Chapitre 2.

« Bonsoir. »

Hermione n'était pas venu depuis 2 nuits. Lorsqu'elle arriva à la frontière, elle vit Snape, assis sur sa chaise, à contempler les étoiles. Il portait une tasse de thé fumante aux lèvres et n'avait pas prêté attention à sa présence, jusqu'à ce qu'elle arrive.

Lorsqu'il l'entendit, il baissa son regard vers son visage.

« Bonsoir. Répondit-il, d'une voix se voulant neutre. »

Hermione gigota sur place, mal à l'aise. Snape l'observa, sans sortir un mot de plus. Il se contenta de siroter son thé, indifférent.

« A propos de… la dernière fois… Hésita-t-elle. »

Severus leva sa paume vers la jeune femme en signe de reddition.

« Ça ira, Miss Granger. Je suppose que nous sommes quittes. »

La jeune Gryffondor grimaça. Elle s'approcha de la barrière magique et prit place non loin d'elle. En fait, elle n'avait même jamais été si proche. Elle sentait le grésillement magique lui titiller les oreilles, comme si elle était une espèce de barrière électrique censé retenir un animal sauvage. Hermione soupira lourdement.

« Vous n'avez pas froid ? Demanda Snape. »

Il était parvenu à rendre sa question sincère et dénué de mauvaises intentions. Severus se surprit à se féliciter mentalement. Pour une fois, sa voix caverneuse ne sonnait pas comme un coup de glas. Hermione avait le regard rond de surprise et levé vers lui. Sa mine sérieuse notait l'absence de moquerie. Son interrogation était réellement concernée.

« Non. Je suis habituée. Et puis, je suis bien couverte. Répondit la jeune femme en haussant les épaules.

_ Vous êtes allongée sur le sol. Souligna Snape.

_ Vous devriez venir. C'est très agréable. Lâcha Hermione en souriant, le regard levé vers le ciel.

_ Hors de question. Grogna l'ancien maître de potions. »

Snape soupira après un long silence pesant. Il prit place aux côtés de la jeune femme. Pourquoi faisait-il cela au juste ?

« Comment se déroulent vos études ?

_ Bien. Contrairement à Harry et Ron. Lâcha Hermione en fermant les yeux.

_ Ce n'est pas vraiment surprenant. Dit-il avec dédain. »

Hermione laissa un faible rictus s'échapper du coin de ses lèvres.

« Depuis que vous n'êtes plus là pour leur rabattre leur caquet, ils sont devenus insupportable de vantardise. D'ailleurs, notre nouveau enseignant en potions est barbant.

_ Oh oui, mais je suppose que le nombre d'étudiants traumatisés par mes cours a du grandement baissé.

_ Certes. Mais c'était amusant, parfois, de se lancer des paris sur votre humeur du jour, le nombre de points que vous ôteriez ou alors sur le nombre de fois que vous prononceriez le mot « cornichon ». Dit Hermione en ricanant.

_ Vous faisiez des paris ? Demanda Snape en haussant un sourcil.

_ Oui enfin… Principalement moi, dans ma tête. Et je dois avouer que même dans ces moments où vous étiez sévère, le quotidien était beaucoup moins rasoir que maintenant.

_ Est-ce que cela explique vos petites escapades nocturnes, Miss Granger ? »

Hermione ouvrit les yeux et fronça les sourcils en direction du maître des potions. Assis sur sa chaise et accoudé à ses genoux, il la surplombé largement.

« Quoi ? Demanda-t-elle.

_ Est-ce que vous fuyez la vie que vous avez toujours rêvé ? Un quotidien, sans Horcruxes, sans aventure, sans Voldemort ? »

Hermione se mordit les lèvres, le regard plongé dans le vide.

« C'est mal, vous le savez ? Vous avez encore beaucoup de choses à faire. Vous m'en avez vous-même parlé.

_ Tant que je suis à Poudlard, je suis coincée, professeur.

_ Je ne suis plus votre enseignant alors appelez-moi Severus. Grinça-t-il de dégoût. »


« Vous êtes en retard. »

Hermione leva un sourcil et s'arrêta au beau milieu du chemin.

« Parce qu'on se donne rendez-vous maintenant ? Demanda-t-elle. »

Snape se contenta de lui envoyer un regard froid et indifférent. Hermione consentit à s'asseoir sur une chaise qu'elle dématérialisa depuis sa besace.

« Le cours de sortilèges a un peu débordé sur mon planning. »

Snape ne répondit pas et continua de siroter son thé, tout en se réchauffant les mains autour de sa tasse.

« Je vous ai apporté quelque chose. Lâcha Hermione. »

Snape fronça les sourcils. Il vit la jeune femme prendre son petit sac et en sortir un paquet de bonbons de Bertie Crochu.

« Vous êtes au courant qu'il y a une barrière magique entre vous et moi, n'est-ce pas ?

_ Je sais. Je voulais juste être méchante et les manger devant vous. »

Snape leva les yeux au ciel. Il croisa les bras devant lui alors qu'il s'affalait encore plus sur sa chaise.

« Rappelez-moi pourquoi vous n'avez pas été à Serpentard ?

_ Pourquoi cette question ? Je trouvais plutôt logique que je me retrouve à Serdaigle pour ma part. S'exclama Hermione en fourrant une sucrerie dans sa bouche.

_ Dois-je vous rappeler que c'est la maison de Luna Lovegood et de Mimi Geignarde ? Désolé, Miss Granger, mais vous n'êtes pas assez bizarre pour cela.

_ Merci beaucoup. S'exclama la jeune femme en souriant.

_ Ce n'était pas un compliment. Siffla Snape.

_ Si, ça l'était.

_ Vous êtes devenue une experte en relations humaines ? Minauda Snape.

_ Un peu. Côtoyer Ron et Harry 24h/24 vous permet d'être alerte.

_ Je n'en doute pas. D'ailleurs, cela dois probablement expliquer ce fameux courage typique de Gryffondor. Moi, je ne les supporterais pas plus d'une journée. »

Hermione éclata d'un rire cristallin, auquel le maître des cachots n'était que peu coutumier.

« Alors… Que faites-vous de vos journées, Severus ? »

Snape haussa un sourcil de surprise. Il n'était pas habitué à entendre son prénom, venant de qui que ce soit d'autre que Minerva. Cela le déstabilisa un temps avant qu'il ne se reprenne.

« Je me lève. Je mange. Je me lave. Je terrorise deux ou trois élèves perdus. Je remange. Je regarde Poudlard. Je fais un signe à un enseignant qui m'évite. J'attend. Je dors. Et j'attend de nouveau. Oh, et je fais une cartographie du ciel en ce moment. Alors, je viens regarder les étoiles tous les soirs. Vous voyez ? Ma vie est passionnante, je n'ai pas une minute à moi. Lâcha Snape avec sarcasme.

_ Vous ne décorez pas votre maison ?

_ Avec un panneau « Home, Sweet Home » qui ornementerait ma porte d'entrée décrépie ? Non, merci. Malgré tout, ce n'est pas chez moi ici et ça ne le sera jamais. »

Hermione se racla la gorge, presque mal à l'aise.

« En réalité, même… Poudlard semble le sentir.

_ Minerva m'a tenu au courant. Est-ce que cela explique pourquoi votre cours de sortilège a pris du retard ? Demanda-t-il.

_ Pour une fois, la leçon se déroulait sans accroc. Et puis, dix minutes avant la fin, la pièce s'est mit à grincer.

_ Grincer ? Demanda Snape, intéressé.

_ Les murs ont commencé à bouger, puis tout s'est rétrécit encore et encore. C'était la panique ! Quand nous sommes sorti, touts les élèves ne mesuraient pas plus de 80 centimètres. »

Sans parvenir à se retenir, le maître des cachots se mit à ricaner durement, de sa voix rocailleuse.

« Enfin, sauf Flitwick, je suppose. Il a mis plus de 30 minutes à tous nous rendre notre apparence normale et… Bon sang, mais pourquoi est-ce que vous riez comme un idiot ?!

_ En fait, vous êtes devenu aussi petit que ce cher Filius. »

Hermione leva les yeux au ciel. Au bout d'une minute de réflexion, elle se mit à sourire, presque amusé tandis que Snape sirotait tranquillement son thé.

« Pour tout vous dire, les problèmes que nous rencontrons depuis la rentrée ne me surprennent pas. Je ne vous imaginais pourtant pas avoir l'esprit si farceur, vous auriez pu presque faire concurrence aux jumeaux Wealsey.

_ Je ne vis que pour emmerder le monde, Miss Granger. N'y voyez aucune malice. Répondit Snape d'une voix claire et posée.

_ Je ne vous crois pas. Je pense que vous prenez même un certain plaisir à tout cela.

_ Bien sur que j'y prends plaisir ! Cela leur apprendra, à me bannir. Je m'efforcerais de leur pourrir la vie jusqu'à ce que l'odeur de ma vieille charogne en putréfaction leur parvienne aux narines. »

Hermione voulut en rire, mais elle n'y arrivait pas. Elle ouvrit, puis ferma la bouche, son visage affichant une moue tout d'abord colérique, jusqu'à ce que ses yeux s'embrument et qu'elle ne détourne le regard en inspirant profondément.

« Ne dites pas cela. Souffla-t-elle. »

Snape, qui n'avait rien remarqué de son attitude, continua de sourire en fixant le ciel.

« Pourtant, c'est la vérité, Miss Granger. Je me demande s'ils ont pensé au jour de ma mort, au-delà de cette barrière. J'espère presque que mon fantôme restera. Comme ça, je pourrais les hanter, encore et encore et encore.

_ Taisez-vous ! »

Snape redressa une oeillade surprise vers son ancienne élève qui l'observait avec… douleur et ressentiment.

« Parce que mon sort vous préoccupe maintenant ? Pourtant, vous aurez quitté cette école bien avant mon trépas. A moins que vous ne vouliez devenir professeure.

_ Je n'en ai rien à faire. Arrêtez de parler de votre mort comme d'un sujet de plaisanterie. »

L'ancien Directeur de Poudlard fronça les sourcils, puis croisa les jambes en se pinçant les lèvres.

« Je fais ce que je veux, c'est mon côté de la barrière.

_ Bien, alors je ne viendrais plus.

_ C'est faux. Vous continuerez à venir.

_ Vous n'êtes absolument plus habilité à me donner des ordres, vous le savez n'est-ce pas ?

_ C'est un constat, Miss Granger. »

La brune haussa un sourcil interrogateur, à la fois choqué et profondément agacé par l'attitude de son ancien enseignant.

Il lui envoya un sourire goguenard qu'elle maudit dans la seconde.

« Vous croyez que je ne comprends pas ce que vous faites ?

_ Qu'est-ce que vous voulez dire ? Demanda sèchement la jeune femme.

_ Vous essayez de vous racheter. »

Hermione nia de la tête avec lassitude, mais la motivation n'y était vraiment pas.

« Si, vous vous en voulez d'avoir eu cette idée idiote. Ça et vos deux crétins de copains qui continuent à jouer à l'idiot. En fait, je vais vous apprendre quelque chose : ce sont vraiment des idiots. Pourtant, ça n'a pas été faute de vous le dire.

_ Et alors ?

_ Alors vous espérez qu'en me tenant compagnie, vous irez mieux.

_ Vous vous trompez tellement, professeur. Ricana jaune Hermione.

_ Sur quoi ?

_ Sur tout. »

Snape grogna de mécontentement en plongeant ses lèvres dans le fond de sa tasse devenue glacée. Il grimaça et jeta son thé sur la pelouse.

« Je ne me sens simplement plus à ma place. Soupira Hermione en se protégeant de ses bras.

_ Le statut de célébrité devient trop lourd à porter ?

_ Entre autre... »

Le maître des potions accorda un mouvement de tête vers la jeune femme, mais resta silencieux. Il n'avait pas envie de la taquiner, elle semblait ne pas aller très bien… Et au fond, il ne retirait aucun plaisir de sa tristesse.

« Ron et moi, c'est… compliqué. »

Oh non, pas ça… Elle n'allait quand même pas parler de ses amourettes d'adolescents. Snape eut l'envie dévorante de prendre ses jambes à son cou et de se barrer loin, très loin d'ici. Pourtant, il n'y parvenait pas. En réalité, une image plutôt dérangeante de ce petit rouquin en train de dévorer la bouche d'une idiote de Poufsouffle dans les jardins qu'il avait croisé un matin hantait sa tête.

Il ne trouva rien d'autre à répondre que de grogner.

« Il roucoule, il fricote, et en plus, il croit que je n'y vois rien.

_ Est-ce que cela à vraiment de l'importance ?

_ En fait, je m'en fiche. Je n'ai jamais éprouvé qu'une grande affection pour lui. C'est davantage l'idée que lui et Harry se complaise dans ce monde qui, personnellement, ne me correspond toujours pas. J'ai l'impression d'être seule. Je bas les bras, j'ai envie d'hurler, mais rien ne vient. »

Snape inspira profondément, puis planta son regard dans le sien. Il voulu approcher sa main, mais le grisonnement de la barrière magique lui rappela douloureusement l'impossibilité de son geste. D'ailleurs, qu'avait-il voulu faire ? Bref. Il retira sa main, et orienta son regard vers le paysage.

« Allez dans mes bureaux, ouvrez le deuxième tiroir sur votre droite. »

Hermione redressa un visage surpris vers son professeur. De quoi parlait-il au juste ?

« On ne peut plus accéder aux cachots depuis…

_ Allez-y. Et je ne veux plus entendre parler de cette histoire. Siffla Snape.

_ Bien. »

Ils passèrent une heure environ, ainsi. Plus aucun mot n'était sorti, et c'est en silence qu'ils s'étaient séparés. Hermione n'y croyait pas vraiment, mais le soir même, elle se dirigea vers l'entrée qui était censé amener les élèves vers les cachots. Pour cela, il fallait emprunter un escalier pour descendre jusqu'au sous sol de Poudlard. Or, toutes les alcôves étaient closes par un énorme mur de béton. Lorsque les professeurs avaient essayé d'y forcer un chemin, les couloirs furent inondé de l'eau du Lac Noir et Septima Vector avait même failli s'y noyer. Pourtant, Hermione s'avança vers la première entrée qui s'ouvrit bruyamment. Haussant un sourcil, mais cependant alerte, elle s'avança jusque dans les couloirs. Elle avait la peur au ventre. En fait, elle était terrifiée à l'idée de rester coincée ici. Alors, elle accéléra le pas et parvint jusqu'à son ancienne classe de potions. Lorsqu'elle en ouvrit la porte, elle sentit ses mains se glacer.

La dernière fois qu'elle était venue ici…

Hermione secoua la tête en ressentant son estomac se tordre. Elle frissonnait de froid en sentant l'humidité des cachots. Elle inspira profondément. Cette classe sentait encore le parfum musqué de son professeur. Ses pas la portèrent jusqu'au bureau, dans le fond de la salle.

Elle effleura la cape posée sur la chaise. Elle ne sut dire pourquoi elle se sentait triste à ce geste, ni pourquoi elle l'enleva pour la poser sur ses épaules. Le tissu était si grand qu'il tombait comme un drap noir sur ses bras trop courts. Elle suivit les instructions de son ancien professeur et fronça les sourcils.

Elle sortit un casque audio, une baguette en verre ainsi qu'un boitier bleu. Un bruit étrange la fit sursauter. Elle fourgua tout cela dans sa poche et sa hâta vers la sortie. Lorsqu'elle la franchit, l'ouverture se ferma de nouveau. Hermione remonta ses trop longues manches et se rendit compte que la cape trainait presque sur le sol. Elle aurait pu la réduire, mais elle n'avait pas envie d'y toucher. Elle remonta difficilement les pans et monta jusqu'à sa chambre. Étonnement, les escaliers n'étaient pas capricieux ce soir. En fait, c'était tout le contraire.

Avant la guerre, elle mettait environ cinq minutes à arriver jusqu'aux dortoirs. Depuis la rentrée scolaire des 7éme années, il lui prenait une bonne quinzaine de minutes. Or, ce soir, elle avait l'impression d'y être parvenu en deux, comme si le château entier se poussait sur son passage. La Grosse Dame était la dernière à continuer de garder les dortoirs. Les Serpentards avaient été déménagé dans la Salle sur Demande, pour entrer dans les dortoirs des Serdaigles, la réponse à la question secrète était de plus en plus incongrue, et cela sans compter sur les pauvres PoufSouffles dont la salle, apparemment, puait souvent l'ail, le poisson, les œufs pourris ou dans les pires jours, l'Andouillette. Parfois, les portes de la tour Gryffondor s'ouvraient toutes simultanément en grand fracas en pleine nuit, ce qui faisait sursauter tout le monde. D'ailleurs, plusieurs d'entre eux étaient de plus en plus fatigués… Finalement, les Serpentards étaient réellement les mieux lotis.

Aujourd'hui, tout était étrangement calme. Hermione parvint jusqu'à sa chambre, vide. A cause de l'année précédente, de nombreuses pertes avaient été à déplorer… Certains parents réticents n'avaient pas voulu envoyer leurs enfants en première années. Il manquait bien la moitié des étudiants habituels.

Hermione ôta sa cape et la posa délicatement sur son lit avant de s'y asseoir en tailleur. Elle examina le boitier qu'elle tenait en main étrangement. Lorsqu'elle appuya sur un des boutons, une lueur bleutée s'en échappa. Hermione comprit que l'objet était enchanté.

Elle alterna son regard entre ce qu'elle tenait en main et le casque. Timidement, elle le posa sur ses oreilles. Elle ferma les yeux, essayant de repenser à ce qui la tourmentait et appuya de nouveau sur le bouton qui lui avait permis de l'allumer.

Ses yeux s'ouvrirent d'un coup en entendant la mélodie s'échappant pour traverser ses tympans et elle se mit à rire lorsqu'elle en entendit les paroles.