Chapitre 2

L'horloge affichait deux heures du matin. Hermione avait attendu que la bibliothèque se vide pour aller y passer la nuit. Cela faisait maintenant près d'une semaine qu'elle veillait jusque tard le matin et cela se ressentait dans sa manière d'être en cours mais aussi à son aspect physique. Ron, délicat comme à son habitude, lui avait d'ailleurs fait une réflexion des plus déplaisantes : « T'as une mine à faire fuir les trolls ! Tu ressembles plus à un zombie qu'à une sorcière. Tes cernes... ». Un coup de coude d'Harry, bien placé dans les côtes, lui avait fait comprendre qu'il gagnerait plus à fermer son clapet qu'à continuer sa tirade. Néanmoins, il avait raison. Les cernes présents sous les yeux d'Hermione semblaient n'avoir pas de fin. Sa chevelure était plus en pétard qu'à l'accoutumée. Cette remarque de mauvais goût lui avait remis les idées en place et elle avait pris sur elle en se fixant un couvre feu. Dernier délai : 00h00. Après quoi, elle devrait regagner son dortoir.

A minuit moins 10, elle était plongée dans l'ouvrage consacré à l'histoire de Brendon Hugues et de Julianna Bend, un ouvrage volumineux dans lequel elle espérait glaner quelques informations. Le bouquin reprenait en détail l'histoire des 2 amants que leurs familles respectives ne voulaient pas voir unis. Hermione pensa : « Pfff, c'est du déjà vu ! Qui n'a pas lu Roméo et Juliette ? ». Mais, par curiosité, elle entama le dernier chapitre du livre. Bien qu'elle peinait de plus en plus à garder les yeux ouverts, l'histoire la passionnait (même si elle ne l'admettrait jamais!). Ses paupières se fermèrent cependant une énième fois et elle sombra dans le sommeil.

Elle fit un rêve qui tourna bien vite au cauchemar. Elle avait endossé le rôle de Juliette mais, quand son Roméo se tourna face à elle, quel ne fut pas son effroi ! Son visage était bien dessiné mais il avait des yeux, un nez et une bouche difformes...immondes. Puis un point d'interrogation se forma doucement pour remplacer le visage hideux. Des centaines d'autres Roméo apparurent et ils entonnèrent tous en chœur « Pas de réponse à la question, pas d'amour à l'horizon ! »

Non seulement elle se bousillait la santé, mais elle se torturait aussi l'esprit. Certes sa persévérance était surprenante, mais si elle continuait à ce rythme, elle ne tiendrait pas bien longtemps encore. Son quota d'heures de sommeil n'était pas rempli, et l'arrivée de Malefoy n'allait que le réduire encore.

Malefoy aussi essayait, en se cachant des autres, de trouver des idées dans la bibliothèque... mais il trouva bien plus intéressant de venir pourrir la vie d'Hermione. Il vint auprès d'elle, et se pencha sur ce qu'elle avait rédigé. Pourquoi se priver de la science des autres ?

« L'amour est...ce que je n'ai jamais connu et probablement ce que je ne connaîtrai jamais... ».

Il se mit à glousser et cela réveilla Hermione sur le champ.

« Alors, on roupille au lieu de bosser ? Ta tête est trop lourde, trop chargée de connaissance futiles pour tenir debout toute seule ?

- Malefoy, qu'est-ce que tu fais là ? dit-elle en déplaçant discrètement son bras au-dessus de ses écrits, ce qui n'échappa pas à Malefoy.

- Ne montes pas sur tes grands ch'vaux Granger! J'ai déjà lu ce que tu as écrit et, je trouve ça pathétique à souhait.

- Garde ton venin et abstiens-toi de tes commentaires sarcastiques. Je te rappelle que sur ton petit bout de papier, ce que tu avais écrit ressemblait de près à ce que j'ai marqué.

- …

- Je répète ma question : Qu'est-ce que tu fais là ?

- J'essaie de faire ce foutu devoir, figure-toi ! Et comme toi, il semblerait que j'aie du mal.

- Perspicace, dis donc. Mais il y a une différence entre nous deux. Tu as du mal a faire tous tes devoirs alors que pour moi, c'est une grande première de buter sur un devoir.

- Toujours aussi charmante à ce que je vois, lança Malefoy.

- Toujours aussi arrogant à ce que je vois, riposta Hermione.

- … », ils n'eurent plus rien à dire ni l'un ni l'autre.

Une idée traversa alors l'esprit de Malefoy. Il savait qu'Hermione ne rechignait pas quand il s'agissait d'aider Harry ou Ron dans leurs études. Il se dit que, peut-être, il aurait le droit à la même sollicitude. Il devait simplement bien formuler sa pensée pour qu'Hermione tombe dans le panneau :

« Coupons la fraise en deux ! s'écria-t-il.

- Coupons la poire en deux ! Pas la fraise !

- Oui, je sais, c'est ce que je viens de dire...Voilà l'idée : on fait des recherches chacun de notre côté et, disons...dans 2 jours, même lieu même heure, on met tout en commun.

- Pour récapituler, je trime pendant que toi, Drago Malefoy, tu te tournes les pouces. Et après, tu te contentes d'approuver tout ce que je dis pour le recopier. »

Il ne portait pas Hermione dans son cœur, loin de là, mais il était forcé de reconnaître qu'elle était perspicace. Il comprit qu'il n'avait aucune chance et par méchanceté, il voulut lui lancer une dernière pique :

« Laisse tomber, cette conversation ne nous mènera à rien. Tu es vexée que j'aie lu tes...

- Parce que tu n'avais pas à le faire !

- Et quoi ! On remet les compteurs à zéro ! Tu sais...J'ai lu quelque chose d'embarrassant sur toi...et, toi sur moi, alors c'est bon ! La poire au centre !

- La balle au centre ! fit-elle exaspérée.

- Si tu pouvais éviter de répéter tout ce que je dis, on avancerait plus vite !

- Si tu t'exprimais comme il faut, je ne serais pas dans l'obligation de te reprendre à...

- Et qui t'y obliges ?...C'est une proposition tout ce qu'il y a de plus honnête. Profites-en ! L'honnêteté et moi ne faisons pas souvent bon ménage. Décide-toi avant demain midi...ou débrouille-toi ! »

Sur ce, il tourna les talons et s'en alla. Hermione était perplexe. C'était vrai. Quel était ce besoin, presque maladif, de reprendre les expressions malheureuses des autres ? Harry et Ron lui en était reconnaissants, même si elle les agaçait parfois, mais pourquoi faire de même avec Malefoy ? Ce n'était pas comme si son sort l'intéressait, et pourtant, elle l'avait corrigé à deux n'avait pas fait de distinction entre ses amis et Malefoy. Elle avait déjà l'impression de sympathiser avec l'ennemi, alors, qu'en serait-il si elle acceptait la proposition de Draco ?

D'un autre côté, depuis la mort de Voldemort, le mot d'ordre du ministère et de Poudlard était le suivant : « l'unité avant tout ». Les 4 maisons devaient retrouver la stabilité que les conflits entre Serpentard et Gryffondor avait chamboulée. Seulement, beaucoup d'élèves avaient subi des pertes à cause de la quête de pouvoir de Voldemort et beaucoup encore n'était pas prêts à brider leurs émotions au nom d'une soi-disant unité en laquelle il ne croyait pas.

Quoi qu'il en soit, Hermione était dans l'embarras. Elle ramassa tout son barda et alla se coucher. Elle pesa le pour et le contre. Seul problème, elle trouvait un nombre équivalent d'arguments positifs et d'arguments négatifs. Sa nuit, trop courte, fut très agitée. Elle rêva des conséquences si elle acceptait la proposition de Malefoy et dans son cauchemar, encore une fois, elle se retrouvais seule, Ron et Harry l'ayant délaissée comme tout le monde. Puis, soudain, les visages de tous ceux qu'elle voyait en rêve prirent encore la forme d'une question et ils chantèrent une nouvelle composition, sortie tout droit du subconscient d'Hermione : Tu nous as renier ! Tu vas le payer ! La solitude sera ta punition et jamais tu n'auras la réponse à la question ! »

En manque de café, elle descendit tôt le matin pour se droguer à la caféine, la seule chose qui l'aidait à tenir bon. Malefoy était déjà attablé quand Hermione arriva, mais ils n'étaient pas seuls. Elle était surprise de voir tant de monde de si bonne heure. Chacun avait pris sa décision et il était temps d'en faire part à l'autre. Ils marchèrent l'un vers l'autre, comme si de rien n'était, mais Ron les empêcha de se parler en attirant Hermione à la table où déjà pas mal de Gryffondor étaient assis.

Ron l'assit presque de force. Hermione suivait les différentes conversations. Elles concernaient toutes les devoirs. On essayait de se donner des tuyaux, des pistes... Ron entama la conversation avec Hermione tandis que Malefoy les observait de loin. Il ricanait parce que Ron harcelait Hermione pour obtenir des renseignements, et dans l'espoir de la soudoyer. Dans le passé, elle lui avait rédigé certains de ses devoirs en échange de...rien. Mais ce temps-là était révolu, maintenant Ron devait voler de ses propres ailes. Hermione se demandait pourquoi elle avait travailler gratuitement pour lui sans lui demander la réciproque. Ron insistait lourdement :

« Hermione ! Allez, s'il te plaît !

- Non, Ron ! Je n'ai peut être pas été assez claire : tu te débrouilles !

- Mais c'est différent ! Avant tu faisais tout. Là, il s'agit juste d'une relecture et d'une correction ! Ça te prendra pas longtemps !

- Déjà, le temps que je déchiffre ton écriture de sagouin...j'y passerais des heures...Ron, grandis un peu !

- Même les grands font des fautes d'orthographe ! La science infuse ça n'existe pas !

- Tu as su faire ton devoir en entier. Alors, va jusqu'au bout en le corrigeant toi-même. »

Sans laisser à Ron le temps de riposter, elle se tourna vers Ginny. Le sujet de la conversation restait le même :

« Tu en es où toi, Ginny ?

- Je suis bien avancée mais j'ai un devoir qui me pose problème ! Et toi ?

- La même chose ! lâcha Hermione sans le vouloir.

- De...quoi ? Attends...répète !

- Oui, mais chut ! N'en fais pas toute une histoire ! Le livre dont j'ai besoin a été emprunté...alors je dois patienter. »

Elle ne se connaissait pas si bonne menteuse, mais cela l'arrangeait bien. Au moins, Ginny ne posa pas de question et l'affaire fut classée sans suite. Après le repas, Hermione s'en alla dans la salle commune des Gryffondor pour lire un peu, ce qui lui permettrait d'oublier, ne serait-ce que le temps d'une lecture qu'il ne lui restait qu'une semaine, à peine, pour rédiger son fichu devoir. Elle devait se résigner mais l'envie n'y était pas. Et, elle n'avait pas confiance en Malefoy.

Ce matin, en entrant dans la grande salle, elle avait pensé lui dire qu'elle était d'accord, mais, finalement, l'attitude de Ron lui avait rappelé qu'elle avait déjà assez donné. Ron disait ouvertement ce que pensait tout bas Malefoy : « Travaille pour moi sans discuter !». Elle se dit :

« Tous les mêmes ! Eh bien ! qu'ils se débrouillent tous tous seuls ! ».