Salut, vous tous !
Avant tout, je voudrais vous faire un énorme bisous (si seulement je pouvais) pour vous remercier pour vos gentilles reviews ! Je peux pas vous dire à quel point cela m'a fait plaisir ! Pour une première fanfiction, ça commence bien, j'ai hâte de poursuivre et c'est grâce à vous ! Alors merci beaucoup !
Je voulais à tout prix poster ce chapitre hier mais (vous ne le savez sans doute pas) j'ai un job d'été qui me mange 35 heures par semaine et me laisse lessivée pour le reste de la soirée. J'ai essayé de faire un chapitre un peu plus long car j'ai bien conscience que 3,000 c'est déplorable.
Encore une fois, le ton de ce chapitre est un peu sombre mais ne vous en faites pas, cela ne durera pas !
Je vous laisse avant que vous ne bâillonnez pour pouvoir lire en paix.
Bonne lecture et on se retrouve en bas !
Chapitre 2 : Échangeons les rôles : L'indécis, la menteuse et les deux déprimés
Alors que ma soif diminuait progressivement, une petite voix dans ma tête me tenait au courant du monticule de cadavres qui s'accumulaient pour subvenir à mes instincts primaires.
Ainsi, nous en étions à dix. Déjà. Et en moins d'une heure. L'équivalent d'un mois de chasse raisonnable. Enfin, cela faisait bien longtemps qu'on ne citait plus le nom d'Edward Cullen comme modèle de raison.
Oh, je savais on ne peut mieux que me laisser mourir de soif ainsi était bien trop dangereux ; ce n'était qu'en repoussant les corps de mes victimes que je découvrais qui elles étaient. Quelle ironie pour une créature faite de marbre que de se faire entraver à ce point par un stupide liquide chaud et palpitant d'énergie sous cette membrane si fragile qu'était la peau – animale ou humaine.
Heureusement pour moi, aucune perte humaine n'était à déplorer. Je remerciais le ciel (encore une fois, quelle ironie!) que mes pas m'aient conduit dans une partie de l'Amazonie désolée d'hommes. Et dire que ces dernier la trouvaient juste dangereuse. Oh, non, pas dangereuse. Mortelle. Ces idiots n'imaginaient certainement pas à quelle vitesse un vampire assoiffé pouvait tuer.
La preuve ; juste devant moi s'étendait toute l'horreur dont ma race était capable. Je ne le regardais que depuis quelques secondes et déjà la vision du corps inerte et anormalement déformé de ma dernière victime me répugnais au plus haut point. Mes paupières se fermèrent comme si cela pouvait faire disparaître les images des atrocités commises depuis longtemps -ô mon Dieu, si longtemps- et que mon propre choix m'obligeait à commettre.
Le cadavre entrait déjà dans une phase de décomposition inconnue des humains car bien trop subtile pour leurs sens si peu développés.
Mais malheureusement pour moi, ma race échappait à cette règle ; je pouvais sentir l'odeur de la mort à seulement quelques centimètres, une odeur légère mais abominable qui m'aurait glacé le sang pour peu que mon corps en fût doté. Cela m'était insupportable surtout quand je savais que c'était moi qui la lui avait offerte -la mort.
Mon corps se mit en mouvement alors même que l'idée n'avait fait qu'effleurer mon esprit. C'était plus par habitude que par nécessité que j'ouvris les yeux pour m'orienter et, porté par ma vitesse inhumaine, je m'enfonçais un peu plus entre les arbres, tentant de mettre le plus de distance possible entre mes victimes et moi. Au fil des années, courir était devenu un acte aussi simple que respirer pour un humain, une seconde nature et presque une libération.
Sur ce point, vampires humains n'étaient pas si différents ; même si les vitesses n'avaient rien de comparables, les buts étaient les mêmes. Se défouler, se détendre ou encore se soulager d'un surplus de problèmes. Seul la gravité des dits problèmes n'avaient rien à voir d'une race à l'autre...
Je songeai à mes propres problèmes... non, à mon problème. J'en enviais presque les futilités de l'esprit humain -et Dieu seul sait à quel point j'étais bien placé pour en connaître la teneur.
Quoique je doutai que mon cerveau n'ait pas déjà copié ce modèle ; au fil des jours, j'étais de plus en plus stupéfait de constater à quel point mes pensées autrefois si foisonnantes mais ordonnées semblaient désormais papillonner dans tous les sens, ne suivant aucune logique apparente, tout comme un esprit humain l'aurait fait. Qui aurait cru que pour retrouver un semblant d'humanité il me suffisait de souffrir plus que milles morts ? Comment la douleur pouvait-elle avoir une telle emprise sur moi ? Et surtout quand prendrait-elle fin ?
Fin.
Dans mon esprit, ce dernier mot résonna encore un petit moment sans que je puisse l'arrêter, comme un nuage de fumée, épais comme un nuage, envahissant comme la fumée, étouffant comme la poigne de la fatalité. Et lorsque son tout dernier écho se répercuta sur les cloisons de sa prison de glace, un élancement sans nom naquît dans ma poitrine, un élancement si transcendant mais si familier que je ne cherchais même pas à lutter, sachant que je ne gagnerai pas. Mes genoux heurtèrent violemment le sol, puis, entraîné dans son élan, le reste de mon corps suivis, et je m'affalai, transi par tant de souffrance, face contre terre, immobile, comme mort. La vague de douleur brûla, rongea, tortura lentement cet endroit, juste là, au centre, dans ce vide. Là où ma main serrait si fort qu'elle me faisait mal, là où mon cœur ne battrait plus jamais.
Fin. Jamais.
Étais-ce donc cela ? Étais-ce les deux derniers mots à même de caractériser mon histoire... notre histoire ? N'aurons-nous alors jamais le droit à un happy-ending ?
Il se comporta comme un idiot et en souffrit à jamais. Fin.
Qu'est-ce donc que cela ? Une espèce de malédiction divine tombée sur moi dans le seul et unique but de me faire payer pour tous les crimes que j'avais commis au cours de ma très, très longue existence ? Mes erreurs passées devaient-elles m'empêcher de trouver le bonheur ? Un vampire ne pourrait-il pas être heureux ?
Tout ceci était bien trop compliqué même pour mon cerveau de vampire « mature ». Au prix d'un immense effort, je tentai de fermer mon esprit à toute pensée parasite, éliminai une à une les plus résistantes d'entre elles.
J'étais incapable de gagner cette bataille. C'est quand je croyais en avoir réussi à en éliminer la plus grande parti que revenait à la charge des milliers de pensées. Maudit esprit vampirique hyperactif.
Elle était toujours là. Elle ne voulait pas partir. Elle refusait de le faire malgré toutes mes supplication. Pourquoi avais-je toujours aussi mal !
De mes ongles d'acier, je lacérai violemment ma poitrine nue, de la base du cou à l'estomac – cet espace vide où reposait aujourd'hui mon cœur mort, enterré sous un mont de détermination-, essayant de m'infliger physiquement la douleur que je ressentais intérieurement pour la faire diminuer. Et chaque jour, je constatai avec effarement que ce petit tas de courage diminuait peu à peu.
Je fermai les yeux, imaginant la sensation d'un corps chaud près du mien et me remémorais pourquoi je devais endurer tant de souffrances sans jamais y remédier.
Sans nul doute, ce jour là avait été le plus long de toute mon existence. Et le plus confus.
Je n'avais pas osé dire à ma famille ce que j'avais été sur le point de faire. Mon... absence au sein de ma propre famille m'avait paru si outrageante en y réfléchissant que j'avais décidé de ne rien leur dire pour le moment. Je refusais encore aujourd'hui de voir le reflet de mon dégoût pour moi-même dans les pensées de ceux qui comptaient le plus pour moi ; à coup sûr, leur jugement, leur rejet m'auraient tué sur place, si ce n'avait pas déjà été fait.
D'autre part, je n'avais eus aucune certitude sur ce que j'allais trouver. Absolument aucune. Si bien que j'avais senti la dernière parcelle d'humanité qu'il me restait, ce minuscule mais puissant concentré de sentiments au fin fond de moi, envoyer dans chacun de mes membres d'immortel la plus sourde des terreurs humaine.
Pour cette raison, je ne leur avait rien dit de mon choix et avais espéré -prié presque- pour qu'Alice tienne sa langue. Mais cela, il ne fallait pas trop compter dessus.
Il m'avait fallut trois mois entier pour changer d'avis et me convaincre de mes véritables intentions et deux semaines pour peaufiner les détails. Je savais que je n'allais pas avoir de seconde chance.
Une fois prêt, et sans le moindre regard pour la misérable existence qui avait été la mienne ces vingt derniers mois, je m'étais lancé. De mémoire vampirique -et Dieu seul sait à quel point elle est infaillible-, jamais je n'avais été aussi rapide ; j'avais quitté le Brésil au coucher du soleil, était arrivé aux portes de l'État de Washington aux alentours de minuit. Un record même pour moi.
Au fur et à mesure que je m'étais rapproché de mon but, j'avais senti mon exhalation et ma peur- que j'avais pitoyablement tentés de refouler- augmenter selon une courbe exponentielle.
Conformément à mon plan et à la liste que j'avais soigneusement établie dans ma tête, dès que j'eus été à une cinquantaine de miles de Forks, j'avais amorcé un immense détour, de façon à passer le plus loin possible du territoire Quileute. Techniquement parlant, le traité était toujours en vigueur entre mon clan et le leur ; nonobstant je n'avais eus absolument aucune envie de revoir mes chers mutants à quatre pattes pour leur expliquer les raisons de ma présence ici.
D'ailleurs que leur aurais-je dis ? « Je viens constater l'ampleur des dégâts ? » Je m'étais giflé mentalement pour avoir eus une telle pensée à l'égard... à son égard.
Elle n'était pas moi. Aussi fantastique, merveilleuse, attirante et singulière fût-elle, elle n'en restait pas moins une humaine. Une faible et distraite humaine. Mon choix avait été nécessaire et avait eus pour seul but qu'elle pût un jour, contrairement à moi, se débarrasser de l'image de ce visage déformé par la douleur qui m'avait hanté depuis notre dernière rencontre.
Ma... race se laisse facilement distraire, avais-je prétendu. Le plus fallacieux de tout mes mensonges mais certainement le plus réussi. J'avais vu dans ces yeux, alors que je lui jetai les pires atrocités au visage, l'ampleur du mal que j'étais en train de lui faire. Pour son bien certes, mais aucune personne sur terre ne devrait avoir le droit de faire souffrir une telle créature. Même si j'imaginai que pour un monstre tel que moi, cela ne rajoutait pas grand chose dans la balance déjà pleine de mes péchés.
Mon désir le plus cher avait été que l'amour auquel je n'avais pus accéder profite à un autre -sans aucun sous entendu masochiste car il me semblait évident que songer qu'elle puisse être avec un autre me révulsai au plus haut point.
Un humain, bien sûr. Totalement inconscient qu'un vampire malade d'amour aurait tué pour être à sa place. A celui-là, je demandais simplement de donner à l'ange de ma vie, à ma chère petite humaine, la chance d'enfin profiter la vie la plus heureuse et la plus stable qui fût, loin de toute créature démoniaque capable de lui faire du mal. Loin de moi.
Pour qu'enfin, ma tendre Bella disposât du bonheur d'une vie qu'un vieux vampire au cœur mort n'aurait jamais pu lui donner.
Alors pourquoi est-ce que j'avais eus si mal ?
Alors pourquoi est-ce que j'avais encore si mal ?
Le temps était désormais une notion bien trop abstraite pour moi. La douleur, lancinante, envahissante, suffocante m'enveloppait comme une épaisse fumée qui m'empêchait même de définir s'il faisait jour ou nuit.
Combien de temps s'était écoulé depuis ce jour-là ? Dix ans ? Cinquante ? Cent ? Aucune idée. L'éternité est longue quand on a rien pour l'occuper.
Bien sûr, il me restait bien deux, trois choses à faire. Me souvenir. Souffrir. Et m'insulter de tous les noms pour ma bêtise.
Je me souviendrait toujours (façon de parler. Ce n'était pas comme si ma mémoire vampire puisse oublier quoique ce soit) de la violence de la force qui avait étreint mon cœur mort alors que je m'étais rapproché de la petite maison sombre. Vu l'heure, il n'était pas étonnant que toutes les lumières soient éteintes.
A l'époque, cela faisait un an tout au plus que je n'étais pas venu et déjà la vision de sa maison depuis le couvert familier des arbres qui entourait sa maison me faisait me sentir...bizarre. Quoiqu'encore familier, il était tellement étrange de retourner à nouveau là-bas mais aussi... tellement naturel. C'était comme si mon esprit avait tenté de se convaincre que je ne reviendrais jamais plus mais que mon cœur avait toujours su qu'au fond, c'était là qu'étais ma raison d'exister.
A nouveau, j'hésitais. Je craignais plus que tout sa réaction. Comment réagit-elle en me voyant ? Pleurait-elle ? Sans doute. Mais rien que cette pensée me faisait souffrir. M'en voudrait-elle ? Ça, c'était certitude. Aussi douce et aimante soit elle, la façon dont je l'avais traitée était tellement horrible, indigne d'elle qu'il serait tout naturel qu'elle se fâche.
Mon corps de pierre s'était figé. Et quand elle m'aurait dit qu'elle ne voulait plus de moi, que ferais-je ? Où irai-je ? Peut-être avait-elle trouvé un humain pour la combler de toutes les manières dont je n'avais et n'aurais pu le faire ? Voudrait-elle que je lui serre la pince ? Pourrais-je m'empêcher de lui broyer les doigts ?
Mon dieu, survivrai-je à cette nuit ?
Les questions me rongèrent encore plusieurs heures durant. Ce n'est qu'au petit matin que je me décidai finalement à entrer par l'entrée qui m'était la plus familière, sa fenêtre. Alors que je vérifiais en tendant l'oreille que personne n'était dans les environs pour voir le saut de 5 mètres qui me propulserait jusqu'à sa fenêtre, je me rendis compte de quelque chose d'essentiel.
A travers le silence de la nuit, je n'entendais à l'intérieur que la respiration profonde et régulière du chef Swan. J'avais beau tendre l'oreille, le palpitement léger du cœur de celle que je voulais voir ne se faisait pas entendre. Je fronçai les sourcils, mon anxiété revenant en se frottant diaboliquement les mains, murmurant à mon oreille mille et une explications plus folles les unes que les autres qui pourraient expliquer son absence. Soirée pyjama chez une amie (très peu probable), sortie en boîte avec des ivrognes (probable), enlèvement par des terroristes venus du fin fond du Sahara pour l'échanger contre quelques liasses de billet nécessaires à l'achat d'une quelconque substance hallucinogène (hautement probable).
Deux secondes plus tard, j'escaladai en un éclair la façade est de la maison jusqu'à la fenêtre de sa chambre, trop impatient d'enfin découvrir la vérité et désormais effrayé qu'il ne lui soit arrivé quelque chose.
Malgré mon affolement, il m'était difficile de décrire le plaisir que j'avais de voir que rien n'avait vraiment changé. Tous les petits détails insignifiants étaient là, pour mon plus grand bonheur, à commencer par le petit grincement de la fenêtre alors que je l'entrouvrais pour m'y glisser. Fermant les yeux, je souriais (cela faisait si longtemps que mes muscles étaient endoloris) en aspirant une grande bouffée de son odeur. Comme elle m'avait manqué !
Mais mon sourire se fana avant même d'avoir expiré. Il y avait d'autres odeurs. Toutes inconnues. C'était des odeurs que je n'avais jamais rencontré, d'un autre genre. C'était une odeur subtile et familière, mais bien plus entêtante qu'une odeur d'humain normale. Quant à l'autre catégorie, elle me fit me hisser dès que je la reconnu.
Loup-garou !
Alors j'ouvris les yeux en grand, cherchant des yeux toute trace d'un ennemi potentiel. Je crois que c'est à ce moment que j'eus le plus grand choc de toute mon existence. Il n'y avait pas – comme je m'y étais attendu dans le meilleur des cas – , son petit lit étroit recouvert de son chaud duvet violet. Il n'y avait pas non plus, comme je l'avais imaginé dans le pire des cas, un imposant lit double dans lequel elle aurait pu se lover chaque nuit contre un inconnu, réflexion qui maintenant me semblait vraiment idiote car elle n'aurait jamais amené et vécu avec un prétendant dans la maison même de son père du moins pas temps que son père était là !
Non. Il n'y avait rien de tout ce que mon cerveau d'immortel en ébullition avait pu imaginé. A la place, il y avait deux petits lits disposé de chaque côté de la pièce. Je tombais à genoux.
J'ignore combien de temps je suis resté ainsi, figé les yeux allant d'un lit à l'autre avec incrédulité. Mon cerveau ressassait en boucle l'information comme un vieux disque enrayé mais sans jamais l'intégrer. Je ne voulais pas accepter le lot de douleur qui accompagnait la compréhension.
Peut-être n'aurais-je dû jamais revenir. Au final, l'ignorance était bien plus douce que la vérité. Cette vérité atroce qui chaque minute s'imposait un peu plus à mon esprit et étreignait mon cœur comme un long sanglot.
Soudainement, ce fut les pas de Charlie, tout proches, dans le couloir, qui me firent reprendre contact avec la réalité. Tous mes sens en alerte, je compris où il se dirigeait au moment même où j'atteignais la fenêtre. J'entendis la porte s'ouvrir alors que j'atterrissais à terre.
Une fois à l'abri, caché par la large ramure des arbres, je pris mon temps pour me calmer et organiser mes idées alors que j'entendais un chef de police à moitié endormi ronchonner contre les fenêtres ouvertes et les courants d'airs.
Qu'est-ce qu'un coup de téléphone quand on y pense ? Rien, en soit. Une broutille, un petit quelque chose sans importance. Peut-être que le destin se plaisait-il me torturer. Sinon pourquoi s'amuser à briser mon cœur déjà mort avec un tout petit coup de téléphone ?
Alors que je me répétais depuis deux bonnes heures qu'elle devait bien avoir des petits cousins cachés dont j'aurais ignoré l'existence, la sonnerie du téléphone retentit dans la cuisine et Charlie se précipita pour répondre. Mes pensées furent l'espace d'un instant synchronisé avec les siennes. Qui pouvait bien appeler à 6 heures du matin ?
Je me souviens de l'espoir qui avait immédiatement animé mon corps et mon cœur. Et je me souviens de l'amertume quand Charlie décrocha. Ce n'était pas... elle.
« -Jacob ? Je peux savoir pourquoi tu m'appelle à une heure pareille lors de mon jour de congé ? »
Jacob... ? Jacob ! C'était cet humain détestable de la Push dont elle m'avait un jour parlé. Si mes souvenirs étaient exacts (et ils l'étaient toujours), c'était même lui qui lui avait permis de découvrir mon secret. S'il venait de la Push et qu'il s'agissait bien du petit fils d'Ephraïm Black, j'aurais mis ma main à couper qu'il s'agissait du loup dont j'avais senti l'odeur tout à l'heure dans sa... dans son ancienne chambre.
Je fus pris d'une peur panique en songeant à un tel danger à proximité de Bella. Je me fustigeai intérieurement. J'aurais dû y penser plus tôt ! Elle habitait à moins de 100 km d'un nid de loup-garou et avec sa poisse, il était clair qu'un jour ou l'autre, elle aurait sympathisé avec l'un d'eux !
Bon sang ! J'abandonnai l'ange de ma vie pour la mettre en sécurité et elle, elle allait fricoter avec la première autre race de monstre incroyablement dangereuse qu'elle croisait ! Je me serais bien cogner la tête contre l'arbre le plus proche à cause du trop plein de frustration mais j'eus trop peur de le déraciner et de révéler ma présence.
Bien entendu, il me fallut moins d'une seconde pour penser tout cela. Je tendis l'oreille pour écouter la réaction du chiot.
« - Désolé, chef », fit sa grosse voix brute à l'autre bout du combiné, plus amusée que repentante. « Je sais que vous vouliez passer la matinée à la pêche, donc j'ai préféré appeler tôt. »
Par delà la fatigue, je sentis parfaitement bien l'énervement grandissant dans l'esprit de Charlie Swan.
« - Qu'est-ce que tu avais de tellement important à me dire ? » bougonna le chef Swan. Je souris douloureusement devant sa franchise. C'était la même que celle de sa fille.
« -On pourra pas venir aujourd'hui, chef. Bella est sortie et... heu... je dois emmener les enfants au coiffeur. »
Enfants. Le mot résonna une très très longue seconde dans ma tête. Ce n'était pas forcément ses enfants à elle, avais-je tenté de me convaincre. Et puis, ce n'était pas parce que la phrase faisait immédiatement penser à une parfaite petit vie de famille, organisée et réfléchie, et que le ton de l'indien mutant avait des accents de fierté et de responsabilité, que la seule explication vers laquelle convergeait tout les indices était la bonne... Si ?
« -Oh, heu... Alors... Est-ce que je pourrais parler à ma fille, Jacob ? »
« -Désolée, chef. Bella est déjà partie. Elle a dit qu'elle rentrerait tard. » Un moment, je songeai à l'éventualité qu'elle ait un travail très prenant et à la façon dont un tailleur serré mettrait un valeur ses formes délicates.
Me traitant d'imbécile, je me forçai à me concentrer. Peut-être étais-ce parce que j'étais un excellent lecteur d'esprits humain ou plutôt parce que mon cerveau était en pleine ébullition, mais la façon qu'avait ce type de toujours de répondre, avec un peu trop d'empressement et beaucoup trop de blanc dans ses phrases, je sentis que quelque chose clochait.
Alors que je me demandais ce que pouvais bien traficoter ce Jacob, quelque chose me frappa. Si ce chiot était chez elle alors qu'elle n'y était pas, alors cela voulait dire que...
Je fermai tout de suite mon esprit à de telles suppositions. Ce n'était pas le moment de divaguer. J'aurais le temps d'analyser et d'extrapoler plus tard. Et de souffrir aussi. Accessoirement. Horriblement.
Oui, cette douleur... J'aurais dû l'accepter avec joie ! C'est à ce moment précis que j'aurais dû partir. Retourner à ma petite vie minable et solitaire au fin fond d'une forêt où je pourrait tenter d'oublier tout ce que j'avais appris ce jour là ! Mais je ne sais quelle curiosité morbide me forçais à rester et à écouter.
« -Oh je vois. » Pas besoin de voir le visage ou de lire les pensées de Charlie. On pouvait sentir la déception dans sa voix. « J'imagine que les enfants dorment encore alors...embrasse les pour moi et Bella aussi, d'accord ? »
Je ne sus jamais si Jacob aller les embrasser pour le chef Swan. Car, fait étonnant, je saisis dans l'esprit de Charlie deux visages d'enfants d'une clarté étonnante, lui qui avait d'ordinaire un esprit si difficile à décrypter. La douleur était revenue, plus forte que jamais et désormais, mes pitoyables efforts pour la chasser n'y feront rien. Les images ne voulaient plus sortir de ma tête.
Quoique je fasse, je ne pouvais pas empêcher les deux paires de grands yeux chocolat (ces yeux que j'aimais tant) de me fixer dans ma tête.
Après cela, tout fut clair. Je ne pouvais plus nier la vérité. Elle était sous mes yeux ou plutôt dans mon esprit.
Pour l'éternité.
Je ne fis aucun effort pour réprimer les grands soubresauts de ma poitrine. Mes yeux, incapables de verser la moindre larme, me brûlaient cependant comme de l'acide. J'avais l'impression de porter le poids du monde dans mon estomac. Quand à mon cœur, dès que je repensais à ce jour-là, je doutais toujours d'en retrouver par la suite autre chose que de la poussière.
J'aurais dû être heureux pour elle. J'aurais dû être satisfait que mon plan ait si bien fonctionné. Alors pourquoi ? Pourquoi ?!
Pourquoi n'étais-je pas heureux ? Pourquoi étais-ce moi qui souffrait ? Et surtout, comment avait-elle fait pour m'oublier si vite, elle qui m'avait juré de m'aimer pour toujours, alors que je passais chaque seconde de cette maudite existence à sentir mon âme se disloquer toujours un peu plus en pensant à elle ?
C'était une menteuse. Mais pas moi.
Je m'accrocherais jusqu'au bout à ma minable vie, de toutes mes forces, peu importe ce qu'il m'en coûte. Même si je devais, pour la reconquérir, me ridiculiser, la supplier à genoux. Je vivrai. Dans ce seul et unique but. Je saurais me montrer à la hauteur de l'amour que j'éprouvai pour elle. Je me battrai.
Car je ne pouvais plus vivre un seul jour de plus comme cela. Plus un seul.
Je la convaincrait de bien vouloir récupérer ce qui restait de moi. De bien vouloir qu'avec ces doigts léger et fins, qu'avec ses lèvres pulpeuses et envoûtantes, elle soigne et mon cœur et mon âme. De bien vouloir pardonner la plus monumentale erreur que j'ai jamais faite en plus de 100 ans d'existence. Car parmi tous les choix, irréfléchis pour la plupart et tous arbitraires, celle-ci était celle qui allait certainement me coûter le plus cher. Et j'avais la sensation que malgré toutes mes années de dépression, je ne faisais encore qu'entrevoir les conséquences de mes actes.
Je m'élançai vers le Nord à pleine vitesse. Désormais, je voulais affronter ces conséquences. Et revoir son regard si intense.
Au même moment. Quelque part aux alentours de New York.
Méconnaissable. J'étais méconnaissable. Même à moi-même.
Le coin de mes lèvres se retroussant vers le bas, la façon lâche que j'avais de tenir mes épaules légèrement en arrière, l'air lointain dans mes yeux dorés, ce survêtement gris terne affreux que je portais et qui ne me mettait pas du tout en valeur.
Définitivement, il n'y avait rien de moi dans ce que le reflet léger de la grande baie vitrée du salon me renvoyait.
Immobile, je regardais tomber la pluie, je regardais les gouttes s'écraser sur le verre de qualité et glisser, irrémédiablement, attiré par une force bien plus puissante que lui. Parfois, leurs sillons humides se rejoignaient pour en former un autre, plus gros mais pas plus fort car il était tout aussi, si ce n'est plus, conduit vers le bas.
Décliner la parte de chasse quotidienne était une manœuvre intéressée mais, étrangement, le silence du manoir était moins réconfortant que je l'aurais imaginé. La présence de Jasper et son contrôle sur mes émotions me manquait incroyablement. Oui, Jasper avait fui ma morosité, comme les autres, chose qui arrivait de plus en plus souvent. Ce n'est pas très étonnant. Avoir une boule de remords et d'angoisse pour compagne est en général difficile à gérer, encore plus lorsqu'on est un hypersensible – sans jeux de mots. Et encore plus lorsque ladite compagne refuse de vous avouer la plus horrible des vérités.
Pour ma part...J'ignorai que de simples émotions, aussi envahissantes soient-elles, me dégoûterait un jour d'une jugulaire bien chaude.
J'étais restée donc. Mais pas seule. Nous étions deux à rester comme toujours. Cela faisait un moment désormais que je n'avais pas entendu un quelconque bruit venant du bureau de Carlisle.
Mon... notre bourreau avait un nom. Un joli et effroyablement nom.
Culpabilité.
...
Ô mon dieu, je devenais aussi mélodramatique qu'Edward !
Secouant la tête devant la monstruosité de cette constatation, je me mouvai sans bruit vers le deuxième étage mais malgré cela, son ouïe fine m'avait perçu car j'entendis un petit grognement distrait m'indiquant d'entrer.
Le bureau de Carlisle dans cette demeure-ci était semblable à celui qu'il avait dans presque toutes nos résidences. Grand, luxueux avec beaucoup de tableaux, de livres et sans une once de poussière.
Restée dans l'encadrement de la porte, je l'observai un moment. Debout devant la fenêtre, dos à moi, il avait la même posture que moi il y a quelques instants seulement. Les mêmes épaules lâches, le même regard vide.
Il détourna son regard du spectacle fascinant de cette pluie impuissante et nous nous dévisageâmes un long moment dans le reflet de la vitre. Je ne sus ce que j'allais dire qu'au moment où mes lèvres ne purent plus retenir les mots.
– Après huit ans... Il va falloir tout lui dire Carlisle.
Soudain, la statue de pierre pris vie. Il passa lentement sa main dans ses cheveux blonds, coupés courts en expirant bruyamment.
– Je sais, fit-il d'un air fatigué. Un comble pour nous.
Je ne répondis rien. Je savais mieux que quiconque où pourrait me mener cette discussion si je la poursuivais.
Alors nous reportâmes nos regards sur le dehors, par delà la vitre, nos yeux ne voyant plus ni la pluie, ni les arbres bordant la propriété, sentant seulement les relents de notre honte et de nos secrets.
Si brusquement que j'en lâchai un petit cri, le paysage devant moi céda place à une forêt tropical. Ou plutôt à une myriade d'arbres et de lianes défilant à vitesse vampirique. C'est là que je compris. Qui était celui qui courait. Et vers où il se dirigeait.
J'ignorai qu'un vampire pouvait hyperventiler. Ma vision ne dura que quelques secondes mais déjà, Carlisle me tenait par les épaules d'une manière réconfortante.
– Alice, calme toi, chercha t-il à m'apaiser. Qu'as-tu vu ?
– Il... il a pris sa décision, Carlisle.
Je vis dans les yeux de Carlisle l'appréhension. Il savait ce que j'allais lui dire et malgré tout, je me dis qu'une part de lui avait peur de comprendre. Et cela me serrait le cœur d'être celle qui prononcerait les mots qui concrétiseraient ses craintes. Et les miennes, par la même occasion.
– Edward arrive.
Alors, vos impressions ? Edward, malheureux mais qui se soigne ? Bella, infidèle ou incomprise ? Alice et Carlisle qui complotent ? Que s'est-il et que va t-il se passer selon vous ? Je veux tout savoir !
Rebondissements à gogos pour le prochain chapitre, c'est promis ! Et la rencontre que vous attendez tous !
On se revoit bientôt,
Bisous !
