Bonjour tout le monde, je tiens tout d'abord à vous souhaiter une très bonne année 2015, et à vous remercier pour toutes les reviews que j'ai reçues suite à la publication du premier chapitre de cette nouvelle traduction. Voici donc sans plus tarder le deuxième chapitre.

Bonne lecture.

Chapitre Deux : Respire

Mon alarme me réveille à 6h30 exactement. Je frotte mes yeux fatigués. La nuit a été longue, Sébastien s'est beaucoup agité. Je m'extirpe du lit et me rends à la salle de bain. Je fais ma routine avant de réveiller mon garçon. Aller à la salle de bain, me laver les mains et le visage, me brosser les dents et les cheveux, enfiler un jean et un tee-shirt.

Je vais dans sa chambre et je le vois dormir paisiblement, enveloppé étroitement dans ses draps aux motifs intersidéraux. Je souris avec regret, souhaitant ne pas avoir à le réveiller.

Je m'agenouille à côté de son lit et glisse doucement mes doigts dans ses cheveux. « Il est temps de te lever, mon lapin, » je murmure tout près de son oreille.

Ses paupières tremblotent, il grommèle, mais il ne bouge pas. Je jette un coup d'œil à l'horloge. 6h55. « Il sera 7h dans cinq minutes, Sébastien, » je murmure à nouveau.

Il ouvre paresseusement les yeux et m'adresse un sourire en coin. « Bonjour, maman. »

« Bonjour, mon ange. » J'embrasse ses joues parfaitement rebondies. « Tes vêtements sont sortis. Je vais aller préparer ton petit déjeuner. Je te vois en bas dans quinze minutes. »

Il acquiesce. « Deux œufs tournés, m'man, deux tranches de bacon, un toast, et laisse deux centimètres d'espace dans le verre quand tu le rempliras avec du jus d'orange, s'il te plaît ? »

Ça fait trois mois que je lui prépare ce petit déjeuner particulier, et pourtant chaque matin il DOIT me le rappeler. Alors je souris. « C'est noté, mon cœur. Va te préparer et rejoins-moi à la table. »

Il traîne ses pieds à la salle de bain, allume l'interrupteur de la lumière deux fois, et fredonne en faisant sa toilette. Aujourd'hui, sa chanson est le thème de Star Trek. Je pouffe de rire en me hâtant à la cuisine pour préparer son petit déjeuner.

Quinze minutes top chrono plus tard, il entre dans la cuisine. Il s'assied sur sa chaise et je mets son petit déjeuner devant lui et je m'installe à côté de lui avec mon café et un muffin.

« J'aime bien Edward, maman, » dit-il en arrangeant sa nourriture de manière à ce que ses œufs soient devant lui, le bacon à gauche et le toast à droite.

« Ouais, moi aussi, Sébastien. » Je sirote mon café et je repense au déjeuner de la veille.

Edward savait qu'il devait demander une banquette à l'arrière, loin des autres clients du restaurant. Il a aussi demandé que nous ne soyons pas assis directement sous le haut-parleur de la radio. Il a demandé à Sébastien s'il voulait l'intérieur ou l'extérieur de la banquette et s'il préférait être face à la porte ou non.

Quand je lui ai demandé comment il se faisait qu'il soit si prévenant à l'égard des besoins de mon fils, il s'est contenté de hausser les épaules en disant qu'il avait géré ce genre de situation toute sa vie. J'ai pensé qu'il voulait dire qu'il était autiste lui aussi, mais il a expliqué que son père avait reçu un diagnostic d'autisme quand il était au début de la vingtaine. Il était plus vieux encore quand on lui avait dit que sa forme d'autisme était connue sous le nom de syndrome d'Asperger.

J'étais choquée qu'un homme de cet âge soit diagnostiqué si tard dans sa vie, mais il m'a expliqué comment ça s'était passé. Son grand-père disait au sujet de son père que celui-ci était un savant avec de graves problèmes de paresse.

Cela m'a brisé de cœur de penser à un homme grandissant dans un monde terrifiant, tout seul sans personne pour le comprendre.

Nous avons parlé un peu plus de Sébastien et de 'l'école spéciale' qu'il fréquente. Puis Sébastien a assailli Edward avec une pluie de « Edward, savais-tu que… »

C'était stupéfiant de voir qu'Edward savait en effet des quantités de choses, mais j'imagine que son père l'informe régulièrement tout comme Sébastien le fait avec moi.

« Ok, maman, j'ai terminé. Il faut juste que je me brosse les dents encore une fois, et que je mette mes chaussures et ma veste. Il commence à faire froid, m'man, tu dois te rappeler de mettre ton manteau toi aussi, je ne veux pas que tu tombes malade. » Il va porter son assiette dans l'évier, l'essuie deux fois et la rince jusqu'à ce qu'elle soit étincelante, puis il la place dans le lave-vaisselle.

« Je le promets, Bébé, je vais porter mon manteau aujourd'hui. » Il hoche la tête avec gaieté et sort de la pièce en courant pour aller finir de se préparer.

Cinq minutes plus tard nous sommes sur les marches du perron, attendant son autobus.

Je vois Sébastien broyer les feuilles tombées sous sa chaussure. « Tu t'amuses ? » Je m'enquiers.

« J'aime le bruit que ça fait, » répond-il simplement.

« J'aime l'automne, c'est ma saison préférée, mais c'est triste aussi. »

« Pourquoi est-ce que ça te rend triste, maman ? » Il me regarde avec des yeux soucieux.

« Eh bien, Seb, je suppose que c'est parce que même si c'est très beau, les feuilles tombent des arbres, laissant ceux-ci dépouillés. Puis les magnifiques feuilles colorées deviennent brunes et meurent. » Je souris faiblement.

« Peut-être que si tu le comprenais mieux ça ne te rendrait pas si triste. » Il me lance ce regard de petit garçon qui sait tout.

« D'accord, Seb, éclaire-moi. » Je me tourne vers lui, attendant avidement son histoire.

« Il n'y a aucune raison d'être triste au sujet des feuilles tombées et des arbres dépouillés, et je vais te dire pourquoi. » Il ramasse une feuille et la met dans ma main.

« Les arbres qui perdent leurs feuilles en hiver sont appelés arbres à feuillage caduc. Ils perdent leurs feuilles pour conserver l'humidité et réduire la quantité d'énergie qu'ils doivent consommer afin de rester en vie. » Je regarde la feuille orange dans ma main alors qu'il poursuit.

« Les feuilles de certains de ces arbres changent et prennent des couleurs vives avant de tomber au sol, tandis que d'autres se fanent ou brunissent. Alors tu vois, maman, elles ne meurent pas du tout, elles vivent. » Il sourit triomphalement.

Je l'embrasse sur la joue et je glisse la feuille dans ma poche. « Merci, Seb, tu as raison, ce n'est pas triste, c'est merveilleux. »

Son intelligence m'épate toujours, et pourtant le pincement au cœur que je ressens chaque fois qu'il parle est presque débilitant. Il y a tellement de gens dans ce monde qui ne comprennent pas mon petit garçon. Je pense à l'avenir, quand je ne serai plus là. Ira-t-il bien quand je ne serai plus là ?

Je secoue la tête pour chasser ces pensées morbides. Il ira bien, mon esprit le sait, mon cœur a juste besoin de se mettre au diapason. Il est là où il doit être. Peut-être que s'il ne faisait pas l'expérience des ténèbres dans lesquels ce monde d'ignorance l'a lancé, je serais plus optimiste. « Respire, Bella, » je me dis et me répète jusqu'à ce que je sois calme.

Après que son autobus l'ait ramassé, je me précipite à l'étage et je me prépare pour aller travailler.

ooo

« C'est bon de te voir ce matin, Bella. Pour qui faisons-nous des achats aujourd'hui ? » Demande Rose, l'une des gérantes de Bergdorf.

« Bonjour, Rose. Je suis passée prendre quelques complets qui ont été ajustés pour Eleazar Cruz ? Sais-tu s'ils sont prêts ? »

« Je suis sûre qu'ils le sont, Bella. Je dois te dire, tu as vraiment les meilleurs clients, » pépie-t-elle alors que nous nous dirigeons vers le comptoir.

J'adore être une conseillère shopping. Ça me procure l'horaire de travail flexible dont j'ai besoin, et mes clients comprennent ce que je vis avec Sébastien, ainsi que ses besoins spécifiques. LA PLUPART d'entre eux, en tout cas.

« Il y a certains de mes clients dont je me passerais, Rose, mais je suis bien payée, alors je me contente de faire la sourde oreille à leurs jérémiades. » Je hausse les épaules et je prends les sacs de vêtements.

« C'est ce que tu dois faire. Alors dis-moi, comment va Sébastien ? » Elle croise les bras et sourit. J'amène souvent mon fils au travail avec moi quand j'ai des heures atypiques. Bergdorf est mon lieu de prédilection car le personnel est toujours gentil avec lui.

« Il est merveilleux et brillant. Il est parfait, quoi. » Je lui rends son sourire.

« Et il le sait lui aussi. » Nous commençons toutes les deux à rire.

« Oh Bella, ça me rappelle, est-ce que tu sais si Edward Cullen fait son shopping lui-même ou s'il a quelqu'un comme toi pour l'aider ? »

Je hausse un sourcil interrogateur. « Non, pourquoi ? »

« Eh bien, hier il a laissé ces chemises-là ici quand il est sorti en courant avec toi et ton fils. Je n'ai pas de numéro de client dans mes fichiers, alors je me demandais si tu étais au parfum. » Elle dépose trois chemises devant moi.

« Mon Dieu, je suis horriblement embarrassée. Il est parti et il les a oubliées. » Je tâte le tissu soyeux. Il a vraiment beaucoup de goût. Je regarde Rose. « Je peux les lui apporter. Après tout c'est ma faute s'il les a oubliées. »

Elle sourit et acquiesce. « Mmhmm, ok, ouais, tu peux faire ça. »

« Quoi ? » Je peux sentir mes joues chauffer à l'insinuation dans son ton.

« Rien. Vas-y, cocotte, apporte son armure à ton homme. » Elle glousse.

« Ah, s'te plaît, Rose, cesse de te comporter comme une adolescente. Je le fais pour être serviable, c'est tout. » Je secoue la tête, m'empare des chemises qui s'ajoutent aux sacs que j'ai déjà, et je sors.

ooo

L'Agence Cullen-Denali est située au cœur de Manhattan. Ils occupent deux étages dans le Chrysler Building, ce qui me surprend énormément. Je savais qu'Edward avait de l'argent, ça ne faisait aucun doute, mais de là à pouvoir louer des locaux dans le Chrysler Building ? Wow !

« Puis-je vous aider, madame ? » Me demande un petit homme chauve derrière le comptoir d'information.

« Oh, je l'espère bien. » Je lui montre trois sacs de Bergdorf. « Ils sont à M. Cullen et je dois les lui donner. »

Il regarde sa planchette à pince. « Quel est votre nom ? »

« Je suis Isabella Swan, ou Bella si vous préférez. Quel est votre nom ? » Je lui demande bizarrement en retour.

Il rit. « Je m'appelle Norman. Écoutez, vous m'avez l'air d'être une dame tout à fait charmante, mais vous n'êtes pas sur la liste de personnes qui peuvent rencontrer M. Cullen et Mlle Denali sans rendez-vous. Vous allez devoir appeler et en obtenir un. » Il m'adresse un sourire contrit.

« Je comprends parfaitement. Dans ce cas je vais juste appeler là-haut et voir si M. Cullen aimerait que je laisse ces sacs ici avec vous. » Je souris et sors mon téléphone. C'est alors que je réalise que je ne connais pas le numéro de l'agence. Norman m'observe attentivement tandis que je fais une recherche Google sur mon téléphone jusqu'à ce que je repère le numéro et le compose.

« Merci d'avoir téléphoné à l'Agence Cullen-Denali, comment puis-je diriger votre appel ? » S'enquiert une jolie voix de femme.

« Oui, bonjour, j'essaye de joindre Edward Cullen ? »

« Puis-je vous demander votre nom, s'il vous plaît ? »

« Bella Swan. » Je tripote les sacs contenant les chemises. Norman commence à me rendre nerveuse, me dévisageant comme il le fait.

« Ne quittez pas. » J'entends un clic, et de la musique se met à jouer. J'arpente le lobby jusqu'à ce que finalement j'entende sa voix.

« Bella ? » Dit Edward avec inquiétude.

« Bonjour Edward, je suis navrée de te déranger, mais j'ai tes chemises. »

Il émet un petit rire. « Mes chemises ? »

Je roule des yeux. « Désolée, je voulais dire celles de Bergdorf. J'y étais aujourd'hui, et la gérante les avait. Je suis juste passée ici pour te les apporter, mais je ne suis pas autorisée à monter à l'agence. Aimerais-tu que je les laisse à Norman ? »

« Tu es dans le lobby ? Et qui est Norman ? »

Maintenant c'est à mon tour de glousser. « Il travaille au comptoir d'information en bas. Il a été très gentil, mais il ne peut pas me laisser monter. »

Il soupire et je me demande quel genre d'expression il a quand il est frustré.

« Je suis désolé, Bella, je descends tout de suite. »

« Oh, d'accord. Je te vois dans une minute alors ? »

« Oui, je suis en chemin. » Il raccroche.

Je regarde Norman en haussant les épaules. « Il descend. »

Ses yeux s'agrandissent et il s'éloigne en vitesse. C'est étrange, mais je ne me pose pas de questions.

Une minute plus tard Edward arrive à grandes enjambées dans le hall. Je le regarde, fascinée par l'assurance qui émane de lui. Il sourit et salue quelques personnes en les croisant. Il est habillé pour en jeter sans même essayer.

Quand ses yeux se rivent aux miens, je ne peux empêcher le sourire qui se répand sur mon visage.

« Bella, c'est tellement plaisant de te voir, » dit-il quand il est plus près.

« C'est réciproque, Edward. » J'ai l'impression que ma gorge se bloque, alors au lieu de m'embarrasser davantage en bafouillant, je lui tends les sacs.

Il les prend avec une expression étonnamment amusée. « Merci de les avoir apportées. Tu n'avais pas à te donner cette peine. »

Je balaye ses protestations du revers de la main. « Oui, je devais le faire. C'est à cause de moi et de Sébastien que tu les as oubliées en premier lieu. »

Il s'apprête à parler quand son téléphone se met à vibrer. Il lève un doigt et lit un message. Un petit sourire se joue sur son visage et il répond rapidement et remet le téléphone dans sa poche. « Désolé, alors quoi qu'il en soit, ça ne m'a pas du tout dérangé, Bella, vraiment. J'aime bien Sébastien, et pas seulement lui. »

Je peux sentir la rougeur sur mon visage. Son téléphone vibre à nouveau et il le lit, sourit encore, répond, et le range.

« Je peux voir que tu es très occupé, alors je vais te laisser retourner à ton travail. » Je viens pour partir, mais il saisit tendrement mon coude.

« Ça va, Bella, c'est mon père, il m'envoie beaucoup de textos, » dit-il avec tant de gentillesse et d'admiration.

« Oh ? C'est tellement sympa. »

« Ouais, c'est difficile parfois, surtout quand je ne peux pas prendre mon téléphone et qu'il s'inquiète. »

Je hoche la tête pour lui montrer que je comprends. « Seb est comme ça quand je suis dans le sous-sol et qu'il m'appelle depuis l'étage supérieur. Si je ne peux pas l'entendre ou que je ne réponds pas assez vite, il devient très anxieux. »

Il acquiesce et nous sommes silencieux pendant une minute, nous contentant de nous dévisager. Son téléphone vibre une fois de plus. Il lit le message et ma curiosité est piquée. « Alors, que dit-il ? Quelque chose que Sébastien ne sait peut-être pas… »

Edward lève les yeux de son téléphone et me jauge pendant un moment. Je sais qu'il est probablement très protecteur envers son père. Beaucoup de gens ne comprennent pas ça, mais moi si. Après une seconde, il me montre l'écran. Je le lis à voix haute.

« La plupart des rires qu'on entend dans les émissions de télévision ont été enregistrés dans les années 1950, ce qui signifie que beaucoup de ces gens qu'on entend rire sont morts. – Papa »

Je ris pendant un moment puis je lève les yeux vers Edward. Son regard me coupe le souffle. Il n'est pas certain de ce que je pense de ça. De son père.

« C'est un fait intéressant. J'en ai un pour lui, que Sébastien m'a dit hier soir. Tu veux le lui envoyer par texto ? » Je demande.

Il finit par sourire et opine. « Ok, alors dis-lui que notre poumon gauche est plus petit que notre poumon droit pour faire de la place à notre cœur. »

Il texte rapidement, appuie sur le bouton d'envoie et range son téléphone. « Merci, Bella. »

J'acquiesce. « Pas de problème. En fait c'est chouette de pouvoir me servir de toutes les connaissances que m'apprend Seb. »

Il pêche à nouveau son téléphone quand celui-ci retentit, et il commence à rire. Il tourne l'écran vers moi et je le lis. « Soit tu es devant un écran d'ordinateur, soit tu es actuellement en train de parler à une personne très intelligente, Edward. – Papa. »

Je ris. « Il n'y a pas grand-chose qui doit lui échapper, pas vrai ? »

« Rien ne lui échappe. » Il tape une réponse et prend une grande inspiration. « Aimerais-tu dîner avec moi, Bella ? »

Je suis décontenancée par sa soudaine question. « Euh, quoi ? »

« Tu sais, le dîner ? C'est le dernier repas de la journée. Celui que les gens prennent le soir ? » Il est sarcastique.

« Je sais ce qu'est le dîner. Je suis juste surprise, c'est tout. »

« Écoute, j'aime te parler et je semble oublier toute la merde de la journée quand je suis avec toi, alors qu'en dis-tu ? Ce soir, demain, tu choisis le moment qui te convient. »

Je remonte mon sac à main sur mon épaule et je baisse les yeux. « Désolée, Edward, je n'ai personne pour garder Sébastien. Son père est en voyage d'affaires au Japon. Normalement je demande à Emmett – c'est le professeur de Seb – quand la situation est critique, mais je n'aime pas abuser de sa gentillesse. Mais merci beaucoup, je l'apprécie. » Je souris et lève finalement les yeux. Il a un sourire radieux.

« Ton fils m'a dit qu'il est impoli de ne pas regarder les gens dans les yeux quand on leur parle, » dit-il avec hardiesse.

« Il a raison. » J'incline le menton et me fais un point d'honneur d'agrandir les yeux de façon comique en le regardant. « Là, c'est mieux ? »

Son rire résonne bruyamment dans le lobby. « Très drôle. Ok, d'accord. Alors nous serons trois demain soir. À quelle heure Sébastien aime-t-il manger ? »

Je suis décontenancée une fois de plus. « Sérieusement ? »

« Super sérieux, » dit-il avec une bouille pas sérieuse du tout.

« Oh, je, heu… Ouais, Sébastien doit prendre son dîner à 17h30. J'imagine que ça te pose un problème, n'est-ce pas ? »

Il hausse les épaules. « Je me libérerai du travail plus tôt, et je pourrai passer vous prendre tous les deux. Il me faut juste ton adresse. »

Je le dévisage pendant une bonne minute, stupéfiée et à court de mots.

« Une adresse, Bella ? Un numéro et un nom de rue ? La station d'essence la plus proche, n'importe quoi ? » Il agite la main devant mon visage pour que je le remarque.

« Oh, désolée, j'avais l'esprit dans le vague. Tiens, je vais te l'écrire. » Je sors un vieux reçu et j'écris mon adresse au verso.

Il prend le papier, le lit et le met dans sa poche. « On se voit demain soir, Bella. » Il s'apprête à partir, mais se retourne subitement. « Par pure curiosité, est-ce que tu travailles chez Bergdorf ? »

Je secoue la tête. « Non, je suis conseillère shopping, et Bergdorf est simplement mon magasin préféré. »

« Hum, intéressant. Alors merci encore, Bella. À demain. » Il agite la main, sourit et se dirige vers les ascenseurs.

En quoi est-ce intéressant ? Quel homme étrange. Je ris et monte dans un taxi pour me rendre à l'appartement d'Eleazar pour lui remettre ses costumes.

ooo

L'autobus de Sébastien est en retard. Je ratisse mes cheveux avec mes doigts et j'appelle l'école. Bien entendu ils me disent que son autobus est parti à l'heure. Alors j'appelle la compagnie d'autobus et ils me disent qu'il y a eu un accident et que le bus a dû faire un détour.

Je regarde ma montre. Il a déjà vingt minutes de retard. Son horaire au grand complet est ruiné. J'appelle la pizzeria et je commande la pizza favorite de Seb. Ensuite je me promène le long du trottoir et je ramasse des roches et des mauvaises herbes au hasard, que je fourre dans ma poche.

Son autobus tourne le coin de la rue. Je prends une grande respiration et je me prépare. Comme je m'y attendais, Annie, qui est l'aide para-professionnelle de Sébastien, le tient dans ses bras. Il est recroquevillé en boule dans son giron. Je monte dans l'autobus et me penche devant lui.

Je fouille dans ma poche et en sors les mauvaises herbes et les roches. « Sebby, je les ai trouvées par terre. Peux-tu me dire de quoi il s'agit ? » J'ôte ses cheveux humides de son visage, révélant des yeux terrifiés.

Ceux-ci regardent dans toutes les directions avant de finalement se poser sur les articles que j'ai collectés. Il fronce les sourcils de confusion alors que ses yeux se fixent tour à tour sur les objets et sur moi.

« Maman ? » Sa voix est rauque d'avoir pleuré.

« Hé, Bébé. » Je souris et lui tends les bras.

Il se détache lentement d'une Annie trempée de larmes et glisse dans mes bras. Je pose sa tête sur mon épaule. Annie me donne une petite tape dans le dos. Elle sait ce qui m'attend.

Je descends de l'autobus en silence, pénètre dans la maison et m'installe sur le canapé dans notre salle de séjour. Sébastien pleurniche un peu jusqu'à ce qu'enfin je sente ses doigts délicats toucher les herbes et les roches que j'ai dans la main.

« Dolomite, » déclare-t-il d'une voix paisible tandis qu'il en ramasse une. « Quartzite. » Et il en prend une autre. Il continue jusqu'à ce qu'il les ait toutes saisies fermement dans sa main.

« J'ai commandé ta pizza préférée, Seb, » je murmure à son oreille. Il acquiesce paresseusement.

« Dis-moi au sujet des mauvaises herbes ? »

« Ce sont des fleurs de liseron, une plante magnifique. » Il caresse doucement les pétales d'une blancheur crémeuse. « Ça ici, c'est du chiendent, maman. Je n'aime pas ça. » Il grimace légèrement et je glousse.

« D'accord, pas de chiendent. » Je le mets sur la table.

La sonnette retentit. Je prends Seb dans mes bras et me rends à la porte.

« Bonsoir, Mlle Swan, » dit Frankie.

« Hé, Frankie, pourrais-tu la mettre sur le comptoir. J'ai les mains un tantinet trop pleines pour le faire moi-même. » Il sourit et va porter la pizza dans la cuisine.

« J'ai mis du pourboire sur la carte pour toi. Merci. »

Il agite la main en guise de remerciement et s'en va.

ooo

Après que nous ayons mangé, je donne un bain à Sébastien. Il est aromatisé à la lavande et à la vanille, c'est ce qu'il préfère. Je mets de la musique douce et il fredonne en l'écoutant, ses doigts pianotant sur le rebord de la baignoire. Il ne parle plus ce soir.

Quand je le mets au lit, je lui lis l'histoire qu'il me pointe du doigt. Ce soir c'est Russell's World, une histoire au sujet de l'autisme dont l'auteur est Charles. A. Amenta III.

Je lis et il écoute. Il ne dit rien. Lorsque j'ai terminé, je m'agenouille à côté de son lit. « J'ai vu Edward aujourd'hui. »

Ses yeux trouvent les miens, mais il ne dit rien.

« Il se demandait s'il pourrait nous emmener dîner demain soir. » Je vois un petit sourire sur ses lèvres, qui s'évanouit aussi vite.

« Est-ce que ça te plairait, Seb ? »

Il se contente de hocher la tête, puis il ferme les yeux. J'embrasse son front, j'allume sa veilleuse et je me dirige vers ma chambre.

Je ferme la porte, m'affale sur mon lit, et aussi silencieusement que possible, je pleure jusqu'à ce que je finisse par m'endormir.

Note de l'auteure : j'ai été sidérée par tous les commentaires et les messages privés. Tellement d'histoires personnelles de luttes et de triomphes. Cela me réchauffe énormément le cœur. Merci de les partager avec moi.

L'histoire était auparavant cotée M, mais je l'ai changée pour T parce qu'il y a un peu de mauvais langage et des situations adultes, mais ce n'est pas sur cela que cette fic est fondée.

Note de la traductrice : au cas où vous vous poseriez la question, cette histoire finit très bien :0)

Aussi, cette histoire est racontée à la fois par Edward et par Bella, avec en plus quelques chapitres qui seront racontés par d'autres personnages.

À bientôt.

Milk