MALHEUREUSEMENT, je n'ai été qu'une seule fois en couple et c'était la fille qui m'avait abordé à l'époque. Je n'avais pas eu à faire grand chose. Tout ça pour dire, que je ne savais pas comment aborder Juvia ou comment lui parler et encore moins comment la faire tomber amoureuse de moi.
Inconsciemment, je me mettais la pression. Je ne voulais pas qu'un garçon, autre que moi, lui mette le grappin dessus. Les mecs de nos jours étaient beaucoup trop dangereux. Mais j'avais beau me retourner le cerveau, je n'arrivais pas à imaginer une approche discrète mais percutante.
J'ai longtemps parcouru internet mais tout ce que je voyais là dessus ne me plaisait pas. Ce n'était que des phrases bateaux. Certes, certaines devaient plaire aux filles mais je suis sûr que Juvia les avait déjà entendues. Je devais absolument me départager des autres mecs qu'elle avait déjà eu dans sa vie, si elle en avait déjà eu.
Cependant, mon fil du destin qui s'était accroché à elle lors de notre première rencontre, m'amena la femme de ma vie sur un plateau d'argent.
Un jour, j'étais à la bibliothèque cherchant des livres pour préparer mon Mémoire. Et oui, je devais aussi me concentrer sur mes études sinon mes parents risquaient d'être encore plus inquiets. Déjà qu'ils me pensaient asexuel ou sûrement homosexuel, ce qui dans un sens n'était pas un problème, mais quand même. Ils n'arrêtaient pas de dire que je me cherchais encore, que je ne n'étais pas sûr de ce que je voulais. Ce que je peux comprendre. La sexualité était de plus en plus compliquée de nos jours et je respectais tous ceux qui avaient du mal avec leurs envies. Mais moi je savais ce que je voulais. Je voulais une copine. Je voulais me marier. Je voulais avoir des enfants. Et si c'était possible, avec Juvia. Je le voulais, j'en étais sûr maintenant.
Alors que je rêvassais de futur heureux, je percutai quelqu'un qui tomba en un bruit sourd.
-Je suis désolée !
Cette voix. C'était elle. Assise par terre au milieu de ses livres, c'était elle qui s'excusait alors que j'étais encore bien debout. J'avais pu toucher son corps, ou plutôt, nos corps s'étaient rencontrés sans le vouloir. Mais, malgré la courte durée de ce contact, j'avais pu sentir qu'il était doux et moelleux. Oh mon dieu, venais-je de la percuter dans les seins ?
-C'est moi qui suis désolé, dis-je rapidement. J'aurais dû regarder où j'allais.
Je me baissai pour l'aider à ramasser ses livres quand nos têtes se rencontrèrent un peu trop violemment à mon goût. Bon sang Gray, fais attention. Dans un reflex synchronisé, on se frotta le front.
-Désolée ! s'excusa-t-elle encore une fois.
Elle rougissait de honte, accentuant sa beauté. Mon cœur battait tellement fort que je pouvais l'entendre dans mes oreilles. On était tellement proche que son parfum de vanille s'engouffra dans mes narines. Je laissai tomber mes fesses par terre, en souriant. J'y croyais pas, les trucs bateaux ça marchait vraiment. Il manquait plus que nos mains se rencontrent et là, boum, coup de foudre de son côté, déclaration de mon côté, un baiser pour sceller notre amour et hop officiellement en couple.
Mais elle me sortit de mes pensées quand elle se mit à ramasser rapidement ses livres. Oh, Juvia, ralentis tu dois suivre le plan à la lettre, pas de détours. Vite Gray, trouve quelque chose pour la retenir.
-Pas la peine de t'excuser, Juvia. Mais dis-moi qu'est-ce que tu fais à la bibliothèque un samedi ?
Question débile mais elle s'arrêta. Ouf ! Toutefois quelque chose la tracassait, je le voyais sur son visage. La voir dans tous ses états me brisa le cœur. Que lui était-il arrivée ? Quelqu'un avait-il osé lever la main sur elle ? Ou dit quelque chose de déplacé ? J'étais prêt à en découdre, que ce soit un garçon ou une fille.
-Je... Je n'avais rien à faire chez moi alors je suis venue ici prendre des livres. Je n'ai pas beaucoup d'amis mais je n'aime pas rester seule. Pour moi la bibliothèque est le lieu parfait. Je peux réviser en étant entourée mais sans avoir à parler à quelqu'un.
Malgré son hésitation, cela ne ressemblait pas à un mensonge. Donc elle était seule chez elle et cela la rendait triste. Heureusement que j'existe et que bientôt rien ne nous séparera. Elle recommença à ramasser ses livres alors que j'observais ses cheveux se balancer autour d'elle. Ils étaient vraiment longs. J'eus soudain la terrible envie de les caresser mais c'était trop tôt. Ce geste pourrait l'effrayer. Je pouvais voir dans ses yeux qu'elle n'avait pas encore compris qu'on était fait l'un pour l'autre. Mais j'allais le lui faire voir.
Je lui tendis le dernier livre qui était tombé à côté de moi.
-Berenice d'Edgar Allen Poe, lisais-je
-Oui, un grand classique. Merci beaucoup, dit-elle en le récupérant.
On se leva tous les deux. Ça y est, je ne savais plus quoi dire.
-Je n'ai pas encore eu l'occasion de te demander ce que tu faisais comme études, demanda-t-elle, les joues rouges.
-Ah.
Alléluia, je devrais dire. Elle venait de continuer la conversation avec une simple remarque. Finalement, c'était plus simple que ça en avait l'air. Je m'étais trop pris la tête comme d'habitude.
-Je suis en Histoire donc je pense que ce que tu étudies est à l'extrême opposé.
Elle rigola.
-En effet, je suis en master d'anglais ou plutôt d'américain, voilà pourquoi j'avais besoin de tous ses livres.
-Je vois.
-Bon et bien je vais te laisser.
Elle se déplaça pour passer à côté de moi mais je lui retins le coude.
-Attends !
Elle se retourna surprise. Au diable la bonne conduite.
-On... On peut s'asseoir à une table ensemble... si tu veux.
Mais qu'est-ce qui m'arrive ? Moi, bégayer ?
-Oh, je... je ne veux surtout pas te déranger... Tu es peut-être avec Natsu ou...
-Non.
J'avais répondu un peu trop rapidement mais je ne voulais pas qu'elle dise le prénom de Jellal.
-Je veux dire, non, je suis tout seul moi aussi.
Alors restons ensemble pour la vie. Voilà ce que j'aurai dû lui dire mais elle aurait vraiment paniqué.
-D'accord, répondit-elle en un sourire.
Heureux, je lui souris à mon tour. On s'assit ensemble à une table, puis on sortit nos affaires pour se mettre à travailler.
Au début, aucun de nous n'osa déranger l'autre. Malgré ça, je ne pouvais pas m'empêcher de la regarder travailler. Alors que moi, je faisais une pause toutes les cinq minutes pour l'observer, elle, elle était concentrée sur son travail.
Je pus alors voir le petit pli de peau entre ses sourcils quand elle les fronçait. Elle mordillait souvent sa lèvre inférieure et j'avais une terrible envie de la goûter. Comme la dernière fois, elle avait attaché ses cheveux mais quelques mèches y avaient échappé et elle les mettait de temps en temps derrière son oreille. Dès qu'elle faisait un geste, je sentais son parfum se diriger vers moi comme si il voulait m'attirer vers elle.
Dès qu'elle avait l'inspiration, son visage se détendait et son stylo se mettait à écrire sans s'arrêter. Elle devait être très bonne en orthographe pour ne jamais faire de fautes. Elle est vraiment incroyable.
Elle dut remarquer que j'avais arrêté de travailler car elle releva la tête, les yeux ronds.
-Quelque chose ne va pas ? demanda-t-elle.
Cette inquiétude qu'elle avait pour les autres autour d'elle me réchauffait le cœur. Elle avait posé cette question sans arrières pensées. Je savais qu'on pouvait se confier à elle sans se soucier qu'elle aille le raconter à quelqu'un d'autre. Voilà le genre de fille que Juvia était.
-Je te trouve vraiment belle.
Et c'était la vérité. Elle était magnifique. Et encore, le mot était faible. Cette phrase provoqua une série de tiques qu'elle faisait quand elle était mal à l'aise mais cela ne faisait que renforcer mes sentiments que j'avais pour elle.
-M... Merci, dit-elle après avoir regardé de tous les côtés pour ne pas croiser mes yeux sombres.
Je sentais qu'elle avait envie de me faire un compliment mais je savais que c'était encore trop tôt pour elle. Cela ne me dérangeait pas d'attendre.
-Dis moi Juvia, qu'est-ce que tu aimes dans la vie ?
Je ne sais pas pourquoi mais avec elle, la conversation venait tout naturellement. Peut-être parce que je savais qu'elle n'appartenait pas au même groupe que toutes les autres filles que je déteste d'habitude.
Elle eut du mal à me répondre sans bégayer au début mais au fur et à mesure, elle reprit contrôle de sa timidité et on put avoir une vraie conversation.
J'appris qu'elle aimait cuisiner surtout faire de la pâtisserie comme les gâteaux au chocolat mais elle était tellement maladroite qu'elle n'arrivait jamais à cuisiner sans faire de gaffe.
-J'ai failli mettre le feu à la maison la dernière fois que j'ai fait le gâteau d'anniversaire de ma mère, avait-elle avoué, gênée.
Elle avait un chat qui s'appelait Frosh.
-J'adore les chats.
-Je dois avouer que je préfère les pingouins.
-Les pingouins ? avait-elle répété.
-Oui, j'adore comment ils marchent. Je les trouve adorables.
Elle avait posé son menton dans sa main tout en réfléchissant avant de me dire qu'elle allait réfléchir à ça. Je lui conseillai alors de regarder les documentaires animaliers et elle nota la chaîne de télévision.
Ce qui m'étonna le plus fut quand elle m'annonça qu'elle aimait lire des livres érotiques. Ce n'était pas le genre de livre qui m'étonna ce fut plus la façon dont elle l'avait dit, sans bégayer. Elle assumait complètement qu'elle lisait ce genre de livre et c'est ça qui me plut chez elle.
-Bon, après je ne lis pas que ça, comme tu peux le voir, avait-elle dit en me désignant tous ses livres écrits en anglais pendant le dix-neuvième siècle.
-Ce n'est pas trop ennuyant ? Il faut dire que je suis tellement nul en anglais, je ne peux pas comprendre.
-Ne t'inquiète pas, avait-elle assuré. Je suis tout aussi nulle avec les dates historiques.
Elle continua en me disant qu'elle avait fait de l'équitation pendant plus de dix ans mais, à cause des études, elle dut arrêter. Voilà ce qui expliquait la fermeté de ses cuisses.
Mais ce qui m'intéressait le plus fut tous les points communs qu'on avait. On aimait aller au cinéma mais les sorties n'étaient pas notre fort. On préférait passé une bonne soirée devant une série plutôt que sortir en boite. Mais à l'époque où elle vivait à Harujion, elle sortait beaucoup plus dans des bars avec ses amies. On aimait dormir mais on n'arrivait jamais à faire de grasse matinée. On était allé à toutes les Japan Expos de nos villes respectives. On avait tous les deux un grand frère et nos pères adoraient la pêche.
Elle m'apprit que quand elle était jeune, tous les dimanches, elle allait pêcher avec son père et son frère tout comme moi avec les miens.
-J'ai toujours aimé être assise au milieu de la nature et écouter les bruits qui m'entouraient lorsque j'attendais qu'un poisson morde à l'hameçon.
On était à présent en route vers chez elle. Je lui avais gentiment proposé de l'aider à porter ses livres afin de pouvoir rester un peu plus longtemps avec elle. De plus, je lui avais demandé de me décrire Harujion car je n'y étais jamais allé.
-Tout ça pour dire, continua-t-elle. Que je ne suis pas de Magnolia donc je ne connais personne à part mon frère et Erza.
-Donc ton frère est aussi à l'université ? demandai-je.
Elle ne répondit pas tout de suite. Oh mon dieu, avais-je posé une question déplacée ?
-Désolé, Juvia, je ne savais pas que...
Que quoi ? Qu'est-ce que j'avais dit ?
-Non, non, c'est juste que je ne devrais pas être étonnée que Jellal ne vous ait pas dit.
Pas dit quoi ? Bon sang, encore ce Jellal.
-Qu'est-ce que Jellal devait nous dire ? demandai-je prudemment.
-Que je suis sa petite sœur, dit-elle avec un sourire triste.
