Et voici la deuxième partie !
Bonne lecture !
PARTIE 2
Je marche dans les rues de Tokyo, sans vraiment de but précis. J'avais besoin de prendre un peu l'air et de réfléchir.
Ça fait trois mois que Ryouta et moi, on s'est séparés. Trois mois et j'ai l'impression d'avoir vécu ma vie à cent à l'heure. Je dirais même à mille à l'heure ! Enfin bref… Tout s'est passé très vite.
Je n'ai pas beaucoup de nouvelles de lui en faite. J'avais raison quand je me suis dis qu'on allait mettre de la distance entre nous. Depuis ces trois mois, on s'est revus chez Tetsu, puis à des sorties de groupe, mais nous n'avons jamais re-discuté de tout ça.
Quand la nouvelle est tombée, les autres ont eu des réactions assez surprenantes. Ils ne s'y attendaient pas pour la plupart. Satsu m'a avoué qu'elle avait pleuré, et qu'elle s'était énormément inquiété pour nous.
Mais au final, ils ont totalement accepté notre choix. Mon choix. Ils n'ont pas fait de préférence et ont continué à nous parler sans jugement, ni amertume. Et pour ça, ils ont vraiment été cool.
De mon côté, j'ai totalement tourné la page. Les débuts sans Ryouta ont été un peu difficiles, j'ai dû me réhabituer au fait d'être seul et de n'avoir personne à qui parler à longueur de journée. J'ai dû me réhabituer à me retrouver seul dans un lit et à ne plus avoir de moments intimes avec quelqu'un… En faite, j'ai dû m'habituer à ne plus être avec Ryouta. Tout simplement.
Et une fois que je suis parvenu à me détacher de notre ancienne relation… Je me suis senti libre. Tellement libre de mes faits et gestes. Je savais que je pouvais me permettre des choses que je n'aurais jamais pu faire avant. Et ce serait mentir de dire que ça ne m'a pas plu. Bordel, j'avais besoin de cette sensation de liberté !
Je me demande parfois comment lui, il va. J'espère qu'il va bien et qu'il a réussi à faire comme moi. Avec lui, je peux m'attendre à tout, mais j'espère juste qu'il s'en sort bien. D'après les autres, je n'ai pas à m'inquiéter pour lui, mais je ne peux pas m'en empêcher. Pas parce que j'ai encore des sentiments pour lui, non, ça c'est révolu depuis très longtemps, mais juste parce que c'est lui et que même si j'ai tourné la page… Je ne peux pas oublié nos 2 ans de relation aussi rapidement. Alors pour le moment, il garde un peu une place privilégiée dans ma vie, sans pour autant que je ne ressente la moindre ambiguïté sur mes sentiments.
Je me demande quand même parfois si… Si cette distance qui s'est installée entre nous ne vient pas de moi. Si ce n'est pas moi qui ai fait en sorte de nous éloigner pour lui laisser le temps de s'en remettre et parce que je ne savais pas ce qu'il avait en tête. Comment il me voyait, comment il vivait notre rupture… Tout ça, tout ça. Ça peut paraître un peu égocentrique de penser qu'il ne m'a pas oublié et qu'il ne peut pas vivre sans moi, mais ça m'inquiète. Parfois.
Donc, là, je me remémore tout ça, seul dans ces rues, pour m'empêcher de penser à ce qui me perturbe vraiment. Mais je ne vais pas avoir le choix que d'y penser parce que ça m'obsède.
Il vient de se passer un truc… Et franchement, même moi, je n'ai pas compris.
Alors, au lieu de rentrer chez moi, comme je le fais d'habitude, je me laisse porter par la foule, par le moment.
Ça me bouffe un peu, et bordel, je crois que ça doit se voir sur ma gueule. Je ne sais pas où mettre mes mains, ni où poser mon regard… J'ai un peu perdu le contrôle. Et je me dis que j'aurais bien besoin de quelque chose de familier pour me remettre les idées en place. Parce que là, tout me parait étrange. La rue, les gens, les magasins, je ne reconnais rien, comme si je découvrais ces pavés pour la première fois. Alors, si quelqu'un pouvait…
- Daiki ?! Hey ! Daiki !
A l'entente de mon nom, crié dans la foule, de cette voix que je reconnaîtrais entre mille, je ne peux que me retourner.
Hey, Dieu, je ne t'aime pas. Mais vraiment pas. Et des fois, j'ai comme l'impression que tu te fous de ma gueule.
Une tête blonde s'approche de moi, un grand sourire aux lèvres, slalomant entre les gens pour me rejoindre. Je ne bouge pas, j'attends.
Bordel, ça me fait bizarre de le revoir là.
- Salut ! J'ai l'impression que ça fait une éternité qu'on s'est pas vus !
- Ouais, j'avoue que ça fait longtemps.
Je me passe une main sur la nuque.
- Ça va, Ryou ?
- Ouais, ouais, et toi ? T'as pas l'air en forme !
- Rien de grave, t'inquiète. Par contre, toi, tu as l'air très bien.
Il est rayonnant. Je ne me souviens pas de la dernière fois où il a eu l'air si heureux, épanouie et bien dans ses baskets.
Il a changé. C'est très léger, mais je ne peux pas le louper. Ses cheveux sont plus courts, il a l'air d'avoir encore grandi et pris en prestance et … Il y a un truc. Je ne sais pas quoi, mais il y a un truc. Comme s'il avait prit en maturité. Mais je n'arrive pas à mettre le doigt sur le sentiment qu'il dégage.
- Ça… Ça te dis de venir boire un verre, où d'aller manger un truc pour… Pour qu'on discute un peu ?
Est-ce que c'est vraiment une bonne idée ? J'avoue que je suis surtout curieux de savoir ce qu'il devient, de savoir comment il va… Et je crois que c'est ça qui me pousse à accepter sa proposition.
- Ouais… Ça tombe bien, je crève de soif !
- Oh ! T'es allé faire un one-on-one avec Kagamicchi ?
J'ai vraiment un Karma de merde… Je me sens un peu rougir mais je remercie actuellement mes parents qui m'ont donné une peau mate pour cacher les dégâts. Par contre, mon air embarrassé et ma crispation n'échappe pas à mon ex-amant, qui hausse les sourcils, me questionnant silencieusement.
- Ouais… Et il a gagné cet enfoiré.
- Nooooon ! C'est pas vrai ?!
- Si, d'un seul point, mais il a gagné quand même.
- Oh mon dieu… Ce jour est a marqué d'un gros cercle rouge sur le calendrier…
Ouais… Tu n'imagines pas à quel point.
J'avoue que ce n'est pas du tout pour ça que je suis dans cet état. Sérieusement, je m'en contre fout qu'il ai gagné. Techniquement, il a triché.
Mais ça aussi je m'en fous. J'essaye juste de détourner l'attention de Ryouta pour qu'il ne me pose pas plus de questions, et aussi pour m'enlever ces images qui tournent en boucle dans ma tête. Enfoiré de Kagami…
- On va le boire, ce verre ? Tu veux aller où ?- Me demande Ryouta.
- Où tu veux…
- Oh ! Y a un nouveau café qui a ouvert pas très loin, tu veux bien qu'on y aille ? J'en ai entendu que du bien et apparemment, ils font un chocolat liégeois à tomber !
Je souris et marche à ses côtés, l'écoutant divaguer sur ce fameux nouveau café.
Au bout de quelques minutes, un petit silence gêné s'installe. C'est un peu bizarre de se retrouver comme ça, tous les deux. J'avoue que je suis un peu mal à l'aise. Je ne sais pas du tout, mais vraiment pas comment lui se sent depuis notre séparation. Comment il me voit, ce qu'il a fait, s'il a tourné la page où s'il espère encore un peu au fond de lui… Pour moi, tout est clair, mais tant que je ne sais pas pour lui, je ne pourrais pas m'empecher de mettre un peu de distance entre nous.
Et je trouve ça vraiment dommage…
Il me pointe le café de doigt, et je le suis, docilement, un peu perdu dans mes pensées. On s'installe à une table et un serveur vient rapidement prendre nos commandes.
- Alors… Quoi de neuf ?
Vas-y Daiki, la prochaine fois, parle de la pluie et du beau temps, histoire qu'on aborde tous les tentatives bancales de faire la conversation.
- Oh… Bah tu sais… Pas grand chose… Le lycée, les entraînements, les photoshoots… Un peu la routine… Et toi ? - Me dit-il dans un sourire tendre.
On échange pas mal de banalités, sans vraiment de fonds. On a un peu de mal à se regarder en face. Ryouta part dans un monologue sur son boulot. Il fait souvent ça quand il est stressé, il parle sans s'arrêter pour combler le silence.
Son portable vibre pour la troisième fois sur la table, et je le vois me jeter un regard avant de regarder ses mails. Un sourire attendri se dessine sur ses lèvres et son regard change imperceptiblement. Mais je le vois. C'est le regard avec lequel il me regardait à nos débuts de relation. Oh le petit enfoiré… Il me cache des choses et je suis bien déterminé à découvrir quoi !
Mon petit côté fouineur me fait me relever doucement de ma chaise, pour m'appuyer sur la table et regarder à qui il envoie des messages. Je n'ai pas le temps de voir un nom, il verrouille son téléphone avant. Par contre… Les petits coeurs…
- Hey… C'est à qui que t'envoie des coeurs comme ça ?!
Ryouta rougit d'un coup devant moi, sans prévenir. Ses yeux s'écarquillent et je sens la panique s'insinuer en lui… Oulà… C'est quoi le plan, là ?!
- Per...Personne ! De quoi tu parles ?! Tu as dû rêver…
J'hausse un sourcil suggestif tout en laissant passer un sourire en coin. Mais c'est qu'il se fout de ma gueule en plus. Je suis à deux doigts d'exploser de rire à cause de sa tête. Une part de moi se doute de quelque chose, mais j'attends sa confirmation. Et il devrait savoir depuis le temps qu'il ne peut pas me mentir, ni me cacher quelque chose.
Il devrait le savoir. Saloperie de curiosité…
Je reprends la parole, bien décidé à avoir le fin mot de l'histoire. Mais il faut que je le mette à l'aise… Là, on dirait qu'il va me faire un syncope.
- Tu as rencontré quelqu'un ?
Bon, ok, j'ai jamais réussi à mettre les gens à l'aise. Mais autant crever l'abcès.
- Non… Enfin… Oui… Peut-être…
- C'est qui ?! - Dis-je avec un air de commère que seul lui me connait. Un sourire éclaire ma face et mes yeux pétillent de malice.
- Tu connais pas…
- Oh vas-y, lâche son nom !
- ... Mh ...
- Ryouta…
- Hum ?
- Tu le sais que je vais te faire cracher le morceau…
- Ouais, je sais, tu as toujours été chiant !
- Ouais, je sais. Allez...Dis !
Il soupire de résignation. On se fait interrompre par le serveur qui nous apporte nos boissons. Ce qui permet également à Ryouta de prendre quelques secondes pour peser le pour et le contre. Il le sait que quand je veux savoir un truc, je peux tanner quelqu'un pendant des jours sans me lasser. Une vraie plaie.
Bizarrement, ce besoin de savoir ne vient pas d'une quelconque curiosité malsaine ou craintive. J'ai juste envie de savoir qui a bien pu lui faire tourner la tête…
- C'est… Il s'appelle Kasamatsu… Kasamatsu Yukio…
Attend. Ce nom me fait tiquer. Oh bordel…. Naaaaaaaaan…
- Kasamatsu… Ça serait pas ton capitaine à Kaijo, ça ?!
- … Si…
Je vois sa lèvre trembler un peu. Il rougit de plus en plus et il fuit totalement mon regard. Il attend ma réaction. S'il prenait la peine de me regarder, il verrait que je ne lui fait aucun reproche et que je ne suis pas en train de me lamenter sur mon sort. Mais là, non, il préfère se terrer dans son coin et se stresser. Et je comprends vite les non-dit…
- Vous êtes ensemble ? C'est ça ?
Il ferme les yeux, à s'en faire mal pour ne pas me regarder. Pour ne pas voir ma réaction. Pourtant, j'ai essayé de prendre la voix la plus rassurante que je pouvais pour lui poser la question.
Il hoche la tête, pinçant ses lèvres pour ne pas avoir à sortir un mot ou une complainte.
Je me décide à intervenir pour le sortir de son mutisme et de son auto-flagellation intérieure.
Je pose ma main sur la sienne pour attirer son attention. Il relève les yeux vers moi, les larmes prêtes à dévaler ses joues. Il ne sait pas du tout comment réagir face à moi. Je lui sourie, le plus sincèrement du monde, pour tenter de le rassurer.
- Je suis content pour toi…
Et là, sans prévenir, il se met à pleurer. Parce que c'est Ryouta, parce que des fois, il garde trop de choses pour lui et que ça fini toujours par ressortir. Parce qu'il accumule beaucoup de trop de trucs sans savoir quoi en faire. Je resserre ma main sur la sienne en me rapprochant un peu de lui, pour essayer encore une fois de le rassurer.
- Bordel, pourquoi tu chiales ?!
- J'avais… Je voulais pas… J'avais peur que tu le prennes mal et que tu fasses la gueule… Ou que tu me le reproche…
- Rhoooo… C'est mon genre de faire ça ?
- … Non…
- Bah alors… T'es heureux avec lui ? Il te traite bien ?
Il hoche très vite de la tête, comme pour me convaincre que leur relation ne vient pas d'un coup de tête. Que ce n'est pas un remplaçant, mais qu'il a vraiment des sentiments pour lui. Et ouais… Bizarrement, ça me rassure.
Je le laisse tranquillement se calmer, se remettre de ses émotions… Je finis par lui tendre un mouchoir et me rassoire normalement sur ma chaise.
- Merci Daiki…
- Pourquoi ?! -Dis-je, vraiment surpris.
- Pour ne pas me juger…
- Mais… Te juger de quoi, Ryouta ?
- Je sais pas… J'avais peur que tu me dises que c'était du rapide, que si ça se trouve, j'avais pas vraiment des sentiments pour toi, que… que… Je sais pas…. - Me dit-il, en recommençant à avoir les larmes aux yeux…
- Hey… Hey… Tu m'écoutes ?
Voyant qu'il n'ose toujours pas affronter mon regard, je passe mes doigts sous son menton pour le forcer à lever les yeux vers moi. Il a toujours su lire en moi, et même si on s'est séparés, j'espère que c'est toujours le cas. Parce que, à cet instant, je veux qu'il puisse voir que tout ce que je dis, je le pense et que je suis sincère.
- C'est moi qui t'ai quitté. C'est moi qui t'ai dit de trouver quelqu'un qui prendrait soin de toi. Je t'ai dit que tu méritais d'être heureux, tu te souviens de ça ? Alors arrête de te morfondre, parce que tu es bien avec quelqu'un, ça n'a aucun sens !
- Mais… Je mérite pas que tu réagisses aussi bien, je pensais vraiment que tu allais me mépriser… - Me dit-il en prenant mon poignet dans ses mains pour me faire lâcher prise et qu'il puisse baisser la tête.
- Putain, Ryou, on a vécu 2 ans ensemble, je te connais assez pour savoir que t'es un gars sérieux et que tu ne fais pas n'importe quoi ! Surtout que tu me l'as promis ! Alors arrête de te mettre dans tous ces états !
Je relache la pression de ma main sur la sienne et je vois Ryouta hocher la tête et se pincer les lèvres. Décidément, il est dur à convaincre.
- Mais… Tu le vis comment, toi ?
- Que tu ais retrouvé quelqu'un ?
- Oui…
- Ryou… Je suis content pour toi. Y a rien de plus à dire. Je suis un peu curieux de savoir en long en large en travers l'histoire, mais tu me connais, c'est dans ma nature. Mais je ne le vis pas mal. Je ne vais pas m'effondrer une fois que tu seras parti, je ne vais pas m'énerver, ni te faire culpabiliser de quoi que ce soit ! Je suis juste content pour toi. Tu veux que je te dises ? Je dirais même que ça me rassure. Parce que j'avais installé une distance entre nous, parce que je ne savais pas comment réagir avec toi. Je ne savais pas comment me comporter sans te faire de la peine. Et je ne savais pas du tout ce qu'il se passait dans ta tête, alors je ne voulais pas prendre le moindre risque. De savoir que tu as tourné la page et que tu es heureux avec quelqu'un… Ça me permet d'enlever cette distance que j'avais mise entre nous. Là, je me dis qu'on peut rester amis, sans que ça soit ambiguë.
- J'ai vraiment cru que tu voulais plus du tout de moi dans ta vie, tu sais…
- Désolé… Je veux vraiment pas qu'on ne se voit plus, ce n'est pas mon but. Ça me manque tu sais, des fois, de ne plus pouvoir parler de tout et de rien avec toi. Tu restes quelqu'un d'important pour moi. Mais c'était compliqué de rester ami dans cette situation. Là, j'ai la sensation que c'est possible, sans que ça soit gênant ou bizarre. Tu vois ce que je veux dire ?
Il enfouit son visage dans ses mains pour me cacher ses larmes… Et c'est reparti pour un tour… Vraiment, il ne changera jamais.
- Merci… Merci Dai… Merci…
- Pourquoi ?
- Pour être toi… Tout simplement…
Je lui tends un autre mouchoir et un vrai sourire se dessine sur son visage. De ceux qui le rendent lumineux.
Un petit silence se fait, nous laissant nous remettre de nos émotions. Ce n'est pas gênant, au contraire, ce silence nous fait du bien. On se sourit, en buvant nos boissons, tranquillement.
Mais évidemment, il faut que ma curiosité revienne à la charge.
- Et sinon… Il baise bien ?
Il rougit d'un coup, et me jette ses mouchoirs usagés à la gueule. Oh, pas beau la violence… Ça cache quelque chose.
- Ça te regarde ?!
- Oui.
- Bah non, je ne crois pas !
- Non, c'est vrai, ça me regarde pas. Et en fait, c'est précisément pour ça que ça m'intéresse ! Et puis tu t'es grillé.
- Non. Ça se trouve on a rien fait.
Je le fixe en haussant encore une fois le sourcil. Mais c'est qu'il essaye de me duper en plus…
- Vraiment ?
- Oh allez, Ryou, sois pas gêné, je le connais ton cul…
- Bah justement !
- Rhooo, t'es pas drôle…
Il rougit encore. Qu'est-ce que je disais tout à l'heure ? Ah ouais, c'est vrai… Je suis une vraie plaie quand je m'y mets.
- Et donc, il est meilleur que moi ? - Dis-je en explosant de rire.
- Mais tais-toi, rhooooo ! - Me répond-t-il, en riant lui aussi.
Je ne lâcherai pas l'affaiiiiire… Et puis, je sais très bien qu'il suffit de désamorcer la bombe pour qu'il me divulgue tout ce que je veux savoir...
- C'est… Différent.
Bombe désamorcée dans 3…2...
- Ah ?
...1….
- Bah, dans le sens où avec toi, j'étais le plus souvent en dessous… Et j'aimais ça, hein, c'est pas un reproche du tout. Mais avec lui… C'est différent.
Bingo, je vais lui faire cracher le morceau !
- C'est toi au-dessus ?
- Ouais… Et donc… Quelque part, je n'ai pas le choix de prendre confiance en moi, surtout qu'il n'a pas beaucoup d'expérience… Alors, ouais c'est différent.
Je lui souris et il se rend compte qu'il a parlé. Peut-être même un peu trop. Mais ça ne me dérange pas le moins du monde, j'ai juste l'impression de parler de cul avec un ami proche et c'est plaisant. De ne pas se sentir gêné de parler de tout et de rien. D'intime comme de superficiel.
- Tant que ça se passe bien entre vous et qu'il te traite bien, moi ça me va…
On se sourit, sans en rajouter. Ouais, je ne vais pas trop m'immiscer dans la vie sexuelle de mon ex, faut pas déconner.
Ryouta repose sa boisson sur la table et se gratte le coin du nez. Ah ? Une nouvelle confession ?
C'est quand même assez drôle de voir que je me souviens de toutes ses réactions et de leur signification.
- T'es le premier au courant, Dai…
- Sérieux ?
- Ouais… J'ai pas osé en parler aux autres…
- Nan, mais genre, Tetsu, Satsu, Mido…
- Tu vas me citer toute la génération des miracles ?
- Nan, mais genre… Personne ?
- Nope. Personne. - Dit-il en faisant tourner sa tasse de chocolat.
- …. C'est un honneur alors. Mais pourquoi tu leurs en as pas parler ?
- Parce que j'avais peur qu'ils te le disent. J'avais peur de leur réaction, de ta réaction… J'espère qu'ils réagiront comme toi.
- Je peux déjà te dire une chose de sûre : Midorima s'en battera les couilles. Mais sévèrement. Ah et Akashi doit sûrement déjà être au courant, mais on le sait pas encore. Mastermind.
- T'es con… - Me dit-il, mort de rire.
Ouais, je sais… Mais ça fait du bien de le voir heureux.
- Et toi, alors ?! Parce que c'est bien de parler de moi, mais je veux savoir ce qu'il se passe dans ta vie depuis ces quelques mois !
- Moi, quoi ?
- Bah, tu sais, les amis, les amours, les emmerdes, le sexe… Tout ça, tout ça…
Les hormones, vous n'avez même pas intérêt à me trahir !
- Pas grand chose. - Dis-je en rougissant comme une pucelle.
- Ah ouais ?! Bah, je crois pas moi ! RACONTE MOI TOUT !
Argh. Il hausse la voix en riant et en tapant sur la table ? C'est très mauvais signe pour moi, ça…
- Nan, mais y a pas grand chose à dire…
- Je crois que si !
- Oh, tu as vu l'heure qu'il est… Va falloir que… - Dis-je en regardant mon portable et en commençant à me lever.
- Daiki, assis, tout de suite !
Je me rassois sagement, sans faire d'histoire. Putain, j'ai pas envie d'en parler… Mais j'en ressens le besoin quand même…
- Dis-moi…
Les rôles se sont inversés. Maintenant, c'est lui qui me regarde malicieusement, attendant que je lui divulgue tout. Et merde… Bon, on va essayer de détourner son attention.
- Bah écoute… J'ai essayé de coucher avec une nana, mais c'était pas top.
- Ah ouais ?
- Ouais, y manquait un truc…
- Ah, je vois. Tu bandais pas.
- ... Ouais, voilà. Enfin, si je bandais, mais…
- Tu bandais pas. - Insiste-t-il.
- Non.
Véridique. J'ai pas pu aller plus loin qu'une demi-molle. Pas que la nana n'était pas belle ou quoi que ce soit. C'est juste que je la trouvais belle, mais pas désirable. En fait, je ne trouve aucune fille désirable. J'aime juste regarder le corps des femmes, leur beauté… Mais ça s'arrête là. Et cette expérience m'a prouvé que… Je joue dans la team gay.
- Et sinon, pourquoi tu as rougis ?
Il ne peux rien me cacher. Mais j'avais oublié que ça fonctionnait aussi dans l'autre sens.
Autant y aller cash.
- Un mec m'a embrassé.
- Noooooooon ! Qui ?!
Hic. C'est là d'où vient le problème. Je me mur dans un silence et Ryouta a bien l'air décidé à péter les cloisons pour me faire parler.
- Je le connais ?
- … Ouais.
- C'est Kagamicchi ?!
Choqué. Mes yeux s'ouvrent en grand, et ma bouche suit le chemin.
- Comment t'as deviné ?!
- Nan ! Sérieux ! C'est lui ?! Oh je le savais !
Pourquoi il a l'air aussi heureux ? C'est presque flippant !
- Oh mon dieu, je le savais !
- Mais… Hein ?!
- Dai… T'es vraiment aveugle. Depuis que vous vous êtes rencontrés, il t'a toujours bouffé des yeux !
- Naaaaaan… -Dis-je dans le déni total.
- Si, je te jure ! Des fois, c'était même gênant ! Surtout quand j'étais à côté…T'avais jamais remarqué, hein ?!
-Non.
Il tape dans ses mains et sautille a moitié sur sa chaise. Ce gars a vraiment une case en moins.
- Et c'était comment ?! Ça s'est fait comment ?! Pourquoi, comment, où ?! Je veux tout savoir ! - Me dit-il, en mettant ses coudes sur la table, et sa tête dans ses mains.
- Bah…. Euuuuh…. Tout à l'heure. Terrain de basket. Après un one-on-one. Il a triché.
- Tu ne sais plus faire des phrases complètes Dai…
- Je t'emmerde !
- Nan, mais sérieux, dis moi…
- On est allé faire un one-on-one et après le match, il m'a roulé un palot, soi-disant parce que c'était sa récompense de gagnant, alors que, je répète, il avait triché !
- Ouais, mais ça on s'en fout qu'il ai triché, continue l'histoire !
- Et bah…. J'ai bien aimé. Mais ça m'a fait flipper.
- Pourquoi ?!
Je détourne les yeux, incapable de répondre verbalement à sa question. C'est trop.. Gênant.
- Oh je vois. N'en dis pas plus. Ça t'a perturbé qu'il prenne la place de dominant et que tu te sois laissé faire. Bon ?
- Bon.
C'est exactement ça le problème. J'ai été docile. Je n'ai jamais été docile dans ma vie. Même intimement, si j'étais en dessous avec Ryouta, je ne pouvais pas me laisser faire sans prendre un peu le devant où me manifester. Là, avec Kagami… Je me suis totalement laissé faire, sans même penser à le repousser. Et ça me fait peur.
- Je peux me permettre de te dire quelque chose, en sachant que là, tu as l'air paumé ?
- Ouais…
- Fonce. Quoique tu veuilles aujourd'hui, Kagamicchi est prêt à te le donner. Il a envie de la même chose, je pense.
- Attend, attend, attend. Qui t'as dit que j'avais envie de lui ?
- Toi. A l'instant. Tu t'es trahi. Ou en tout cas, je sais que ça ne te dérangerait pas.
- Merde…
- Je pense que tu peux avoir confiance en lui. C'est un mec bien. Et ça pourrait te permettre de faire de nouvelles expériences et d'être à l'aise avec d'autres de tes envies ou besoin. Faut juste que tu arrives à… lâcher prise.
Il a raison. Il a totalement raison.
Je me perds un peu dans mes pensées, et quand je reprends conscience, Ryouta me regarde, sa tasse près de ses lèvres et joue avec ses sourcils pour se foutre de ma gueule. Je sens qu'il va lâcher une connerie plus grosse que lui…
- Et sinon… Il embrasse bien ? - Me demande-t-il avec un grand sourire.
- T'as qu'à aller essayer.
- Nan mais genre…. Il embrasse mieux que moi ? - Dit-il en explosant de rire.
- Enfoiré…
On explose tous les deux de rire, sans pouvoir s'en empêcher.
On récolte ce que l'on sème, comme on dit…
On continue de se taquiner et de discuter pendant un petit moment, sans se gêner pour se foutre sur la gueule et se balancer des piques, dans une bonne humeur qui est vraiment agréable. Ça m'avait vraiment manqué…
Au bout de quelques temps, Ryouta regarde l'heure sur son portable, et me regarde un peu gêné.
- Dai, je dois y aller, j'ai rendez-vous avec Kasamatsu…
- Ouuuuh…
- Oh ta gueule ! -Dit-il en riant et en secouant la tête.
On se lève tous les deux, en avant que je ne puisse prendre mes affaires, je sens Ryouta s'approcher de moi pour m'enlacer. Je repose la lanière de mon sac et le serre contre moi dans une étreinte chaste.
On se relâche au bout de quelques secondes et Ryouta m'embrasse sur la joue avant de prendre ses affaires.
- Merci Dai… Vraiment, merci.
- Bah… De rien.
- Tu me diras comment ça avance avec Kagamicchi, hein !
.- ..Dégage ! Je veux plus te voir ! -Dis-je en désignant la porte du doigt.
Il explose de rire et cours vers la sortie sous mes grognements. Il me fait un dernier signe de main et s'en va.
Je me prépare à quitter le café à mon tour, le coeur plus léger. Cette rencontre avec Ryouta m'a fait un bien fou. Je sais que cette fois, on est prêt à se revoir sans avoir peur de la confrontation.
Je sais aussi qu'on se reverra rapidement. Mon instinct qui me le susurre à l'oreille. Et qui sait, la prochaine fois qu'on se croisera, peut-être que je rencontrerai vraiment Kasamatsu et que les choses auront évolué de mon côté. Qui sait…
...
Merci d'avoir lu, merci pour votre soutien et pour vos reviews ! Je ne sais que dire de plus...
Je vous rassure... L'Aokise ne mourra jamais !
A la prochaine !
