Bonjour tout le monde !
Voici le deuxième chapitre de ma nouvelle histoire. Pour info, Michael dans cette histoire est physiquement Michael quand il possède le père de Dean jeune (du moins c'est ainsi que je l'imagine).
Je suis actuellement en train d'écrire la suite de mes deux premières fics. J'espère pouvoir la publier bientôt parallèlement à cette nouvelle histoire.
Merci d'avoir été aussi nombreux à m'écrire.
Bonne lecture
Sydney8201
Musique du chapitre :
Simple together d'Alanis Morissette
Chapitre 2 : Changements
« On a bien de la peine à rompre quand on ne s'aime plus »
François De La Rochefoucauld
Quatre mois plus tard …
Dean avait la sensation d'être un usurpateur. Il menait une vie qui n'était pas la sienne et jouait un jeu constamment pour donner le change à ceux qui l'aimaient et lui étaient proches. Le problème était qu'il n'avait aucune idée de qui il était à présent. Il s'était toujours défini comme un soldat, un grand frère et un petit ami. Il ne s'était jamais demandé la personne qu'il était à l'intérieur. Tout avait changé à présent.
Il ne pouvait plus être un soldat. Il n'en était plus capable physiquement. La prothèse à laquelle il tentait de s'habituer ne remplacerait jamais la jambe qu'il avait perdu. Il ne pouvait plus courir ou même marcher sur de longues distances. Ses poumons le brûlaient presque aussitôt et il avait le souffle court. En plus de son amputation, il avait gardé des séquelles de son opération. L'embolie graisseuse avait laissé des traces et avait considérablement réduit ses capacités respiratoires. Il ne pourrait plus jamais avoir une activité physique régulière. Il ne pouvait plus être soldat parce qu'il était handicapé. Dean avait toujours beaucoup de mal à accepter cet état de fait.
Il n'était plus vraiment sûr non plus d'être un grand frère aujourd'hui. Il ne pouvait plus être là pour Sam comme il le faisait avant. C'était sur lui qu'on devait veiller à présent. Sam lui faisait des courses quand Michael n'avait pas le temps de s'en occuper. Il venait le voir régulièrement pour s'assurer qu'il n'avait besoin de rien. Il le conduisait à droite et à gauche à ses rendez vous quand Michael était au travail. Il avait la sensation d'être le petit frère de Sam. Et cela le rendait complètement dingue. Sam avait besoin de rentrer chez lui et de reprendre sa vie là où il l'avait laissé.
Officiellement, il était toujours le petit ami de Michael. Mais il n'avait plus réellement l'impression de se comporter comme tel. Ils vivaient toujours sous le même toit même s'ils avaient emménagé dans un nouvel appartement au rez de chaussée. Ils dormaient dans le même lit. Ils passaient leur temps libre ensemble. Mais il n'y avait plus la même connexion entre eux. Plus le même amour. Dean avait compris avant sa blessure que ses sentiments avaient évolué mais il n'y avait pas vraiment prêté attention. A présent, il ne pouvait plus penser à quoi que ce soit d'autre. C'était devenu une véritable obsession. Il cherchait les signes que Michael était malheureux avec lui dans toutes les choses qu'il faisait ou disait. Il parvenait parfois à se convaincre que tout allait bien. Mais il était conscient que les choses se dégradaient. Michael ne le regardait plus de la même manière. Il ne se comportait plus avec lui comme avant. Il prenait des pincettes. Il cherchait ses mots. Et il avait pitié de lui. Dean ne savait pas combien de temps cela pourrait durer avant qu'il ne choisisse d'y mettre un terme. Il tenait toujours beaucoup à Michael et refusait de le faire souffrir inutilement. Malgré leurs efforts, les choses continuaient de se dégrader entre eux. Ils s'éloignaient toujours un peu plus au fil des jours. Bientôt ils ne seraient plus que deux étrangers partageant un appartement. Michael méritait nettement plus. Il méritait d'être heureux. D'avoir un homme qui l'aimait sincèrement avec qui tout partager.
Dean continuait toutefois de jouer ce même rôle jour après jour. Il ne savait pas quoi faire d'autre. Il n'avait aucune idée de ce qu'il voulait faire de sa vie à présent. Il n'était même pas sûr d'avoir envie de faire quoi que ce soit. Il détestait la prothèse que Crowley le forçait à utiliser lors de leurs séances. Il détestait également Crowley tout court. Il se sentait faible et il boitait toujours énormément. Les gestes du quotidien lui demandaient des efforts intenses qui le laissaient à chaque fois totalement épuisé. Il ne se reconnaissait pas. Il avait toujours été fort et indépendant. A présent, il avait besoin de quelqu'un en permanence.
A son retour de l'hôpital, ça avait été pire encore. Il avait refusé l'assistance d'une aide à domicile. Il avait du se reposer sur Sam et Michael pour pouvoir se mouvoir dans l'appartement. Ils devaient l'aider à se rendre aux toilettes ou à prendre une douche. Il avait été humilié plus d'une fois. Son handicap était insupportable.
Avec le temps il avait fini par réussir à se lever seul et à se déplacer dans l'appartement sans aide. Il s'était habitué quelque peu aux béquilles. Mais il ne parvenait toujours pas à marcher correctement avec sa prothèse. Emménager dans un appartement en rez de chaussée avait été un soulagement. Dean pouvait enfin sortir sans avoir à demander constamment à ce qu'on l'accompagne. Il n'était toujours pas prêt à affronter le regard des gens mais il parvenait à quitter l'appartement et à faire quelques pas à l'extérieur. Il refusait en revanche d'aller faire des courses ou de se rendre au parc. Il savait que les gens regarderaient sa jambe manquante en se demandant ce qui lui était arrivé. Ils auraient pitié de lui ou se moqueraient de son état. Dean n'était pas suffisamment fort pour le supporter.
Il avait toutefois fini par accepter de revoir ses amis. Benny, Charlie, Jo et Ash venaient régulièrement passer quelques heures avec lui. Garth l'avait fait les premiers temps avant de devoir repartir rejoindre son unité. Ses blessures étaient guéries et il était apte à reprendre du service. Il était passé dire « au revoir » avant de partir pour quelques mois. Dean avait été incroyablement jaloux de lui avant de s'en vouloir. Il aurait du être heureux pour son ami. Heureux de le savoir en vie et en bonne santé. Le jeune homme ne se reconnaissait pas ces derniers temps.
Le docteur Barnes continuait d'insister pour que Dean passe la voir régulièrement. Michael était du même avis. Sam également. Dean avait fini par céder. Il se rendait dans son bureau deux fois par semaine. Il n'avait pas l'impression d'avoir fait le moindre progrès grâce à elle mais il mentait sur ce point à son petit ami et son frère. Les cauchemars continuaient de le poursuivre et il se réveillait très souvent en hurlant. Il finissait alors la nuit sur le canapé pour ne pas ennuyer Michael. Il était épuisé par le manque de sommeil et les efforts consentis au quotidien. Il continuait de se sentir coupable et il n'avait absolument aucune idée de ce qu'il pouvait bien faire de ses journées.
Quand Michael partait au travail, Dean restait chez eux à regarder la télévision. Il recevait ensuite la visite de Sam le plus souvent ou de l'un de ses amis. Il déjeunait seul puis se réinstallait devant la télévision en attendant que le temps passe. Le soir, il dînait avec Michael puis l'écoutait lui raconter sa journée avant de prétexter la fatigue pour aller se coucher tôt. Il avait la sensation que le temps s'écoulait bizarrement depuis son retour de l'hôpital. Les jours et les semaines défilaient mais les heures lui semblaient interminables.
Le docteur Barnes lui avait conseillé de faire une liste de toutes les choses que Dean aimait faire et desquelles il pensait pouvoir faire un métier. Le jeune homme avait suivi son conseil. Mais le résultat n'était définitivement pas ce à quoi il s'était attendu. Il s'était engagé dans l'armée peu de temps après ses dix huit ans. Il y était resté sept ans, grimpant les échelons et gagnant le respect des hommes qui servaient avec lui. Il aimait faire du sport, courir et nager. Il ne pouvait rien faire de tout cela pour le moment et il doutait d'être capable d'en faire un métier en étant handicapé. Il n'avait aucun autre centre d'intérêt. Il commençait à avoir peur de ne jamais rien trouver et de passer sa vie à être assisté. L'armée se chargeait de tous ses frais médicaux. Il touchait également une pension à vie en raison de ses blessures. L'argent ne serait jamais un problème. Mais Dean se fichait de tout cela. Il aurait préféré être à la rue et fauché que d'avoir perdu sa jambe.
Sam lui avait conseillé de faire les démarches pour obtenir le statut d'handicapé de façon officielle. De toute évidence, cela lui offrirait des avantages considérables et également une opportunité de trouver un travail plus facilement. Mais Dean ne parvenait pas à se faire à cette idée. Il savait qu'il avait perdu une jambe mais il ne se voyait pas comme un handicapé.
Il avait heureusement trouvé un peu de réconfort sur un site que le docteur Barnes lui avait conseillé de consulter. Dean avait refusé de se rendre dans des groupes de soutien ou de rencontrer d'autres soldats dans sa situation. Mais il avait accepté de jeter un coup d'oeil au site Internet. Il pouvait y naviguer sans que personne ne le voit. Lire des témoignages sans avoir à rencontrer qui que ce soit. Il pouvait rester anonyme. C'était tout dont il avait besoin. Il avait discuté en ligne avec plusieurs soldats qui avaient été blessé plus ou moins gravement. Il ne parlait pas beaucoup de lui mais il aimait lire ce que les autres pouvaient avoir à dire. Il se sentait un peu moins seul quand il lisait ce qu'ils écrivaient. Il avait fait quelques rencontres à travers ce site. Il n'avait jamais été jusqu'à accepter leurs invitations à boire un verre pour faire plus ample connaissance. Il était en couple et il refusait de voir des inconnus. Cela faisait deux bonnes raisons de rester enfermé dans son appartement. Même s'il savait qu'il finirait par perdre la tête à ce rythme là.
- Hé bébé, tu es là ?
Dean sursauta en entendant la voix de Michael dans le salon. Il détacha les yeux de l'ordinateur qu'il fixait sans bouger depuis de longues minutes et fit pivoter sa chaise. Il était installé dans la pièce qui leur servait de bureau depuis le milieu de l'après midi. Son dos était raide et douloureux et sa jambe le lançait affreusement. Il ne s'était pas rendu compte que le temps passait. Il avait des absences depuis quelques jours. C'était sans nul doute du à l'ennui.
- Bébé, tout va bien ?
Dean fronça les sourcils avant d'attraper ses béquilles qui étaient appuyées contre le bureau. Il savait que Michael avait tendance à s'inquiéter pour lui à chaque fois qu'il ne le voyait pas en rentrant. C'était agaçant. Le jeune homme se sentait infantilisé. Il n'aimait pas que son petit ami puisse le penser aussi faible et incapable de s'occuper de lui même.
- Ici Mike, appela t-il en se relevant difficilement.
Il s'aida de ses béquilles pour rejoindre la porte. Il réussissait à marcher avec elles sans trop de difficultés. Mais après avoir passé l'après midi assis sur une chaise de bureau, il avait du mal à se remettre en mouvement. Dean avait du subir trois opérations pour sa jambe. Il avait également développé une infection après la seconde qui avait manqué de lui coûter la vie. Il allait mieux à présent. Le moignon était cicatrisé et n'était plus aussi sensible. Parfois, Dean souffrait de ce que son médecin appelait le syndrome du membre fantôme. Il avait également des démangeaisons dans sa jambe disparue. On lui avait assuré que tout s'arrangerait avec le temps. Pour le moment, il attendait toujours. Il ne se plaignait pas pour autant. Il ne voulait pas embêter ses proches plus qu'il ne le faisait déjà.
- Hé salut, lança Michael en entrant finalement dans la pièce.
Dean lui adressa un petit sourire avant de le rejoindre et de déposer un rapide baiser sur ses lèvres. Ils n'avaient plus vraiment de contact depuis son retour de l'hôpital. Il avait du mal à laisser Michael le toucher. Il refusait de se mettre nu devant lui. Leur vie sexuelle était au point mort. Dean y pensait constamment mais ne parvenait pas à faire quoi que ce soit pour arranger les choses. Il savait que Michael était frustré. C'était une des choses qui posaient problème entre eux. Dean était fatigué de la tension permanente qui régnait constamment entre eux. Fatigué de devoir jouer un rôle et de sourire à son petit ami quand il avait envie d'être seul. Il avait envie de tout arrêter. Il était sûr que Michael y pensait lui aussi.
- Ca va ? Demanda son petit ami, visiblement inquiet.
Dean haussa les épaules puis se dirigea difficilement jusqu'au salon. Il fit un détour par la cuisine pour prendre un soda puis se laissa tomber sur le canapé. Il posa soigneusement ses béquilles à côté de lui. Il avait appris à ne jamais les laisser hors de portée. Il s'était trouvé trop de fois incapable de se relever ou de les récupérer. Trois mois plus tôt, il avait du passer tout une après midi sur le canapé sans pouvoir aller aux toilettes simplement parce que ses béquilles étaient tombées par terre loin de lui. Il n'avait pas réussi à se retenir jusqu'au retour de Michael et avait pleuré pendant de longues minutes quand son petit ami lui avait assuré qu'il n'avait aucune raison d'avoir honte.
- Je suis juste fatigué, répondit finalement le jeune homme en levant les yeux vers son petit ami.
Michael se tenait debout devant lui, les traits tirés et les yeux sombres. Dean se demandait depuis quand son petit ami avait autant changé. Il n'avait plus rien de l'homme dont le jeune homme était tombé amoureux. Ses yeux verts ne brillaient plus autant qu'avant. Il avait perdu du poids et quelques rides étaient apparues au coin de ses yeux et sur son front. Dean savait qu'il était responsable des changements qui s'étaient opérés chez lui. Et il ne pouvait plus le supporter. Il n'avait pas le droit de continuer à faire souffrir Michael. Il déglutit avec peine en prenant conscience de ce que cela signifiait. Il allait devoir rompre avec son petit ami. Il allait devoir le libérer pour lui permettre de refaire sa vie ailleurs. Michael avait vingt huit ans et n'avait définitivement pas besoin de traîner un tel fardeau derrière lui. Dean était un boulet accroché à son pied. Il était temps d'y mettre un point définitif.
- Tu devrais te reposer un peu plus mon cœur. Tu as les traits tirés et tu sais ce que le médecin dit toujours. Tu as besoin d'être en forme pour suivre ta rééducation. Où as tu mis ta prothèse ?
Comme à son habitude, Michael parlait rapidement et sans reprendre son souffle. Dean le regarda faire et tenta de se souvenir des jours meilleurs. De ceux où ils avaient été heureux ensemble. Au tout début de leur relation, Dean était extrêmement amoureux de Michael. Ils avaient avancé très rapidement. Après leur séparation au départ du jeune homme à l'armée et leur réconciliation un peu après, ils avaient emménagé ensemble. Ils avaient évoqué l'idée de se marier après le retour de Dean d'Irak. Bien sûr la vie en avait décidé autrement. Ils n'en avaient plus parlé depuis. C'était sans nul doute mieux ainsi. Dean ne voulait pas avoir à dire non à son petit ami. Même si ce serait très certainement la chose la plus raisonnable à faire. Dean savait que leur relation ne tenait plus qu'à un fil. Il restait avec Michael parce qu'ils avaient partagé sept années ensemble et que le jeune homme ne savait pas comment vivre sans lui. Michael quant à lui restait probablement par pitié ou par habitude. Ils n'étaient plus un couple. Plus depuis un moment maintenant. Mais ils avaient été très heureux ensemble. Ils avaient vécus de bons moments. Ils avaient le même avis sur bien des sujets, partageaient les mêmes goûts et riaient des mêmes plaisanteries. Le sexe était génial. Ils s'entendaient sur beaucoup de points. Michael était un garçon adorable. Il était doux, gentil et drôle. Il était extrêmement séduisant. Il avait tout pour plaire. Mais Dean ne l'aimait plus comme avant.
- On peut parler une minute ? Demanda alors le jeune homme en faisant signe à son petit ami de s'asseoir à côté de lui.
Michael s'exécuta aussitôt sans protester. Dean ne savait pas vraiment comment aborder le sujet. Il savait que le moment était venu pour lui de rompre avec le jeune homme. Ils en seraient probablement soulagés tous les deux. Même si Dean savait qu'il serait également très certainement très triste.
- Bébé, tu es sûr que tout va comme tu veux ? Demanda Michael une nouvelle fois.
Dean avait toujours aimé les petits surnoms que son petit ami avait pour lui. Mais ils le mettaient mal à l'aise à présent. Ils sonnaient creux et vides. Ils sonnaient faux. Michael continuait à les prononcer par habitude. Par réflexe. C'était un peu comme ça que leur relation pouvait se définir. Ils étaient ensemble par habitude et non par amour. Dean s'en voulait d'avoir laissé les choses durer aussi longtemps.
- Mike, écoute, je crois qu'il est temps qu'on arrête, lâcha le jeune homme après quelques secondes.
Il n'avait jamais été du genre à tourner autour du pot quand il avait quelque chose à dire. C'était un de ces trucs qu'il avait appris en rejoignant l'armée. Il fallait se montrer direct et franc. Ne pas mentir ou adoucir la vérité pour préserver les gens. Cacher des choses pouvait vous faire tuer. Et si ce n'était pas forcément applicable pour la vie de tous les jours, c'était un précepte que Dean n'avait jamais oublié. Il n'était peut être plus un soldat mais il se comporterait toujours comme tel.
- Arrêter quoi ? Demanda alors Michael en fronçant les sourcils.
Dean baissa les yeux sur ses mains qui reposaient sur ses cuisses. Il laissa ensuite son regard s'attarder sur sa jambe gauche. Sur ce qui en restait à présent. Il avait replié son jean au niveau du moignon pour ne pas trébucher dessus en marchant avec les béquilles. Il n'aimait pas du tout l'image qu'il renvoyait. Il détestait ce qu'il voyait.
- Tout ça … nous deux … le jeu qu'on continue de jouer ensemble depuis mon retour, répondit il.
- Le jeu ? Quel jeu ? Dean, je suis désolé mais je ne comprends pas ce que tu cherches à me dire.
Dean savait que Michael n'était pas un idiot. Bien au contraire. Il était intelligent et comprenait généralement rapidement les choses. Mais cette fois, c'était différent. Il refusait d'entendre ce que le jeune homme disait. Pas parce qu'il ne les comprenait pas. Simplement parce qu'il n'était sans doute pas prêt à les entendre.
- Mike, on sait tous les deux que les choses ne fonctionnent plus entre nous. Du moins plus comme avant. Notre relation n'est plus … elle n'est plus ce qu'elle était. Et je ne pense pas que ça date uniquement de mon retour d'Irak. Je crois que le problème est plus ancien mais que nous avons refusé de le voir jusque là.
Michael secoua alors la tête. Dean savait qu'il chercherait à nier ce qui était en train de se passer et ce que son petit ami lui disait. Se séparer aujourd'hui de lui lui donnerait le mauvais rôle. Celui du garçon superficiel qui ne pouvait plus supporter que son compagnon ait été défiguré par ses blessures. C'était inévitablement ce que les gens penseraient de lui. Mais Dean savait que ce n'était pas le cas. Même si ses cicatrices gênaient Michael, il ne l'aurait jamais quitté pour si peu. Il n'était pas superficiel. Il ne s'intéressait pas uniquement au physique. Il n'était pas avec Dean pour le sexe. Michael était quelqu'un de bien et Dean prendrait sa défense si c'était nécessaire. Se séparer maintenant était la décision la plus sage. La plus raisonnable.
- Tu es en train de rompre avec moi ? C'est ça ? Demanda Michael en cessant de secouer la tête.
Dean reporta son attention sur son petit ami. Il pouvait deviner de la colère et de la tristesse sur son visage.
- Je pense que c'est la meilleure chose à faire pour nous deux, argumenta le jeune homme.
Michael se leva alors du canapé et s'en éloigna en quelques enjambées. En quatre mois, Dean avait fini par réussir à ne plus être jaloux en regardant ses proches se déplacer finalement. Mais parfois, il les enviait. Il ne pourrait jamais plus marcher sans boiter ou sans se fatiguer rapidement. Entre ses jambes et ses poumons, se déplacer était devenu une épreuve.
- Non, tu penses que c'est la meilleure chose à faire pour toi et pour te donner bonne conscience, tu t'es persuadé que c'était ce que je voulais moi aussi mais tu te trompes ! Je … je t'aime Dean. Je pensais que tu le savais.
Michael était sincère. Dean savait qu'il ne lui mentait pas sur ses sentiments. Mais il savait aussi que son petit ami se trompait. Il n'avait aucune idée de comment le lui faire comprendre. Il aurait aimé que cela soit plus facile. Rompre avec Michael était difficile. Il avait espéré que cela se ferait rapidement. Que son petit ami serait du même avis que lui.
- Je sais que tu m'aimes … et je t'aime aussi. Bien sûr que je t'aime. Nous avons passé sept ans ensemble et nous avons été heureux. Très heureux mais … je ne sais pas comment ça s'est passé ou quand exactement mais … les choses ont changé. Tu ne peux pas me dire que tu ne t'en es pas rendu compte. Nous ne sommes plus un couple … nous sommes amis et je croise les doigts pour que nous puissions le rester.
Michael se prit alors la tête entre les mains en s'immobilisant derrière la table basse, en face de Dean. Il ne regardait pas le jeune homme. Il semblait blessé à présent. Trahi même.
- Amis ? Dean, je ne veux pas être ton ami ou du moins pas seulement ton ami. Je veux faire ma vie avec toi … je veux vieillir à tes côtés et je veux que nous fondions une famille. C'était ce dont nous parlions avant que tu ne partes … avant que tu ne sois blessé. Nous envisagions de nous marier. Tu as changé d'avis ? Ou peut être que tu me mentais depuis le début ?
Dean acceptait les reproches. Il savait qu'il les avait mérités. Il avait été maladroit et n'avait pas présenté les choses comme il l'aurait du. Il se sentait coupable pour ce qu'il avait dit mais aussi pour tout ce qu'il avait fait. Pour le jeu qu'il avait joué jusque là. Et pour les mensonges qu'il avait prononcé depuis tellement longtemps. Il ne méritait pas Michael. Il ne méritait pas son amour.
- On n'en a plus parlé depuis tellement longtemps Mike … on l'a évoqué à l'époque mais on n'a jamais été plus loin … on n'a jamais évoqué ce mariage autrement que comme un projet qu'on avait. Je me suis souvent demandé si on en avait vraiment envie.
Michael retira ses mains de sa tête et dévisagea longuement Dean. Il avait les yeux brillants et semblait à présent sur le point de pleurer.
- C'est toi qui refusais d'en parler. Toi qui t'aies fermé depuis ton retour. Tu ne me dis plus rien depuis … depuis ta blessure et … est-ce que c'est ça qui te pose problème ? Tu crois que parce que tu souffres d'un handicap aujourd'hui, je ne vais plus t'aimer comme avant ?
C'était une partie du problème pour Dean. Il ne pouvait pas mentir à ce sujet. Il se sentait diminué et était persuadé que cela jouait sur la manière dont les gens le voyaient. Mais ce n'était pas le cœur du problème. Il y avait plus. Les choses avaient commencé à changer bien avant son accident. Bien avant son amputation. Le temps avait lentement défait les liens qui l'unissaient à Michael.
- Ca n'a sans doute pas aidé mais ce n'est pas … commença Dean.
- Tu penses vraiment que ça change quelque chose pour moi ? Tu crois que je suis superficiel au point d'avoir envie de te plaquer parce que tu n'es plus parfait ?
- Je n'ai jamais été parfait.
Michael leva les yeux au plafond en secouant la tête et en soupirant. Dean se mordilla la lèvre inférieure une seconde. Il n'avait jamais eu de complexes particuliers concernant son physique. Il se savait séduisant mais il n'attachait pas une grande importance à l'apparence. Ni à celle des autres ni à la sienne. Il se fichait d'être défiguré. Ce qui lui posait problème était le handicap. C'était d'être dépendant. Ca, il ne pouvait pas l'accepter.
- Je me fiche de ton apparence Dean. Je ne t'aime pas parce que tu es séduisant et je ne cesserais pas de t'aimer même si ton visage et la totalité de ton corps étaient brûlés et couverts de cicatrices. Je t'aime pour ce que tu es à l'intérieur … je t'aime pour toi.
Dean aurait du apprécier d'entendre ce que Michael disait. C'était exactement ce que toute personne en couple avait envie d'entendre. Cela aurait du le rassurer. Mais il savait que c'était faux. Michael ne pensait pas réellement ces choses. Il n'avait pas choisi d'inviter Dean à sortir pour la première fois parce qu'il avait été fasciné par sa personnalité. Il l'avait fait uniquement parce qu'il était attiré physiquement par lui. C'était la base de leur relation. Le reste s'était développé ensuite.
- Si mon nouveau … si mon nouveau physique ne te gêne pas alors dis moi pourquoi on n'a pas fait l'amour une seule fois depuis mon retour. Tu étais plutôt du genre entreprenant avant mon … opération. Tu me touchais toujours. Tu me suivais dans la douche et tu ne perdais pas une occasion de me sauter dessus. Je me souviens d'un nombre incalculable de fois où je me suis réveillé avec tes mains sur mon corps et ta bouche sur mon sexe. Mais tu ne me regardes même plus maintenant !
Michael ferma alors les yeux et prit une grande inspiration qu'il laissa lentement échapper par son nez. Dean reconnaissait les signes. Il était sur le point de perdre patience et de s'énerver. Mais il savait qu'il avait raison de dire ce qu'il venait de dire. Il était temps de crever l'abcès et de mettre les choses au clair entre eux.
- Je ne t'ai pas touché depuis notre retour parce que tu étais en convalescence et que je ne voulais pas risquer de te brusquer … je ne voulais pas que tu te sentes obligé d'accepter … et je … je … je pensais que tu avais besoin de temps. Je te rappelle que tu n'as jamais rien demandé de ton côté non plus ! Tu ne me touches pas plus que je ne te touche. Il me semble que nous sommes deux dans cette relation. Tu pouvais faire le premier pas. Tu pouvais me faire comprendre que tu étais prêt et que tu en avais envie …
Dean sentit la colère monter en lui à son tour. Il voulait bien accepter les reproches que Michael pouvait avoir à formuler. Mais il refusait que son petit ami lui mette tout sur le dos. Ils étaient effectivement deux dans cette relation. Dean n'était pas le seul à avoir commis des erreurs.
- Ok, si tu veux que tout soit de ma faute alors parfait … parfait, tout est de ma faute. Je suis le méchant dans cette histoire. Je suis le seul à commettre des erreurs et c'est moi et moi seul qui ait gâché toute notre relation. Merci de m'avoir remis les idées en place Mike.
Michael ouvrit la bouche pour protester mais Dean lui fit signe de se taire en levant sa main devant lui. Il devait quitter cette pièce avant de dire quelque chose qu'il allait regretter. Il avait besoin de mettre de la distance entre lui et Michael. Il était trop en colère pour se montrer lucide et il savait que c'était le genre de situations dans lequel il disait généralement le mot de trop. Il secoua alors la tête puis tenta de se relever. L'esprit embrouillé par ce qu'il venait d'entendre, il oublia complètement que sa jambe gauche n'était plus là. Il se souleva des deux mains et voulut faire un pas en avant. Il comprit son erreur au moment où il bascula sur le côté. Michael se précipita aussitôt dans sa direction mais ne fut pas suffisamment rapide pour l'empêcher de tomber. Il s'effondra sur le côté gauche et laissa échapper un cri quand son coude heurta violemment la table basse. Il ferma les yeux en entrant en contact avec le sol. Sa jambe le lança aussitôt et il poussa un gémissement. Il sentit alors une main se poser sur son épaule. Quand il rouvrit les yeux, Michael se trouvait devant lui, agenouillé et visiblement très inquiet.
- Dean, est ce que ça va ? Est ce qu'il faut que j'appelle les secours ?
Dean ne savait pas exactement les dégâts que la chute avait pu occasionnés sur son moignon et sur son bras mais il refusait de voir son petit ami appeler une ambulance après une simple chute. Il s'en voulait d'avoir oublié son handicap. Il avait honte de ne pas être capable de se lever du canapé comme n'importe qui sans avoir à prévoir ses moindres mouvements à l'avance.
- Tu vois ce que je suis devenu, grogna t-il en se redressant pour pouvoir s'asseoir.
Il appuya son dos contre le canapé derrière lui et ferma les yeux. La douleur était cuisante dans sa jambe.
- Tu ne peux pas avoir envie de vivre avec quelqu'un comme moi ! Mike … je ne peux pas … je ne peux pas t'imposer ça.
Michael posa ses deux mains sur les joues de Dean et se pencha en avant pour déposer un rapide baiser sur ses lèvres. Le jeune homme le laissa faire. C'était un réflexe imprégné dans son esprit par sept années de relation. Par sept années passées à s'aimer tout en se fichant du regard des autres. A se toucher. A s'embrasser. Dean aimait ces moments. Il avait toujours beaucoup d'affection pour Michael. Mais il ne l'aimait plus. Et peu importait que cela fasse de lui le méchant de l'histoire. Il était prêt à l'assumer.
- Je me fiche de ce que tu penses être devenu ou de la fausse image que tu as de notre couple dans ta tête depuis ton retour. Ce que je sais, c'est que je t'aime. Je me fiche qu'il te manque une jambe. Je me fiche de ton apparence. Même si je te trouve toujours aussi magnifique … tu ne me croiras pas de toute façon. J'ai toujours envie de toi … je veux toujours faire ma vie à tes côtés. Ne me repousse pas Dean. Ne me demande pas de partir.
Michael était sincère. Dean le devinait. Il le connaissait suffisamment pour savoir quand il mentait et quand il se montrait honnête. Mais il ne pouvait pas laisser son petit ami continuer à se bercer d'illusions comme il le faisait en ce moment. Il était le seul à être lucide dans leur couple. Et il devait prendre ses responsabilités.
- Je ne te demande rien … c'est moi qui partirais. Je ne peux pas rester et continuer à te mentir. Je te crois quand tu me dis que tu m'aimes … je sais que tu es sincère et je sais également que tu n'attaches aucune importance à mon physique ou … à ça …
Dean indiqua sa jambe manquante d'un vague mouvement de la main. Il avait toujours mal mais il n'avait pas l'intention de se plaindre. Il ne voulait pas inquiéter Michael. Pas alors qu'il était en train de rompre avec lui.
- Mais mes sentiments ne sont plus … ils ne sont plus les mêmes. Je suis désolé de te faire du mal ou de manquer aux promesses qu'on s'est fait depuis sept ans mais … si je choisissais de rester juste pour ne pas te faire du mal … je me mentirais à moi même et plus grave encore, je te mentirais à toi. Je le refuse. Je préfère partir maintenant. J'espère juste que tu ne m'en voudras pas trop .. ou au moins que tu ne me détesteras pas jusqu'à la fin de tes jours.
Si Dean n'avait pas perdu sa jambe quatre mois plus tôt, il se serait levé pour quitter la pièce sans laisser une chance à Michael de dire quoi que ce soit de plus. Mais il ne pouvait pas le faire seul et cela le rendait fou de rage. Il se sentait diminué et inutile.
- Je ne pourrais jamais te détester Dean et tu le sais. Mais je n'ai pas non plus l'intention de te laisser partir sans me battre. Je sais que tu traverses une phase difficile et je sais que tu doutes de tout et surtout de toi en ce moment. Mais je ne vais pas baisser les bras simplement parce que c'est un jour sans. Je t'aime trop pour te laisser m'échapper. Je suis sûr que tu auras les idées plus claires d'ici quelques jours … quand tu auras réussi à t'adapter à ta prothèse, que tu pourras sortir seul et que tu auras trouvé quelque chose à faire de tes journées. Je saurais me montrer patient Dean. Tu le sais.
Michael était quelqu'un de déterminé. Il ne baissait pas facilement les bras. Dean admirait cela chez lui. Il l'avait toujours trouvé fascinant. Son attitude lui avait valu de grimper les échelons dans son travail et de s'attirer l'admiration de ses collègues. Cela lui avait également valu de séduire Dean et de le garder auprès de lui malgré tous les doutes que le jeune homme avait pu avoir au fil des ans. Il avait été celui qui avait maintenu leur relation à flots le plus souvent. Dean lui en avait été reconnaissant. Mais les choses étaient différentes à présent.
- Je sais que tu vas te battre mais je préfère te le dire tout de suite … cela ne changera rien. Mike, je … je ne t'aime plus comme avant. Et cela ne date pas de mon accident. J'en ai conscience depuis plus longtemps que ça. Je refusais simplement de le voir. Ce n'est pas facile pour moi non plus. J'avais fini par croire que nous ferions notre vie ensemble … que nous formerions une famille un jour et … tu restes un de mes meilleurs amis. Mais mes sentiments sont … ils sont différents. Tu devrais m'oublier et passer à autre chose maintenant. Tu mérites mieux que tout ça.
- T'oublier ? Passer à autre chose ? Tu te fiches de moi non ? Je ne peux pas effacer mes sentiments pour toi d'un coup de baguette magique. Je te l'ai dit. Je t'aime. Je ne vais pas tirer un trait là dessus parce que tu traverses une mauvaise passe. Les choses vont s'arranger dès que tu …
- Mike stop, le coupa Dean.
Il attrapa le rebord du canapé derrière lui pour tenter de se rassoir dessus mais il manquait de force et il ne parvint qu'à se soulever légèrement avant de retomber par terre. Comme toujours, Michael vint aussitôt à son secours. Il l'aida à se redresser puis à s'asseoir sur le canapé. Il s'agenouilla ensuite entre ses jambes et attrapa le bas de son pantalon pour examiner son moignon. Dean lui attrapa aussitôt les mains pour l'en empêcher.
- Stop, arrête. Ca ne m'aide pas … je refuse de … je dois apprendre à ne plus dépendre des autres. Et … quant à nous, Mike … tu dois me laisser partir. Je t'en supplie. Je ne peux pas rester ici. Je ne peux pas … je vais devenir fou. La culpabilité est en train de me faire perdre la tête.
Michael fronça alors les sourcils.
- Et qu'est-ce que tu vas faire exactement si tu quittes cet appartement ?
Dean haussa les épaules. Il n'avait pas réfléchi à ce qui se passerait une fois qu'il aurait rompu avec Michael. A vrai dire, il n'avait aucun endroit où se rendre. Il pouvait toujours prendre un appartement seul. Mais il savait que son frère ne verrait pas ce projet d'un bon œil. Sam continuait de penser que Dean avait besoin d'être surveillé vingt quatre heures sur vingt quatre. Il allait probablement insister pour s'installer avec lui. Il irait chercher ses affaires en Californie et tirerait un trait sur tout ce qu'il avait construit depuis son départ pour Stanford. Ce que Dean refusait. Sam avait besoin de rester avec sa petite amie et de faire sa vie de son côté. Et Dean avait besoin d'être indépendant. De pouvoir se prouver qu'il en était capable.
- Je vais trouver un appartement … m'installer quelque part et tenter de trouver un nouveau sens à ma vie. Et en attendant, je sais que je peux demander à Benny de m'héberger. Andrea et lui ont une chambre en plus.
Michael ne semblait pas enchanté par cette décision. Il ne semblait pas non plus accepter l'idée de voir Dean lui échapper. Mais le jeune homme savait qu'il n'allait pas opposer de résistance. Du moins plus maintenant qu'il avait vu dans quel état cela mettait Dean. Il avait toujours pris soin de ménager son petit ami. Il avait toujours fait passer ses intérêts avant les siens. Michael était réellement quelqu'un de bien. Dean aurait aimé pouvoir l'aimer. Il aurait aimé pouvoir faire sa vie avec lui. Il aurait été heureux de vieillir à ses côtés. Parfois, il se détestait pour être aussi honnête et aussi droit. Il le devait sans nul doute à l'éducation que son père lui avait donné. Peut être également à l'armée. Pour une fois, il le regrettait vraiment. S'il avait été capable de vivre dans le déni comme beaucoup de personnes le faisaient tous les jours, il aurait eu l'opportunité de vivre aux côtés d'un homme qui l'aimait sincèrement et qui ne lui aurait jamais fait de mal intentionnellement. Mais il refusait de mentir. Il refusait de jouer le jeu. Il devait partir.
- Je vais lui demander de venir me chercher ce soir. Je serais parti d'ici quelques heures et je … je viendrais récupérer mes affaires dans la semaine.
- Dean, tu n'es pas obligé … on peut … tu pourrais rester ici. Je te jure que je ne tenterais rien … du moins pour le moment. Parce que je peux te garantir une nouvelle fois que je ne suis pas prêt à laisser tomber. Nous sommes faits l'un pour l'autre. Tu finiras par le comprendre.
Dean soupira longuement avant de prendre son téléphone dans sa poche. Il n'avait pas la force d'expliquer à Benny ce qui venait de se passer. Il se contenta donc de lui envoyer un SMS lui demandant de venir dans les plus brefs délais car il avait besoin de lui. Il savait que Benny laisserait tout en plan pour voler à son secours. Il pouvait toujours compter sur lui. Benny était comme un frère pour lui.
Quand Dean redressa la tête, Michael s'était éloigné et observait l'extérieur depuis la fenêtre de leur salon.
- Mike, je suis désolé, lança le jeune homme.
Il avait toujours su que rompre avec Michael serait compliqué. Il n'avait simplement pas imaginé que cela le serait autant. C'était sans nul doute du en partie à leur histoire et à leur passé. Michael avait été le premier homme que Dean avait aimé. Le premier avec qui il avait couché. Il avait jusqu'à leur rencontre nié son homosexualité. Son père ne l'aurait jamais accepté. Michael lui avait prouvé qu'il n'avait pas à avoir honte. Qu'il avait le droit d'être qui il était. Dean avait tout appris à ses côtés. Il savait ce qu'il devait à Michael. Il lui en serait éternellement reconnaissant. Michael avait été son roc pendant des années. C'était lui qui l'avait aidé à surmonter le traumatisme de ses premières opérations extérieures. Lui qui l'avait laissé pleurer toutes les larmes de son corps quand il avait tué un homme pour la première fois ou quand il avait perdu un de ses hommes. Dean aurait probablement perdu la tête s'il ne l'avait pas eu dans sa vie. Il savait qu'il aurait du mal à se passer de lui. Quand les cauchemars l'empêcheraient de dormir, il aurait sans nul doute le réflexe de l'appeler. Ou de lui demander de venir le prendre dans ses bras. Mais il n'en avait plus le droit. Il devait l'accepter. Il savait qu'il avait pris la bonne décision.
- Je suis vraiment désolé, répéta t-il.
- Tais toi Dean, répliqua Michael avant de quitter la pièce.
Sa colère était justifiée. Dean le savait. Mais son ton froid lui fit tout de même extrêmement mal. Il ravala un sanglot puis ferma les yeux. Benny serait bientôt là. Il l'emmènerait loin de Michael. Il l'aiderait probablement à surmonter cette épreuve. Même s'il avait mieux à faire. Andrea était enceinte et elle aurait bientôt leur premier enfant. Benny avait définitivement d'autres choses à planifier. D'autres préoccupations. Mais Dean ne savait pas vers qui d'autre il pouvait se tourner. Il avait quelques bons amis. Il les aimait tous de tout son cœur. Il avait Sam également. Mais Benny était comme un grand frère pour lui. Et il avait besoin de ses conseils et de sa présence. Il savait que son ami ne le jugerait pas. Bien au contraire. Il l'encouragerait à reprendre le dessus. Il était le seul à ne pas le considérer comme un handicapé sur qui on devait veiller constamment. Le seul à le bousculer pour le faire réagir. Il le forcerait à se remettre sur pieds. Littéralement parlant. Dean pouvait compter sur lui pour reprendre sa vie en main. Bientôt, il trouverait un appartement à lui et un nouveau métier dans lequel il pourrait exceller sans avoir à forcer sur sa prothèse.
Dean sourit tristement. Il avait parfois l'impression que sa vie lui échappait. Le docteur Barnes lui avait dit que c'était normal d'être perdu. Qu'il ne devait pas avoir honte d'avoir besoin d'aide. Mais Dean avait toujours été celui sur qui on comptait. Celui vers qui on se tournait quand les choses allaient mal. Il détestait l'idée que les rôles soient inversés. Il était fort et il ne laisserait pas la vie et le destin le convaincre du contraire. Il avait besoin de changements. Il avait besoin d'un nouveau départ. Et c'était exactement ce qu'il allait faire à partir de maintenant.
