Chapitre 2

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— Gwen a dit cela ?
— Oui...
— Tiens, mange. Tu es presque transparent ce matin...

Merlin soupira et piocha les céréales grillées que Gaius venait de lui déposer sous le nez.

— Arthur t'exploite, soupira le vieux médecin. Regarde-moi ça, tes vêtements flottent sur son dos... Tu devrais demander un jour de congé.
— Il est tout aussi débordé que moi, marmonna Merlin en se redressant, secouant la tête. Sans moi pour lui laver son linge et ranger sa chambre, il ne s'en sortirait pas. Je ne sais pas si ce serait une bonne idée qu'il devienne Roi maintenant...
— Uther ne va pas bien, Merlin, dit alors Gaius.
— Comment le savez-vous ? Il refuse de voir qui ce soit... s'étonna le jeune sorcier.
— Son petit page... Il me tient au courant de l'état de santé du Roi. Et elle décline... de jour en jour.
— Est-il en danger ?

Gaius haussa les sourcils et s'assit sur le banc de l'autre côté de la table.

— Si Uther meure, Arthur sera officiellement sacré Roi, que cela lui plaise ou non, dit-il.
— Autant qu'il monte sur le trône maintenant alors, parce que si jamais Uther se remet...

Merlin baissa le nez. On frappa soudain à la porte et Arthur en personne entra, suivit de Gwen.

— Mon Seigneur ? Gwen... Que se passe-t-il ? fit Gaius en se levant aussitôt.

Merlin l'imita un peu plus lentement et Arthur leur fit signe de ne rien n'en faire. Merlin se laissa retomber sur son banc en soupirant et Gwen dit :

— Le page du Roi est venu trouver Arthur...
— Quand ? fit Gaius en se préparant à partir pour les appartements royaux.
— Il y a quelques minutes, répondit Arthur. Mon père... a décidé de partir à la recherche de Morgana...

La stupeur ponctua cette annonce et Merlin, les sourcils disparaissant sous ses cheveux coupés au bol, résumant la pensée de tous, lâcha un « Quoi ? » abasourdi.

— Vous êtes certains de cela, tous les deux ? demanda Gaius.
— Oui, fit Arthur. Le garçon a jugé bon de venir m'en parler immédiatement et à l'heure qu'il est, mon père se prépare à partir... seul.
— Qu'espère-t-il ? demanda alors Merlin. Retrouver Morgana et la ramener à Camelot pour la faire redevenir la gentille petite fille qu'il a adoptée ?

Le sarcasme teintait la voix du jeune sorcier et Arthur serra les mâchoires. Gwen posa une main sur son bras pour l'empêcher de répliquer et regarda Gaius.

— Gaius, allez lui parler... dit-elle doucement.
— A Uther ? Jamais il ne m'écouter à, mon petit, grommela le vieux médecin.
— C'est votre ami, supplia Arthur. S'il part... il ne reviendra jamais. J'ai déjà perdu ma mère, je ne veux pas perdre mon père à cause de la magie.

Ces derniers mots firent se hérisser Merlin mais il ne dit rien.

— Si jamais Uther part à la recherche de Morgana et la trouve, elle le tuera sans sommation pour venger la mort de Morgause, si tant est qu'elle soit morte, dit-il à la place. Il va droit dans la gueule du loup...

Gaius soupira. Il accepta cependant de tenter de parler à Uther, mais précisa bien que si le Roi lui refusait audience une seule fois, il laisserait tomber.

La chance ne sembla pas de son côté car lorsque le vieux médecin se rendit à la chambre du Roi, il tomba sur Uther qui sortait de ses appartements pour la première fois depuis deux mois entiers...

— Altesse !
— Gaius !

Les deux hommes se serrèrent le bras solidement et Gaius considéra la tenue de son ami.

— Je pars, Gaius, fit alors Uther. Je pars à la rencontre de Morgana.

Gaius serra les lèvres.

— Non, dit-il alors. Je ne vous laisserai pas vous jeter à la mort.

Uther haussa les sourcils et pencha la tête sur le côté.

— J'ai peur de ne pas comprendre, Gaius... fit-il. Morgana est simplement partie en voyage, je ne fais qu'aller l'accueillir...

Le vieux médecin resta sans voix.

— Vous... fit-il. Vous vous sentez bien, mon Seigneur ?
— Aussi bien que possible, pourquoi cette question, Gaius ?

Uther sourit alors et Gaius compris que son plus vieil ami avait perdu la raison... Il parvint à faire promettre à Uther de différer son départ d'un jour ou deux afin de permettre à une escorte de se préparer pour l'accompagner, et il se rendit aussitôt chez Arthur pour lui relater sa découverte.

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— Mon père ? Fou ?

Arthur resta abasourdi.

— Mais comment est-ce possible ? dit-il en s'approchant d'une fenêtre.
— Il a passé plusieurs jours dans un cachot humide en compagnie de rats... Il... Il y a sans aucun doute laissé sa raison et la maladie aura fait le reste.

Arthur semblait sonné. Il secoua la tête en se mordant les lèvres. Les mains dans le dos, il se mit à arpenter la pièce devant un Gaius qui n'osait pas l'interrompre. Soudain, il se figea et regarda le vieux médecin.

— Gaius, allez me chercher Merlin.
— Pour quoi faire si ce n'est pas indiscret ? demanda le vieil homme.
— J'ai une mission de la plus haute importance à lui confier... Une mission risquée.
— Je vois... Je vous l'envoie.

Arthur hocha la tête. Merlin arriva essoufflé cinq minutes plus tard et quand son maître lui demanda de fermer la porte de la chambre dans son dos, il pressentit l'affaire officielle...

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— Tu as bien compris ?
— Oui, Arthur.
— Répète ?
— Je pars ce soir après le coucher du soleil pour le royaume de Cenred où je cherche les Druides, fit Merlin, assis sur une chaise dans l'appartement du jeune Prince. Dès que je les ai trouvés, je leur demande d'user de leur magie pour pister Morgana grâce à son parfum dont j'emporte un flacon avec moi...

Arthur hocha la tête.

— Ensuite ? fit-il.
— Arthur, c'est très risqué ça... fit le jeune sorcier.
— Je sais, mais nous devons retrouver Morgana et Morgause avant que nous n'ayons plus d'excuses pour retenir mon père. Il a peut-être perdu l'esprit, mais quand il a une idée en tête, il ne l'a pas ailleurs...
— Je sais... Je pars seul ?
— Oui. Je sais que tu peux être très courageux quand tu veux... Je viendrais bien avec toi, mais j'ai bien trop de choses à faire ici et...
— Vous en mourrez d'envie, fit Merlin avec un sourire.
— Et comment ! Mais si je m'absente, même deux jours, mon père ne va pas comprendre. Donc c'est toi qui iras, seul, et si tu réussi, je tâcherais de te récompenser à hauteur.
— Et qu'est-ce que je ferais si je trouve Morgana ?
— Essaie de la convaincre de revenir.
— Une partie de plaisir ça... railla Merlin en croisant les bras. Quoi d'autre ?
— Si elle refuse...

Arthur baissa brusquement les yeux en serrant les lèvres.

— Arthur ?
— Tue-la.

Merlin sentit son visage se décomposer. La tuer ? Tuer Morgana ? Lui ?

— La... fit-il.
— C'est un ordre de ton Prince, Merlin, le coupa alors Arthur. Si elle refuse de rentrer et de se faire soigner, tue-la. Utilise n'importe quel moyen, même la magie si tu veux, mais je ne veux plus jamais entendre parler d'elle si elle n'est pas capable de redevenir ma sœur et d'expier ses fautes.

Merlin se mordit la lèvre assez violemment. Il se leva alors et se planta devant Arthur. Là, il s'inclina très bas et, fermant les yeux il dit :

— Je ferais ce que vous m'avez ordonné de faire, votre Majesté.

Il tourna ensuite les talons et quitta la pièce, digne, laissant un Arthur sans voix. Gaius entrait le seconde suivante et Arthur lui expliqua la mission que Merlin venait d'accepter...