Abby poussa la porte de l'appartement avec un soupir. Son premier jour avait été plus qu'épuisant : elle était éreintée. Après s'être faite attaquer par le patient, Luka avait voulu la tenir à l'écart des traumas et la confiner aux cas mineurs, mais Abby avait insisté qu'elle était là pour pratiquer la médecine et elle avait bientôt été aspirée par le tourbillon terrifiant qu'était les urgences. Elle était de nouveau de garde le lendemain, elle n'aspirait qu'à une douche brûlante et à un bon lit douillet.

- Tu rentres tard, fit une voix qui venait de la cuisine.

Abby grogna une réponse inintelligible.

Richard se leva de la table et s'avança, lui tendant une tasse de café. Elle l'accepta avec gratitude et se coula contre lui, reposant avec soulagement sa tête lourde contre son épaule.

- Comment c'est passé cette première journée ? l'entendit-elle demander à travers son cerveau comateux.

- Je suis surprise d'être encore vivante, avoua-t-elle.

Elle ouvrit les yeux et leva son regard vers lui, une légère moue sur le visage.

- Comment était la tienne ? Tu aurais pu descendre me dire bonjour.

Il passa une main hâtive dans sa chevelure châtaigne et se détacha, se dirigeant vers la chambre.

- J'étais très occupé, comme toujours. J'essaierai de venir te voir demain. Tu viens te coucher ?

Abby, sans répondre, se rendit à la salle de bain et prit une longue douche, tentant de délier ses muscles douloureux. Elle baissa la tête, fixant ses pieds, laissant l'eau ruisseler sur ses joues, son nez, sa bouche, son menton, pour ensuite atterrir sur la céramique blanche et s'écouler en un doux son.

Lorsqu'elle sortie, les miroirs étaient embuées et elle se brossa machinalement les dents. Son regard s'attarda sur les marques violacées sur son avant-bras et sur celle, plus haute, qui entourait son bras, presque identique à la précédente, excepté pour la grandeur. Elle commençait à s'effacer, mais la douleur dans son cœur était encore vivace, aussi douloureuse que le jour où elle était apparue.

Elle se glissa discrètement sous les couvertes, ses cheveux humides créant un cercle détrempé sur l'oreiller. Elle allait glisser dans un sommeil réparateur, lorsqu'elle sentit la main de Richard caresser son épaule nue et l'ombre de sa silhouette la recouvrir.

- Richard, murmura-t-elle en tentant vainement de le repousser, pas ce soir…fatiguée.

Pour toute réponse, il la plaqua sur le matelas. Elle distingua vaguement son visage crispé, avant que ses yeux ne s'emplissent de larmes et que sa vision ne s'embrouille.

Lorsque l'alarme la réveilla le lendemain matin, le lit était vide. Abby ressentit un vif dépit, mais non sans un certain soulagement. Elle ne voulait pas avoir à affronter Richard ce matin, à aborder pour la énième fois le sujet délicat qui l'empêchait de se sentir à l'aise près de lui, qui occupait toujours une partie de son esprit tout au long de la journée, sachant que le soir elle devrait inévitablement rentrer à la maison.

Elle s'habilla à la hâte, tentant de ne pas éveiller les douleurs de son bras. Lorsqu'elle se rendit à la cuisine, elle vit la tasse de café froid de la veille qui était restée sur la table. Elle claqua la porte en sortant.