Titre : Ad vitam aeternam

Base : « Saint Seiya », le premier, l'origine, le commencement : le manga de Masami Kurumada et également le dessin animé qui en a été tiré : en fait, je pioche ce qui m'intéresse dans chacun des deux. Je ne tiens compte ni de « Saint Seiya : épisode G », si de « Saint Seiya : Next Dimension », ni du « Gigantomachia », ni de « Saint Seiya : the Lost Canvas ».

Classement : T

Avertissement : Je n'ai toujours pas ma villa…

Précédemment : les chevaliers d'Or et Shion se réveillent sur Terre, indemnes et manifestement ressuscités, mais le « miracle » comprend également Aioros, vieilli de treize ans, qui semble frappé d'amnésie. Parallèlement, Kanon émerge, lui, aux Enfers, qu'il s'empresse de fuir pour regagner le Sanctuaire.

Bla bla de l'auteur : Voilà le premier chapitre, littéralement introductif. J'espère que le cheminement des événements est compréhensible, mais de toute façon, leur orchestration n'a pas une importance primordiale…Je remercie encore les personnes qui m'ont laissé un commentaire pour le prologue, ainsi que celles qui l'ont lu, tout simplement. Je remercie même celles qui l'ont peut-être quitté en route. Tous les panoramas se valent, il suffit juste de changer de point de vue ** Je sais, j'ai l'art de la métaphore. Bonne lecture !


Chapitre I : Reposons en paix


Tokyo, fondation Graad

Saori remonta le drap sur les épaules de Seiya avec une délicatesse habituée.

Un doux sourire flottait sur son visage, tandis qu'elle regardait la poitrine du chevalier Pégase s'élever et s'affaisser paisiblement, nullement troublée par sa présence. Un courant d'air frais venait de s'engouffrer par la fenêtre légèrement entrouverte, repoussant les vitres cristallines contre le mur. Elle se redressa, les yeux toujours rivés à son chevalier, et se dirigea vers l'ouverture. Posant ses mains sur le rebord froid, elle leva la tête en direction du ciel.

C'était la pleine Lune.

Elle diffusait une lueur pénétrante à travers tout le parc, enveloppant le plus petit arbre, qui reprenait un souffle de révolte couvant déjà entre tous ses semblables. Leur captivité naturelle n'eut pas l'air de l'émouvoir outre mesure. Gravitant avec une lenteur désespérante au dessus de sa tête, les étoiles resplendissaient. La brise souleva les cheveux fins de l'héritière de la fondation Graad, et une mèche volage vint obstruer sa vision. Mais elle ne fit aucun geste pour l'ôter.

Elle baissa la tête vers le sol et la piste de décollage balayée par les ardeurs du vent. L'appareil qui devait les emmener le lendemain matin au Sanctuaire était déjà en place, figé au centre d'un enchevêtrement de lignes rouges dessinées sur un cercle de bitume, tout aussi indifférent au concert inquiétant qui raisonnait autour de lui.

Un bruit de coups frappés contre le bois retentit.

« - Entre » fit-elle sans prendre pas la peine de se retourner.

Elle entendit la porte s'ouvrir puis son visiteur faire quelques pas à l'intérieur, mais il n'osa pas entrer plus en avant.

« - Saori…Athéna. Je peux vous remplacer si vous le souhaitez. Vous devez être fatiguée. » proposa Shun gentiment.

La déesse se détourna finalement de son escorte de feuillus hurleurs, et lui sourit en s'approchant un peu de lui. Depuis que sa nature céleste s'était révélée, les chevaliers de Bronze avaient spontanément pris l'habitude de la vouvoyer en temps de guerre, mais de revenir au tutoiement quand sa dimension humaine reprenait le pas. Enfin, les « chevaliers de bronze », hormis Shun qui, justement, s'en tenait au vouvoiement en toutes circonstances, ce qui était déjà le cas quand ils étaient enfants, et Ikki, qui, brillant rituellement par son absence, ne restait jamais assez longtemps pour avoir l'occasion de lui adresser deux mots.

« - Non, merci, Shun. Je vais rester avec lui cette nuit. Je dormirai dans l'avion demain. »

Elle reporta son attention sur l'homme qui était couché dans le lit et le regarda tendrement. Le jeune Japonais en fit de même, s'appuyant sur le battant du lit.

« - Il a l'air si tranquille…On a vraiment l'impression qu'il dort.

- Oui » répondit simplement Saori.

Mais il ne dormait pas.

Ils étaient revenus des Enfers un mois plus tôt. Ils s'étaient lourdement traînés dans les Limbes, Hyoga sur le côté, le bandage exsangue qui dissimulait son œil en berne à moitié déchiré le long de son visage, laissant deviner les prémices d'une cicatrice disgracieuse, lui derrière, suivant vainement son grand frère qui marchait les bras croisés, enfermé dans un mutisme buté, et Shiryu, enfin, qui portait le corps inanimé de Seiya dans ses bras tandis qu'Athéna caressait le visage de son chevalier en lui parlant d'une voix douce.

Mais nul ne savait s'il l'entendait.

Et depuis un mois, il était là, allongé, sa respiration calme et régulière, sans que le moindre signe de conscience ne s'échappe de son corps inerte. Il avait été examiné par les plus éminents spécialistes qu'elle avait fait mander de toute la planète, au sein de la clinique privée de la fondation, et tous étaient parvenus à la même conclusion : c'était un cas rarissime de coma prolongé maintenu par une source rémanente et non qualifiée, entraînant l'apathie totale du sujet pour une durée indéterminée. Très intéressant à étudier quoi qu'il en soit…

En d'autres termes, ils n'en savaient absolument rien.

Elle l'avait sorti de la clinique puis amené ici, dans l'une des chambres de la demeure de son grand-père dans laquelle vivait également Andromède, installé dans une pièce attenante lors de la guerre du Sanctuaire. Et depuis qu'ils étaient rentrés, elle le veillait, toute la journée.

« - Shun, as-tu prévenu Seika que nous partions très tôt, demain ?

- Oui, c'est fait, l'assura le plus jeune des Bronze. Elle est très nerveuse à l'idée de rencontrer tout le monde. Et moi je suis impatient de les revoir. »

Shun se garda d'ajouter qu'il espérait surtout que son frère avait daigné se déplacer comme Shiryu et Hyoga qui étaient déjà au Sanctuaire depuis plusieurs jours, dès que la nouvelle de la résurrection des chevaliers d'Or et de l'ex- Grand Pope leur était parvenue en fait.

Le jeune garçon imaginait quelle avait dû être la joie de ses deux amis lorsqu'ils avaient appris le retour de leur maître respectif et leur émotion de se retrouver face à eux, enfin. Lui n'avait d'affinités particulières avec aucun des chevaliers constituant l'élite officielle du Sanctuaire, mais il était heureux pour ses frères, pour les Or, ces aînés meurtris qui avaient enfin l'occasion de vivre en paix autour d'Athéna et pour la Terre qui sans le savoir, venait de récupérer ses meilleurs hommes et sa plus belle défense. Et il allait pénétrer dès le lendemain dans une atmosphère d'allégresse, et pouvoir en profiter, peut-être, pour se rapprocher de ces grands hommes qu'il connaissait bien peu finalement, moins en tout cas que ses compatriotes.

Shun n'avait pas eu « son » chevalier d'Or comme ses compagnons de Bronze, et même s'il avait vécu un combat intense contre Aphrodite lors de la bataille des douze temples et qu'il s'était adressé à lui aux Enfers quand la situation était critique, enfin, particulièrement critique, on ne pouvait pas vraiment dire qu'il avait avec le chevalier des Poissons des rapports exaltants. Mais cela ne le dérangeait pas vraiment. De toute façon, il se sentait incapable de détester quelqu'un par nature, et de toute sa vie, il n'y avait bien eu que cet infect Kassa des Lyumnades pour lui donner des envies de boxe…

Saori lui avait adressé un sourire en réponse. Il le lui rendit et prit congé en jetant un dernier regard sur la masse passive enfoncée dans le lit, caressée par le drap blanc qui voltigeait maintenant au dessus du corps.

Il referma lentement la porte.


Enfers, première prison.

Dissimulé derrière une des aiguilles écarlates dont l'affutâge était chargé de confirmer, à qui en doutait encore, que les Enfers n'étaient décidément pas l'endroit le plus engageant qui soit, Rhadamanthe avait regardé Kanon se réveiller mollement, puis finalement se lever avec plus de fougue et courir vers la sortie de la prison. L'ex-Dragon des Mers avait à peine jeté un œil autour de lui pour contrôler son absence, et cette attitude négligente l'avait vexé comme un pou.

Quand il avait reprit conscience, lui, au pied de cet amas de pierres visqueuses, la première chose qu'il avait faite avant même de se demander ce qu'il fichait encore vivant dans cette prison, avait été de rechercher ce chevalier qui faisait de l'intérim au Sanctuaire.

Il l'avait vite repéré, couché contre le sol, à quelques mètres de lui et n'avait pas eu à s'approcher de beaucoup pour comprendre qu'il était lui aussi en parfaite santé et ne tarderait en conséquence pas à sortir du sommeil….pour se retrouver face à un Juge du Wyvern planté devant lui, comme si leur combat à mort n'avait été qu'un spectacle orchestré par un roi excentrique, et eux, les deux bouffons de la Cour.

Or Rhadamanthe avait beaucoup de qualités, mais l'humour n'en faisait définitivement pas partie.

Et avant de se remettre à agresser ce prétentieux, il devrait se tenir au courant de la situation actuelle des Enfers. Parce qu'il était bien mort, il en était sûr. Des morts il en voyait défiler tous les jours depuis dix ans, il savait à quoi ça ressemblait. Mais d'abord, Sa Majesté Hadès. Si lui et Kanon avaient tous deux été ramenés à la vie dans le même état, alors Athéna ne l'avait pas nécessairement emporté…

La prison était plongée dans un silence pieux. Certes, ça n'avait jamais été le lieu le plus enjoué des Enfers…

Mais ce calme ne présageait rien de bon. Fébrile, Rhadamanthe redoutait quelque chose de bien précis. Il devait gagner les prisons suivantes pour savoir, et très vite de préférence.


Sanctuaire

Depuis deux jours, le Sanctuaire d'Athéna était en pleine effervescence. Tout le monde se préparait à accueillir la déesse qui allait enfin regagner ses quartiers légitimes, dans son temple à l'arrière de la grande salle de réception du Palais du Pope, lesquels avaient été réaménagés pour prendre en charge également le chevalier Pégase. Ce retour, cela faisait déjà deux semaines qu'ils l'attendaient tous. Pour la joie de revoir leur déesse vénérée, bien sûr.

C'était sa place, après tout, là où elle devait vivre et nulle part ailleurs.

Mais aussi pour régler la question délicate de la direction du Sanctuaire. La fille de Zeus incarnée sur Terre, elle seule avait le pouvoir de décider qui serait Pope, et son choix devait être rendu officiel selon des rites bien particuliers, qu'il fallait mettre en place le plus rapidement possible pour que le domaine sacré ne reste pas une trop longue période sans personne à sa tête.

Athéna en était la maîtresse incontestée, mais son rôle demeurait belliciste en période trouble, symbolique le reste du temps. Bien qu'elle devait être informée des ordonnances prises par le Pope et avait bien sûr tout loisir de les censurer, ses compétences en matière d'administration d'un tel ensemble étaient plutôt limitées.

Saori Kido avait de son côté officiellement dirigé sa fondation suite au décès de son grand-père…Officieusement, heureusement que le brave Tatsumi avait quelques notions de gestion qui lui étaient restées d'un lointain enseignement universitaire, quand il n'avait pas encore eu besoin de se faire engager comme larbin chez le milliardaire du coin afin de les financer, et pris goût au matraquage des orphelins – on exorcisait sa frustration comme on pouvait. Ils étaient tous deux assistés, en plus, d'une ribambelle de conseillers en tous genres.

Et puis il devait y avoir un Pope, au Sanctuaire, même lorsque la déesse était incarnée sur Terre, la tradition bicéphale des lieux remontait à des siècles. Le nom de l'heureux élu ne faisait de mystère pour personne, mais la ratification divine était absolument nécessaire…

En attendant, donc, Shion se contentait d'un rôle de Régent. Pour éviter tout risque de contestation, il ne s'était toujours pas réapproprié les tenues popales de convenance : il aurait bien le temps plus tard.

Après que Kanon les avait rejoints en haut de le temple du Bélier, lui et les cinq chevaliers d'Or qui l'accompagnaient, ils s'étaient rendus aux arènes et avaient retrouvé une foule de combattants, disciples, et autres sbires qui s'étalait dans les gradins, jouissant grassement du spectacle constitué par plusieurs chevaliers d'Argent qui se battaient n'importe comment en contrebas.

Ca y est…Quelques jours sans dirigeant, et ça ne ressemblait déjà plus à rien, ici…

Shion avait tonné, et un silence prudent s'était immédiatement établi, bien aidé par les mines stupéfaites qu'arborait la grande majorité des personnes en présence. Il s'était alors adressé à Marine, assise seule au sommet, et celle-ci avait accouru à ses pieds.

Grâce à ses services, ils avaient donc appris que les quelques jours avaient en fait représenté plus d'un mois, mais surtout qu'Athéna et les Bronzes étaient bien vivants, juste partis ailleurs. Seiya était dans une sorte de sommeil mystique et leur déesse l'avait transféré au Japon pour le faire ausculter par de grands spécialistes qui n'avaient rien trouvé de rationnel à son état. Depuis lors, Saori était restée avec lui et avait regagné sa maison d'enfance, en fait une magnifique demeure proprement immense, toujours aux dires de Marine qui leur rendait régulièrement visite pour prendre des nouvelles de son ex-disciple, et de la sœur de ce dernier avec qui elle avait sympathisé au fil des rencontres.

Rassuré, l'ex-Pope avait ordonné à toutes les personnes présentes de remettre le Sanctuaire, en piteuse situation comme il n'avait pu s'empêcher de le constater sur le chemin, dans un état convenable, notamment le temple de la Vierge qui ressemblait à un champ de ruines romantique.

Or, Shion n'était pas un romantique. C'était un pragmatique qui croyait à la fatalité et seul Dohko à l'époque avait eu des raisons de s'agacer de cet état de fait, qu'il aurait pu, un jour de mansuétude, jugé recevables. Les autres avaient plutôt intérêt à s'exécuter sans discuter.

Aussitôt, tout le monde s'était mis en route, rasséréné par la présence de Shaka et celle d'Aldébaran.

Deux des plus loyaux chevaliers d'Or.

Deux qui n'avaient jamais trahi.

Shion était peut-être difficile à contrarier quand il aboyait des ordres à tour de bras, mais le voir débarquer, lui, l'un des traitres de la guerre contre Hadès, accompagné de l'ancien Pope mégalomane et criminel - d'ailleurs son assassin, si on ne s'abusait- de quatre autres renégats à l'ordre et – la cerise sur un déjà bien gros gâteau - du génocidaire des mers, ce n'était pas spécialement rassurant…Même si Athéna avait clarifié le rôle de chacun dans cette histoire lorsqu'elle était revenue brièvement au Sanctuaire, avant de partir pour le Japon.

Personne n'avait semblé remarquer le dernier homme, légèrement en retrait. Ou bien peut-être ceux qui étaient passés près du groupe en remontant du colisée l'avaient-ils pris pour le chevalier du Lion. Marine s'était avancée vers lui, hésitante. Elle était l'une des rares femmes présentes aux arènes ce jour-là à arborer son masque, et elle lui avait rendu grâce, car elle n'était pas très sûre de l'expression qu'affichait son visage.

« - Je remonte de ce pas au Palais, rédiger une lettre pour Athéna», avait annoncé Shion.

Puis, il s'était tourné brièvement dans la direction du chevalier de l'Aigle : « ce n'est pas Aiolia » lui avait-il confirmé.

« - Aioros…Ca va aller ? »

Le chevalier du Sagittaire avait décroché son regard du masque sans vie de cette jeune fille qui semblait perturbée par sa présence pour le planter dans celui du maître de Mû. Le trouble le plus flagrant ornait ses traits mais sa réponse avait été sans équivoque :

« - Bien sûr »

Shion avait hoché la tête.

« - De toute façon, les autres ne devraient pas tarder »

Il s'était tourné vers les chevaliers restants.

« - Assistez-les, avait-il réclamé en donnant un léger coup de tête vers l'escalier où la flopée de guerriers de toutes classes se dispersait dans tous les recoins du Sanctuaire, vous allez leur être d'une grande aide. Faites un état des lieux, constituez des groupes mené par chacun d'entre vous, réparez ce qui est immédiatement réparable. »

Il avait jeté un dernier coup d'œil vers les arènes qui se vidaient puis s'était tourné de nouveau vers les Ors.

« - Saga »

Le chevalier des Gémeaux avait compris l'injonction silencieuse et emboîté le pas au Tibétain.

Aioros avait reporté son attention sur les gradins désertés et était resté là à les fixer sans faire un geste.


« - Athéna… ! » murmura Shion en s'avançant calmement vers la déesse qui venait de sortir de l'avion.

Dans son habituelle robe blanche éthérée, descendant les marches au vent, un sourire radieux aux lèvres, elle méritait bien sa nature divine.

« - Shion…Chevaliers…fit-elle d'une voix troublée par l'émotion en ayant un regard pour chacun des hommes qui s'étaient agenouillés à son apparition. Relevez-vous…Relevez-vous…»

Derrière elle, Shun avait les larmes aux yeux. Il avait contemplé tout le monde comme un portrait d'ensemble qu'il croyait à jamais perdu, puis s'était rapproché de Hyoga et Shiryu, postés derrière le chevalier du Verseau.

Il remarqua également la jeune amie de Shiryu, Shunrei, qui avait dû faire le voyage en même temps que lui pour retrouver le vieux maître. Vieux maître qui avait dû un peu la surprendre par son apparence, bien que Shiryu l'avait prévenue de l'ampleur du choc, mais avait surtout donné naissance à un questionnement insoluble : « vieux maître » ne semblait plus très approprié et elle se voyait mal l'appeler « maître » tout court…

A côté, Athéna avait elle-même redressé la haute stature de Shion et ce geste avait sonné comme un signal pour les autres qui s'étaient également relevés. Elle allait déclarer quelque chose mais un bruit mécanique et rouillé derrière elle l'en empêcha. Se retournant, elle regarda Tatsumi donner des instructions aux deux hommes chargés d'acheminer le fauteuil roulant sur lequel Seiya trônait, ballotté par les maladresses de ses porteurs. Le chevalier Pégase arriva finalement au niveau de la déesse et de l'ex-chevalier du Bélier, debout face à elle.

Cette irruption avait rendu l'atmosphère, jusqu'ici empeignée de joie contenue, lourde et grave. Hyoga et Shiryu s'avancèrent immédiatement vers leur ami et l'avisèrent, une fois arrivé aux côtés du fauteuil. Ils relevèrent finalement la tête vers Athéna.

« - Aucune amélioration ?

- Rien. Leur répondit-elle en souriant doucement. »

Puis, elle reporta son attention sur les chevaliers d'Or.

« - C'est un tel bonheur de vous voir tous réunis ici…

- Et nous de vous savoir de retour. Les jours nous semblaient n'avoir jamais de fin…»

La déesse sourit de nouveau à son ancien grand Pope.

« - J'ai déjà trop retardé mon arrivée. Je vais m'installer dans mon temple, désormais.

- J'ai fait préparer une chambre pour Seiya. Si vous voulez bien me suivre…»

Athéna commença à obtempérer, quand elle s'arrêta un peu plus loin au niveau du chevalier du Sagittaire.

« -Aioros…

- Athéna, salua ce dernier en courbant la tête.

- Je suis tellement heureuse » dit-elle, radieuse.

Son vis-à-vis se redressa et acquiesça.

« - Allons-y », conclut-elle.


Une semaine plus tard

Ce temple avait besoin d'être récuré. Du sol au plafond. Des deux colonnes qui marquaient son entrée à celles qui lui tenaient lieu de sortie. Dans les diagonales, aussi.

Et il ne ferait pas le ménage.

D'un geste rageur, Aioros arracha une toile d'araignée immensurable se moquant bien de ses nombreux pensionnaires. Il s'énervait facilement ces derniers temps. Lui qui était autrefois si calme…

Shion était redevenu officiellement Grand Pope deux jours plus tôt. Une longue et mortelle cérémonie avait eu lieu dans le temple dédié, pendant laquelle Athéna avait adoubé le plus gradé de ses serviteurs de son sceptre, lui confiant symboliquement Niké, qui était allée rejoindre la statue magistrale de l'arrière-temple, reconstituée quand la déesse avait déposé son armure à l'endroit précis où elle s'érigeait auparavant.

Lorsqu'il avait ressuscité, le « nouveau » Pope avait donné des instructions pour que le Sanctuaire, et notamment les douze glorieux temples, soient remis en état et vite. Les travaux avaient duré quinze jours à peine, et surtout profité au temple de la Vierge qui brillait désormais de mille feux sous le Soleil méditerranéen. Mais lorsqu'ils avaient entrepris les réparations, les artisans de fortune avait bien évidemment snobé le sien, en parfait état puisque inutilisé depuis treize ans, et miraculeusement épargné par la dernière guerre sainte.

Or, il était complètement insalubre. Poussiéreux, froid, sale, et ce testament éventré qu'il avait sous les yeux dès qu'il levait la tête…Le sien. En fait, il revenait dans sa maison quasiment pour la première fois depuis la résurrection.

Jusque là, il vivait chez Aiolia.

Aiolia…Ses retrouvailles avec son frère avaient été intenses, tout en retenue, comme l'exigeait la pudeur de leurs deux caractères.

Mais Aioros connaissait son frère, malgré ces treize ans qui les avaient séparés. Et Aolia avait été bouleversé par la nouvelle de son retour, il l'avait senti tout au long de leur accolade virile. Son cadet l'avait immédiatement invité dans son temple, pour parler, ce qu'ils avaient fait toute la nuit, puis la suivante, puis encore celle d'après…Mais il lui faudrait bien un jour retourner dans ce bouge.

Surtout qu'il y avait quelques problèmes de logement, au Sanctuaire…Que Hyoga prenne ses quartiers au temple du Verseau avait été du domaine de l'évidence…Mais arrivé à Shiryu, ça commençait déjà à se gâter. Hormis le temple des Gémeaux, en tous points symétrique, toutes les habitations des chevaliers d'Or ne comportaient en effet qu'une seule chambre…Et si Dohko et son disciple pouvaient tout à fait l'occuper à deux, la féminine présence de Shunrei compromettait les choses chez deux hommes que la juste observation des bonnes mœurs préoccupait. Finalement, il avait été décidé que celle-ci s'installerait chez Shina, Marine partageant sa cabane avec Seika. Restait Shun…que Shaka avait accueilli dans son temple flambant neuf.

Aioros aurait bien parlé à Shion de ses soucis domestiques, il était sûr qu'il aurait été entendu. Le Tibétain était un grand maniaque, à l'époque…

Mais il n'était plus possible de voir le Pope seul. Il était perpétuellement flanqué soit de Mû, soit de Dohko, quand ce n'étaient pas les deux à la fois. Et le chevalier du Sagittaire se voyait mal solliciter un aparté pour demander au maître du Sanctuaire qu'il envoie quelqu'un chez lui passer la serpillère…Et ne parlons même pas d'en faire profiter les respectables chevaliers du Bélier et de la Balance.

Il pesta de nouveau, puis prit finalement la direction de la sortie. Ce ne serait pas encore pour ce soir, l'émouvant retour du héros honni dans son temple honni. Au moment de passer la porte, il aperçut Shura qui arrivait de l'autre côté.

« - Ah, tu es là…Je venais de te voir justement. Je ne savais pas que tu avais réaménagé, engagea le Capricorne.

-Euh…pas tout à fait. Enfin peu importe, tu voulais me parler ?

-Oui. »

Shura avait du mal à garder son regard sur son ex-meilleur ami. Aioros se demanda si c'était à imputer à leur passé commun, ou si son visage vieilli le troublait. Un peu des deux sans doute. Il n'était pas le seul à le regarder bizarrement, ici…A vrai dire, le premier était lui-même, tous les matins devant la glace. Mais finalement, l'Espagnol releva dignement la tête et accrocha son regard à celui de son hôte.

« - Je voulais te dire…

- Je sais, le coupa Aioros avec un petit geste de la main. Je sais. » répéta-t-il en laissant apparaitre un faible sourire sur son visage.

L'embarras semblait avoir soudainement migré du Capricorne au Sagittaire.

« - Je disais que tu étais mon meilleur ami, poursuivit Shura faisant fi de ses réserves. Mon modèle. Mais quand il est venu m'ordonner de…Je ne me suis pas posé de question. Pas un seul instant. J'ai revêtu mon armure, et je me suis lancé à ta poursuite.

- Tu as fait ça pour Athéna. Tu as fait ça pour notre déesse. C'était ton devoir.

- Je t'ai tué de sang-froid. Excalibur s'est personnifiée dans mon bras. Et il t'a frappé sans fléchir. Deux fois !

- Shura, le…Pope, articula-t-il difficilement, t'avait donné un ordre. Il t'avait dit de tuer l'homme qui avait tenté d'assassiner Athéna. Tu as obéi au Pope. Tu as a exécuté qui s'en était pris à notre déesse. Tu as fait les deux choses que tout chevalier digne de ce titre aurait faites.

- Pas toi. Tu ne m'aurais pas tué, si les rôles avaient été inversés. En tout cas, pas comme ça, ajouta l'Ibère, inflexible.

- On ne le saura jamais », trancha Aioros.

Il laissa passer un bref instant, puis reprit :

« - Je n'ai pas envie qu'on me fasse des excuses. Aiolia aussi a cru que j'étais un traitre, il l'a cru pendant treize ans, et c'est mon propre frère. Et puis tous les autres. Toi, Saga…Je n'ai pas envie qu'on me fasse des excuses. Athéna a pardonné. Je pardonne. Sans me poser de questions ».


Palais du Pope, bibliothèque

« - Rien là-dedans non plus…»

Shion referma le pavé qu'il consultait et laissa échapper un long soupir en se redressant sur son dossier.

C'était déjà le quatrième recueil qu'il épluchait, sans résultat. Des textes détaillés, compacts, confus parfois, rédigés par d'anciens Popes et relatant des guerres saintes, divers conflits avec telle ou telle divinité, tel ou tel royaume, des problèmes d'organisation interne au Sanctuaire, des cérémonies officielles, des nominations de Pope…mais rien sur un quelconque précédent en matière de résurrection. Enfin, rien en dehors d'une réflexion tortueuse sur les propriétés prêtées à l'armure du Phoenix, émanant d'un homme dont l'écriture, discontinue et fébrile, cachait mal l'instabilité. Il avait dû la voir de près.

Le devoir de mémoire était une des charges fondamentales de la fonction de Pope, mais à cet instant, Shion aurait préféré qu'il s'en tienne au résumé, clair et concis, de problèmes vraiment importants. Pas que la rivalité entre un certain Clitos du Capricorne et un dénommé Iolcos du Taureau à propos d'une sombre histoire de circonférence de biceps ne soient pas en prendre en considération, mais…

Il soupira de nouveau. S'autorisant un bref répit, il resta plusieurs minutes à regarder distraitement la couverture du cinquième ouvrage qui faisait bande à part, sur le côté droit de la table. Il ne l'avait pris que par curiosité…mais une curiosité qu'il avait absolument besoin de satisfaire. Il s'en saisit du bout de la main et resta encore un instant à observer le titre

« Archives du Sanctuaire. 1746-… »

Seule la moitié des pages était noircie de notes en tous genres. Il s'amusa un peu à relire quelques-uns de ses textes, qui constituaient la majeure partie du volume, mais dont la quantité restait plutôt raisonnable par rapport aux registres précédents. Ironiquement, il était pourtant le Pope à avoir connu le plus long règne. Mais il est vrai que suite à la guerre sainte, les affaires du Sanctuaire n'avaient pas eu grand-chose de palpitant…et ça avait duré 230 ans. Il faut dire aussi que Shion n'inscrivait vraiment que ce qu'il considérait comme crucial. Le reste du temps, il se contentait, à jour fixe, d'écrire la date et de placer une formule d'usage pour indiquer que tout allait bien.

"14 juillet 1789

Rien. "

Il resta peu de temps sur ces formalités. A vrai dire, ce qui l'intéressait se situait plutôt après…

Au bout de plusieurs dizaines de pages, son écriture posée et mature succéda en effet à une autre, belle et régulière. Sur la première page, en tout cas. Shion nota mentalement que Saga avait prit le soin de laisser une page blanche entre ses derniers commentaires et le début des siens. Il tourna et examina la suite. Déjà plus saccadée dans le premier passage. Puis de nouveau constante, très esthétique.

Cela dure un temps. Puis encore un extrait diffus, mal maîtrisé. Puis de plus en plus. Jusqu'à la fin, pétrie de textes difformes, entrecoupés d'autres, plus ou moins normaux.

Le Pope soupçonnait que les notes les plus nébuleuses n'avaient pas nécessairement toute été écrites alors que Saga avait les cheveux noirs. Sa santé psychologique ne devait guère se porter mieux quand il était normal, à s'horrifier de tout ce qu'il avait fait dans sa dernière mauvaise passe, ajoutée à toutes les autres. D'ailleurs, il était clair à regarder sa prose que le chevalier des Gémeaux était allé de plus en plus mal à mesure que le temps passait…Ce n'était pas seulement visible dans la graphie, mais aussi dans la syntaxe, complètement alambiquée dans les derniers morceaux. Quant au contenu, il était assez succinct. Cette période avait été l'une des plus troublées de toute l'histoire du Sanctuaire, mais ce manque d'indications délivrée de la main du Pope s'expliquait facilement si on considérait que la plupart des troubles venait justement de lui.

Il passa enfin aux tous derniers passages du registre. Là aussi séparés de la « période Saga » par une page blanche. Shion sourit en les examinant.

Dohko avait gardé de ses sinogrammes natals une façon curieuse de former les caractères grecs, presque théâtrale…mais ce commentaire pouvait aussi s'appliquer à Saga si on intégrait la tragédie classique à l'adjectif.

Les propos que le chevalier de la Balance tenait avaient beau être plutôt conventionnels, en dépit de la situation particulière dans laquelle le Sanctuaire s'était retrouvé pendant la guerre contre Poséidon, son esprit caustique transpirait dans la moindre des formules employées. Du moins, pour quelqu'un qui le connaissait bien, c'était flagrant.

De tous les chevaliers, Dohko était le seul à n'être pas arrivé au Sanctuaire le jour même de la résurrection. Il n'avait poussé les portes de son bureau, qui n'était à ce moment-là pas exactement le sien, que le lendemain matin, alors qu'il y mettait un peu d'ordre. Shion avait relevé la tête vers ce malappris qui s'était permis d'entrer à la volée sans même faire mine de frapper, mais il s'était figé à la vue du malappris en question.

Dohko n'avait pas fait un pas de plus. Ils étaient restés un moment à se dévisager, sans risquer le moindre geste. Puis, Shion avait souri, Dohko le lui avait tout de suite rendu, et le Pope s'était lentement approché de son meilleur ami, jusqu'à venir se placer juste devant lui. Là, sans dire un mot, il avait mis ses mains sur ses épaules et l'avait brièvement serré contre lui. Le chevalier de la Balance avait instinctivement apposé ses doigts dans le dos de l'Atlante pour lui retourner cette courte étreinte, mais, déjà, Shion s'était éloigné et l'avait regardé un air faussement mécontent sur le visage.

« - Tu en as mis, du temps…

- Un jour seulement ! s'était esclaffé Dohko. Je suis resté un peu me balader aux Enfers…C'est vrai, je n'ai pas bien eu l'occasion de les observer pendant la guerre, et je ne les avais pas revues depuis 243 ans.

- Tu te promènes chez l'ennemi pendant que je me démène à essayer de trouver une explication à ce qui nous arrive…C'est ta conception de l'amitié ? lui avait demandé le Pope dont le sourire trahissait l'amusement.

- Non, ma conception de l'amitié, c'est te dire de prendre au moins un jour de repos avant de te mettre à retourner ces pauvres archives qui ne t'ont rien fait. »

Cette réponse avait arraché un rire à Shion. Ils avaient continué de se détailler, émus.

« - On n'aura pas eu à attendre longtemps, finalement, avait repris le Pope après un instant.

- 243 ans…Quinze jours…Je crois que la chevalerie ne connait pas la demi-mesure. »

Ils s'étaient encore souris et avaient décidé d'envoyer une missive à Athéna, au Japon, l'informant de la dernière arrivée.

Le Pope leva la tête et regarda autour de lui. La bibliothèque du Sanctuaire était un péristyle aux colonnes froides, au delà duquel on trouvait des espèces de niches creusées dans le mur où des milliers de livres étaient disposés. Les documents dont il avait besoin se trouvaient plutôt aux archives, une petite salle perdue au bout d'un long couloir escarpé, et il n'y avait ici que des ouvrages généraux qui assommaient le commun des mortels. Mais Shion n'en faisait résolument pas partie.

Il regroupa ses recueils en une pile douteusement droite, prenant le soin de placer le dernier au sommet. Il y reviendrait plus tard.

Il se leva et se chargeant de son fardeau, quitta les lieux.


Aioros et Shura étaient restés encore de longues minutes dans le temple du premier, à discuter. A la fin, ils s'étaient souris, maladroitement. Ils ne reviendraient jamais les amis qu'ils avaient été, mais quelque chose de particulier subsisterait toujours entre eux. Ils n'étaient pas sûrs que ça puisse tenir lieu de consolation.

Le Sagittaire se promenait sur les falaises proches du domaine sacré. Cette conversation l'avait fatigué et il avait ressenti le besoin de se retrouver un peu seul, à déambuler sans but, en quête du repos promis par l'intemporalité que composait l'infinité de la mer.

" Voilà que je deviens poète…"

Il poussa un rire sonore, un peu fou, noyé dans les vents forts de la côte.

Puis, il s'approcha du bord pour contempler le décor de plus près et resta quelques temps à considérer le mouvement morose de l'eau. Elle était plutôt calme. Il avança encore, jusqu'à sentir l'air froid du ravin au bout de ses pieds et jeta un œil un contrebas.

Une petite plage. Quelques rochers.

Sinistre.

Mais soudain, un bruit se fit entendre et une silhouette jaillit des flots, se glissant rapidement sur un écueil à peine émergé.

Grande. Blonde. Puissante.

Il ignora le frisson qui venait de naître au creux de son ventre et se tourna pour mieux voir l'homme qui venait de s'échouer volontairement sur les récifs.


Kanon donne un coup de pied vigoureux à la vague qui allait mourir autour de lui. Elle se scinda en deux rideaux tranchants dans un bruit d'éclatement et il trouva ce bref spectacle très esthétique. Il était dans une minuscule crique, debout sur un rocher, l'eau lui arrivait à la cheville.

Il ne s'entrainait presque jamais avec les autres, question d'habitude. Cela ne faisait que trois semaines qu'il était revenu ici, et il en était toujours à se demander s'il avait fait le bon choix. Depuis le retour, il avait eu quelques contacts avec les autres chevaliers d'Or, surtout Dohko qui semblait discrètement veiller à ce qu'il ne s'isole pas trop, et ses rapports avec eux s'étaient pacifiés, même si on ne pouvait pas parler de franche camaraderie.

Mais dans le reste du Sanctuaire, il était continuellement regardé de travers. Pas de réflexions ouvertes, bien sûr, mais…ce n'était même pas nécessaire.

Quelque part, il avait reçu une vraie promotion. D'accord, les regards qui se portaient sur lui n'étaient pas déterminés par une fièvre adoratrice, mais ils se portaient sur lui.

Il sourit en songeant qu'il le devait surtout à sa tunique : c'est grâce à elle qu'on le distinguait de son frère qui, bizarrement, ne subissait pas le même traitement. En fin de compte, la période où Saga avait été Pope avait été bousculée, surtout pendant la crise avec les chevaliers de bronze, traitres à l'ordre, les prétentions d'une fillette japonaise et l'armure du Sagittaire, plongée dans le doute et la suspicion, mais elle ne s'était pas caractérisée par de mauvais traitements à l'égard des couches inférieures de la population du Sanctuaire, qui vivaient d'ailleurs assez librement. En dehors de quelques disparitions de serviteurs suspectes…

Kanon eut un rire jaune.

Même dans l'ignominie, Saga réussissait mieux que lui.

D'ailleurs, en parlant de son frère…

Tandis que Shion s'inquiétait régulièrement du cadet, à ce qu'on lui en avait dit, le chevalier des Gémeaux, lui, les quelques fois où ils s'étaient retrouvés l'un en présence de l'autre durant ces trois semaines, l'avait ignoré avec une superbe qu'il ne lui avait plus vue depuis des années.

Kanon déambulait tout la journée à travers le Sanctuaire, plus par provocation qu'autre chose, et à l'extérieur le long des côtes, quant à Saga, il semblait passer le plus clair de son temps dans son temple.

Parfois, il lui arrivait encore d'éprouver ce vieux besoin de lui parler. C'était dans ces cas-là, en général, qu'il décidait de se mêler aux autres Ors, à l'occasion de quelques rares entrainements.

Il irait bien les rejoindre, d'ailleurs…Il leva les yeux vers le soleil.

A cette heure-ci, Aiolia devait être en train de prendre prétexte de ses exercices quotidiens pour régler ses comptes avec Shura, ou encore Mû, qui ne fréquentait les arènes que tôt le matin avant le début ses leçons à Kiki, lequel était venu vivre au domaine depuis que son maître s'y était installé. Mais le chevalier du Bélier acceptait rarement de se battre avec lui…Ne restait donc plus à Aiolia qu'à se retrancher sur Aphrodite ou Masque de Mort, quand son premier choix, bien sûr, le chevalier du Capricorne, lui avait échappé.

En général, la séance valait le coup d'œil…

Souriant d'avance à l'expectative des réjouissances, il décida de regagner le ponton abandonné d'où il pouvait facilement rejoindre le Sanctuaire, de l'autre côté d'un piton rocheux sur la droite. Il plongea dans un saut artistique et nagea sous l'eau, longtemps, jusqu'à dépasser l'obstacle qui séparait la crique de sa destination finale.

Mais il n'était pas dit qu'il y arriverait directement.

Il sortit de l'eau d'une poussée vive après avoir senti sous ses doigts le contact rêche d'une pierre.

« - salope», maugréa-t-il.

Il regarda brièvement de l'autre côté. Il était arrivé près de sa plage habituelle, celle qui s'intercalait précisément entre la crique et le ponton. Machinalement, il desserra un peu les lacets de sa tunique et posa les mains à plat derrière lui. De se retrouver brusquement rappelé ici, il en avait presque oublié le numéro promis par le chevalier du Lion à quelques centaines de mètres de là.

Etrangement, il ne se sentait pas à l'aise.

Cet endroit était pourtant son préféré d'entre tous, celui où il s'exilait souvent pour réfléchir. C'était déjà vrai à l'époque, ça ne pouvait que l'être encore plus maintenant. Mais à cet instant, il avait une drôle de sensation comme si...

Il fronça les sourcils et d'un mouvement sec se retourna pour aviser les hauteurs. Il croisa immédiatement le regard du chevalier du Sagittaire.

« - Pas lui ! » ne put-il s'empêcher de cracher.

De là où il était, il vit Aioros se baisser très légèrement et plisser les yeux.

"Eh non, navré mon vieux, ce n'est pas le bon…"

Il lâcha un rire sarcastique à peine dissimulé par le bruit des vagues venues se briser sur le rocher où il s'était posté. Du haut de sa falaise, le frère d'Aiolia semblait être parvenu à la même conclusion car il s'était redressé et lui lançait maintenant un regard entendu.

Kanon détourna la tête avec amertume. Le Sagittaire arrivait à le distinguer de son frère perché sur quinze bons mètres de dénivelé là où d'autres, plantés juste en face de lui, devaient se pencher sérieusement…

Pivotant sur son trône, il leva une dernière fois les yeux sur lui. L'échange ne dura qu'une seconde avant qu'il ne replonge dans l'eau aussi vite qu'il en avait surgi.


« - Shion ! »

Il se retourna au son de la voix qui venait l'interpeler.

« - Ah tu tombes bien, je me disais justement…», commença-t-il en se dégageant la tête mais il s'interrompit aussitôt qu'il se retrouva face à son ami.

Dohko était vêtu d'une tunique chinoise traditionnelle et un grand chapeau de rizière surplombait sa tête. Le chevalier de la Balance se demanda un instant ce qui pouvait bien être à l'origine de la bouche grande ouverte de son meilleur ami.

« - Qu'est-ce que tu as ? Oh, c'est parce que je ne me suis pas découvert devant toi ? » demanda-t-il avec un soupçon d'ironie.

Si Shion commençait à faire des manières avec lui…

Cette remarque arracha un sourire au Grand Pope.

«- Non, ce n'est pas cela. Cela fait…mon dieu, combien de temps que je ne t'ai pas vu vêtu ainsi ? »

Dohko rit.

« - Eh bien, pas si longtemps en fait…Mais je vois ce que tu veux dire. Donc, je dirais…243 ans.

- Je n'en reviens pas que l'on fasse encore ce genre de fripe…

- La mode n'a pas beaucoup évolué dans les montagnes de Rozan…Au Sanctuaire non plus, d'ailleurs, ajouta-t-il en faisant peser son regard sur la longue toge blanche attifée de breloques en or massif qu'arborait son ami.

- Ce n'est pas plus mal …J'ai presque l'impression que rien n'a changé quand je te vois comme ça, reprit Shion en choisissant d'ignorer la pique que lui avait lancé le Chinois.

- Pourtant la situation est complètement différente, ajouta le chevalier de la Balance un ton en dessous.

- Bref. Tu m'aides ? demanda-t-il en rehaussant la longue pile de pavés qu'il porta au niveau du visage de Dohko.

- Quoi, toi, ancien chevalier du Bélier, survivant héroïque de l'hécatombe de 1743, tu n'es pas capable de soulever trois misérables livres tout seul ? se moqua son ami.

-Si, mais je suis le Pope. Et toi un chevalier d'Or. En conséquence, je suis au regret de t'annoncer que tu es sous mes ordres…

- Rêve !» rit Dohko en lui prenant quand même une partie des livres.


Le ciel avait viré au rouge.

Elle jeta un œil distrait par la fenêtre avant de le reporter sur le lit devant elle. Seiya était couché dedans, un léger drap recouvrant son corps jusqu'au torse. Elle était seule avec lui.

Seika et elle avaient commencé à le veiller à deux, puis, dans la journée, Shiryu et Shunrei étaient venus leur tenir compagnie. Ils étaient restés trois bonnes heures alternant des discussions légères, et de longs moments de silence déférent. Comme pour les morts.

Pourtant, l'ambiance n'avait pas été lourde un seul instant. Mais calme. Paisible. Agréable.

Après, c'étaient Aiolia et Marine qui étaient arrivés. Le chevalier du Lion avait voulu qu'elle se repose, il avait longuement insisté, elle y avait opposé un refus d'une voix douce mais formelle. Elle n'était pas fatiguée. En dehors de rester auprès de Seiya, elle ne faisait rien de la journée, mis à part écouter le rapport quotidien que lui dressait Shion sur l'avancée des recherches autour de la résurrection.

Elle se leva et se rapprocha de la fenêtre, pour la fermer. La brise commençait à se rafraichir. A travers les carreaux, elle admira une dernière fois le Soleil déclinant avant de regagner sa chaise.

La respiration de Seiya fut parfaitement insensible à ce changement.


Rhadamanthe venait juste d'arriver. Caché derrière l'une des premières colonnes brisée qui jonchait le sol annonçant le territoire sacré des chevaliers, les mains écartées contre la pierre glaciale, il avisa le panorama.

Alors c'était ça, le Sanctuaire d'Athéna…

Au sommet de la colline, le Palais du Pope étendait son ombre sur tout le paysage. Derrière lui, il aperçut une partie de la monumentale statue de la déesse. Et puis devant, sur un flanc de montagne abrupt, placés le long d'un chemin tortueux qu'il distinguait mal, trois bâtiments de style antique, comme tout le reste d'ailleurs, de formes et de tailles diverses.

De là où il était, il n'avait pas la vue sur les autres temples des douze chevaliers d'Or, qui devaient se trouver dans les tréfonds de la colline, il discernait juste quelques morceaux d'architecture, entre deux masses rocheuses, dont le plus haut placé devait appartenir à la maison des Poissons. Au loin là-bas, de l'autre côté du monticule, il devina la forme arrondie d'une première arène. Le Sanctuaire devait en disposer de plusieurs…

Enfin, beaucoup plus bas, presque à ses pieds, des dizaines et des dizaines de baraques vermoulues, alignées les unes à côté des autres sur plusieurs rangs. Cette vision lui arracha un sourire.

Ici, il y avait l'élite…et le reste.

Il releva la tête fièrement, en considérant l'ensemble d'un air conquérant.

La visite de cet endroit allait sans doute se révéler très intéressante…


A suivre...


« Shion retint une manifestation d'agacement.

Tout lui échappait…Mais il sentait confusément qu'à l'heure de la vérité, tous les éléments s'imbriqueraient dans une résolution parfaite et deviendraient tout à coup évidents. Qu'il lui suffisait de trouver une seule réponse à l'une de ses questions pour que celle des autres en découlent, naturellement, et que la situation s'éclaire ».

…Dans le prochain chapitre, l'histoire risquerait bien de commencer XD. Shion convoque Saga qui traîne des pieds… Je sais que ce premier chapitre est un peu rébarbatif, il sert surtout à situer les choses, et même sa chronologie peut sembler hasardeuse…Mais c'était nécessaire.

A bientôt *