Des semaines, voire des mois se passèrent suite à cette conversation. Olivia ne savait plus trop, n'avait plus la notion du temps. Les enquêtes s'enchaînaient. L'ambiance se dégradait petit à petit. Seul le minimum était dit. Et malgré tout, l'efficacité de la Division Fringe n'était pas remise en cause. C'était ce qui permettait à Dunham de ne pas avoir à subir d'arrêt maladie forcé ou de séances chez le psy. Elle avait toujours sous le coude l'excuse des excellents résultats à fournir à Broyles. De plus, le nombre d'enquêtes grandissait de façon exponentielle, ne laissant aucun répit à l'équipe. Une absence aurait été préjudiciable à l'avancée des dossiers ce qui allait en faveur d'Olivia. Le rythme soutenu du travail l'empêchait de repenser à ce qu'elle avait vécu dans l'autre monde et cela lui convenait parfaitement.

Elle s'était jurée que personne ne se mettrait en travers de son chemin, et ne prétendrait oser comprendre ce qu'elle avait traversé. Elle s'était débrouillée seule lors de la « trahison » de John, lors de sa mort, et même face à Walter-égo. Et ce serait pareil maintenant. Elle n'avait pas besoin de leur aide et encore moi de leur pitié.

Le coup de fil quelques minutes plus tôt de Broyles lui avait redonné un semblant de sourire. Elle tenait enfin sa vengeance, elle sentait qu'elle pourrait peut-être voir le bout du tunnel bientôt. Mais elle devait avoir plus de renseignements et cela signifiait qu'elle devait voir le jeune Bishop, ce qui ne l'enchantait guère. Elle enfila un manteau et sortit dans la nuit sans nuage. Elle était si déterminée qu'elle ne sentit pas le froid qui l'enveloppait.

Elle resta devant la porte de la maison, n'osant pas frapper. Elle se sentait faible d'un coup de ne pas avoir le courage d'affronter Peter… Pourquoi avait-elle autant de mal à le regarder en face ! Après tout, ce n'était pas à elle de se sentir coupable, c'était quand même lui qui l'avait abandonnée ! Comment avait-il pu lui faire ça ?

C'était avec le cœur rempli de rancœur et de rage qu'elle frappa fortement à la porte jusqu'à ce qu'elle s'ouvrit.

« Olivia ? Tu ne dors donc jamais ? grogna Peter, encore endormi.

Lorsqu'il s'habitua à la pénombre, il dévisagea la jeune femme devant lui. Il ne put réprimer le frisson qui lui parcouru le dos lorsqu'il découvrit le ressentiment qui transparaissait à travers le regard d'Olivia. Elle était méconnaissable, fatiguée, à bout de nerf.

« Qu'est-ce qu'il y a ?
- On a une piste pour elle, grimaça Olivia en évoquant son double. Tu la connais mieux que quiconque. Je veux que tu me dises tout sur elle. Je veux que tu évoques le moindre détail.
- Non.
- Pardon ?, répliqua Olivia amèrement.
- Non.
- Comment ça « non » ?
- Je te dirai tout ce que tu veux savoir… Mais pas avant que tu m'aies parlé… »

Olivia sembla légèrement décontenancée par l'attitude de son interlocuteur. Peter se faisait le plus doux possible, le plus diplomate. Elle se mura une nouvelle fois dans un mutisme inquiétant.

« Olivia, je t'en prie. », supplia le jeune homme.

La jeune femme baissa le regard et sembla scruter ses chaussures. Quelques secondes passèrent sans qu'aucun des deux n'osèrent briser le silence. Olivia toujours dans l'encablure de la porte, le froid faisant frissonner Peter. Mais lorsqu'Olivia leva les yeux pour croiser ceux de Peter, c'était de la haine que le jeune homme put y lire.

« Alors c'est tout ? s'emporta Dunham. Tu n'as pas arrêté de me tanner pour que j'accepte ton aide et maintenant que je viens te la demander, tu la refuses ?
- Olivia…
- Je ne t'ai demandé qu'une seule chose ! Et tu n'es même pas capable de me la fournir ?
- Tu ne vas pas bien Olivia, tu as sérieusement besoin d'aide. Broyles ne peut peut-être pas t'obliger à parler, mais je ne serai pas un ami, si je n'essayais pas.
- Un ami ? répliqua-t-elle avec dégoût. Tu te prétends un ami ? Alors donne-moi ce que je veux ! »

Il secoua la tête, campé sur ses positions. Il se demandait ce qu'elle allait choisir : partir sans avoir les renseignements qu'elle désirait ou rester jusqu'à ce qu'il changa d'avis. Il savait qu'il ne pourrait pas lui tenir tête longtemps. Mais aucun signe de ce qu'elle comptait faire ne transparaissait : elle se tenait immobile devant lui. Elle émit un petit rire moqueur, secoua la tête avec une moue de répugnance. Elle ne se contint plus longtemps et lui envoya un crochet du droit en plein dans la mâchoire. Le coup et la surprise déstabilisèrent Peter ce qui permit à Olivia de rentrer dans le vestibule. Il fronça les sourcils et la fixa tout en se frottant où le coup était tombé. C'est dingue la force que pouvait avoir cette femme toute mince.

« c'est bon, tu t'es défoulée ? Ça va mieux ?
- Non ! »

Elle se rapprocha de Peter, il sentit qu'elle était prête à en venir de nouveau aux mains. Alors qu'elle commençait à le frapper au torse, il lui attrapa les mains pour la bloquer. Etonnamment, elle ne se débattit que faiblement.

« Olivia je t'en prie, parle-moi »

Elle ne semblait pas vouloir abandonner.

« Tu peux me faire confiance. »

Il finit par arriver à la contenir un peu plus, elle ne se débattait plus désormais, et doucement, alors qu'il la prit dans ses bras, il ajouta :

« Parle-moi. »

En guise de réponse, elle plaça son visage contre le torse de Peter, resserrant l'étreinte. Un frisson parcourut tout son corps, elle avait froid. Il prit le visage de la jeune femme dans ses mains et la regarda droit dans les yeux. Les cheveux en bataille, elle paraissait si vulnérable d'un coup. Peter accusa le coup, il n'aimait pas la voir dans cet état. C'était presque inquiétant de la voir si vulnérable alors qu'elle était si forte d'habitude.
Olivia décripta le regard du jeune homme, elle n'y lut aucune pitié mais de l'apaisement et une demande de confiance. Elle ressentit un soulagement lui retirant un poids qu'elle avait sur le cœur depuis trop longtemps. Les mains posées sur ses joues lui conféraient une chaleur réconfortante.

« Je n'ai plus confiance en personne. Plus rien ne me touche. Le sommeil ne me repose plus. La nourriture n'a plus aucun goût. J'ai peur du moindre bruit, du moindre contact. »

Un sanglot étrangla sa voix, mais ne l'arrêta pas pour autant :

« Comment as-tu pu te laisser berner par elle ? Comment as-tu pu lui donner ta confiance ? Ton amitié ? »

Ses lèvres tremblèrent et après une légère hésitation, elle ajouta dans un souffle :

« Ton amour ? »

Pendant son monologue, les larmes avaient coulé en silence et ne semblaient plus vouloir s'arrêter. Olivia recommença à parler et Peter n'osa pas l'interrompre de peur qu'elle ne se referma une nouvelle fois sur elle-même. Elle parla une bonne partie de la nuit avant de sombrer dans un profond sommeil dans les bras de Peter qui lui déposa un baiser sur le front et la berça doucement.

Ce soir avait été déterminant. Tout avait changé. Demain leur relation serait encore plus renforcée. Demain allait commencer une course-poursuite qui durerait sûrement longtemps.