Le fracas des vagues évoquait en moi le souvenir de ce jour funeste. Il me semble que c'était hier, où j'apercevais pour la dernière fois sa silhouette rieuse.

Daniella avait accouru pour sortir contre l'avis de sa mère qui rechignait à l'idée de la savoir seule dehors. Dans mon ignorance c'était de ma femme que je l'avais protégée cette après-midi, lui accordant ma permission. Je ne m'étais pas inquiété quand le soir avait commencé à pointer tandis que ma femme cherchait depuis la fenêtre le retours de notre enfant. Mais cette façade commençait à s'effriter lorsqu'une fois le repas prêt, notre fille manquait toujours à l'appel et plus tard dans la nuit. Il était tard désormais, j'allumais une torche et sortais à mon tours, laissant ma femme à l'abris dans notre maison. De voisins en voisins, je cherchais à savoir si elle avait pu découcher chez un ami dont j'ignorais l'existence. Le désespoir et la colère grandissante, les portes se refermaient de plus en plus vite à mes visites. Seuls quelques habitants cherchaient la petite avec moi.

Un cris estompait les doutes qui troublaient encore mon esprit, je courais dans cette direction, le cœur palpitant, le souffle coupé. A l'orée du fleuve une femme se tenait accroupie sur un corps allongé, j'étais sourd à ses sanglots, loin de toute conscience. La seul chose qui me rattachait encore à la réalité se trouvait là, étendue sur le sol, le visage accablé de douleur et maculé de sang autours duquel ses cheveux bruns et humides s'enserraient. L'horreur se trouvait plus bas, elle avait été dévorée par quelque créature et laissée à la vue de tous. Chancelant, j'approchais ce qu'il restait de l'enfant qui plus tôt dans la journée était prête à croquer la vie à pleines dents. Je caressais son visage, le séchant délicatement avant de clore ses yeux, espérant libérer son âme de toute douleur. Un cris étranglé brisait ce dernier moment en sa compagnie. Ma femme, sa mère, Eloise venait de s'écrouler à quelques mètres, son visage était décomposé. Elle cherchait ses larmes dans un silence hagard, et ce fut comme cela tout les jours qui suivirent la mort de son unique enfant. Nous l'avions entrée qu'une semaine plus tard, pour la simple et bonne raison que nous tenions déjà un suspect et qu'il fallait vérifier que les preuves concordes. Tout le village était à feu et à sang et nous n'étions que les derniers d'une longue liste à avoir vu nos enfants disparaître ces derniers mois.

La créature hideuse se tenait là, enfermée dans une cage à ours. Elle se desséchait lentement au soleil, si bien que maintenant sa peau n'était plus de frêles lambeaux de chaire transparents. Un serpent des mers que les plus ingénus appelaient jadis sirènes, elle portait encore sur ses lèvres et ses dents aiguisés le sang encore frais de sa dernière victime. Je passais des heures à l'observer, le cœur brisé. Une telle créature pouvait-elle éprouver de la culpabilité? Savait-elle seulement qu'à cet instant je n'étais plus qu'une coquille vide, une enveloppe charnelle qui venait de perdre la seul grain de vie qui faisait battre mon cœur.

Chaque soir, je longeais la lagune. Elles étaient là, nageant juste sur la surface tels des charognards avides. Nous ne les avions jamais vu auparavant, alors pourquoi désormais elle stagnais dans ce tronçons d'eau?

-C'est elle que vous voulez?

J'étais excédé, pourquoi vivaient-ils encore? Je hurlais ma haine à ces requins chaque nuit, il m'était plus difficile encore de rentrer chez moi et affronter le désarrois de celle qui fut jadis mon premier amour. Dans mes rondes nocturnes et alcoolisées, j'apercevais de temps à autres Eloïse par la fenêtre, j'ignorais si elle avait seulement tenté une seul instant dans son deuil de se coiffer ou même de se doucher. Parfois, je rentrais seulement pour m'assurer qu'elle mange un peu. C'était une femme forte et ce qui la brisait désormais ne serrait plus qu'un lointain souvenir dés l'an prochain mais moi je ne craignais pas d'avoir cette chance. Lorsque nous mangions ensemble, je percevais son regard épuisé posé sur moi, le poid accablant de la culpabilité.

Mais alors que nous terminions notre repas, dans un nouveau silence de mort, de nouveaux cris perçaient dans la nuit. Des villageois, torches à la main, couraient en tout sens, je sortis à mon tours. Dehors , j'aperçus un attroupements, proférant quelques insultes au peuple de sirènes qui s'étaient installées là, puis un homme plus costaud que les autres qui s'armait d'un harpon et le balançais dans l'eau où les bêtes sauvages tournaient en rond, rompant brutalement leur position pour sortir la tête de l'eau et siffler. Elles quittèrent prestement les lieux regagnant probablement la mer.

Un autre enfant avait été attaqué, et transporté en lieux sûr pour être soigné par les anciens. Mais tout cela m'était égal, ce soir j'allais le passer auprès de la tombe de Daniella. Apporter des fleur sur sa stèle encore blanche et dénuée du passage du temps était mon seul réconfort, cette même nuit où notre captive avait succombé de nos mauvais traitements. Son corps pourrissant était encore dans sa jaule de fer le lendemain, mais une décision avait été prise pour elle et ceux de son espèce. Nous les traquerions, tout homme capable pourrait s'enrôler dans nos navires s'il le désirait.

Je n'étais plus au mieux de ma forme mais personne ne jugeait nécessaire de refuser ma candidature. C'était comme le seul salut qui s'offrait à moi, à cet instant. Je vengerais ma fille et pourrait enfin fuir l'emprise dévastatrice qu'avait ma femme sur moi.

Avec des mots simples, je lui expliquais mon entreprise future. Pendant quelques instant je croyais percevoir une réaction réelle de sa part puis plus rien, l'abîme à nouveau.

-Je souhaiterais que tu rejoignes la maison de tes parents. Pour être sincère, j'ignore si je remettrait un jour pied à terre, alors je te libère de tes obligations d'épouse.

De nouveau ce soupçon de réaction, alors que j'écrivais une lettre qui attestait de mes dires, et lui accordait entière liberté, son visage rompit finalement en larmes.

-Je te déteste! Fiche le camps d'ici!

Elle hurlait tout à coups et me frappait de toutes ses forces avec ces maigres poings. J'avais fait tout ce que je pouvais encore faire du haut de ma montagne d'impuissance, plus rien ne me retenait encore. L'auberge fut mon refuge pour les jours restants, dormant dans la paillasse nuit et jour, parmi les poules et les cochons. L'un d'eux avait fini délester de l'un de mes doigts.

Le jours de l'embarcation, nous nous tenions tous dans un village proche, qui lui possédait un petit port de pêcheur. Il ne fut pas bien difficile de convaincre leurs habitants de nous suivre en leur promettant des trophées de guerre qui ferrait d'eux des hommes riches si nous en sortions victorieux. Les sirènes étaient d'avantages mythes et légendes que du courant des mortels, les rois et reines des pays voisins payeraient un peu de leur fortune pour en voire une et plus encore pour les posséder.

Tout autours de moi, des pilleurs et des hommes de la pire espèce se réjouissaient embarquant avec un plaisir non contenu pour une mort certaine. Les vents étaient avec nous, comme s'il nous encourageait à tout dévaster sur notre passage, après tout, les dieux avaient des plaisirs qu'ils étaient les seuls à comprendre.

Je songeais chaque nuit à Daniella, je croyais l'apercevoir derrière chaque ombre, sur chaque reflet. De son vivant je n'aurais pu côtoyer les marins qui riaient à mes côtés, mais désormais lorsque la morosité et la solitude voulaient me quitter un instant, je leur dédiais mes beuveries, discutait de bon cœur et les régalais de blagues sur les putains que je n'avais jamais approchées.

Nous voguions sans réelle destination, nous appuyant sur les racontars et quelques légendes qui auraient pu nous diriger sur les plus grandes populations de sirènes, et accompagnés de quelques sorciers se disant dotés de grands pouvoirs. Des charlatans qui avaient toutes les peines du monde à cacher qu'ils ne désiraient pas tous aller dans la même directions, leur fierté d'homme prenant largement le dessus sur leur prétendues intuitions.

Tout médium qu'ils étaient, ils ne percevaient pas le plus essentiel de la vie. Daniella était partout autours de moi , je me sentais invincible et eux ne voyaient en moi qu'un vieux rébus. Une nuit, je sortis sur le pont, en pleine averse, réveillant quelques un de mes collègues pour m'accompagner. Les heures passaient alors que nous tenions assis guettant une quel conque ombre. La première ne fut qu'un requin, transpercé à l'aide d'un harpon. Bien trop lourds, nous le laissions à la dérive , encore rattaché au bateau pour pas qu'il ne coule. Mais les minutes passaient, et d'autres silhouettes s'approchaient à leur tours, l'une d'elle fonçait sur l'animal mort arrachant un morceau de chaire à son cadavre, bientôt rejoint par ses congénères. Des visages remontaient à la surface avant de replonger, nous attendions durant tout ce temps jusqu'à être certains d'être cernés de toute part. L'impatience grandissante, le cœur battant de tenir si prés des doigts nos proies, l'un des matelots tira enfin sur les filets, arrachant les sirènes aux griffes de la mer. Beaucoup s'enfuirent sautant par dessus ce derniers mais la pêche fut bonne, pas moins de dix spécimens capturés se tenaient maintenant sur le pont. Le boucan fut tel que les autres matelots remontaient à leur tours, nous observant éberlués. Cela faisait plusieurs semaines désormais, certains commençait même à douter de la véracité de mes dires. Les sirènes ne pouvaient pas exister si personne n'en apportait la preuve. Mais elles étaient là, couchées au sol, se tordant dans tout les sens et essayant de mordre les hommes les plus proches. Toutes créatures magiques qu'elles étaient, elles furent vite maîtrisées, car la volonté des hommes était plus forte.

C'était des colis précieux bien que peu désiré, nous nous devions de les placer dans des grandes bassines d'eau de mer pour qu'elles survivent au reste du voyage. Nous fumes accueillis par les rois du sud en grande pompes, riches, jeunes et dotés d'une infinie curiosité à assouvir, nos proies furent échangées contre leur poid en or. Bien sur, au delà, d'une curiosité à posséder chez soit, les souverains y virent aussi tout un nouveau potentiel commercial, et les 10 spécimens étaient loin de leur suffire. Il fut conclut que nous retournerions en mer avec des outils et des bateaux bien plus efficaces pour une nouvelle pêche de ce type.

Ivres de joie nous passions la journée à terre près des quais, où les bordels et auberges ne manquaient ni de putes, ni de bières. Nous accostions deux jours durant pour procéder à l'échange de bateaux , en remplissions les nouvelles cales bien plus spacieuses de nos richesses récemment acquises et de vivres.

Par manque de confiance nous n'acceptions que peu de nouveaux matelots, assez jeunes et peu expérimentés et nous repartions en mer. Nous étions rapidement devenus de véritables loups, voguant à travers les eaux troubles et sinueuses infestées de sirènes. Et malgré notre sucés et les prix exubérants que nous pratiquions, ces marchandises s'arrachaient partout dans les grandes capitales.

Nous accostions à peine que les marchands se pressaient sur les ports, souvent appartenant à quelques rois ou noble fortuné, cela dit petit à petit notre clientèle commençait à changer, et bientôt je reconnaissais les gérants de bordels ou zoos qui se voulaient plus exotiques que leur compères.

Très sincèrement, les sirènes étaient biologiquement très différentes de nous, elle n'avaient pas d'appareil reproducteurs externes. Je ne savais pas exactement comment cela fonctionnait mais moult de mes matelots avaient essayé de trouver du réconfort auprès de nos captures sans trouver comment assouvir leur besoins et leur bouche n'était que très peu attrayante étant donné la rangée de dents dissuasive qu'elles possédaient. J'avais beau en discuter avec les fameux gérants de bordels, ils trouvaient malgré tout un intérêt à m'en acheter. Je préférais ne pas trop penser à ce qu'ils s'amusaient à en faire. En réalité, hors de l'eau, ces créatures ne représentaient que des nuisibles inutiles à mes yeux.

Plusieurs mois étaient passés, et j'éprouvais le besoin d'envoyer des lettres et des sommes d'argent considérables à celle qui fut autrefois la seul femme qui partageait ma couche. De l'or, j'en possédais bien plus que je ne pouvais en dépenser et ce qui était à la base une vengeance était devenu mon gagne pain. On pouvait dire que ma vertus ne valait pas plus que celle des putains que je payais chaque fois que je touchais terre.

Mes voyages devenaient une mascarade, persuadé encore de faire le bien. Mais je les voyais bien ces sirènes , de plus en plus jeunes, de plus en plus apeurées, elles n'étaient pas les bêtes sauvages qui avaient attaqué ma fille quelques années auparavant.

Combien d'années j'aurais pu poursuivre ce massacre encore? Il faisait nuit tandis que nous sortions des filets une nouvelle rasade de sirènes, encore saignantes des nombreuses blessures que nous leur avions infligées et entassées pelles mêles sur le pont. Nous nous apprêtions à les glisser dans des bassines lorsque j'aperçus cette petite. Elle avait les cheveux bruns et humides, la peau bleu sans doute par manque de souffle, et le même visage que Daniella, elle ne devait pas être beaucoup plus âgée que l'enfant qu'elle avait été la nuit de son décès. Je la pris et la mis dans l'eau de la bassine. L'enfant se tortillait essayant de glisser sa tête sous l'eau, nous nous donnions plus vraiment la peine de faire ça bien.

Fatigué je regagnais ma cabine. Les rois nous avaient offert 4 bateaux et j'étais devenu le capitaine de l'un d'eux. Cette confrontation me rappelait combien j'étais seul et combien j'étais peu comblé. Je venais de fêter mes 46 ans, un vieillard, et tout ce à quoi j'aspirais, le calme, la sérénité, une famille aimante et la réussite de cette dernière, tout cela n'existait plus désormais.

Juste le froids, l'humidité et le bois de cales devenu rouge du sang de ses victimes, voilà ce que j'affrontais désormais. Chaque jours, je procédais à un contrôle pour voir combien de sirènes nous avions perdues. La petite se battait pour survivre dans sa boite, savait-elle ce qui l'attendait? La mort était plus douce.

Elle était revendu le lendemain avec les autres.

L'alcool devenait la seule caresse acceptable contre l'enfer qu'était le flot répétitif des mers. Les mêmes sirènes, les mêmes hommes qui les rachetaient sachant que leur valeur serrait rapidement mise à profit. Et en face d'eux, moi, qui comprenait petit à petit que ça ne les ramèneraient pas.

J'étais admiré par mes matelots plus jeunes et c'était mon seul réconfort. Je les rendais plus riche pour bien peu d'effort, ils étaient rares ceux qui mourraient d'épuisement ou de l'attaque des sirènes, quelques mauvaises grippes tout au plus. Ils étaient pour la plupart voués à une vie de servitude sur les champs ou de vols pour les plus mauvais. Mais j'étais trop vieux, il fallait que je trouve un autre homme pour prendre ma place. Je n'en avais plus grand chose à faire pour être totalement sincère, alors je leur proposais de partir sans moi pour leur prochain voyage.

Ils étaient heureux, insouciants du mal qui avait été fait à mon village, et de celui qu'ils faisaient désormais au peuple des mers. Ces hommes étaient jeunes et avaient encore du temps pour se trouver une raison de vivre, et moi aussi j'avais l'espoir de pouvoir encore faire certaines choses.

Le sud était un climat qui m'avait été méconnu et que j'aurais trouvé trop délicat auparavant, mais les récents événements et les moins récents me poussaient à chercher une certaine forme de douceur qu'elle fut ou non qu'en apparence. Les premiers jours furent étranges entre le repos et l'ennuie. L'argent m'évitait bien des efforts inutiles, le bois était déjà coupé et livré chez moi, et je pouvais manger où et quand il me plaisait mais je disposais de temps à foison et les putains commençaient à devenir une distraction lassante.

Les jours passaient et avec eux la certitude grandissante d'avoir un seul regret. J'écumais quelques bordels du quais, refusant les propositions des filles qui me reconnaissaient bien, avant de trouver enfin le marchant que je voulais tant revoir. Il ne s'exposait pas énormément, ayant bâtis un empire qui l'avait rendu fortuné lui aussi. Mais l'homme était prêt à me recevoir puisque je jouissais d'une excellente réputation et surtout des bonnes grâces de pas mal d'hommes influant.

Il était gras et recouvert de bijoux. Mais sa nouvelle position n'avait pas effacé le teint allé d'un passé de travailleur. Nous échangions comme de vieux amis, et nous l'étions en quelques sortes, il voulait quelque chose de moi et je voulais quelque chose de lui. Nos attentes mutuelles furent d'ailleurs bien reçues.

-Je t'ai vendu une petite il y a quelques temps.

Mon marchand était un homme rusé, et c'était bien pour cette raison qu'il était aussi aisé. Il ne fut nullement étonné de ma demande.

-Je sais, je l'ai vu, que tu ne voulais pas la vendre celle-ci. Ce n'était qu'une enfant, je t'ai trouvé bien cruel de le faire d'ailleurs.

-Oh voyons, de vous à moi, nous savons très bien que vous êtes mal placé pour évoquer une jugement à ce sujet. J'aimerais te la racheter.

-Ce ne sera pas possible, je suis un homme bien riche, tout comme vous. Je n'aurais que faire de votre argent. Toute fois, un échange raisonnable de bons procédés serrait bien accueillit.

-Ecoute Paul, toi et moi, nous nous devons beaucoup. Je sais à quel point cela compte pour toi d'avoir une place plus privilégié au sein de notre monarchie, tout comme tu sais que le vieil homme que je deviens nécessite de trouver un héritier.

Il y avait des moments pour les vouvoiements mais là un rapprochement stratégique s'imposait, le tutoyer devait paraître naturel.

-Oui, bien sur, même si tu ne me feras pas croire que tu vas essayer d'engrosser ce poisson. Nous savons tout les deux, moi plus que toi, que cela n'est pas possible. Tu me recommanderas donc pour festoyer avec la petite bourgeoisie et dés demain je t'enverrais ton colis. Tu as de la chance, je l'ai gardé en bon état. Ce n'est pas le cas de ses semblables.

Je n'aurais pas cru que j'aurais pu un jour vouloir sauver la moindre de ces bestioles. Elles m'avaient tout pris, mais mon cœur endeuillé était devenu plus sensible aux misères de ce monde et bien que j'ai toujours voulu le nier, si je n'avais pas infligé de sévices innommables à ses créatures ce n'était pas parce que cela était impossible comme il m'arrangeait de le croire mais bien parce que même dans ma plus grande haine j'en aurais été incapable. J'avais été hypocrite de surcroît en les vendant à des hommes qui eux en étaient parfaitement capables de les torturer mais j'avais fait ces choix et je n'étais plus à même de faire marche arrière.

La sirène fut déposée chez moi, le lendemain comme promis et comme je l'avais garantis à mon tours, j'avais resserré les liens du marchand avec la famille royale.

Elle était frêle et l'éclat de son regard semblait éteint. Je la regardais longuement dans son écrin d'argent et de verre. De pêcheur, j'étais devenu le public que ciblait cette marchandise. Un homme dont la solitude importait plus que la vie d'une autre créature vivante. Je portais la sirène jusque l'étang qui juxtaposait ma demeure et laissait dans l'eau. En réalité, elles ne craignaient pas les différences que supposaient l'eau douce ou l'eau salée. D'après des études, elles préféraient même les petits étang mais ceux-ci ne leur offraient pas de refuge où se cacher après leur méfaits.

La sirène était méfiante dans son étang, j'aurais même dit qu'elle était franchement angoissé de me savoir assez proche. Maintenant qu'elle était dans l'étang de mon jardin je ne me rappelais plus vraiment quel était mon but premier. J'aurais pu lui rendre sa liberté, mais combien de chance avait-elle d'être capturé à nouveau?

Alors je n'interagissais avec elle qu'une fois la nuit tombé venant déposer un animal que j'avais chassé plus tôt dans la journée pour elle. Les premiers jours, l'animal fut ignoré, puis tout juste mordu, par désespoir je suppose, mais une fois, il disparut tout à fait, et lorsque je le retrouvais deux à trois jours plus tard, il ne restait plus que les os. Je n'aimais pas cette vision mais je persévérais comme si j'avais besoin de m'infliger cette douleur pour être à même de me pardonner. Daniella ne m'apparaissait presque plus mais depuis que je m'étais installé, il m'arrivait de la voire. Elle était assise sur le banc du jardin ou alors elle regardait le potager presque toujours songeuse.

-Je suis désolé.

Je m'excusais, et m'excusais encore dés que j'apercevais sa silhouette. Une fois j'étais plus proche de l'habitation de la sirène, alors elle regardait dans ma direction et fit mine de s'approcher du bord de l'eau.

-Vous... douleur...

On m'avait dit que certaines sirènes savaient parler notre langage mais il m'était difficile de concevoir qu'elle qui avait été sortie de l'eau si récemment pouvait babiller quelques paroles. Je ne répondais pas, la regardant sans comprendre où elle voulait en venir. J'étais même étonné qu'elle veuille m'adresser la parole mais elle n'ajoutait rien cette fois-ci et retournait s'immerger dans les profondeurs du petit lac.

De temps à autres, j'ajoutais une babiole au colis que je déposais pour la sirène. Je me doutais qu'elle devait s'ennuyer et aspirer à d'avantage qu'à l'ennuie mortel auquel je la condamnais.

La première fois ce fut une boite. Ma fille en possédait une , où elle pouvait ranger tout ses secrets. Bien sur, les seules secrets que la sirène pouvait cacher étaient ceux que je lui apportais, étonnamment je pense que la première chose qu'elle y avait caché était un crâne de chat. A mon grand désarrois, les petits félins étaient ses repas favoris. Je me rappelle la première fois, j'étais venu un matin ramasser la carcasse d'un animal qu'elle avait dévoré mais j'avais aperçu ses petits yeux perçants qui dépassaient de l'eau en me guettant patiemment. Elle avait désigné du doigt les restes d'os et avait dit tout simplement "chat".

J'avais continué de lui apporter des cadeaux une fois par mois et en fonction de ce qui m'inspirait. Souvent je passais devant ces rues marchandes et je me rappelais le temps que passait Daniella devant les boutiques de jouets où lorsqu'elle apercevait une belle robe. Il y en avait une qui lui aurait plus, une petite robe victorienne bordeaux, sertie d'un magnifique petit chapeau noir à plumes. Je les déposais au bord de l'étang. Le soir, la sirène m'interpellait à son sujet.

-Humain! Comment appeler ça?

-C'est une robe.

Elle me regardait longuement.

-Encore douleur sur ton visage.

-Excuse-moi?

Je m'approchais de l'enfant sans comprendre où elle voulait en venir.

-Tu es bête! Je sais ce que sirènes avoir fait à ta ... petite humaine. Les hommes beaucoup parler de l'homme qui attrapait les sirènes. J'ai avoir chance que toi avoir oublié mais toi devoir pas oublier toi et moi maintenant. Toi devoir vivre ou mourrir, pas sous vivre.

Je m'essayais au bord de l'eau.

-C'était ma fille. Rien ne peut la remplacer.

-Qu'est-ce que fille, vous souvent parler de ça mais cela avoir trop de sens différents.

-Les filles, c'est des créatures plus comme toi que comme moi. Elle font les enfants et nous on les aide. Et nos filles, ce sont nos enfants.

-Je pas comprendre mais vous avoir importance pour enfant plus que pour grands humains.

-Vous n'avez pas ces liens avec vos parents.

-Pas comprendre, enfants être lents et fragiles chez sirènes, nous les protéger pour groupe plus grand. Groupe plus grand, nous devenir plus fort.

-Ça a un peu sens j'imagine. Bon, je vais pas t'embêter plus longtemps, je t'ai laissé ta robe si tu veux l'essayer.

-Moi, t'avoir dit, moi avoir que toi. Toi arrêter de m'éviter même si triste parce que toi tuer sirènes. Toi m'aider à mettre robe.

C'était un peu comme cela, que nos liens c'étaient un peu rapprochés. Du moins, nous n'étions plus des étrangers partageant le même toit.

-J'aimerais bien que tu arrêtes de m'appeler humain, mon nom est Aaron. D'ailleurs comment suis-je sencé t'appeler?

-Toi m'appeler comme toi vouloir, moi nom être trop difficile à prononcer pour humain Aaron.

-Non, tu n'es pas un animal de compagnie ou un objet. Dis-moi ton prénom je me donnerais la peine de le prononcer correctement.

-Toi pas comprendre. Nom pas avoir d'importance, vivre important, pas douleur important. Nom pas avoir d'importance. Vous humain trop compliquer, vous dire "chat" pour "chat", nous dire "elijah" alors elijah , un autre dire dere alors dere, nous comprendre quand même.

-Tu veux que je te donne un prénom alors.

-Oui.

-Oriana. Je pense que ce nom te va bien.