La vie passe…

L'ombre de la jeune fille / Les révélations d'Usagi


Maman Ikuko ne reconnaissait plus sa fille. Certes, elle avait le physique d'Usagi, cette peau blanche et nacrée, cette chevelure blonde comme l'or véritable, cette silhouette élancée et gracieuse et même ses yeux étaient semblables : deux perles turquoises aux reflets d'améthyste. Mais ce n'était pas Usagi, ou en tout cas, elle ne l'était plus.

« Ma chérie je t'en prie, sors de ta chambre ! Va prendre l'air ! Tu es enfermée ici depuis presqu'une semaine ! Tes amis s'inquiètent ma chérie !

Maman Ikuko ne pouvait saisir le mal qu'elle faisait à sa fille en lui parlant ainsi. Car si les larmes s'étaient taries en quelques jours, le cœur d'Usagi, lui, pleurait toujours avec autant de force, consumant son énergie et l'éclat de vie qui subsistait encore dans ses yeux.

Je n'ai plus d'amis.

Usagi ne parlait plus, elle murmurait. Il était difficile de la comprendre mais il était encore plus difficile de la regarder se détruire à petit feu.

Ne dis pas ça Usagi !

Maman Ikuko vint s'asseoir aux côtés de sa fille, sur ce grand lit blanc sur lequel se trouvait aussi Luna et Artémis, les deux chats qu'Usagi chérissait avec tendresse. Cette dernière était tremblante, ses cheveux étaient détachés, son regard était vide.

Je sais que tu es malheureuse. Ce qui est arrivé à Ami et aux autres est une véritable tragédie et je souhaite de tout cœur que la police découvre qui a pu commettre un acte aussi horrible…

Pour elle, les amis proches d'Usagi avait péris dans le souffle de l'explosion qui avait ravagé l'immeuble de la chaine de télévision Galaxy.

Mais quand je pense que ça aurait pu être toi… tu aurais pu mourir avec elles ! J'en suis bouleversée !

Si la maîtresse de maison frissonna à cette pensée lugubre, Usagi, elle, se laissa retomber sur son lit. Elle fut aussitôt rejointe par ses deux chats qui vinrent ronronner près de son oreille.

Tu dois vivre pour elles Usagi ! Elles n'auraient pas voulu te voir dans cet état. Ça me fait mal au cœur à moi de te voir comme ça. On s'inquiète tous tu sais, on voudrait tant t'aider.

Pour seule réponse, Usagi leva sa main droite au-dessus de son visage pour planter son regard d'azur sur l'anneau et le cœur de diamant qu'elle portait à l'annuaire. Sa bague de fiançailles.

Personne ne peut m'aider. »

Tout était dit.

Désemparée, Maman Ikuko laissa sa fille à ses sombres pensées pour rejoindre son mari et son fils dans le salon. Maintenant, c'était elle qui avait besoin d'être réconfortée.


« Désolé Naru, Umino. Usagi refuse toujours de sortir de sa chambre.

Ca fait déjà un mois, fit remarquer la rousse d'un air grave.

Je sais bien mais elle n'arrive pas à faire son deuil. Elle n'a même pas voulu venir à la cérémonie officielle aujourd'hui. Je crois qu'elle n'a pas arrêté de pleurer depuis ce matin !

Papa Kenji poussa un profond soupir. Un mois après l'accident, Usagi n'était toujours pas capable de se relever et de revivre. Elle n'était encore que l'ombre d'elle-même. C'était désolant de croiser chaque jour le fantôme de sa fille.

Dites-lui que nous sommes passés s'il vous plait, dit Umino en serrant la main de sa petite amie. Dites-lui qu'elle nous manque et que si jamais elle a besoin de nous… qu'elle n'hésite pas surtout ! »

Kenji secoua positivement la tête. Le jeune couple pouvait compter sur lui. Le message serait bien transmis à son destinataire.


Motoki serra Usagi contre lui, à la fois heureux de la revoir enfin et attristé par la raison qui le poussait à venir la voir aujourd'hui. Il avait pris son courage à deux mains, sachant par Naru qu'Usagi vivait complètement recluse depuis deux mois. Il fallait qu'il la voie, il avait trop de chose à lui demander.

En tout cas, Naru ne lui avait pas menti sur l'état de santé de son amie. Usagi avait perdu beaucoup de poids, elle qui avait été si attirante avec ses rondeurs parfaitement bien placées. Son visage était émacié, ses yeux éteints. Il avait mal au cœur de la voir aussi mal en point.

« Usagi, je suis désolé de te déranger. Je sais que tu n'es pas remise de la disparition des filles…

La blonde eu un frisson.

Mais j'ai besoin d'avoir une réponse.

Elle leva sur lui un regard intrigué. Motoki savait qu'il allait retourner le couteau dans la plaie mais il avait trop besoin de ses lumières.

As-tu des nouvelles de Mamoru ? Ça fait des semaines que j'essaye de le contacter sans succès.

En septembre, Mamoru avait commencé son internat de médecine dans un prestigieux établissement américain. Et s'il l'avait aidé à préparer ses affaires avant son départ, il n'avait depuis plus aucune nouvelle de son ami. Malgré le drame que venait de vivre Usagi, il paraissait logique que celle-ci soit au fait de la vie de son fiancé. C'est pourquoi il fut plus que surpris à la réponse de la jeune femme.

Mamo-chan est mort.

Si Motoki n'avait pas été assis sur le fauteuil du salon des Tsukino à ce moment-là, sûrement qu'il en serait tombé par terre de stupéfaction. Usagi baissa la tête pour cacher ses larmes mais il vit sans mal que son corps était pris de tremblements. Dans le même temps, Ikuko, la maman de son amie, se levait de son fauteuil, surprise elle aussi par cette révélation.

Comment ça ? demanda-t-elle. Quand ? Comment ?

Motoki avait la bouche ouverte de stupeur mais la mère de famille posait ouvertement les questions desquelles il avait besoin d'éclaircissement.

L'avion qui devait l'emmener aux Etats-Unis a été attaqué par Sailor Galaxia. Elle lui a arraché son âme et le cristal de son cœur. Depuis, la Terre n'a plus de prince, tu n'as plus ton ami et j'ai perdu mon fiancé.

Mamoru… est… mort, répéta le gérant de la salle de jeu, complètement abasourdi.

Sailor Galaxia ? reprit Kenji, lui aussi installé dans le salon avec sa fille et sa femme. Une sailor senshi aurait attaqué un avion de civil ? Pourquoi n'en avons-nous pas entendu parler ? Et d'ailleurs, comment peux-tu être au courant Usagi ?

Cette dernière eu un éclat de rire sans joie, presque moqueur. Malgré les larmes aux coins de ses yeux, Usagi avait réussi à contrôler ses tremblements. Motoki resta suspendu aux lèvres roses de la blonde.

Sailor Galaxia n'était pas une sailor senshi comme les autres mais une ennemie qu'il nous fallait combattre. Elle nous a attirées les filles et moi dans son repère pour mieux nous piéger. C'est elle qui m'a appris la vérité sur Mamo-chan. Il est mort.

J'ai peur de comprendre Usagi, dit Motoki en réponse à son explication qui semblait confuse mais qui ne l'était pas.

Il avait sûrement été dit que ce jour était celui des révélations car la dernière phrase de la jeune femme le bouleversa complètement.

Tu as pourtant parfaitement compris Motoki. J'ai été Sailor Moon. »


Usagi ouvrit en grand les fenêtres de sa chambre avant d'en faire de même avec les volets en bois. Une fois fait, elle pouvait jouir du plus splendide des spectacles : la danse de la Lune et des étoiles sur la mer d'obsidienne de la voute céleste. Elle s'installa sur le rebord de la fenêtre, face à l'astre lumineux dont elle était la représentante. A côté d'elle se trouvait le carillon du Clair de Lune, la boîte à musique en forme d'étoile qu'elle avait reçue de Tuxedo Kamen près de trois ans auparavant.

Une éternité.

Une autre vie.

Une autre destinée.

Usagi n'avait plus de larmes. Trois mois après la disparition de ses amis, la vie avait retrouvé ses droits. Elle avait repris ses études. Elle était retournée dans un café. Elle avait retouché à une borne de jeu vidéo. Elle se forçait bien entendu mais Usagi savait qu'elle ne pouvait plus continuer à se morfondre ainsi. Ce n'était pas digne du sacrifice de ses proches.

« Tu n'arrives pas à dormir ? demanda la voix douce de Luna à son attention.

Si, justement. J'ai peur de rêver.

La petite chatte noire effectua un bond gracieux pour venir sur les genoux de sa maîtresse. Elle se lova contre elle, ronronna doucement avant de planter son regard mauve dans le turquoise de ceux d'Usagi.

Tu rêves de lui ?

Je rêve à un avenir qui ne viendra jamais. Je rêve de ChibiUsa toutes les nuits, les filles me manquent à chaque instant et Mamo-chan…

Usagi s'empara de son médaillon et le ferma bien avant la fin de la mélodie. Elle qui avait voulu se remonter le moral en écoutant cette musique se trouvait être encore plus déprimée. Mais cet objet était l'un de ceux qui la rattachait encore à son amour perdu.

Mon cœur me fait mal quand je pense à lui. Son absence me rend folle Luna… mais je dois continuer à vivre.

Tu as la bonne philosophie Usagi. Je suis contente de te l'entendre dire.

Ce n'est pourtant pas facile tu sais.

La guerrière de la Lune soupira doucement avant d'offrir un petit sourire triste à son chat.

Presque dix-sept années vont me séparer des gens que j'aime mais… je sais qu'ils sont en vie et c'est ça qui est important finalement. Elles auront enfin la vie paisible et simple qu'elles méritent. Il est temps qu'on prenne tous un peu de repos. »

Luna miaula de contentement. Usagi reprenait un peu de courage, c'était bon signe.