Titre anglais : The Depths of Winter
Titre français: Au Coeur De L'Hiver
Auteur : Cosmic (Bananacosmicgirl ici)
Traductrice : Jess HDH
Catégories : Post-Poudlard, Romance, Action/Aventure
Couple : HP/DM
Rating : M
Spoilers : Les cinq premiers tomes de HP
Etat actuel de la fic anglaise : Terminée. Elle compte 26 chapitres.
Où trouver la fic anglaise : Ici même, sur FFNet.
Résumé : Quatre ans après avoir quitté Poudlard, Harry vit seul dans le Monde Moldu. Il a tourné le dos au Monde Magique, jusqu'au jour où Draco Malfoy se fait renverser sous ses yeux par une voiture et se retrouve paralysé dans un fauteuil roulant.
Rythme des mises à jours de la version française : Un chapitre chaque samedi.
Disclaimer : Cette histoire est basée sur des personnages et des faits crées et appartenant à J.K. Rowling. Aucun argent n'en est retiré. L'histoire de cette fic appartient à son auteur, Cosmic, et la traduction à sa traductrice, Jess HDH.
Avertissement : Attention, ceci est un slash ! Homophobes, veuillez vous abstenir, merci.
Note de la traductrice : Bonjour à tous ! Je suis ravie du succès qu'a eu ce premier chapitre auprès de vous ! J'espère que ce chapitre vous plaira autant, si ce n'est plus, que le précédent ! Bises et comme toujours, n'hésitez pas à me laisser vos commentaires !
Merci à Ayuluna, Ornaluca, Griselle, Diabolikvampyr, Gody, Ali Angel, Vega264, Ariane Malfoy-Shinigami, Ichy-chan, Procne Aesoris, Falyla, Isotope, Muirgheal, Petrus, Serdra, Shima-chan, Petite Grenouille, Kain, Sindra, Lovely A, Lolie Shing et Alana Chantelune.
Eliza, Llte et Miss Felton/Malfoy, merci, mais si vous voulez que je vous réponde individuellement, mettez votre mail la prochaine fois.
CHAPITRE 2
Réminiscences
Samedi arriva, radieux et éclatant. Le printemps commençait à se montrer, amenant avec lui des oisillons mendiant de la nourriture à leur mère, des insectes revenant de leurs occupations hivernales, quelles qu'elles soient, et un nombre insensé de gens heureux. Le soleil semblait leur être monté à la tête ; partout où Harry regardait, des gens souriaient, parlaient, descendaient la rue avec des amis dans leur sillage. Les bars étaient remplis de personnes qui achetaient des repas à emporter pour emmener dans le parc où ils allaient rester assis pendant des heures, continuant de sourire, de parler et de profiter de la vie.
Le printemps était également la saison de l'amour, du moins c'était ce que les magazines prétendaient. Peut-être que c'était la raison pour laquelle Harry se sentait complètement seul tandis qu'il descendait la rue en solitaire, des paquets provenant de l'épicerie dans les bras, regardant les couples s'embrasser et se serrer l'un contre l'autre sur les bancs et les trottoirs.
Il s'était écoulé presque une semaine et demie depuis l'accident de Malfoy. La dernière visite de Harry à l'hôpital remontait à une semaine, quand Malfoy lui avait crié encore une fois de s'en aller. Il n'était pas revenu depuis. Il se disait que c'était parce que cela n'apporterait rien de bon, surtout à Malfoy, qui risquait d'aggraver encore davantage ses blessures s'il ne restait pas immobile.
Une petite voix railleuse dans sa tête lui racontait une tout autre histoire. Elle lui disait qu'il était faible, qu'il avait peur. Harry refusait de la croire, même si au fond de lui il savait que c'était vrai.
Depuis qu'il était allé à l'hôpital, il avait réussi à bloquer toutes les pensées malvenues qui assaillaient son esprit. Tout comme il l'avait fait quand il avait quitté ce monde, il avait bien fermé la porte et refusé de penser à tout ça. Il continuait de vivre sa vie comme il l'avait fait depuis cette période : il avait passé le week-end sur son ordinateur, à essayer d'écrire quelques phrases de son nouveau livre – ce en quoi il avait lamentablement échoué – et la semaine, il était en cours. Il se plongea dans ses devoirs et évita ses amis. Myra l'observait à distance, il le savait, essayant de deviner ce qui n'allait pas. Elle devenait de plus en plus curieuse – et agacée par ce qu'il se passait, dans une certaine mesure – tout comme son autre ami, Darius Alden.
« Tu sais, tu ne peux pas nous éviter éternellement » lui avait justement dit Darius la veille. « Les amis, ça existe pour une raison. Et cette raison, ce n'est pas de prendre la mouche à chaque fois que l'autre a un problème. Bien que tu sembles avoir pris cette définition dans le mauvais sens, je le reconnais. »
« Ecoute, je suis désolé » fit Harry. « C'est juste que...c'est compliqué, et ça prendrait trop de temps à expliquer. Alors laisse-moi tranquille ». Il donna un coup de pied dans une pierre.
Darius, un jeune homme très séduisant – et riche -, aux cheveux bruns ondulés et au corps musclé, le regarda, un sourcil haussé. Cet air rappela fortement à Harry –
« Trop compliqué ? » insista-t-il. « Alors je suppose que c'est en rapport avec ton fameux passé mystérieux. Ai-je raison ? »
Harry haussa les épaules, sachant que ça ne servirait à rien de nier ce fait. Il n'avait jamais fait un bon menteur.
Toujours le sourcil levé, Darius ajouta « Et tu ne penses toujours pas que ce serait une bonne idée de nous raconter tout ça ? »
Contrarié, Harry rétorqua « Non ! Ce n'est pas...Je ne peux pas vous le dire. Vous ne comprendriez pas. »
« Essaie, et on verra après. »
« Non. Pas maintenant. Je – je dois d'abord résoudre tout ça par moi-même » fit Harry, la dernière partie de la phrase s'accompagnant d'un soupir. Il leva les yeux pour rencontrer le regard de Darius. « Je vous le dirai quand je comprendrai tout ça, ok ? »
Darius poussa un soupir théâtral en levant les mains au ciel. « D'accord » capitula-t-il. Puis il lui décocha un sourire étincelant. « Dis, tu crois que Myra sera suffisamment sympa pour me passer ses notes ? Je n'ai vraiment pas eu le temps d'écrire quoi que ce soit la nuit dernière. »
« Mais qu'as-tu donc bien pu faire à la place ? » demanda Harry en secouant la tête, sachant déjà la réponse. Il ne connaissait pas Darius depuis trois ans pour rien. Et puis, il était soulagé de changer de sujet. « Ou plutôt, avec qui ? »
« Une ravissante petite chose du nom de Blossom (1). Ce nom lui va comme un gant : c'était une jolie petite fleur, celle-là ». Darius sourit à ce souvenir.
« Elle avait quel âge ? Et où l'as-tu trouvée ? » demanda Harry. Il n'était pas sûr de vouloir vraiment le savoir, mais il demanda quand même. Ecouter Darius était en quelque sorte comme lire la vie des célébrités : marrant, mais pas franchement intéressant, et certainement pas quelque chose dont Harry faisait des folies.
« Dix-neuf ans » répondit Darius. « Elle est de Cambridge et prévoit de déménager ici. »
« Elle a décidé ça quand ? » s'enquit Harry, pince-sans-rire. « Hier ? »
« Non, pas du tout » fit Darius, faisant semblant d'être outragé. « Elle est ici pour chercher un appartement. »
« Oh, et je suis sûr que tu lui as montré les meilleurs endroits de Londres, hein ? Et surtout les meilleurs lits. »
« Allons, allons, ne sois pas comme ça » fit Darius, en lançant un regard noir à Harry, pour plaisanter.
« Mais c'est la vérité » rétorqua Harry. « N'est-ce pas ? »
Darius eut un large sourire. « Elle est merveilleuse » fit-il joyeusement.
« J'en suis persuadé » fit Harry en levant les yeux au ciel. Chaque conquête de Darius était 'merveilleuse'. Harry savait que cette fille serait de l'histoire ancienne d'ici quelques semaines au plus tard, comme elles l'étaient toutes. Darius n'était pas du genre à se caser avec n'importe qui, encore moins avec une jolie blonde (pour une raison inconnue, Harry était sûr que la fille en question était blonde) du nom de Blossom. « Il faut qu'on y aille » fit Harry. « Le cours commence. »
Darius leva les yeux au ciel. « D'accord, j'arrive » dit-il. « Tu sais, tu ne m'as pas dit si tu pensais que Myra allait me passer ses notes ou pas... »
A présent, c'était samedi ; Harry ouvrit la porte de son appartement et entra, les bras chargés de provisions. Son appartement était mal rangé : il ne s'était pas donné la peine de faire le ménage la semaine précédente. Il avait eu l'esprit ailleurs, bien ailleurs. Il jeta un coup d'œil à l'horloge – une horloge moldue, bien entendu – et avant qu'il n'ait eu le temps de l'arrêter, une pensée lui vint spontanément à l'esprit :
Les horaires de visite se terminent à dix-sept heures.
Il secoua la tête pour s'éclaircir les idées, refusant de penser à ça, à lui. Malfoy était synonyme d'ennuis, écrits en lettres capitales et en gras. Harry ferait mieux de ne pas lui rendre à nouveau visite, car quelque part, il savait que s'il y allait encore une fois, il ne pourrait plus continuer à tourner le dos à l'autre jeune homme.
Comme si tu pouvais lui tourner le dos avant, railla une petite voix dans sa tête, et Harry jura à voix basse. Il était déjà retourné deux fois à l'hôpital. Il n'était pas du tout obligé de le faire, surtout la première fois, mais il l'avait fait quand même. Il était un 'type bien', le 'héros'. Par conséquent, il fallait qu'il s'assure que la personne qu'il avait sauvée se remettait, même si ladite personne était son – ancien ? – ennemi. Harry avait du mal à croire que le jeune homme en colère dans son lit d'hôpital était la même personne à laquelle il avait été confronté à l'école et qui, dit-on, avait—
Il stoppa brutalement le cours de ses pensées. Il s'était passé des choses ; des choses que personne ne pouvait traverser sans en ressortir indemne.
Avant même de s'en rendre compte, il était à nouveau dehors, descendant la rue en direction de l'hôpital.
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La section était légèrement plus animée cette fois-là quand Harry entra. Dans la grande pièce aux canapés se trouvait une femme en fauteuil roulant, un bébé sur les genoux, et un homme – son mari, devina Harry – était à côté d'elle. Plusieurs chambres avaient les stores levés également, et Harry voyait des familles souriantes et des amis entourer les lits des patients. Il savait que sa visite à Malfoy n'allait pas du tout ressembler à ça.
Il toqua à la porte, cette fois sans trembler. Il ignorait ce qu'il attendait de cette visite, mais il savait que 'la troisième fois serait la bonne', comme on dit. Cependant, il ignorait si ce serait la bonne dans le sens où Malfoy allait vraiment l'envoyer au diable, ou simplement parce qu'il allait faire face à un Malfoy légèrement moins glacial, mais il avait tout de même une petite idée.
Il entendit « Entrez » de l'autre côté de la porte, et il l'ouvrit.
« Bonjour Malfoy » dit-il.
La structure qui entourait le corps de Malfoy l'empêchait de bouger, donc il ne put voir Harry entrer, mais Harry savait que Malfoy le reconnaîtrait même les yeux bandés, avec seulement son ouie.
« Potter » fit-il, réussissant à faire ressembler ce nom à un juron. « Tu es de retour. »
« Ton sens de l'observation me stupéfie » fit Harry en se déplaçant de sorte à entrer dans le champ de vision de Malfoy.
« Tout comme ton ignorance me stupéfie » rétorqua Malfoy, son regard brûlant de colère suivant désormais chaque mouvement de Harry. « Pourquoi es-tu là ? »
Harry, qui regardait par la fenêtre en feignant d'ignorer Malfoy, se retourna face au lit. « Je suis évidemment là pour te voir, allons » fit-il, incapable d'ôter tout sarcasme de cette phrase. Il étudia brièvement le sol avant de relever les yeux vers Malfoy. « Franchement ? J'en sais rien. »
« Ah, enfin une réponse éloquente, si j'en ai déjà entendu une, du moins ». La voix de Malfoy était plus froide que la glace. « Ne me pousse pas à me répéter. »
« Oh, tu parles de tes fameux cris 'dehors, dehors !' ? ». Harry singea les mots de Malfoy avec une voix haut perchée très féminine. « Non, je ne veux plus entendre ça. Jamais. »
« Pourquoi – es – tu – là ? » fit lentement Malfoy, comme s'il parlait à un gamin de quatre ans.
Harry lui rendit son regard noir, soudainement sérieux. « Je te l'ai dit, Malfoy. J'en sais rien. La seule chose que je sais sans l'ombre d'un doute, c'est que depuis ton accident, je suis bombardé de souvenirs – des souvenirs que je croyais avoir réussi à mettre sous clé. Je veux – je ne sais pas – je veux que ça s'arrête. »
« Et comment, d'après toi, le fait de venir ici et de me rendre trois fois visite en moins de deux semaines t'aiderait à faire cesser l'assaut de tes stupides souvenirs ? Et pourquoi, pour l'amour du ciel, j'en aurais quelque chose à faire ? ». Son ton était mordant, froid comme la glace.
Contrarié, Harry se passa la main dans les cheveux. « J'en sais rien ! » répéta-t-il. « C'est juste que – je ne— »
« Si tu répètes encore une fois que tu n'en sais rien, je vais— »
« Faire quoi ? » cracha Harry, en colère. « Me jeter un sort sans baguette ? Te lever et me frapper sans des jambes en état de marche ? Appeler ton père en prison pour faire le sale boulot ? »
A peine les mots eurent-ils jailli de la bouche de Harry qu'il les regretta, mais il ne pouvait pas revenir en arrière. Même avec leurs antécédents, tout ce qu'il venait de dire était bas, très bas.
Le peu de couleur qui restait sur les joues pâles de Malfoy disparut, et il baissa les yeux sur les couvertures remontées jusqu'à sa taille. Il marmonna quelque chose que Harry ne comprit pas.
« Je – je suis désolé » balbutia Harry. « Je n'aurais pas dû – je suis désolé— »
Malfoy releva la tête, haletant de contrariété et les yeux à nouveau emplis de fureur. « Va te faire foutre, Potter. Va – te – faire – foutre. »
Cette fois, Malfoy n'eut pas à crier à Harry de partir ; il le fit de son propre chef.
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Il ne souvenait par quel moyen il était arrivé là, mais il se retrouva tout à coup dans 'son' bar. Il fit la queue, l'esprit vide, et quand il arriva enfin à la caisse, il n'avait encore aucune idée de ce qu'il allait prendre. La fille qui était là la dernière fois qu'il était venu y était toujours, et elle lui donna un café au lait et un petit pain avec du beurre et du fromage, exactement comme la fois précédente. Elle lui fit un petit sourire et lui prit l'argent des mains avant qu'il ne se mette à compter, puis lui rendit la monnaie exacte et passa à la personne suivante.
Harry savait qu'elle devait le trouver bizarre, mais il n'en avait cure pour le moment. Il s'installa à la même table que la dernière fois et regarda les gens passer dehors. Des visages souriants, des gens heureux. Harry se demanda s'il en avait un jour fait partie. Il en doutait.
Il dut s'écouler quelques heures, car lorsque Harry ressortit de ses pensées vides de sens, le bar était presque vide ; seuls quelques box étaient encore occupés et tous, à part Harry, semblaient être venus en couple.
« De retour, hein ? »
La voix le fit sursauter de surprise. La caissière se tenait juste derrière lui.
« Hum, ouais » fit Harry. « Je viens là très souvent. Vous êtes nouvelle ? »
Elle acquiesça, et une mèche de cheveux noirs tomba devant ses yeux. Elle la repoussa. « J'ai commencé il y a deux semaines environ » dit-elle.
« C'est pas trop chiant ? ». Harry se disait qu'il devait au moins essayer de paraître intéressé, vu qu'elle, elle s'intéressait clairement à lui.
« Ca va ». Elle haussa les épaules. « Je travaille avec des gens super sympas et je rencontre beaucoup de monde quand je suis à la caisse. Mais le salaire est merdique. »
Il tenta un sourire. « J'imagine. »
« Vous ne connaissez pas tout ça vous, hein ? » demanda la fille en le regardant. « Harry Evans, c'est ça ? J'ai lu vos livres. »
« Oh » fut tout ce que Harry trouva à dire. « Vous – vous les avez aimés ? »
Son sourire s'agrandit. « Je les ai adorés. La façon dont vous faites toujours monter la tension dans vos livres...C'est génial ! J'attends avec impatience votre prochain. »
Harry changea de position, mal à l'aise. « Merci » fit-il, puis il se leva, regarda sa montre et fit semblant d'être surpris par l'heure. « Ecoutez, je suis désolé, mais il faut que j'y aille. Je – je ne m'étais pas rendu compte qu'il était si tard. »
Son sourire se fana légèrement, puis elle s'égaya à nouveau. « Ce n'est pas grave. Je vous verrai la prochaine fois que vous viendrez ici. Je m'appelle Mona au fait. »
Elle tendit la main et il la lui serra, ayant toujours du mal à cerner la fille devant lui. « Enchanté de vous rencontrer, Mona » dit-il néanmoins. Il avait de bonnes manières, après tout, et ça avait l'air de la rendre heureuse d'être reconnue comme telle. « Au revoir. »
« Au revoir » répondit-elle tandis qu'il quittait le bar.
Les nuages s'amoncelaient à l'horizon. Il n'allait pas tarder à pleuvoir.
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Lundi matin, Harry se réveilla à 6h30 quand son réveil sonna. Après l'avoir éteint, il roula sur le côté et se rendormit aussi sec, pour se réveiller une heure et demie plus tard et se rendre compte que son premier cours allait commencer dans environ quatre minutes. Jurant intérieurement, il bondit hors de son lit et entreprit d'enfiler ses chaussettes tout en sortant un paquet de céréales pour son petit-déjeuner. Résultat, il renversa son bol et ses chaussettes furent arrosées de céréales. Il s'affaissa sur une chaise en soupirant, comprenant que ça allait être une de ces fameuses journées.
Au lieu de se précipiter en cours, il enleva ses chaussettes, nettoya le sol et sortit du pain pour se faire des toasts. Il allait faire sauter le premier cours : de toutes façons, ce n'était pas la peine d'arriver une heure en retard.
« Ainsi, vous avez décidé d'honorer notre classe de votre présence, M. Potter. Comme c'est gentil de votre part. »
Il releva brutalement la tête en entendant la voix, aussi claire que si Rogue était juste à côté de lui. Il savait qu'il se comportait comme un idiot : il était parfaitement impossible que Rogue soit là, et la partie logique du cerveau de Harry en avait tout à fait conscience. Pourtant, il ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil dans les différentes pièces de son appartement, à la recherche des longues robes noires et des cheveux graisseux. Quand il eut finalement réussi à se convaincre que c'était simplement son imagination qui lui jouait des tours, il se rassit lourdement, haletant comme s'il venait de monter des escaliers en courant.
Quand il finit par aller en cours, ce ne fut que pour se rendre compte qu'il aurait pu tout aussi bien rester chez lui. Il ne fit que se ridiculiser coup sur coup quand les professeurs dirigeaient leurs questions vers lui, et lorsque Harry et Myra se retrouvèrent à la bibliothèque pour réviser, Harry ne prit aucune note. A la place, il gribouilla d'étranges dessins sur son carnet.
Myra lui chipa son carnet quand ils sortirent de la bibliothèque. Elle se rembrunit quand elle vit que ses doutes quant au peu d'attention que Harry avait porté à leurs révisions étaient fondés.
« Harry, qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda-t-elle en l'entraînant vers un banc dehors. « Tu étais totalement ailleurs à la bibliothèque...Je n'ose même pas imaginer comment tu as dû suivre en cours. »
Harry ferma les yeux et tout à coup, il n'était plus à l'université. Ce n'était plus Myra qui était assise à côté de lui : c'était Hermione.
« Harry, parle-nous, je t'en prie. Nous pouvons t'aider. »
Il rouvrit brusquement les yeux et fut heureux de se retrouver à nouveau sur le campus de l'université. Myra le regardait avec inquiétude, les yeux bruns préoccupés. Elle lui rappelait Hermione à plus d'un titre.
« Myra, je suis désolé, mais je ne peux pas te le dire » s'entendit-il répondre. Sa voix lui semblait lointaine, comme s'il n'habitait plus son propre corps.
« Harry, tu as l'air d'un zombie » insista Myra, exaspérée. « Darius n'arrive pas à te faire parler ; je n'arrive pas à te faire parler. Estime-toi heureux que Candy soit en France pour le moment, sinon elle aurait été là et elle t'aurait forcé à avaler du thé jusqu'à ce que tu lui dises tout. »
Il réussit à esquisser un maigre sourire à ces mots ; Candy n'abandonnait pas avant de savoir ce qui n'allait pas, ça c'était une certitude. Elle était aussi douce que son prénom le suggérait (2), mais quand un de ses amis avait quelque chose, elle devenait violente dans sa chasse au problème en question.
« Elle reste là-bas pendant combien de temps ? » demanda-t-il.
« Oh non » fit Myra en plissant les yeux. « Tu ne vas pas changer de sujet et t'en sortir aussi facilement. »
Harry marmonna « Merde » à voix basse, et elle lui lança un regard réprobateur.
« Maintenant, parle. »
Harry fronça les sourcils, y réfléchit un instant puis secoua la tête. « Non. »
« Harry ! ». Elle commençait à s'énerver contre lui, et peut-être que c'était ce que le subconscient de Harry voulait. Si elle se mettait en colère, elle abandonnerait, le laisserait tomber et il pourrait retourner au merveilleux pays du Déni. « Je te casserai les pieds jusqu'à ce que tu me le dises. »
Harry se leva du banc et la foudroya du regard. « Alors je crois que tu vas me casser les pieds pendant très longtemps » fit-il froidement.
Il s'éloigna d'elle avec raideur, refusant de regarder en arrière et de voir l'immense chagrin qu'il savait inscrit sur le visage de la jeune fille. Si jamais il se retournait, son pas faiblirait ; il craquerait et il lui dirait tout. Et s'il le faisait, la douleur ne ferait qu'augmenter de plus en plus jusqu'à ce qu'elle menace de l'engloutir totalement—
« Harry, tu ne peux pas porter le poids du monde sur tes épaules. Laisse-nous t'aider. Allez, mon vieux. »
Il regarda autour de lui en se demandant où Ron se cachait. Sa voix s'attardait dans les airs, flottant sur la légère brise printanière, lui rappelant des choses dont il ne voulait pas se rappeler.
« Laisse-nous t'aider...Allez, mon vieux... »
« Assez ! » hurla-t-il, les mains sur les oreilles, les épaules secouées de sanglots contenus. « Assez, assez, assez ! »
Puis il se mit à courir ; d'abord au petit trot, puis ça se changea bientôt en une véritable course. Son regard était vide, et ce fut un miracle qu'il réussit à traverser la ville en courant sans provoquer un horrible accident. Il savait où il allait, bien qu'il en ignorât la raison. Mais ça n'avait pas d'importance. Il se dirigeait vers le seul endroit où les voix cessaient, même si ce n'était que pour une courte durée. Il se dirigeait vers la source de sa folie, la raison pour laquelle les souvenirs remontaient à la surface.
L'hôpital paraissait froid et indifférent quand il s'arrêta, les mains sur les genoux pour reprendre son souffle. Toutefois, il ne resta pas immobile bien longtemps ; il avait peur que les voix ne recommencent s'il avait le temps de penser à autre chose que d'essayer d'apporter suffisamment d'air à ses poumons, si bien qu'il poussa les portes de l'hôpital et entra.
Il traversa le couloir, monta les escaliers, son pas s'alourdissant à chaque marche comme il se rendait compte qu'il n'avait plus le droit de venir ici. La seule chose qu'il faisait, c'était faire du mal à Malfoy, et bien que ça ne devrait pas le perturber, c'était quand même le cas.
Les infirmières lui lancèrent un regard peu amène, mais ne dirent pas un mot tandis qu'il avançait dans le couloir. Il supposa qu'elles avaient entendu ses disputes avec Malfoy les fois précédentes. Mais elles ne l'arrêtèrent pas, donc il les ignora. La section était plus calme étant donné que c'était à nouveau un jour de semaine, et les stores étaient, une fois de plus, baissés. Les rideaux de Malfoy étaient tirés à chacune de ses visites, ça ne le surprit pas.
Il toqua à la porte, attendit la réponse puis entra.
Malfoy tourna la tête d'un demi centimètre – ce que lui autorisait la structure –, mais Harry savait que c'était inutile qu'il en fasse autant ; Malfoy avait déjà compris que c'était—
« Potter. »
« Malfoy. »
« Tu n'as pas encore compris que je ne veux pas de toi ici ? » demanda Malfoy. Il avait l'air fatigué – des cernes noirs sous les yeux et un léger voile de sueur recouvrant son front -, mais Harry n'osa pas s'enquérir de sa santé. « Je croyais qu'après la dernière fois, même toi aurais compris le message. »
« Ecoute Malfoy, je ne suis pas venu ici pour me disputer— »
« Alors qu'est-ce que tu fous ici ? » le coupa Malfoy. « Je – ne – veux – pas – de – toi – ici. Est-ce un concept trop dur à comprendre pour Potter le Magnifique ? »
Harry sentit la colère monter en lui. Dirigée à la fois contre lui-même pour être revenu ici et contre Malfoy pour être con à ce point. Il se retint de dire des choses blessantes.
« Tiens, tiens, Potter le Magnifique a enfin compris le concept de se taire » railla Malfoy. « Il n'est jamais trop tard. »
« Comme si toi tu savais ce que c'est » cracha Harry. « Tu sais, depuis combien de temps sommes-nous— »
Il fut interrompu par la porte qui s'ouvrit. Une petite infirmière rondouillarde entra dans la chambre. « Bonjour, monsieur » le salua-t-elle.
« Bonjour » répondit-il aimablement, ignorant les regards glaciaux que lui jetait Malfoy.
« C'est l'heure de la toilette pour M. Malfoy, donc si vous voulez bien sortir ? ». Elle fit un geste vague en direction de la porte.
Le regard de Harry passa de l'infirmière à Malfoy sur le lit. Malfoy lui lançait des regards haineux, mais Harry crut déceler une légère rougeur lui monter aux joues à l'idée que quelqu'un d'autre lui 'fasse sa toilette'. Harry ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais changea d'avis, prenant pitié de Malfoy, et conclut par un simple « Oui, bien sûr » à l'attention de l'infirmière.
Il jeta un dernier coup d'oeil à Malfoy sur le lit. Tandis qu'il marchait vers la sortie, il sentit les yeux argents et froids tenter de le suivre du regard.
La porte se referma derrière lui et il s'éloigna lentement dans le couloir, l'esprit toujours empli de pensées et de souvenirs. Toutefois, la voix fantomatique de Ron l'avait quitté, et il en était heureux. Même si Malfoy l'exaspérait, il semblait avoir le pouvoir d'empêcher les souvenirs de l'assaillir aussi violemment que lorsqu'il était à l'université, ou pire encore, chez lui.
Revenant sur ses pas, il dépassa la chambre de Malfoy. La porte était toujours fermée, et il comprenait bien que faire la toilette d'une personne souffrant de telles blessures ne pouvait pas durement quelques minutes seulement. Par conséquent, il continua en direction de la salle commune ; la télé était allumée et deux patients la regardaient. La jeune femme paraissait avoir environ le même âge que Harry ; elle était sous perfusions, et ses cheveux étaient rares, si bien que Harry se demanda si elle n'était pas traitée contre le cancer. Elle était en fauteuil roulant, tout comme l'homme à côté d'elle. Il semblait plus vieux ; sa jambe et son bras droits étaient plâtrés, et il avait un bandage autour de la tête. Ils regardaient les informations.
Harry s'assit près de la fenêtre, à l'écart des deux autres. Le canapé était confortable, et il regarda autour de lui en quête de quelque chose pour passer le temps. Il ne se posa pas la question de savoir pourquoi il s'obstinait à rester à l'hôpital alors qu'il était clair que Malfoy ne le désirait pas le moins du monde.
Ses doigts trouvèrent des brochures sur la table à côté du canapé sur lequel il était assis. Il y en avait plusieurs sur le cancer, d'autres sur des médicaments, et une sur la paralysie. Curieux, il prit le dépliant.
« Qu'est-ce que le système nerveux central et pourquoi ne peut-il pas se réparer de lui-même après un accident ? » disait le titre.
« Le système nerveux central (SNC) contrôle la plupart des fonctions du corps et de l'esprit. Il est constitué de deux parties : le cerveau et la colonne vertébrale.
La colonne vertébrale permet au corps et au cerveau de communiquer entre eux. Quand la colonne vertébrale est touchée, l'échange d'informations entre le cerveau et les autres parties du corps est interrompu.
Beaucoup d'organes et de tissus corporels peuvent guérir sans intervention après un accident. Malheureusement, certaines cellules du système nerveux central sont tellement spéciales qu'elles ne peuvent pas se diviser pour créer de nouvelles cellules. Résultat, guérir d'une blessure au cerveau ou à la colonne vertébrale est bien plus difficile.
La complexité du système nerveux central rend très difficile la mise en place des bonnes connexions entre les cellules du cerveau et celles de la colonne vertébrale. »
Harry ne s'était pas vraiment renseigné sur l'état de Malfoy depuis que l'accident s'était produit. Durant le temps qui s'était écoulé depuis, il avait été tellement pris par ses souvenirs qu'il avait oublié que Malfoy avait été gravement blessé dans l'accident qui avait été la cause de leurs 'retrouvailles'. Mais les faits étaient là, et ses blessures étaient si sérieuses qu'il allait se retrouver en fauteuil roulant, peut-être pour le reste de sa vie.
Tout à coup, la réalité de tout ça s'abattit sur Harry.
Malfoy était handicapé.
Il ne pouvait plus bouger les jambes.
Il ne pourrait pas vivre sa vie comme il l'avait toujours clamé haut et fort : il faudrait qu'il ait des gens pour l'aider, pour faire des choses à sa place, et bien qu'il ait eu des serviteurs depuis sa naissance, Malfoy adorait probablement ça parce qu'il pouvait leur donner des ordres, pas parce qu'il avait besoin d'eux.
Il se leva brusquement ; il n'était même pas conscient que c'était lui que regardaient les deux patients désormais, au lieu de la télé. Il était sur le point de retourner voir Malfoy quand il se rappela que l'infirmière était toujours dans la chambre ; il ne s'était pas écoulé plus de quinze minutes. Par conséquent, il se rassit lourdement sur le canapé et ramassa la brochure, qui était tombée par terre quand il s'était levé.
Comme ces disputes qu'ils avaient depuis leurs onze ans semblaient soudainement insignifiantes et futiles ! En fait, beaucoup de choses semblaient insignifiantes et futiles quand il s'imaginait à la place de Malfoy. Ne pas pouvoir marcher : il n'arrivait même pas à concevoir l'idée.
Il continua sa lecture.
« Les recherches sur la colonne vertébrale humaine ont connu une révolution ces dernières années : ce qui était auparavant considéré comme immuable montre désormais des signes d'évolution positive. C'est pour cette raison que les personnes concernées n'ont plus à se dire qu'elles resteront paralysées pour le restant de leurs jours. »
Bon, c'était toujours un point positif. Il y avait une chance pour que Malfoy sorte de ce fauteuil roulant. Il feuilleta le reste du dépliant et réalisa que si Malfoy pouvait remarcher un jour, ce serait grâce à la chance, vu comme les blessures étaient sérieuses, mais aussi à de nombreuses efforts.
« Monsieur ? »
Harry fut tiré de ses pensées par l'infirmière rondouillarde. Elle se tenait devant lui, légèrement préoccupée, mais son visage ne reflétait presque aucune émotion tandis qu'elle le regardait.
« Oui ? » finit par dire Harry.
« M. Malfoy a terminé, donc vous pouvez retourner dans sa chambre si vous le souhaitez » l'informa-t-elle.
Harry pencha la tête sur un côté. « Il veut que je revienne ? » demanda-t-il.
Elle secoua la tête. « Non, il n'a rien dit. C'est un patient qui ne parle pas beaucoup. Excepté...eh bien, excepté quand vous êtes là ». Elle eut une moue réprobatrice et il eut le mérite de prendre un air penaud.
« Je suis désolé » s'excusa-t-il. Il était sur le point de retourner dans la chambre de Malfoy, mais il s'arrêta et se tourna vers l'infirmière. « A quel point a-t-il été touché ? » demanda-t-il, et à présent, contrairement à la première fois où il avait parlé à ce médecin, il était intéressé (et non en état de choc). « Pourra-t-il un jour remarcher ? »
« Nous l'ignorons. M. Malfoy ne semble pas très enclin à essayer d'aller mieux pour le moment, mais ça changera peut-être quand il commencera la rééducation » fit-elle. Quand elle vit son regard interrogateur, elle continua « M. Malfoy doit rester complètement immobile pendant deux mois entiers – encore six semaines donc -, afin que la fracture de sa colonne vertébrale ne s'aggrave pas. Après, nous pourrons commencer la rééducation. »
« Oh » fut tout ce que Harry trouva à dire. « Combien de temps devra-t-il rester à l'hôpital alors ? »
« Six semaines minimum, bien entendu, et puis certainement encore deux de plus, le temps qu'il apprenne à se servir d'un fauteuil roulant et d'être suffisamment remis pour se remettre à bouger ». Elle leva les yeux vers lui. « Vous êtes un parent à lui ? »
« Moi ? Non » répondit Harry. « Je suis un...vieil ami d'école. »
L'infirmière lui lança un regard soupçonneux, mais acquiesça. « Savez-vous où sont ses parents ? Nous ne parvenons pas à les joindre, ni même à les trouver dans nos dossiers. »
« Tu m'as fait perdre mon serviteur, mon garçon ! »
Harry regarda follement autour de lui au son de la voix de M. Malfoy, aussi claire que s'il se tenait là, à côté de lui.
« Monsieur ? Vous vous sentez bien ? »
Harry fut lentement ramené à la réalité par la voix inquiète de l'infirmière. « Je – je vais bien » marmonna-t-il. « J'ai juste...cru entendre quelque chose. »
Elle eut de nouveau le regard soupçonneux, mais une fois encore, ne dit rien.
« Je vais aller chez – enfin, vous me comprenez, entrer dans – chez Malfoy » balbutia-t-il et il s'esquiva avant que l'infirmière ne put lui poser d'autres questions.
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« Tu es de retour. »
Harry ravala la remarque acerbe qui lui venait si facilement et serra plus fort le dépliant qu'il avait toujours à la main. « Je suis désolé » fit-il.
Malfoy le regarda, incrédule. « Et pourquoi diable es-tu désolé, Potter ? »
Harry se rembrunit : ce n'était pas censé se passer comme ça. Bien entendu, rien ne se déroulait jamais comme prévu quand Malfoy était dans le coup.
Duels au milieu de la nuit, cours de Potions, retenue avec Hagrid...
Tout comme les autres, ces pensées lui vinrent spontanément à l'esprit, sans qu'il l'ait demandé.
« Potter, tu es dans ma chambre et tu m'empêches de regarder la télévision. Me répondre serait la moindre des choses ». La voix de Malfoy était à nouveau froide et impersonnelle. Il ressemblait au Malfoy que Harry avait toujours connu, ce qui le fit se demander si certaines choses avaient vraiment changé.
« Comment tu sais ce qu'est une télé au fait ? » demanda Harry, essayant de changer de sujet.
« Oh par Merlin, j'ai pris l'option Etudes de Moldus, ok ? » cracha-t-il.
Harry fut surpris d'entendre ça. Il n'avait jamais pris la peine de savoir ce que Malfoy avait comme cours, sauf pour ceux que Harry devait partager avec lui.
« Maintenant, tu vas me dire pourquoi diable tu n'arrêtes pas de revenir ici, encore et encore, comme un putain de yoyo, Potter. Tu vas me le dire, après tu vas partir et cette fois, tu ne reviendras pas. »
« Pourquoi c'est si terrible que je sois ici ? » demanda Harry. « Je te rappelle de mauvais souvenirs ? Je suis vraiment si horrible que ça, pour que tu ne veuilles pas que je vienne ici ? C'est juste parce que c'est moi ? »
« Tu peux prendre n'importe laquelle des solutions. Tu viens de donner trois bons arguments sur la raison pour laquelle je ne veux pas de toi ici » répondit Malfoy.
« Qu'est-ce que je te rappelle comme souvenirs ? »
« Les mêmes choses que moi je te rappelle » rétorqua Malfoy, réussissant à garder une voix dépourvue d'émotions. Ses yeux se plissèrent en regardant Harry. « Les mêmes choses dont tu ne veux pas parler. »
Harry savait qu'il y avait un moyen pour qu'il arrête d'en parler ; et c'était certainement un moyen très efficace. Mais même s'il le voulait vraiment, il ne pourrait pas forcer Malfoy à en dire plus sans avoir à avouer lui-même certaines choses ; et ce n'était pas des choses qu'il était prêt d'avouer, encore moins à sa Némésis d'une école oubliée depuis longtemps.
Malfoy haussa un sourcil en signe de victoire. « Tu vois ce que je veux dire, Potter ? Tu ne veux pas en parler. Et par conséquent, tu n'as pas à revenir ici. Ce qui me rendrait très heureux. »
Harry ne put s'empêcher de renifler de mépris. « Toi ? Heureux ? J'aimerais bien voir ça. »
Le visage de Malfoy s'affaissa une seconde, mais il reprit vite contenance et le masque d'indifférence – Harry réalisa tout à coup que c'était simplement ça : un masque – était de retour. Ce qu'il venait de dire avait touché un point sensible, tout au fond de lui, au-delà de la carapace de froideur qu'était Draco Malfoy.
Il poussa un léger soupir. « Je suppose que c'est le moment où tu vas me dire de partir ? »
Le regard glacial de Malfoy suffit à lui dire qu'il ferait mieux de s'en aller, et sa propre raison lui disait la même chose.
« D'accord » fit Harry. « J'y vais. Mais tu sais que je reviendrai, parce qu'il y a bien trop de choses derrière tout ça ; on ne peut pas les laisser telles qu'elles sont. »
Malfoy haussa à nouveau un sourcil, comme pour dire 'Ah ouais ?'
« Bonne nuit Malfoy » fit Harry, et il quitta la chambre, refermant pour la première fois doucement la porte derrière lui, au lieu de la claquer.
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En revenant de l'hôpital, Harry passa devant l'Expresso House et décida de prendre un café. Le bar était rempli de monde, la plupart étant assis soit dans des box, soit près des fenêtres. Un groupe de jeunes filles bruyantes étaient assises sur la longue rangée de canapés, des livres devant elles. Harry supposa qu'elles étaient là pour travailler, bien qu'elles n'aient pas du tout l'air de faire ce genre de choses. Un assortiment de cookies était posé sur la table, et plusieurs tasses de ce qui lui semblait être du chocolat chaud étaient encore là.
Harry passa sa propre commande : un grand café au lait. Il décida d'y ajouter du chocolat et se retrouva avec un moka. Avec ceci, il commanda un bagel (3) au poulet et au bacon, car il n'avait pas mangé depuis des heures et des cookies ne satisferaient pas son estomac grondant.
Il sortit un livre de son sac de cours – vu qu'il n'était pas rentré chez lui depuis la fac, il avait toujours sur lui les livres pour son dernier cours.
« Et la Révolte des Gobelins... »
Cette fois, ce fut la voix monotone du professeur Binns qui s'infiltra dans l'esprit de Harry et le fit se redresser et jeter un coup d'œil méfiant autour de lui en quête du fantôme. Binns était, bien entendu, nulle part en vue.
Toutefois, Harry ne fut pas si choqué, terrifié, inquiet, peu importait le mot, que ça d'entendre la voix du professeur Binns. C'était loin d'être aussi effrayant que d'avoir à entendre la voix de Ron, chuchotant dans le vent, comme s'il était toujours là, et non parti depuis longtemps.
Comme s'il n'était pas mort.
Comme s'il n'était pas mort depuis cinq ans.
Harry serra fort sa tasse tandis que des souvenirs de son meilleur ami l'assaillaient, malgré les efforts qu'il faisait pour tenter de les arrêter. Il avait les yeux étroitement clos et tremblait de tous ses membres ; il prit de profondes inspirations sur un rythme régulier pour tenter de reprendre le contrôle de son corps.
« M. Evans ? Vous vous sentez bien ? »
Harry résista à l'envie de lever les yeux au ciel en entendant la voix de Mona. Mais bien qu'elle ne soit pas le genre de distraction dont il avait besoin, c'était toujours une distraction qui l'éloignerait de ses souvenirs.
« Je vais bien, Mona » fit-il, essayant d'avoir la même voix que d'habitude. « C'est juste...une migraine, vous savez. »
Elle lui fit un sourire doux et amical et acquiesça. « On a des pilules contre ça, mais on n'a pas le droit de les donner aux clients » fit-elle. « Désolée » ajouta-t-elle, son sourire devenant penaud. « Un client nous a dénoncé à la police en prétendant qu'on distribuait des antidépresseurs... »
« Ce n'est pas grave » assura Harry. « Je vais simplement rentrer chez moi et me coucher, je crois. Je suis sûr que c'est uniquement de sommeil dont j'ai besoin. »
« Oh, d'accord » fit-elle, son sourire se fanant. « J'ai été contente de vous revoir. »
« Moi aussi » répondit Harry, essayant de ne pas avoir mauvaise conscience de partir aussi vite. Mais maintenant qu'il l'avait dit, il était vrai qu'il ne désirait rien de plus que rentrer chez lui. « A bientôt. »
Il partit. Elle sourit.
A suivre...
(1) Blossom signifie « floraison », ce qui n'est pas un prénom très traduisible en français. Je n'ai pas voulu le traduire par Fleur, car c'est un peu éloigné de la signification du terme et on aurait pu faire l'amalgame avec Fleur Delacour.
(2) Candy signifie « bonbon, sucrerie ».
(3) Le pain bagel est le pain traditionnel juif. En forme d'anneau, il est souvent garni de nourriture.
