La première sensation qu'il perçut fut la chaleur. Une chaleur moelleuse et bienfaitrice. Comme il n'en avait plus connu depuis des années. Celle qui s'accompagnait de sécurité. Doucement, il sentit son corps reprendre vie. Ses membres picotèrent désagréablement, ils étaient endoloris et lourds, et il put presque sentir un léger courant électrique les parcourir, comme pour les animer de nouveau. C'est là qu'il réalisa qu'il était couché. Son visage reposait sur quelque chose de doux. De doux et de moelleux. Cela lui chatouillait la joue.
C'est à ce moment qu'il prit conscience du silence et il ouvrit presque immédiatement les yeux. Parce que depuis le début de l'apocalypse, le silence était synonyme de problèmes. Parce que dans les camps de réfugiés, personne ne dormait en même temps. Il y avait toujours quelqu'un en mouvement. Toujours quelqu'un qui pleurait, criait, tempêtait ou nettoyait son arme.
Il faisait sombre autour de lui. Pas obscur. Il cligna plusieurs fois des yeux, et il put discerner la forme de plusieurs meubles, de peluches et de jouets. Il était dans un lit et il se trouvait, apparemment, dans une chambre.
Et cela le frappa brusquement...il n'avait pas mal. Aucune douleur ne parcourait son corps pourtant mortellement blessé. Avec des mains pressées, il se mit à tâtonner son corps avant de se figer.
Son corps semblait différent. Plus...fin? Petit? Ses cuisses lui semblaient frêles et lisses, tandis que son ventre semblait trop tendre. Lentement, comme si le seul fait de voir ses mains allaient faire disparaître le moment présent, il les releva devant son visage. Tout comme son corps, elles étaient étrangement fines, petites et... jeunes?
- Pas possible...Lança-t-il tout haut et le son de sa voix le fit sursauter. Elle était fluette et haut perchée.
D'un mouvement, brusque cette fois-ci, il se jeta hors de ses couvertures et sauta littéralement vers la porte. A tâtons, il chercha l'interrupteur et alluma dans la chambre. Il ne prit pas le temps de regarder la pièce, il voulait juste un miroir.
Quand enfin il le trouva, il resta statufié. D'une main tremblante, il toucha sa joue et, en face de lui, son reflet l'imita. C'était une joue ronde. Une joue d'enfant dans un visage d'enfant. C'était un enfant qui le regardait avec étonnement dans le miroir. C'était un enfant qui se touchait la joue, devant lui. Un enfant.
L'air sembla se raréfier. Il était redevenu un enfant.
Les derniers mots de Castiel lui revinrent avec une violence inouïe et ses jambes se dérobèrent sous lui. Il resta un moment mollement agenouillé dans cette -sa- chambre avant que quelqu'un n'en pousse la porte...
Dean se retourna prestement et son sang se figea dés l'instant où il vit la personne qui était entrée... Elle était encore plus belle que dans ses souvenirs les plus vivaces, plus belle que lors de son incursion dans le passé. La maternité lui allait à ravir.
- Mon ange? Lui souffla sa mère. J'ai entendu du bruit depuis ma chambre... Tout va bien?
Le petit garçon qu'il était du cligner des yeux pour être sur de ce qu'il voyait. Etait-ce réellement sa mère qui se tenait devant lui? Ses longs cheveux blonds lui revenaient sur les épaules simplement, et son regard brun rayonnait d'amour.
- Dean? Ca va mon ange? Lui redemanda-t-elle en fronçant les sourcils, tout en entrant complètement dans la chambre.
La jeune femme s'accroupit en face de son fils, passa une main fraîche sur son front et voyant que celui-ci n'était pas chaud, la main finit sa course dans ses cheveux éparses. Un sourire vint effleurer les lèvres de Mary avant qu'elle ne se penche sur son fils pour lui embrasser le front. C'est le contact des lèvres de sa mère qui sortit Dean de sa torpeur.
- Maman? Souffla-t-il et sa voix lui paraissait encore plus fragile que précédemment.
- Tu a l'air perdu, Dean... Tu as fais un cauchemar? Lui demanda-t-elle encore. Tu sais que papa a chassé les monstres sous ton lit hier, hein?
Le ton était rieur et la mine réconfortante et la jeune femme s'étonna de voir l'expression de son fils changer. Si jusqu'ici, il avait eu l'air confus, il était maintenant affreusement triste. Avant de changer encore une fois pour devenir urgente et anxieuse.
- On est le combien? Demanda-t-il de sa petite voix.
- Quoi? Lui répondit sa mère.
- La date! On est le combien? Répéta-t-il.
- Le 2 novembre, Dean. On a même fêté les 6 mois de Sam, mon coeur...
Mary observa inquiète les traits de son fils s'affaisser pour s'endurcir par la suite. Si Mary devait être honnête, elle dirait qu'elle n'avait jamais vu cette expression sur le visage de son bambin. Mais l'instant ne dura qu'une seconde avant que le petit ne relève un regard fatigué et tout à fait neutre vers elle.
- Ca va, maman. Je vais me coucher maintenant, je suis fatigué.
Et l'enfant remonta docilement dans son lit, tira la couverture jusque sous son menton et enfouit sa tête dans son oreiller. Mary cligna plusieurs fois des yeux avant de le border tendrement.
- Bonne nuit mon ange, à demain matin. Lui souffla-t-elle en refermant la porte.
Si sur le moment l'attitude de son fils l'avait interpellée, Mary aura tôt fait de l'oublier quand, le lendemain matin, c'est un enfant souriant qu'elle retrouvera. Elle oubliera cette soirée, où l'espace d'un instant elle n'avait pas reconnu son fils. Elle oubliera aussi que ce soir-là, son instinct de chasseuse, qu'elle tentait de faire taire depuis dix longues années – et la plupart du temps, elle y arrivait très bien - lui avait soufflé que quelque chose se tramait.
Et jamais Mary ne saura que c'est cette soirée-là, qu'elle perdit son fils. Elle perdit le petit être innocent et plein de vie et d'insouciance.
Son enfant était maintenant un adulte et un chasseur. Avec une mission plus importante que sa vie elle-même.
Quand Mary eut fermé la porte, Dean soupira lourdement tout en se redressant dans son lit. Il passa une main lourde et fatiguée sur son visage, geste très étonnant venant d'un petit garçon de 4 ans et descendit doucement de son lit.
Il fallait qu'il empêche Azazel d'approcher son frère. Car cette fois, Dean le savait, Castiel ne jouait pas. Il ne s'agissait pas d'une mission d'information ou de quoi que se soit d'autres. Il était là pour changer les choses, Cas lui-même le lui avait dit. La question était celle-ci: Qu'est-ce qu'un gosse de 4 ans est sensé faire face à un démon?
La première chose à faire était certainement de protéger Sam de toutes les manières possibles. Dean espérait juste que sa mère gardait toujours une bonne réserve de sel quelque part. Il y avait certainement aussi un chapelet qui traînait quelque part avec lequel il pourrait bénir de l'eau. Même s'il ne savait pas si Azazel y serait sensible, c'était mieux que rien.
D'un pas décidé, le petit garçon sortit de son lit et se mit à fouiller sa chambre, à la recherche d'un marqueur épais. Il dessinerait des pièges à démon sous le lit de Sam et il se débrouillerait pour en tracer un juste devant sa chambre. Mais Dean se sentait malgré tout bien dépouillé, sans flingue, sans couteau magique, sans rien.
Silencieusement, il se dirigea vers la chambre de son frère. Lorsqu'il entra dans la nurserie, et s'approcha du berceau de Sam, il ne pu s'empêcher de regarder le bébé quelques secondes. Sam était un beau bébé, potelé, avec de bonnes joues toutes rouges. Un sourire apparut de lui-même sur ses lèvres alors qu'il frôlait le front de son frère, au travers des barreaux. Après quelques secondes de contemplation, il secoua la tête de droite à gauche pour reprendre ses esprits.
En premier lieu, il devait s'assurer que ses parents étaient en sécurité. Il sortit rapidement de la chambre et se dirigea vers la leur. Après avoir poussé délicatement la porte, il pu voir la forme du corps de sa mère étendue dans le lit. Satisfait, il referma la porte et se dirigea à pas de loup vers l'escalier. Son père se trouvait bien endormi dans le fauteuil du salon. Il ne s'attarda pas à la vue de son père. Il avait eu assez d'émotions pour la journée.
Il retourna rapidement dans la chambre de son frère, dessina une clé de Salomon juste devant la chambre – il pourra toujours la modifier pour n'en faire qu'un banal dessin d'enfant par la suite -, grimpa dans le berceau de son frère et se débrouilla pour graver le même symbole dans le bois sous le matelas.
Déjà bien essoufflé, Dean se mit à tracer autant de symboles qu'il connaissait susceptibles d'éloigner le démon. Quand il eut terminé – et que la chambre de son frère ressembla à un repère de chasseur paranoïaque-, il se dit que s'il survivait à cette nuit, il allait avoir droit à une magistrale punition de la part de ses parents.
Silencieusement, coincé dans le berceau de son frère, autour duquel il avait tracé un cercle de sel, il se mit à réciter un exorcisme. Et il se sentit bien ridicule. Espérait-il réellement combattre Azazel avec ça?
- Castiel, si tu m'entend ou que tu sois, s'il te plaît, aides-moi...Murmura-t-il doucement de sa voix fluette.
- Je suis là. Lui répondit une voix monocorde presque immédiatement.
- Nom de...! Bordel...T'as pas perdu tes habitudes, toi!
Castiel le regarda un moment, la tête penchée sur le côté. Et Dean se fit la réflexion que son langage allait être colorer pour un môme de quatre ans.
- T'es toujours en Jimmy? S'étonna le plus jeune. Il ne devrait pas être... Plus jeune? Demanda-t-il.
- En interférant dans le temps, j'ai modifié beaucoup de choses. J'ai pu garder ce véhicule, cela m'évitera d'avoir à appeler le Jimmy de ce monde.
- Je pensais qu'on ne pouvait pas modifier le cours du temps! Lança alors Dean.
- Comme vous dites... Au grands maux, les grands remèdes. J'ai choisi de modifier le temps, avec l'accord de mon Père.
- Avec l'accord de... Tu veux dire que le Boss, avec un grand B, était Ok?
- Exactement.
- Je pensais qu'il avait quitté le navire? S'exclama Dean.
- Je l'ai sentit approuver ma décision. Lui expliqua Castiel.
Dean paru septique un moment mais décida de ne pas relever. Il avait bien assez de soucis comme ça.
- Et tu sais comment aider un gosse de même pas cinq ans à combattre un des plus vieux démon?
Castiel pencha étrangement sa tête sur le côté, dardant un regard neutre sur le petit bonhomme qui se tenait fièrement devant lui, accroupi dans le berceau de son frère, une moue contrariée sur son visage enfantin.
- Tu n'a toujours pas la foi, Dean. Lui répondit simplement l'ange. De plus, tes parents dorment profondément, j'y ait veillé.
- Quoi? Mais...
Et avant que Dean ait pu terminer, Castiel s'était déjà envolé. Au sens propre du terme. Le garçon retint un juron, et vérifia pour l'énième fois si son cadet se portait bien. Tout en caressant doucement le ventre de son petit frère qui dormait à présent à poings fermé, il sentit quelque chose de plus dure, sous les couvertures, juste à côté du bébé. Intrigué, il souleva la légère couette et écarquilla les yeux devant les objets qui se trouvaient là.
- Cas... murmura-t-il alors qu'il toucha du bout des doigts le Colt et le couteau de Rubi.
Mais il déchanta bien vite quand il essaya de prendre le revolver. L'arme lui semblait atrocement lourde et elle l'était certainement pour les petits bras d'un enfant de 4 ans. Mais Dean étant Dean, sa détermination eut raison de l'arme qu'il parvint à poser sur le rebord du berceau. Le couteau quant à lui, fut glissé dans son bas de pyjama – même lui, Bon Dieu, pesait une tonne!-.
Bon... S'il devait réellement faire feu...Ben... Il ne savait pas où le recul l'entraînerait...
La nuit s'allongea doucement et Dean sentit la fatigue l'envahir. Si passer nombre de nuits blanches ne le dérangeait pas, il ne pouvait pas en dire autant de son corps. Il avait 4 ans, merde! Mais la ténacité avait toujours été une de ses principales qualités tout en étant son plus grand défaut. Il tint bon. Et s'imagina la scène qui n'allait pas tarder à se réaliser... Il ne voyait pas vraiment comment il pouvait s'en sortir. Mais il ne laisserait pas tomber son frère... Plus jamais.
Et puis, si Castiel avait brisé l'une des lois fondamentales de l'Univers juste pour le faire, lui, remonter le temps; c'était qu'il avait des chances, non?
Ses paupières commençaient à peser une tonne chacune quand l'air se refroidit et que l'horloge en forme d'oiseau sur le mur s'arrêta. Dean se re-concentra rapidement et resserra ses petits poings sur l'arme qui paraissait immense dans ses mains. D'une voix forte, il récita un puissant exorcisme que Castiel lui avait appris il y a maintenant déjà quelque temps...
L'air sembla se troubler, frissonner même alors qu'une ombre se forma devant la porte. Dean se força à prendre de longues et lentes respiration. La panique ne l'aidera pas plus à quatre ans qu'à trente.
L'ombre sembla se condenser pour former un homme juste au moment où Dean décida de se cacher sous la couverture, juste à côté de son petit frère. La surprise était toujours un avantage. Même contre les démons. La seule difficulté qu'il aurait, sera de lever le Colt assez rapidement pour maintenir cet avantage.
Dean cru entendre un léger rire et il pouvait très bien imaginer le sourire torve du démon. Il se rappelait encore de ses yeux jaunes avec une netteté incroyable.
- Sam... Sam... Sammy... Murmura une voix profonde.
Dean resserra sa poigne sur le Colt, se força à respirer calmement tout en se concentrant sur le bruit des pas du démon. D'une certaine manière, il savait qu'il n'était pas seul. Castiel était avec lui. Il le savait. C'était étrange de se le dire mais l'ange avait acquis sa confiance et jamais il ne l'aurait placé dans pareille situation si elle était totalement désespérée.
Quand le démon ne fut plus qu'à quelques pas du berceau, il s'immobilisa. Dean entendit une sorte de grondement et il su qu'il avait repéré les pièges...
Profitant de sa distraction, Dean se redressa, tentant d'en faire autant avec l'arme qu'il avait dans les mains. Quand il fut enfin debout dans le berceau, le Colt bien en main, et pointé droit sur le démon, il s'autorisa un sourire. Azazel le regarda un instant, clairement étonné, avant que son regard ne s'attarde sur le pistolet.
- Ou as-tu eu ça? Gronda-t-il d'une voix mi-effrayée, mi-coléreuse. Qui es-tu? Souffla-t-il ensuite.
Dean se contenta de sourire avec dédain tout en appuyant sur la gâchette. Azazel eut partiellement le temps de l'éviter, et reçu la balle dans l'épaule. Le démon cria, recula de quelques pas et avisa l'état de la chambre. Des pièges étaient inscrit partout sur les murs, ce qui devait contribuer à l'affaiblir, assez en tout cas pour l'empêcher de franchir la ligne de sel qui entourait le berceau de l'enfant convoité. L'autre enfant tenait entre ses mains le mythique Colt et une clé de Salomon était dessinée sous le lit du bébé. Sans doute aussi dans le lit.
D'un geste rageur de la main, il envoya Dean percuter le mur. Le petit corps retomba mollement sur le sol dans un grand bruit sourd. En une enjambée, il était au-dessus de lui et le soulevait par le col.
- Qui es-tu, misérable, pour avoir cet arme? Ou l'as-tu eu? Que fait une demi-portion comme toi avec?
Dean, pantelant, du sang s'écoulant de ses lèvres, regarda le démon avec dédain et se contenta de lui cracher à la figure.
- Sale petite peste! Gronda Azazel en l'envoyant encore une fois rencontrer le mur.
Et alors que le démon se désintéressait de lui pour aller ramasser le Colt, Dean se redressa difficilement, le corps tremblant et douloureux. Son dos lui faisait atrocement mal, tout comme sa sa cheville droite. Le sang pulsait contre ses tempes, et s'écoulait de son nez et de ses lèvres. Son corps d'enfant était incroyablement fragile.
Il retira le couteau de sa ceinture, se pencha de telle façon à le cacher et fit ce pourquoi il était le plus doué: la provocation.
- Hé bien, se laisser blesser par un enfant de 4 ans... pas très brillant. Souffla-t-il d'une voix fatiguée.
Le démon se retourna d'un bloc vers lui dans un sursaut. Il posa sur lui un regard plus évaluateur que coléreux et Dean espéra ne pas être allé trop loin. Il s'autorisa un sourire en pensant à la situation. Un enfant de quatre ans tenait tête à un démon vieux de sans doute plusieurs siècles...
- Tu n'es pas un enfant ordinaire. Siffla le démon en se rapprochant de lui et tout dans sa voix indiquait sa perplexité. Dean ne pouvait qu'en être satisfait.
Quand Azazel se pencha encore une fois vers lui pour le faire parler et le pris par le col tout en le ramenant si près de son visage que Dean pouvait sentir son souffle, il accompagna le mouvement, se propulsant presque sur la poitrine du démon. De ses deux petites mains, il agrippa le couteau et l'enfonça profondément dans son coeur.
- Haaa! Sale petit...Gronda Azazel en l'expulsant sur le sol, le couteau toujours planté dans sa poitrine.
Dean commença seulement à paniquer quand il vit que le couteau ne semblait pas fonctionner. Azazel semblait lutter contre le pouvoir de la lame. Les décharges électriques paraissaient parcourir son corps mais il restait solidement ancrés sur ses pieds, la mine concentrée et douloureuse.
- Dean... Souffla une voix sur le côté.
Et Dean aurait pu presque sourire quand il vit Castiel lui lancer habilement le Colt. Azazel avait aussi remarquer l'ange et son visage en était presque livide.
- Non... Souffla-t-il.
- Si. Répliqua Dean en pressant la détente.
Il reçut la balle au milieu du front et s'effondra dans un bruit sourd. Dean regarda la dépouille quelques minutes, se désolant de la mort de l'hôte. C'était un mal nécessaire.
- Et maintenant? Demanda-t-il en se tournant vers l'ange.
- Maintenant, repose-toi. Les enfants ont besoin de sommeil. Répliqua Castiel, le coin des lèvres légèrement recourbées;
- C'est une tentative d'humour?
