LECON 2 : Calme avant la tempête Sophocle

Nico chassa avec rage le souvenir de l'accident. Merci Mme Love. Vraiment. Il s'obligea à penser Histoire-Géographie, cours et tous ses trucs ennuyants. Au moins ça avait le mérite de vider la tête. Quand il arriva devant sa salle, les élèves retraient encore. Il n'était pas en retard s'était déjà ça. Il aurait bien voulu sécher mais il ne se le permettrait pas. Pas avec cette professeure, Mme Caprotine. C'était l'épouse du directeur et ils se ressemblaient sur au moins un point : leur sévérité. C'était une femme froide et intimidante. Tellement, que personne n'osait remuer ne serait-ce qu'une oreille dans son cours. Il déglutit difficilement à cette pensée. Il s'engouffra dans la salle et alla s'installer au fond à sa place habituelle, au calme, seul. Il sortit ses affaires et le cours sur les transformations scientifique et technologique du XXème siècle débuta. Nico se dit qu'il aurait peut-être du sécher finalement. Jusqu'à la fin de l'année. Tous ces noms célèbres, ses morts affreuses pendant les guerres…Il allait sûrement en baver. Ou pourquoi ne pas aller en cours dans une autre classe ? Techniquement il serait en Histoire, alors on ne pouvait pas lui reprocher grand-chose. Ce qui serait parfait ce serait une classe de sixième sur le monde grec, la fondation de Rome ou Alexandre Le Grand. Ce serrait de l'Histoire, mais de l'Histoire passionnante. Oui, ça se serait parfait…

La cloche sonna. Finalement, Nico était resté à sa place. Et le cours n'avait pas été aussi affreux qu'il ne l'aurait craint. Juste terriblement ennuyant. Il avait pris en note de temps en temps. Pour la forme. Les feuilles noires de mots, distribuées par la prof ne comportait même pas de cartes ou de photo – hormis celles de gens souffrant de tuberculose. Su-per. Alors, qu'elle ne vienne pas se plaindre après que personne ne voulait être le dernier à sortir de sa salle. Personne ne voulait rester une minute de plus avec ce glaçon frapadingue.

Comme d'habitude, Nico était passé à son casier pendant la récré pour échanger ses livres et ses cahiers. Ensuite il était allé tranquillement attendre que la cloche sonne devant sa salle. Car il restait une dernière heure de cours avant de pourvoir aller manger. Musique. Avec le même timbré qui leur servait aussi de prof d'Art. Un type bronzé et blond, souriant, qui faisait défaillir les filles de tout âge en les flattant, et qui donnait l'air d'avoir piqué une tête dans la Fontaine de Jouvence tellement il passait inaperçu au milieu des élèves. Le stéréotype du surfeur australien. On lui donnait au maximum dix-sept ans. En un mot : le type haïssable.

Nico n'eut pas longtemps à attendre dans le couloir. La cloche sonna et les élèves affluèrent en même temps que le bruit. Le professeur leur ouvrit la porte.

- Prenez tous un instrument dans la réserve. Aujourd'hui c'est fanfare ! leur dit-il avec son grand sourire Colgate.

- C'est vrai ?! Trop cool, Monsieur Solyra ! s'exclama une fille

- Combien de fois devrais-je répéter de m'appeler Luke ? fit le professeur avec une petite moue faussement blessé.

- Désolée…Luke.

Nico s'éclipsa dans la réserve avant de vomir de dégout. Comment pouvait-il profiter de son influence comme ça ?! Il s'avait très bien qu'aucune filles lui résistaient et qu'il les avait toutes à ses pieds. Enfin…Presque. Il y avait un groupe de jeunes filles dans l'établissement, dirigé par une certaine Luna, qui ne voulait ne rien avoir à faire de près ou de loin aux garçons. Et elles n'hésitaient pas à cogner si l'un d'eux était un peu trop entreprenant. Nico les connaissait parce-que…Parce-qu'elles avaient été des amies de sa sœur. Nico ressenti un pincement au cœur et s'en voulu. Ce n'était pas le moment de penser à ça. Enervé contre le professeur qui l'avait amené à penser à sa sœur, il attrapa le premier instrument qui lui tombait sous le nez et sortit de la réserve où il était le dernier.

- Les maracas Nico ? C'est plutôt…incongru, lui lança le professeur.

- Il n'y avait pas d'orgue de barbarie, répliqua sèchement Nico en allant s'asseoir au fond de la salle

Il n'avait pas l'intention de participer de toute façon. Luke ne pouvait pas plutôt faire un cours sur la musique classique ? Nico serrait sûr d'être tranquille avec Beethoven. Il aurait pu dormir avec un peu de chance. Mais non. Aujourd'hui c'était fanfare. Ou plutôt cacophonie. L'heure de cours promettait d'être longue. Il le savait : il aurait dû sécher.

Nico alla chercher son repas au self. Comme d'habitude, il ne se posa à une table que pour manger son entrée et son assiette. Ensuite, il alla porter son plateau, pris sa pomme avec lui et s'enfuit du lycée. Il avait une heure de libre avant de devoir revenir pour les cours de l'après-midi. Sur le chemin vers la tranquillité, il laissa vagabonder ses idées. Et ce n'est que lorsqu'il arriva au cimetière, quelques rues plus loin, qu'il se sentit libre. Il passa le portail en fer forgé et se dirigea au fond à droite, vers l'amandier. Elle lui avait donné rendez-vous ici et il allait enfin la revoir.

-Bianca ? appela-t-il

- Je suis là, petit frère.

La tête laiteuse de sa sœur émergea la première du tronc suivie par le reste de son corps immatériel.

- Hum, techniquement parlant, je suis plus vieux que toi maintenant donc se serait plutôt à moi de…

- Dans tes rêves ! Tu resteras toujours mon petit frère !

Nico s'assis au pied de l'arbre, le sourire aux lèvres. Sa sœur l'imita.

- Tu m'as manqué, fit-il

- Toi aussi.

Elle voulut lui ébouriffer les cheveux comme…avant mais sa main traversa la tête de son frère et y laissa un courant d'air froid. Un léger silence s'installa. Bianca fut celle qui le rompit.

- Alors ? Raconte-moi. Cette fin de semaine, on t'a importuné ?

- Oh. Si on ne compte pas ce qu'il s'est passé jeudi pendant les deux heures de Français, alors je dirais ça a été plutôt calme.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? s'est enquit Bianca.

- Pendant qu'on regardait Antigone de Jean Anouilh, la mise en scène par Nicolas Briançon, Sophocle déclamait SA pièce et ne pouvait pas s'empêcher de vociférer en grec à chaque fois que le texte divergeait de son original. Je te jure, c'était vraiment énervant.

- Bien sûr que c'était énervant, petit !

Nico et Bianca sursautèrent. Le fantôme du dramaturge était apparu devant eux.

- Et je savais que tu pouvais me voir !

- Et vous entendre aussi, malheureusement.

- Tant mieux ! Je vais enfin pouvoir expliquer à quelqu'un le ton que devait prendre ma pièce ! Ce que ce petit jeune en a fait c'est de la χόπροϛ ! C'est une honte, vous m'entendez !

- Et c'est repartit…soupira Nico.