Chapitre 1

Le Mithrandir était encastré entre deux vieux immeubles dans une rue étroite et pavée, peu éclairée, avec de vieux lampadaires très espacés les uns des autres. À bonne distance entre la fac de médecine, l'annexe de la fac de littérature Jules Ornen, d'autres facs, et le lycée Gylette, de sortes que ce café-bar-bibliothèque était devenus un point de ralliement pour certains étudiants et lycéens.

Le propriétaire était un vieil homme à la longue barbe grise, parfaitement brossée, perlée au bout pour la retenir. Son impressionnante et volumineuse chevelure, tout aussi grise que sa barbe, était tressée et plaquée à l'arrière de son crâne. Son visage ridé était toujours illuminé d'un sourire doux et bienveillant. Même son nom, Gandalf, donnait envie de lui faire des câlins tant il avait l'air gentil !

Il tenait l'endroit depuis plusieurs années, mais depuis un an, sa clientèle, avant rare, s'était muée en habitués. C'était toujours le même groupe, un mélange entre des étudiants et des lycéens, certains étant de la même famille ou cousins. La plupart venaient pour le déjeuner, et pour boire un coup après de longues journées. D'autres aventuriers osaient monter à l'étage pour profiter du calme et des ouvrages de la bibliothèque.

Celle-ci commençait dès les escaliers, où on pouvait trouver des magazines entre les marches. Puis en haut, l'espace s'ouvrait en deux parties.

À droite, un corridor éclairé par une fenêtre intérieure, donnait sur une pièce pas bien grande dont les murs étaient recouvert d'étagères, toutes chargées de livres. L'une d'elle même coupait la pièce en deux, et derrière un canapé offrait un peu de confort. Le parquet était recouvert de tapis brodés aux couleurs chaudes.

À gauche en montant l'escalier, on pouvait suivre un long couloir, assez large pour que deux personnes passent côte à côte, également remplis d'étagères débordantes d'ouvrages. Le plancher nu impliquait la résonance des pas quand on le traversait. On débouchait ensuite dans une grande pièce, avec vue sur la rue. Là des fauteuils invitaient à la lecture, et une table ronde près des fenêtres permettait de travailler -entre autre.

Et enfin, un peu dissimulée, une dernière porte donnait sur une pièce minuscule, faite pour une personne seulement -2 grand maximum-, au plafond penchant -on pouvait être debout d'un côté mais pas de l'autre-, et si serré que le pouf qui l'encombrait prenait presque toute la place. Un coin de parfaite tranquillité dont seul Gandalf et un ou deux de ses clients connaissaient l'existence.

Le café-bar au rez-de-chaussé, était accessible par la rue en montant un petit escalier de pierre. En poussant la porte de l'établissement, un tintement clair au dessus de la porte indiquait l'arrivée ou le départ de client. La plupart des tables de la salle avaient leurs chaises assorties. Pour celles longeant les murs de briques, elles avaient même le droit à des fauteuils en faux cuir rouge avec des coussins moelleux et rayés. Sur les murs perpendiculaires à la façade, s'inclinait deux grands miroirs. Le bar s'étalait en demi-cercle dans le fond de la salle, avec à gauche, les escaliers à côté desquels une pancarte indiquait ''Bibliothèque : montée silencieuse SVP'', souligné d'une flèche en direction de l'étage et à droite, derrière le comptoir, des portes dans le style saloon, ouvraient sur la cuisine. Dans un coin de la salle, un juke-box proposait des titres récents et rétros.

Ce lieu avait attiré l'œil de John dès la première fois où il était passé devant, quelques mois auparavant. Sa façade en bois avait été repeinte en vert depuis, et la porte avait été changé. C'était maintenant une porte avec une fenêtre où le nom du café était peint dans une typographie sympathique.

En passant devant avec Greg et Mary ce matin-là, il leur proposa de revenir là pour le déjeuner. Ils s'étaient arrêtés pour détailler le menu écrit à la craie sur un tableau pendant à côté de la porte. Puis pressé par le temps, ils avaient remis la discussion à plus tard et s'étaient hâtés de rejoindre leurs bâtiments respectifs.

Lorsque Bilbo passa devant le Mithrandir, il ne tourna même pas la tête, totalement perdu dans ses pensées, et agitant la tête et les lèvres au rythme de Love Runs Out de One Republic.

Il ne vit donc pas Gandalf le dévisager de derrière la porte alors qu'il passait un coup de balais dans sa salle, se demandant s'il n'avait pas déjà vu cet étudiant 15 minutes plus tôt, allant dans la même direction.

Gandalf ne pensa pas longtemps à Bilbo, devinant aisément qu'il pouvait avoir un jumeau, ou quelqu'un qui lui ressemblait. Très vite il l'oublia et continua son ménage.

Le vieux gérant passa ensuite derrière le bar et s'activa dans la cuisine pour préparer des repas simples. Il se doutait qu'en ce jour de rentrée, son café allait vite se remplir.

Vers 11h, le premier client arriva.

- Salut Gandalf ! s'exclama joyeusement une tête blonde en passant la porte.

- Bonjour Fili, tu m'as l'air de bonne humeur aujourd'hui, dit Gandalf.

- Pas plus que d'habitude, répondit l'autre en s'installant au bar. Tu me sers ton plat du jour ?

Gandalf hocha la tête. Il entra dans la cuisine au moment où la clochette de la porte s'agita. Frérin et Faramir rejoignirent Fili en plaisantant. Le sourire de Frérin s'élargit.

- Fili ! Comment ça se fait que sois déjà là ?

- Ben c'est que j'ai pas cours, tout simplement, dit l'étudiant en sociologie.

Gandalf revint et salua les nouveaux arrivant qui lui commandèrent tout deux de quoi se rafraîchir.

- Gandalf ça vous dérangerait qu'on refasse comme l'an dernier ? demanda Frérin en désignant un tableau de liège assez grand, accroché contre une rangée de bouteille.

Le vieil homme sourit et fit un signe de tête positif. Frérin laissa son sourire s'élargir et tira une feuille de sa sacoche. Il la passa derrière le bar et piocha dans une boîte de punaise qui traînait pour épingler son emploi du temps puis il écrivit en lettre capitale son nom et celui de Faramir. Fili lui donna le sien qui rejoignit celui des étudiants en psychologie, et son nom fut inscrit de la même manière.

- Tant que j'y pense Faramir, j'ai trouvé ce dont nous parlions la dernière fois, déclara Gandalf en le servant leurs verres.

Il présenta un petit ouvrage rouge à l'étudiant qui s'en saisit avec joie.

- Qu'est ce que c'est ? demanda Fili, curieux.

- Ça mon neveu, c'est un livre, ricana Frérin.

Fili l'ignora et leva le menton. Les taquineries de son oncle ne l'atteignait pas. Et de part leur différence d'âge pas bien grande et cette habitude qu'il avait de les taquiner à longueur de temps, lui et Kili, les gens avaient souvent tendance à les prendre pour des frères, car en plus, comme Fili, Frérin était un beau blond à la carrure imposante.

- C'est un roman de , un auteur très en vogue, expliqua Faramir. Celui-ci est sa première publication et je voulais le lire depuis longtemps. Merci Gandalf. Je vous dois combien ?

- Je te l'arrondis à 7.50, dit l'intéressé.

Faramir sourit de plus belle et prit son portefeuille dont il tira la somme demandée. Le Mithrandir faisait aussi office de librairie pour les étudiants fauchés qui avaient besoin de livre hors de leurs moyens pour leurs études. La seule condition à la baisse des tarifs que Gandalf proposait, était deux à trois soirées de plonge par mois.

Le temps fila si vite qu'ils furent surpris quand Kili, Ori et Pippin, les lycéens du café comme Frérin les appelaient, pénétrèrent en furie, bien vite calmé par un regard brillant de promesses douloureuses de la part de Gandalf.

Quand Greg poussa la porte, accompagné de Mary et Molly Hopper, John cacha à peine son émerveillement. C'était la première fois qu'il entrait dans le Mithrandir et tout était aussi fascinant qu'il l'avait imaginé. Gandalf contourna le bar et invita le petit groupe à s'asseoir dans la salle, et à ne surtout pas stagner au comptoir comme le faisait ses habitués.

- Je vous sers quoi ? demanda-t-il.

- On va vous prendre 4 plats du jours, dit Greg. Pour moi ce sera un coca, Molly ?…

- Je vais prendre un sprite.

- Pour moi ce sera juste de l'eau, ajouta Mary.

- La même, dit John.

Jamais d'alcool à midi, même si c'était tentant. Le soir l'alcool !

Gandalf sourit et partit préparer les commandes. John était curieux à propos de cet endroit et de sa clientèle. Il remarqua la pancarte concernant la bibliothèque et se rappela avoir lu quelque chose à propos sur la façade.

- Vous pensez qu'il y a vraiment une bibliothèque en haut ? fit-il perplexe.

- Oh oui, assura Greg. Et j'ai entendu d'un gars en philo qu'elle était bien fournie en plus.

- On monteras jeter un coup d'œil, proposa Molly, ce à quoi John acquiesça.

Ils échangèrent quelques avis sur le café tout en le détaillant.

- Il faudra qu'on amène Bilbo, dit Mary d'un air songeur.

- Mon frère ? Dans un bar ?

- Ton frère dans une bibliothèque, corrigea Greg.

- Mouais… On verra.

- Qu'il est protecteur, s'esclaffa Molly.

- Je ne relèverais même pas, déclara John sur un ton faussement dédaigneux.

Leurs boissons arrivèrent, et ils changèrent de sujet de conversation. À la fin du repas, John tira son téléphone de sa poche et chercha le nom de son frère dans sa liste de contact. Il fixa un point vide dans la rue par la fenêtre en attendant que Bilbo décroche.

- Allô ?

- Tu manges où ?

- Je rêve, tu m'appelles juste pour me demander ça ?

- Avoue que toi aussi tu te demandes où j'ai mangé mon premier repas de début d'année.

John imagina parfaitement l'expression un peu gênée que prit le visage de l'autre au bout du fil. C'était un rituel entre eux. À chaque rentrée depuis qu'ils avaient été séparé dans leurs études -depuis le lycée donc- ils s'appelaient pour parler du premier repas de leur rentrée.

- J'suis au macdo avec Frodon et Sam…

- Au macdo !? Tu vas grossir !

- Oh c'est bon, c'est pas comme si j'y allais souvent, râla Bilbo.

- Non mais toi tu manges du gras tu grossis direct. Tu rentres ce soir, t'as des poignets d'amour !

- J'en ai déjà de toute façon… ça changera pas grand-chose.

- C'est pas une raison, grogna John.

Il se moquait pas mal que son frère grossisse en fait, mais quand Bilbo prenait du poids, il avait tendance à devenir une grosse larve. Et ça, John, ça le gênait ! Parce qu'il n'aimait pas la fainéantise !

- Et tu manges quoi ?

- Un wrap bacon, des frites, un fanta et un macfleury… kitkat et nappage caramel.

- Tu me déprimes… Je vais te voler tes réserves de gâteaux. T'es punis.

- Et toi alors t'es où ? bougonna Bilbo, vexé.

- Dans un café sympa, avec Molly, Mary et Greg qui me fait signe de te dire bonjour.

- Salut à lui. Sympa comment le café ?

- Sympa du genre sympa. Y a une bibliothèque. Je t'emmènerais à l'occas', promis John.

- OK. Et tu manges quoi ?

- Salade, quiche aux poireaux, et part de flanc nature. Avec un thé.

- Haa… soupira Bilbo de l'autre côté de la ligne. Ça donne envie.

- Toi tu m'as donné envie de macfleury…

Il y eu un silence durant lequel les frères semblèrent parler par télépathie, puis, Bilbo reprit la parole.

- Ce soir tarte aux légumes.

- J'vais m'acheter de la crème glacé aussi. Mais toi t'en auras pas.

- Monstre.

- Je vais le prendre comme un compliment.

- Bon je dois te laisser, à ce soir.

- Salut !

Bilbo raccrocha. John se rassit avec ses amis et jeta un coup d'œil à la pendule. S'ils voulaient profiter du beau temps et marcher un peu ensemble avant de commencer la deuxième partie du cadran, ils devaient partir maintenant. Chacun leur tour ils payèrent leurs collations.

- Et n'hésitez pas à revenir, leur lança Frérin, content de faire de la pub à Gandalf.

- On y manquera pas ! promis Greg.

John ouvrit la porte et la tint pour ses amis, puis il sortit à son tour. Deux hommes montaient les escaliers, et poliment il leur tint le passage ouvert. Celui qui semblait le plus vieux, un grand chauve tatoué, le remercia d'un signe de tête.

À l'intérieur des éclats de voix s'élevèrent.

- Dwalin ! Thorin ! On ne vous attendait plus ! entendit-il.

John sauta les quelques marches et rattrapa ses amis qui déjà avait bien avancé.