savoir me retrouver." Neal leva la tête lui adressant un sourire. "Viens t'asseoir. Profite du calme et de la vue."

Peter avait toujours été ébloui par la vue depuis la terrasse, mais ceci… il ne trouvait pas de mots. Si la vue de la terrasse valait un million de dollars, alors celle-ci serait plus proche du milliard… Se trouver ainsi sur le toit, sans parapet ou barrière donnait l'impression de littéralement voler au-dessus de la ville. Il poussa un long soupir d'émerveillement.

"Tu ne m'as jamais parlé de ceci."

"Il faut bien que je garde quelques secrets," répliqua Neal une étincelle amusée dans les yeux.

Peter s'assit à ses côtés et regarda le croquis. "Joli."

"J'ai toujours voulu peindre la vue d'ici. Je n'en ai jamais eu l'occasion."

"Alors tu t'es dit qu'aujourd'hui était l'occasion ?"

"Quelque chose comme ça," murmura Neal. "Oh, tiens, ça c'est pour toi." Neal lui tendit une bière.

Peter leva un sourcil.

"Je savais que tu me trouverai, alors j'ai pensé que tu méritais une récompense."

"Puisque nous en sommes aux cadeaux, j'ai quelque chose pour toi également." Peter mis la main dans sa poche et en sorti une petite bouteille thermos.

Neal pâlit. "Peter, est-ce que c'est… ?" Il ne croyait pas à sa chance.

"Oui. Je me doutais qu'Elizabeth te l'interdisait."

Neal ouvrit le thermos et but goulûment le café. Il ferma les yeux et gémit doucement, laissant tomber sa tête contre le mur à deux doigts de l'orgasme. Peter se mit à rire.

"Si tu veux que je te laisse seul avec ce thermos…"

"Oh seigneur. Peter…" Neal reprit une longue rasade. "Merci."

"Merci pour la bière !" Peter dévissa la bouteille et prit une gorgée. "Comment se fait-il que tu aies de la bière ici ?" demanda-t-il en fronçant les sourcils.

Neal roula des yeux. "Peter, je suis peut-être un peu énervé par l'opération maternage mise en place mais je ne mélange pas alcool et médicaments. Tu sais bien que de toutes façons la bière n'est pas trop mon truc. Apparemment Elizabeth et ses acolytes le savent aussi car les bouteilles sont restées dans le réfrigérateur. Quand j'ai décidé de monter ici, j'en ai pris une pour toi. C'est un bel endroit pour prendre un verre."

"Elizabeth et ses acolytes," répéta Peter.

"Peter, je sais qu'ils sont pleins de bonnes intentions, mais ils vont me tuer. J'ai l'impression que tous les personnages des Quatre filles du Docteur Marsh ont débarqué. Je m'attends à les voir apparaître avec un panier de chatons d'une minute à l'autre.

"Tu serais donc Beth ?"

"Je n'en sais rien, mais je commence à éprouver de la pitié pour cette petite…"

"Ca s'est plutôt mal fini pour elle."

"Ouais… elle a eu de la chance…," murmura Neal avec un frisson.

"A ce point ?" demanda Peter plein de compassion.

"Tu es marié à Elizabeth, je pense que tu peux facilement l'imaginer. Et c'est quoi cette histoire avec le café ?"

"Ca, je n'ai jamais compris. Elizabeth semble convaincue que le café est un poison quand on est malade, et apparemment cela s'étend aux blessures ou opérations… Je peux comprendre qu'il faille faire attention à la caféine les premiers jours ou avec certains médicaments, autrement… Tu sais, je crois que l'une des raisons pour lesquelles je ne suis jamais malade est que je sais que je serai privé de café jusqu'à ce que je sois de nouveau sur pied."

Les deux hommes se mirent à rire. Neal reprit du café, Peter but sa bière, dans un silence amical.

"Elle m'a fait un shampoing hier," lui dit Neal.

"Avec le massage crânien ?"

"Ouais…," Neal soupira.

"Elle est douée pour ça." Peter eut un frisson de plaisir. "En fait, elle est douée de ses mains pour plein de choses."

"Peter !"

"Quoi ?"

"Elizabeth est ta femme, je ne suis pas sûr d'avoir envie de savoir à quoi elle est douée avec ses mains."

"Je me suis dit qu'après les petits cœurs et rubans roses des derniers jours un peu de conversation masculine te ferait du bien."

"Sans doute, mais il y a plein d'autres sujets que ta vie sexuelle…" marmonna Neal. Il ne se sentait jamais très à l'aise avec la façon dont Peter et Elizabeth affichaient leur relation. Il estimait que la vie privée devait rester… privée.

"Neal, Elizabeth t'adore. Le fait que tu sois vulnérable la rend protectrice. Si elle le pouvait, elle te chanterait sans doute des berceuses pour t'endormir. Nous n'avons pas d'enfants, tu es en train de lui donner l'occasion de mettre en avant son instinct maternel."

"Je ne lui en veux pas Peter. C'est juste un peu trop d'attention. Je ne suis pas un gamin… ou un chiot…" Neal laissa tomber sa tête, regardant son croquis.

"Comment as-tu monté cette échelle au fait ?" demanda soudain Peter.

"C'était—"

"Imprudent… dangereux… stupide…

Neal l'ignora. "Délicat… Ca n'a pas été facile, j'avoue. Ta bière et mes crayons dans une poche, le carnet à croquis glissé à la taille… un barreau à la fois, en me tenant uniquement de la main droite. Ceci dit, ça a été plus facile que la descente par l'escalier de secours il y a quelques semaines… Pour tout te dire, j'étais surtout inquiet qu'Elizabeth ne m'attrape. Là, j'aurais eu des problèmes…" Neal leva la tête pour regarder Peter l'air soudain inquiet. "Maintenant que j'y pense, heureusement que c'est mon épaule. Si ceci était arrivé à mon retour de Cape Verde…" Il frissonna de peur.

"Heureusement que tu cicatrises vite," lui accorda Peter.

"Oui.…"

Peter plissa les yeux surpris par le ton de la voix. Neal s'était effectivement remis très vite, surtout pour une blessure par balle mal traitée. Il regarda Neal qui corrigeait un détail sur le croquis. Il n'avait peut-être pas guéri aussi vite qu'il l'avait dit… Oh, tant pis. Il n'allait pas l'ennuyer avec ça maintenant. Il regarda le croquis puis le panorama.

"Seigneur, cette vue," murmura Peter.

"Ouais."

"Tu sais, je devrais être furieux contre toi."

"Pourquoi ? Tu savais bien que je ne m'étais pas réellement enfui ! Arrête, je te connais. Tu as vérifié mon émetteur à l'instant où Elizabeth t'a appelé."

"Tu l'as fait pleurer."

Neal eut une grimace. "De vraies larmes ?" Peter hocha la tête. "Aie, je ne pensais pas qu'elle le prendrait si mal."

"Je pense qu'elle est fatiguée, ça a été la goutte d'eau…"

"Mais Peter, je n'ai jamais demandé…"

"Je sais, je sais… Elle s'est mise dans cet état tout seule."

"Où est-elle maintenant ?"

"Je lui ai dit de rentrer et prendre un bon bain. Je prendrai des fleurs sur le chemin du retour – et c'est toi qui les payes – puis je passerai le week-end avec elle. Ca nous fera du bien de passer du temps tous seuls… et ça te donnera un peu de répit."

"Je suis désolé Peter," dit Neal doucement. "Pourras-tu m'excuser auprès d'Elizabeth ?" Il soupira. "Je l'amènerai ici pour lui montrer la vue. J'espère qu'elle l'aimera et qu'elle comprendra."

"Aucune chance."

Neal l'interrogea du regard.

"Ma femme n'a pas peur d'affronter des voleurs armés avec juste un sourire, mais tu ne la feras pas monter ici."

"Vertige ?"

"Oui…" Peter secoua la tête en riant. "Et franchement, je la vois mal monter l'échelle avec les talons qu'elle aime porter."

Neal rit. "Au moins, tu es sûr qu'elle ne peut pas t'échapper.

Peter finit sa bière, Neal son café, et ils retournèrent dans la pièce.

"Profite de ta liberté," lui dit Peter en composant le numéro pour appeler Elizabeth et lui dire qu'il avait retrouvé Neal. "J'appelle Mozzie pour lui demander d'apporter à dîner."

Neal le foudroya du regard. "Peter, s'il te plaît, pas toi…"

Peter lui retourna le regard et passa l'appel. Neal laissa tomber. Mozzie arriverait dans quelques heures, en attendant il avait du temps pour lui. Il lui faudrait penser à un moyen de s'excuser auprès d'Elizabeth.

Quelques jours plus tard, Elizabeth passa pour une courte visite. Apparemment Peter l'avait convaincue que Neal allait mieux et n'avait plus besoin d'une supervision constante.

"Elizabeth, je voulais te remercier pour avoir pris soin de moi, et aussi m'excuser de t'avoir effrayée quand j'ai… disparu." Il lui tendit un petit paquet.

Elizabeth l'ouvrit curieuse et resta bouche bée. Neal avait peint la vue depuis le toit au coucher du soleil. Les couleurs riches de la fin de journée semblaient sortir de la toile et éclairer la pièce.

"Neal, c'est…" apparemment elle ne trouvait pas les mots adéquats. "Merci."

"Merci à toi de t'être occupée de moi."


Neal retourna au bureau deux semaines plus tard ; le bras toujours en écharpe mais il avait convaincu Peter qu'il pouvait travailler un peu sur quelques dossiers. Il ouvrit la porte et poussa un soupir heureux. Il posa son chapeau sur son bureau et alla saluer Diana et Jones. Les agents étaient content de le revoir et lui annoncèrent en plaisantant qu'ils lui avaient laissé une sélection spéciale de cas.

"Oui, bien sûr, c'est malin…" Neal leva la tête vers le bureau de Peter. L'agent lui fit signe de monter.

"Bon retour Neal ! Alors, ça fait quoi de devoir se lever tôt pour aller travailler ?" plaisanta-t-il.

"Un vrai bonheur," confirma Neal avec un sourire satisfait. "Tu as quelque chose pour moi ?"

"Je t'ai posé quelques dossiers sur ton bureau."

"Fraudes à l'assurance ?" demanda Neal avec un sourire amusé.

"De vieux cas que je voudrais que tu étudies. Tu es confiné au bureau pour au moins quatre semaines, il faut que je t'occupe."

"D'accord, je comprends." Neal hocha la tête. "Peter, il faut que je te dise quelque chose…"

Peter fronça les sourcils, inquiet par le ton. "Oui ?"

"La prochaine fois que je suis blessé et dois être opéré… Je coupe mon émetteur et je m'enfuis."

Fin