Je poste ici le premier chapitre de cette fic. Vous constaterez qu'il est assez long, plus long en tout cas que ceux que j'avais l'habitude d'écrire. Et vous verrez aussi que les autres seront tout aussi longs, voire plus. Sur ce, bonne lecture.

Un gros merci à Seamrag ma plus fidèle lectrice qui m'a laissée ma première review pour cette histoire.


Chapitre I

Les Grimoires Perdus

Egypte -Ville d'Alexandrie (Al- Iskandariyya en arabe)

« L'eau vaste et froide au nord, au sud le sable ardent
Se disputent l'Égypte ; elle rit cependant
Entre ces deux qui la rongent »
Victor Hugo – Le Feu Du Ciel – Les Orientales (1829)

Albus Dumbledore avançait péniblement sous la chaleur accablante qui régnait dans la ville d'Alexandrie en ce début de mois de juin. La largeur des rues, déjà assez minime en soit, était encore réduite par la présence de divers marchands assis à même le sol, et qui proposaient des produits tout aussi variés. Ils haranguaient avec ardeur la population et les touristes, vantant dans leur langue natale, la qualité de leurs marchandises. Quelques éleveurs dirigeaient leur troupeau dans ces ruelles, provoquant parfois certains accidents lorsque les bêtes renversaient par mégarde des étals ou des denrées que contenaient des récipients en terre ou des paniers. L'air pesant embaumait les épices, parfumant l'atmosphère de leur fort parfum.

Le professeur se fit gentiment bousculer par un groupe d'enfants qui courait dans la rue à perdre haleine. Les gamins éclataient de rire en slalomant tant bien que mal entre les divers obstacles posés en travers de leur chemin. Leurs rires s'élevaient légers, innocents et enfantins dans l'air étouffant, accompagnant les effluves des épices. Comme il était bon d'être un enfant. Dumbledore avait souvent songé qu'il aurait aimé le rester. Les enfants ne prêtaient pas attention aux grands problèmes de ce monde, leurs seuls soucis étaient de savoir s'il ne pleuvrait pas demain pour qu'ils puissent aller jouer avec leurs amis. Ils ne savaient rien du monde qui les attendait. L'enfance devrait durer plus longtemps, c'était la meilleure période de notre vie et pourtant, elle était si courte.

Albus Dumbledore secoua la tête pour en chasser ces pensées. Ce n'était point le moment de se laisser aller à la nostalgie. Il surprit plusieurs regards curieux de la part des habitants de la ville. Ils devaient trouver bien étrange cet homme de grande taille, portant barbe et cheveux d'un noble blanc, ayant les yeux d'un malicieux bleu pétillant, alors que les gens d'ici les avaient noirs, et vêtu d'une curieuse manière, avec une longue robe couleur sable brodée de fil d'argent. L'homme avait l'air bien fatigué, mais il émanait de lui une puissante aura de sagesse qui faisait que les gens s'écartaient sur son passage. Certains inclinaient même la tête légèrement en signe de considération. Bien que les habitants d'Alexandrie n'aient pas la moindre idée de qui cet étranger pouvait bien être, ils étaient poussés à lui témoigner leur respect.

Le professeur esquissa un léger sourire et répondit poliment aux saluts qu'on lui adressait. Il avait maintenant l'habitude de faire forte impression à chaque fois qu'il déambulait dans une rue. Il repéra soudain ce qu'il cherchait. Une petite épicerie coincée entre deux bâtiments à la stature plus imposante. Elle se trouvait dans une ruelle étroite et déserte. Personne n'aurait pu la remarquer à moins d'être ici pour elle en particulier. Albus Dumbledore entra dans la petite boutique. Un homme derrière le comptoir lui tournait le dos et s'affairait à ranger une étagère. L'intérieur était aussi réduit que le laissait présumer l'extérieur du magasin.

- Salaam aleikum, lança le professeur qui n'irait pas plus loin dans la conversation, car il venait de dire les deux seuls mots d'arabe qu'il connaissait. Il espérait que l'homme parlait et comprenait l'anglais.

Le tenancier du magasin se retourna vers son visiteur. C'était un homme petit mais qui avait l'air robuste. Ses yeux noirs et une courte barbe de la même couleur donnaient du caractère à son visage. Il était vêtu d'une simple djellaba beige qui semblait avoir connu de meilleurs jours. Si le marchand fut surpris de l'apparence de son visiteur, il n'en laissa rien paraître. En revanche, un immense sourire se dessina sur son visage. Il ne devait pas avoir eu de client depuis longtemps.

- Aleikum salaam. Qu'est-ce que Mohammed Ben Kalish peut faire pour vous noble étranger ?
- Et bien, commença Dumbledore en s'avançant vers le comptoir. J'ai entendu dire que je pourrais ici consulter certains grimoires dont les sujets sont plus ou moins tabous dirais-je.

Le sourire du marchand disparut aussitôt. Il affichait maintenant un air gêné, mais aussi et surtout méfiant.

- Et qu'est-ce qui te fait croire que nous possédons ce genre d'ouvrages ici, effendi ? Nous sommes de bien humbles épiciers, rien de plus.

La voix qui avait prononcé ces quelques phrases venait de s'élever d'un recoin sombre. Un vieillard, vêtu d'une djellaba blanche, en sortit. Malgré le fait qu'il semblait très âgé, il émanait de lui une grande force. Ses yeux noirs paraissaient vouloir lire en vous, et sa longue barbe noire, parsemée de poils blancs, lui conférait un air sage et vénérable. Dumbledore hocha profondément la tête devant le vieil homme.

- Je ne cherche pas querelle, assura le professeur. Je ne cherche pas non plus à accuser d'honnêtes marchands d'être liés à des pratiques interdites. Il se trouve que je suis récemment entré en possession d'un texte émanant de la bibliothèque d'Alexandrie.
- Cet établissement a été détruit il y a bien longtemps lorsqu'Alexandre le Grand a envahi l'Egypte. Tous les ouvrages ont été brûlés. Une tragique perte de notre patrimoine historique, expliqua le vieillard.
- Je sais cela. Je suis donc allé au musée pour savoir si quelques ouvrages n'avaient pas été sauvés. Mais on m'a assuré que tout avait bel et bien été détruit. Quand je suis sorti du musée, un homme est venu à moi et m'a dit que je trouverai les réponses à mes questions ici.
- Le nom de cet homme ? demanda le vieil homme.
- Ali, répondit Dumbledore sans hésiter.

Le visage du vieillard se détendit nettement, il esquissa même un sourire qui illumina son visage ridé.

- Tu ne mens pas, effendi. Ali est mon deuxième fils. Il est chargé de mener ici les personnes qui demandent après les ouvrages de la bibliothèque détruite.
- Je ne comprends pas, dit Albus.
- Je vais t'expliquer étranger. Suis-moi.

Le professeur suivi le patriarche dans l'arrière boutique. Celle-ci pouvait tout juste accueillir une étagère. Un escalier montait à l'étage. L'ancêtre mena le directeur vers le mur du fond. Il sortit alors une baguette magique de la manche de son ample vêtement.

- Mais…, s'étonna Dumbledore. Vous êtes un sorcier !
- Bien sûr que oui, lui répondit son interlocuteur avec amusement. Comment penses-tu que je pourrais garder ces précieux grimoires à l'abri sinon ?

Sur ce, le vieil homme leva sa baguette en direction du mur, et se mit à tracer d'étranges symboles dans les airs. La paroi de pierre s'effaça alors, laissant la place à un escalier rocheux qui s'enfonçait dans les sombres profondeurs des fondations de la boutique. Le vieillard s'engagea sur la première marche, suivi de près par Dumbledore. Le mur se reforma de lui-même derrière les deux hommes. Ils allumèrent leurs baguettes et commencèrent à descendre dans la semi-obscurité. L'Egyptien brisa bientôt le silence.

- Vois-tu étranger, quand Alexandre le Grand a envahi l'Egypte, il est venu visiter la grande bibliothèque d'Alexandrie. Il a vite constaté que certains ouvrages parlaient de choses qu'il a qualifiées de sacrilèges. Il n'était pas sorcier. Aussi lire des grimoires traitant de sorcellerie, de potions, d'enchantements,… l'a mis en colère. Il a ordonné que la bibliothèque soit détruite, et les ouvrages brûlés. Parmi ces livres, l'on en trouvait qui parlaient d'un autre monde, un monde démoniaque gouverné par la Magie Noire. Ces écritures datent du temps où les sorciers et les démons vivaient dans un semblant de respect mutuel. Lorsque les rapports entre les démons et les sorciers se sont dégradés, ces-derniers ont décidé de s'enfuir en emportant avec eux quelques grimoires sur le savoir de tous ces diables, qu'ils ont cachés dans la bibliothèque de notre ville.
- Que s'est-il passé ensuite ? demanda le professeur.
- Ma famille faisait partie il y a des siècles des sorciers qui ont abandonné le Monde des Démons en amenant avec eux les ouvrages. Quand Alexandre le Grand a décidé de tout brûler, ma dynastie a réussi à voler et protéger ce qu'elle avait emmené dans la bibliothèque.
- Et votre famille a caché les grimoires ici ? Votre fils Ali est donc chargé de rabattre dans cette boutique tous ceux qui demandent après les ouvrages perdus de cette époque.
- Héhé ! C'est tout à fait ça, effendi ! J'espère que tu ne parleras de ce que tu verras ici à personne.
- Mon intention est personnelle. Je ne cherche pas à vous poser des problèmes.

Ils débouchèrent dans une immense pièce souterraine dont les murs étaient de pierre. Plusieurs colonnes s'élevaient vers le plafond pour se terminer en de nombreuses voûtes. La salle était éclairée par plusieurs bougies. Une large table et quelques chaises en bois trônaient au milieu de la pièce. Une seule étagère plaquée contre le mur droit de la pièce contenait tous les livres sauvés de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, c'était là tout ce qui restait comme informations sur l'époque où sorciers et démons vivaient ensemble.

- C'est triste de voir que de tout notre patrimoine, il ne reste que ça, n'est-ce pas ? Dis-moi effendi, que cherches-tu au juste ?
- J'ai découvert par hasard ce texte. J'osais espérer que vous puissiez me dire de quel grimoire il provient.

Dumbledore tendit le bout de papyrus au vieillard. Ce-dernier l'examina attentivement.

- Ce parchemin ne provient d'aucun livre. C'est juste un texte que les démons envoient par des portes dans notre monde. Ils abusent de la cupidité et de la naïveté des mortels pour les attirer, et leur font subir milles tortures. Dis-moi plutôt ce que tu veux trouver.
- Je cherche un antidote à ceci, répondit le professeur en relevant sa manche et en dévoilant son bras atrophié à la vue du vieil homme. Aucun sortilège, ni aucune potion ne sont plus efficaces contre ce maléfice. Ils disent dans ce texte que le Monde Noir regorge d'herbes pouvant mettre fin à des puissantes malédictions. Est-ce juste un leurre ou est-ce vrai ?
- C'est vrai.
- Vous êtes déjà allé dans ce monde ?
- Non ! Et je te conseille d'en faire de même si tu veux vivre. On se transmet de générations en générations des histoires terribles sur ce qui se passe là-bas. Non, non, effendi, tu ne dois pas y aller.
- C'est pourtant le seul endroit où je pourrais trouver ce que je cherche, insista Dumbledore. Vous avez parlé de portes que les démons utilisent pour envoyer des choses dans notre monde. Est-il possible que les mortels aillent dans leur monde par le même passage ?
- Oui. Tu es bien déterminé. Je vais t'aider. Mais je vais aussi te donner un conseil. Dans le Monde des Démons, aucun mortel n'a réussi à survivre assez longtemps pour trouver ce qu'il cherchait. Si tu veux revenir en vie, amène avec toi quelqu'un qui s'y connaît en Magie Noire, quelqu'un qui a déjà tué, quelqu'un qui possède une grande force mentale, et qui a les pieds sur terre. Là-bas, seuls les démons peuvent vivre dans cet Enfer sans devenir fous.
- Et si je demandais à un démon de m'aider ? demanda le directeur.
- Tu es fou ma parole étranger ! Personne ne sera ton allié dans ce monde. Suis-moi.

Le vieillard se dirigea vers l'étagère. Il laissa un moment ses doigts courir sur la reliure des grimoires, puis en choisit un qu'il déposa avec précaution sur la table. Il l'ouvrit, le feuilleta et s'arrêta sur une page où divers symboles étaient dessinés.

- Le Monde Noir, expliqua le patriarche, est divisé lui-même en une multitude d'autres mondes. Chacun de ces mondes possède sa propre porte. Si tu traces ces symboles, et que tu suis à la lettre le rituel, tu arriveras dans un endroit que l'on dit être le moins dangereux. Peut-être trouveras-tu de l'aide là-bas.
- Je sais que je vais vous en demander beaucoup mais, puis-je vous emprunter ce grimoire. Il vous sera rendu, je le promets.
- Soit, soit. Prend-le. Mais je te répète que c'est de la folie.

Les deux hommes firent alors le chemin en sens inverse. Tandis que le professeur s'apprêtait à sortir de la boutique, après avoir encore remercié grandement le marchand, ce-dernier l'interpella.

- Effendi ! Si tu arrives à sortir vivant de cet Enfer, et à guérir de ta malédiction, je serai très honoré que tu viennes me voir. J'aimerai que tu me racontes ton voyage. Cela ferait plaisir à mon vieux cœur de connaître ce pour quoi mes ancêtres se sont battus. Mais méfies-toi, il y a 17 ans, ma fille a été séduite par un démon. Je l'ai mise en garde, mais elle n'a rien voulu entendre, elle pensait qu'il n'était pas comme les autres. Il l'a enlevée. Moi et mes fils l'avons cherchée pendant une année. Nous avons fini par la retrouver, mais elle était morte, il lui avait ouvert le ventre. Tout ceci pour te dire, que les démons savent comment embrouiller l'esprit des mortels, même jusqu'à les détourner de leur famille.
- Je vous promets de revenir.
- Qu'Allah te protège dans ta quête noble effendi !
- Et qu'il protège votre personne et votre famille ! Que la paix soit sur votre demeure !

Le professeur sortit alors pour retrouver la chaleur étouffante de l'extérieur. Il lui fallait maintenant regagner Poudlard. Un Portoloin l'attendait. Il irait dans ce Monde Noir, ne serait-ce que pour voir s'il pouvait obtenir de l'aide. Démons et sorciers vivaient autrefois en paix, ils ne devaient donc pas tous être mauvais. Albus Dumbledore savait pourtant qu'il ne pourrait pas entreprendre ce voyage, il était trop faible. Il soupira. Il espérait que l'homme qu'il comptait envoyer à sa place accepterait de se sacrifier une fois de plus pour lui, et surtout qu'il reviendrait en vie.


Fin de ce premier chapitre. Il n'y a pas encore beaucoup d'action, mais disons que c'est l'apéritif... Je ne sais pas quand je posterai le prochain, alors merci de votre patience.