Blablabla : Euh oups. J'ai un peu traîné parce que pris du retard sur les Monstres à cause d'un putain de chapitre qui m'a vraiment donné du fil à retordre. Enfin bref, voilà la suite.

Réponse aux commentaires :

IceQueen38 : ah ah, contente que ça te plaise autant. Je crois qu'il y a une fonction abonnement prévue par le site… hein, quoi ? Tu es déjà abonnée ? XD (oui, bon, c'est la fatigue, m'en veux pas ^^)

LadyVolderine : J'avoue que ce début un peu particulier s'est imposer à moi de lui-même. Je trouvais ça rigolo, ça m'inspirait bien alors zou. Et puis Jedusor est un humain, avec des besoins humains. Ouais, j'aime bien casser son image de beau brun ténébreux aseptisé. Contente que mon style te plaise ! Pour la mystérieuse amnésique… Je suis très fière de moi. Mais je n'en dirais pas plus !

Alex Azurion : Contente que ça te plaise :)

Andouille : Non, pas vraiment la meilleure période. Et puis se diriger gentiment vers l'Europe Centrale en 1944, il y a mieux. Pour les identités des différents personnages… tu verras ;)

AlleChronos : Super, parce que c'est justement le but d'un premier chapitre : mettre en place les perso, le cadre, l'intrigue. J'espère que la suite te plaira tout autant !


Chapitre 2 : La peur du beau brun

Une torpeur pesante avait envahi le wagon. Des ronflements gras perçaient çà et là. La majorité des voyageurs dormaient en cette heure tardive ou à défaut d'atteindre les bras de Morphée, somnolaient. Exception à cette règle : le beau brun assis devant elle et potentiellement futur mage noir. Il n'accordait cependant aucune attention à l'adolescente, lui préférant un épais ouvrage sur les dragons. Peut-être était-ce une ruse. L'adolescente se jura qu'elle devrait rester méfiante. Si jamais ce beau brun, qu'elle suspectait de n'être autre que Tom Jedusor, plus connu sous le nom de Voldemort, découvrait qu'elle venait d'un futur où il n'était que le méchant d'un livre pour enfant...

C'était ridicule. Toute cette histoire n'était qu'un mauvais rêve et elle n'allait pas tarder à en sortir. Elle retrouverait son nom, sa famille, un chat peut-être ou bien un gentil chien bien baveux. N'est-ce pas ?

L'adolescente s'avisa alors qu'une jeune fille, de l'autre côté de l'allée centrale, la dévisageait avec une intensité dérangeante. Ce n'était qu'une voyageuse isolée d'une vingtaine d'années, mais l'adolescente ne put s'empêcher de frissonner. Et si, Jedusor, dans un objectif de camouflage, s'était jeté une illusion pour ressembler à une fille ? Ridicule...

Pourtant l'adolescente baissa les yeux et commença à se triturer nerveusement les mains. Elle tenta de faire le point sur sa situation. Elle avait la certitude de venir de 2012. Elle pouvait même se souvenir des différentes dates qui avaient marqué l'histoire moldue.

1947 : début de la guerre froide.

1953 : mort du dictateur totalitaire et sanguinaire Joseph Vissarionovitch Djougachvili plus connu sous le nom de Staline.

1957 : première mise en orbite d'un satellite par les soviétiques, le Spoutnik 1.

1961 : scandale de la baie de cochon, construction du mur de Berlin la même année, mur qui chute en 1989.

1985 : Gorbatchev devient le dernier dirigeant de l'URSS.

1991 : fin de l'URSS. La Russie passe aux mains de Boris Eltsine avant d'être dirigée par Vladimir Poutine.

Tant de dates et d'histoire parfaitement inutiles en 1944. Mais comment pouvait-il en être autrement alors que l'on provenait d'un lointain futur ?

Dans ce futur, une saga pour enfants avait eu un succès planétaire : Harry Potter. L'adolescente connaissait bien le monde dans lequel se déroulait les aventures du petit sorcier, elle devait donc raffoler de cette histoire. Du moins, le supposait-elle. Car elle ne conservait aucune image de son passé, avant sa rencontre percutante contre un voyageur irritable.

Son estomac se tordit douloureusement. Qui était-elle ? Quel était son nom, son histoire ? Pourquoi sa mémoire n'était qu'un vide insondable et angoissant ? Et pourquoi diable, elle s'était retrouvée dans le monde de Harry Potter ? Le rêve demeurait la seule explication plausible, à ceci près qu'il commençait à se faire trop long et trop réaliste.

Et pourquoi le hasard voulait-il qu'elle rencontrât précisément Dorea et Charlus Potter ? Le hasard ou son inconscient ? Tant de questions... Et pas la moindre réponse ! De nouveau, l'adolescente sentit la panique montait en elle. Elle se força à respirer profondément. Qui était-elle ? La vitre ne lui renvoyait qu'une image flou de son visage. Elle ne connaissait même pas son visage !

Le cœur battant à tout rompre, l'adolescente se leva. Se faisant, elle tira Charlus Potter de sa somnolence, qui lui jeta un regard inquiet.

— Je vais seulement aux toilettes, précisa l'adolescente toujours en russe.

Au moins, dans son malheur, elle avait trouvé la protection sûre d'un Auror, ancêtre ou presque de Harry Potter. Une interrogation assaillit alors l'adolescente : pourquoi Dorea et Charlus Potter voyageaient-ils dans la grande salle, alors qu'ils avaient certainement les moyens pour voyager dans de meilleures conditions ? Que cachaient-ils ? Et était-ce prudent de les suivre à Dijon ou serait-il préférable de poursuivre jusqu'à Bucarest, comme l'indiquait son billet ?

L'adolescente retint une grimace devant l'état douteux des sanitaires. Mais le choc vint de l'image que lui renvoyait le miroir. Elle n'était qu'une toute jeune adolescente, au visage encore empreint des rondeurs de l'enfance. Elle fut également frappée par sa beauté, par la perfection de ses traits. Un petit nez busqué, un teint frais exempt de l'acné qui ravageaient pourtant bien des peaux jeunes, de grands yeux noisette. Elle avait en résumé, un minois qui aurait fait bien des envieuses. Elle portait des cheveux longs, dorée et brillants, rassemblés en de lourdes tresses un peu défaites. Sa robe noire, toute sobre, ne parvenait à cacher les proportions très équilibrées de son corps, tout en rondeur et en douceur.

Était-ce bien elle ? Non. Encore une fois, ce n'était qu'un rêve. Alors, puisqu'il s'agissait d'un rêve, pourquoi n'aurait-elle pas un corps de rêve ? Si son corps se pliait à ses désirs, en allait-il de même de sa magie ? Était-elle sorcière ?

L'adolescente fouilla ses poches à la recherche d'une baguette. Elle n'y trouva que quelques noises, son billet de train et une chocogrenouille à moitié fondue.

Lorsqu'elle revint s'asseoir, la plus grande perplexité ravageait son cerveau.

— Un problème ? s'inquiéta Charlus.

L'adolescente hocha négativement de la tête. Que devrait-elle faire ? Poursuivre jusqu'à Bucarest ou bien céder à la tentation de suivre le couple et la sécurité qu'on lui promettait ? Alors qu'elle laissait reposer se tête contre la froideur de la vitre, elle ne put s'empêcher de frémir. Le regard perçant de l'étrange jeune fille d'à côté lui brûlait la nuque.

Elle n'eut pas le temps de prendre une décision que la voix sortie de nulle part prévint de l'arrivée imminente en gare de Dijon. Une agitation endormie s'empara des voyageurs fatigués par une mauvaise nuit de sommeil — le jour ne se lèverait pas avant plusieurs heures.

Dorea et Charlus Potter rassemblèrent rapidement leurs affaires — deux maigres valises qui avaient vu de meilleurs jours — et se tournèrent vers l'adolescente. Que faire ?

— Il serait plus prudent pour toi de venir avec nous, dit Charlus d'une voix douce.

Oui. Peut-être... Vraiment ? Pourquoi son billet poursuivait jusqu'à Bucarest ? Obtiendrait-elle des réponses à ses questions en se rendant dans la ville lointaine ? Pouvait-elle prendre le risque de traverser seule des régions en guerre menacées par un terrible mage noir, alors qu'elle n'était qu'une gamine ? Une gamine venant au moins du futur, si ce n'est d'un autre monde. Elle ignorait même si elle était sorcière !

L'adolescente se leva, décidée à les suivre. Le brun à la mine austère qui était assis en face d'elle se leva également, à l'instar de la jeune fille au regard d'aigle. L'adolescente prit sa décision. Son billet était le seul indice qu'elle avait sur sa situation.

— Je reste.

Charlus Potter n'argumenta pas longtemps.

— Tu es courageuse, dit-il avec un sourire désolé.

Et lui était Gryffondor. Le courage était certainement une qualité qu'il respectait, même lorsque celui-ci frôlait l'inconscience la plus irraisonnée. L'adolescente savait que sa décision était folle, qu'il était suicidaire de vouloir poursuivre. Mais elle le devait, elle en avait la plus intime conviction. Bucarest. Ce nom tournait dans sa tête comme une promesse de salut.

— J'ai un jour lu une histoire sur une courageuse Livoniene, Nadia, qui entreprenait seule un périlleux voyage. J'espère que le tient sera plus paisible.

Le train était désormais arrêté. Le couple échangea un regard. Elle eut l'étrange sensation que c'était bien plus que cela. Doréa se tourna vers l'adolescente d'un air qu'elle voulait détendu. Une certaine tension transparaissait derrière son sourire.

— Tu risques d'avoir froid...

Doréa détacha la fibule de sa cape de feutre et la tendit à l'adolescente. Elle tira également un petit paquet de son sac à main et y glissa discrètement quelques pièces.

— Tu risques aussi d'avoir faim.

L'adolescente se saisit des présents, les joues un peu rougie par la gêne. Elle voulut les remercier mais le couple se dépêchait déjà de sortir. Le train n'allait pas tarder à repartir. D'abord songeuse, l'adolescente s'enveloppa finalement dans la cape, savourant le doux parfum de violette qui y plainait encore. Elle était chaude grâce au feutre de bonne qualité mais également grâce à la doublure en soie qui recouvrait l'intérieur. Ainsi lovée dans la cape douillette, bercée par le ronronnement régulier du train et débarrassée autant de l'inquiétant jeune homme que de la perturbante jeune fille, l'adolescente sombra dans un sommeil profond.

oOoOoOo

Une désagréable surprise l'attendait à son réveil. Si la banquette en face d'elle demeurait libre, elle avait gagné une nouvelle voisine. La jeune fille au regard d'aigle.

– Michalina, se présenta-t-elle en tendant la main.

Incertaine, l'adolescente s'en saisit. En vérité, elle ne rêvait que de prendre ses jambes à son cou. Lorsque ses doigts effleurèrent la paume de Michalina, une sensation irritante de chaleur remonta son bras, son épaule, pour venir imprégner sa nuque et sa tête. La vision fugitive d'une explosion submergea l'adolescente qui retira vivement sa main. Michalina fronça légèrement les sourcils.

– Normalement, tu es censée te présenter, dit-elle dans un russe parfait.

– Je euh... Nadia.

C'était le premier nom qui lui était passé par la tête. L'image de jeune couple s'invita dans son esprit et l'adolescente regretta amèrement de ne pas les avoir suivis.

– Eh bien, Nadia (elle insista sur le prénom comme pour signifier son scepticisme), je pense que nous allons faire un bout de chemin ensemble.

L'adolescente se mordilla la lèvre, hésitant sur la réponse à apporter. Le sourire de Michalina s'agrandit.

– Tu n'as pas à me craindre, je ne te veux aucun mal Nadia. Tu m'intrigues un peu, il est vrai. Mais avant tout, je m'inquiète pour toi. Il n'est guère prudent pour une gamine de ton âge d'être seule. Or, la providence veut que nous ayons la même destination...

Nadia opina faiblement. Malgré l'air sincère de Michalina, elle ne pouvait s'empêcher s'éprouver un certain malaise. Contrairement à ce qu'elle redoutait cependant, Michalina ne l'interrogea pas plus sur les raisons de son voyage. Bientôt, Michalina lui préféra la lecture d'un livre vraisemblablement de facture moldue, dont l'auteur était un certain Henryk Sienkiewicz. Quant au titre, il était en polonais : Krzyżacy. Si Nadia reconnaissait le polonais, elle ne le comprenait pas.

Le jour se leva peu avant Metz. Le train, très loin d'être un express, semblait prendre un malin plaisir à s'arrêter à la moindre des gares, parfois même lorsque celle-ci se perdait au beau milieu des champs ou des vignes. Les passagers changeaient donc régulièrement de tête, alternant les personnes âgés à la respiration sifflante, les hordes de marmots bruyants et les amoureux brûlant de consumer leur passion — ceux-là s'attiraient régulièrement des regards noirs de la vielle femme aux aiguilles à tricoter qui avait repris son ouvrage. Le plus étrange était que nul ne semblait se préoccuper de la guerre qui faisait encore rage côté moldu, ni même de Grindelwald toujours en activité. Michalina lui apprit que le train était le moyen de transport le plus sûr en cet époque troublée, que de très nombreux sortilèges de desillusion et de protection avaient été placés sur les wagons. En plus de ces précautions, des Aurors patrouillaient régulièrement. Même un mage noir de l'ampleur de Grindelwald ne risquerait pas de s'y attaquer. D'autant plus qu'il ne transportait, en théorie du moins, que des civils sans le moindre intérêt. Malgré elle, Nadia songea à la catastrophe du Titanic. Ce n'était pas pour la rassurer.

Le train s'arrêta une nouvelle fois. Cette fois, pas la moindre trace de gare, aussi petite fût-elle. Il n'y avait guère que les chênes et les épicéas de la forêt alsacienne.

– En raison d'un troupeau d'hyppogriffe signaler sur la voie, notre train est arrêté. Pour votre sécurité, veuillez ne pas tenter de descendre.

– On n'a jamais qu'une heure de retard, marmonna Michalina.

Nadia acquiesça. Elle sentit ses commissures s'étiraient légèrement. Quelque fût l'époque ou le monde, les trains seraient toujours en retard.

Une autre déconvenue les attendait en gare de Strasbourg et celle-ci était bien plus inquiétante. Deux jeunes hommes s'assirent précisément sur la banquette libre, en face de Nadia et Michalina. L'un d'eux, d'un blond cendré, avait une large carrure, tandis que le second, tout aussi grand mais beaucoup plus sec et nerveux, se distinguait avant tout par ses traits harmonieux et ses yeux d'un bleu très profond, presque hypnotique. Et il était brun. Et âgé d'une vingtaine d'années.

Les battements du cœur de l'adolescente s'accélérèrent alors qu'elle cherchait frénétiquement dans sa mémoire la couleur des yeux de Jedusor. Noir, il était noir, avant d'être injecté de sang puis complètement rouge. Le beau brun devant elle n'était pas un futur mage noir sanguinaire. Alors pourquoi sa nuque la picotait furieusement ?

Ils parlaient en anglais. Du moins, c'était surtout le brun qui parlait. Le blond écoutait, le visage fermé. De temps à autre, il opinait.

Michalina, elle, ne semblait pas s'en inquiéter outre mesure, toujours plongée dans la lecture de son livre moldu.

Le soleil commençait à briller avec force sur le paysage industriel de la Ruhr ensevelie sous la neige, lorsque Michalina se leva. Nadia sentit la panique montait en elle à l'idée d'être laissée seule en compagnie des deux anglais — dont l'un était potentiellement Jedusor, au détail près des yeux.

– Je vais juste nous chercher à manger, la rassura Michalina.

Et Nadia avait bien envie de l'accompagner. Ou plutôt de fuir les deux anglais.

– Je préfère que tu restes ici, précisa Michalina.

Nadia préférait au contraire éviter de rester seule.

– Je ne leur fait pas confiance, ajouta Michalina. Il serait plus prudent que tu surveilles nos affaires.

Et qui veillera sur moi ? Pensa nerveusement Nadia alors que Michalina s'éloignait. Elle se laissa retomber sur son siège. Elle n'avait même pas la moindre baguette pour se défendre.

L'attente lui sembla interminable. Nadia se triturait nerveusement les mains, n'osant pas lever les yeux, de crainte de rencontrer le regard magnétique de son vis à vis. Les secondes s'étiraient de plus en plus lentement. Même le balancement du train, pourtant si régulier, semblait avoir ralenti. Un rire la tira malgré elle de la contemplation de ses doigts entortillés. C'était le brun. Le blond, plus austère, plus sérieux aussi, ne semblait pas goûter à la plaisanterie. À la fois arrogant dans son maintien et désinvolte dans sa posture, le brun répondit en détachant soigneusement ses mots. Puis son regard croisa celui de Nadia.

Affolée, l'adolescente baissa les yeux. Sa terreur monta d'un cran lorsqu'il s'adressa à elle, dans un russe un peu traînant, avec une accentuation particulièrement marquée :

– Avec mon ami, nous nous demandions pourquoi nous te faisions si peur... Nous ne sommes pas méchant tu sais ?

Sa voix veloutée hérissa la nuque de Nadia. Le souffle court, tentant de conserver sa contenance, elle releva la tête.

– Vous vous trompez. Vous ne me faîtes pas peur.

Vous me terrifiez, songea-t-elle.

Le brun eut un sourire condescendant. Il n'était pas dupe. Nadia jeta nerveusement un regard par-dessus son épaule dans l'espoir vain de voir arriver Michalina. Le geste n'échappa pas au brun. Il se pencha dangereusement vers l'adolescente affolée.

— Crois-tu que je serais stupide au point de m'en prendre à toi au beau milieu d'un train ? murmura-t-il dans un souffle.

Les mots se coincèrent dans la gorge de Nadia. À peine osait-elle respirer. Le blond marmonna quelques paroles incompréhensibles à son compagnon qui soupira. Il perdit quelque peu son air machiavélique en levant les yeux au ciel de manière assez théâtrale. Il répondit au blond sur un ton ennuyé avant de s'adresser à nouveau à Nadia — plus sérieusement cette fois-ci.

– En vérité, nous ne te voulons aucun mal. Mais tu ferais mieux de te méfier de ton amie. Il y a quelque chose... d'étrange chez elle.

Il se pencha de nouveau vers l'adolescente qui demeurait pétrifiée.

– Oui, méfie-toi..., commença le brun d'un ton très bas.

Sa main effleura accidentellement les doigts de Nadia. Des voitures en feu. Non, elle était dans le train ! Une foule paniquée. Le brun lui parlait ! Une arène empestant la sueur et le sang. La douleur des muscles meurtris. L'amertume d'une situation désespérée...

Cette fois-ci, le brun la dévisageait avec une franche inquiétude.

– Ça va petite ?

Non ça n'allait pas ! Nadia devait retrouver Michalina en vitesse. Elle se leva, pressée de fuir. Sa tête douloureuse lui tourna soudain. Un horrible vertige la saisit. Elle sentit ses jambes se dérober sous elle, mais elle ne reçut jamais la dureté du sol. On l'avait rattrapée.

Le ciel était voilé par des nuages menaçant. Au sol, seuls quelques braseros macabres de carcasses de voitures éclairaient les ruelles ravagées. La ville semblait déserte. Ce n'était qu'une apparence. Parmi les ombres qui dansaient sur les impacts de balles, des corbeaux aux plumages d'encre dévoraient goulûment des cadavres d'enfants.

Nadia se dégagea vivement des bras du brun. Dans sa panique, à peine remarqua-t-elle que tous les regards se rivaient sur elle. Une seule idée l'obnubilait à présent : fuir. Fuir le plus loin possible. L'odeur infâme de la putréfaction l'étouffait au plus profond de sa gorge et il lui semblait qu'elle la poursuivrait à jamais.

Nadia fit volteface. Un regain d'espoir secoua son cœur. Michalina était de retour. L'adolescente se précipita vers son amie ou plus exactement, vers sa protectrice. La seule, du moins, à qui elle osait se rattacher dans ce monde nouveau où elle ne comprenait plus rien.

– Michalina ! Je veux partir de ce wagon. Il faut fuir, tout de suite !

À la limite de l'hystérie, sa voix montait dans les aiguës. Michalina conserva son calme glacial. Elle saisit le bras de l'adolescente et la secoua durement.

– Nadia ! Ressaisis-toi !

Des explosions. Il y avait des cris de panique et de douleurs. Le feu se rapprochait dangereusement d'elle. Elle sentait la chaleur pénétrait dans sa peau, s'immiscer jusque dans ses os, pour ronger ses vertébrés et les faire éclater dans la douleur.

Un vive lumière l'aveugla. Puis ce fut le noir.

oOoOoOo

Une horrible migraine torturait Nadia lorsqu'elle reprit connaissance. Elle demeurait de longues minutes immobiles, s'illusionnant dans la douce chaleur de la cape à la doublure soyeuse, qu'elle se trouvait en sécurité. Les grincements ponctuels du train la ramenèrent à la cruelle réalité. Pourtant, elle voulait rester, quelques instants encore, dans cette enveloppe protectrice aux fragrances sucrées de violette.

La rumeur d'une conversation en anglais la tira finalement de son cocon.

Elle découvrit qu'on l'avait assise sur une place à côté de la fenêtre, au fond de la grande salle qui avait retrouvé son agitation de pleine journée. Face à elle, il n'y avait plus que les boiseries antiques du train sorcier et un jeune homme. Un beau brun. Encore. Cette fois-ci cependant, Nadia se jura de ne pas paniquer. Les dernières images qu'elle avait eu avant de perdre connaissance revinrent alors dans sa mémoire. Elle frissonna. Qu'est-ce que cela signifiait ? Elle n'avait pas la moindre explication.

Michalina devisait pour l'heure avec le beau brun, en anglais. L'impression dérangeante de voir deux fauves se tournaient autour pour mieux s'entre-déchirer par la suite assaillit Nadia. Son malaise s'accentua lorsque Michalina se tourna vers elle.

Michalina lui tendit du chocolat.

– Mange, ça te fera du bien.

Nadia s'en saisit, hésitante. Une fois de plus pourtant, elle fut stupéfaite par les vertus apaisantes que quelques carreaux de chocolat noir pouvaient avoir sur son système nerveux.

— Que s'est-il passé avec les deux américains ? demanda Michalina d'un ton préoccupé.

Nadia se mordilla les lèvres. Son regard s'égara sur le troisième beau brun qui lui servait de vis à vis depuis qu'elle était arrivée.

– Ne t'inquiète pas pour lui, dit Michalina avec un certain mépris. Notre petit Lord ne comprend pas le russe.

Lord ? Nadia blêmit violemment. Oui, il correspondait en tout point : grand, mince et extrêmement séduisant. Ses yeux noirs étaient retourné à un ouvrage traitant de l'art de Ved'ma, ces sorcières russes qui entraient en contact avec les esprits. Un livre bien innocent donc, entre les doigts longs et délicats d'un sorcier qui ne l'était absolument pas.

– Ne te préoccupe pas de lui, siffla durement Michalina.

Son ton se radoucit devant l'air choquée de l'adolescente.

– Je veux dire... ce qui s'est passé est très préoccupant. Je suis désolée de t'avoir parlé ainsi, mais je m'inquiète pour toi.

Elle eut un sourire qu'elle voulait rassurant.

– J'ai besoin que tu me racontes ce qui s'est passé pour mieux comprendre et t'en protéger.

Malgré le désagréable gant de crin qui lui hérissait la nuque, Nadia lui rapporta ce qu'elle avait vu. Si elle ne faisait pas confiance à Michalina, elle ne parvenait pas non plus à s'en défier totalement. Michalina était la seule personne susceptible de l'aider. Plus encore, elle était son unique rempart contre ce nouveau monde qui l'effrayait tant.

Se retrouver dans un livre pour enfant était décidément bien effrayant. Surtout quand on n'avait pas la moindre idée de comment en sortir.

Michalina resta songeuse. Nadia se demanda si Michalina avait réellement existait dans le livre ou si ce n'était qu'une invention de son imagination pour l'aider à achever une sorte de quête. Si Michalina avait existé, était-elle censée rencontrer le futur plus grand mage noir de tous les temps dans ce train, ou bien Nadia avait-elle forcé cet événement. Si oui, quelles en seraient les conséquences ?

Nadia s'aperçut alors que son vis à vis, suspecté cette fois-ci de manière dramatiquement crédible d'être Lord Voldemort, la fixait à la sauvette par-dessus les bords épais de son livre. Or, il était legilimens. Un éclair de peur électrifia Nadia. Elle se força à penser à tout et surtout, à n'importe quoi.

Popeye et les petits lapins blancs. Les lapins, ça doit bien aimer les épinards, non ? Même ceux vomitif, qui ne sont guère plus qu'une bouillie verdâtre au goût immonde que l'on trouve dans les boîtes de conserve ? Popeye et les petits lapins blancs empoisonnés à la toxine botulique. Pas forcément à cause des épinards d'ailleurs, puisque cette toxine provient de la viande et non de verdures. Peut-être que les lapins blancs ont subi des injections de botox pour perdre leurs rides. Peut-être que ce sont des lapins de laboratoire. Oh, le pauvre petit, il a du rouge à lèvres sur les yeux. Ça le brûle. En combien de temps un lapin disparaît dans un bain à base d'acide nitrique et d'acide fluorhydrique ?

Le futur mage noir leva un sourcil circonspect. Il marmonna quelques paroles à l'intention de Michalina qui haussa les épaules, pensive. Elle lui répondit, toujours en anglais. Puis il retourna à son livre.

– Il pense que tu es un peu toquée, retransmit Michalina.

Un certain soulagement gagna Nadia. Sa stratégie avait fonctionné. Son soulagement fut de courte durée. Et si elle était vraiment perturbée ? Comment expliquer autrement toute cette aberration qu'elle vivait depuis de longues heures déjà, dans ce maudit train tout droit sortie d'un livre pour enfant, hanté par des visions de cauchemars ?

– Et toi ? demanda-t-elle la gorge serrée.

– Je pense que tout ceci est intriguant et ne doit pas être pris à la légère, murmura Michalina à voix très basse. Ne parle à personne d'autre que moi des visions que tu as eu, c'est bien clair. Même pour les sorciers, avoir de telles crises n'est pas normal.

L'adolescente opina timidement.

– Qu'as-tu vu quand tu l'as percuté ?

Elle désigna le Lord d'un discret mouvement de menton. Face à la perplexité de l'adolescente, elle précisa :

– C'est lui que tu as bousculé en faisant ton entrée fracassante dans notre wagon.

Pourquoi chercher Voldemort dans chaque beau brun, alors qu'il était la première personne qu'elle avait rencontrée ? Nadia frissonna. Elle resserra la cape sur ses épaules.

– Rien.

Michalina fronça des sourcils.

– Nadia...

– C'est la vérité, je ne me souviens de rien.

Michalina la fixa un temps avant d'acquiescer.

– Si tu vois quoique ce soit, préviens-moi. Et méfie-toi de notre Lord. Il est jeune mais il m'a l'air d'être un adepte de la magie noire. Et un fin legilimens. C'est une chance que ton cerveau un peu... perturbé empêche tout intrusion.

Oui, vraiment, une chance, songea Nadia avec dépit. Elle enfouit sa tête sous l'immense capuche de la cape. L'irrépressible envie de pleurer la saisit.


Bon bah fini pour cette fois-ci. A noter que Michalina va faire une apparition dans les Monstres ;)