Chapitre II
- Charlie, Charlie ! réveille-toi ! Enfin, qu'est-ce qui t'arrive ? .
Charlie émergea de son sommeil en hurlant :
- Don ! Oh mon Dieu ! Non ! Don !
Et soudain, il aperçut au-dessus de lui le visage inquiet de son père. Il passa une main tremblante sur son visage.
- C'était un rêve ? Juste un rêve ?
- Je dirais plutôt un cauchemar, tu hurlais comme un damné !
- Don ! Je dois appeler Don !
- Charlie, tu viens de faire un cauchemar, ton frère va bien. A l'heure qu'il est il doit dormir.
- Papa ! Ca avait l'air tellement vrai ! Cet homme lui tirait une balle dans la tête, à bout portant et…
- Arrête Charlie !
Le ton d'Alan était horrifié et en même temps, déjà, y pointait une anxiété déraisonnable. Il reprit sur un ton qui tenait à la fois de l'affirmation et de l'interrogation, comme s'il était en proie au doute : - - C'était un cauchemar !
- J'ai besoin de lui parler…
- Mais il est à peine trois heures du matin ! Tu ne vas pas le réveiller pour un mauvais rêve. Je veux bien croire que ça ait été terrifiant, mais enfin, sois raisonnable ! Ton frère a besoin de repos.
- Oui, tu as raison. Mais ça avait l'air tellement réel.
- Allez, vient boire un verre de lait, ça te remettra d'aplomb. Et puis raconte-moi ton cauchemar, tu verras que c'est le meilleur moyen de le chasser au loin.
- Je me souviens que c'est déjà ce que tu disais quand nous étions petits.
- Et j'avais raison.
- C'est vrai que ça fonctionnait.
Les deux hommes descendirent à la cuisine où Charlie put raconter à son père l'horrible rêve qu'il venait de faire. Celui-ci comprit combien son cadet était bouleversé par cette vison de son frère mort, heureusement irréelle, mais qui ne faisait sans doute qu'extérioriser les angoisses latentes qui étaient les leurs devant les risques inhérents au métier choisi par l'aîné des garçons. Lui aussi parfois avait ce type de cauchemar, mais celui-ci avait ceci de terrifiant qu'il s'ancrait dans une réalité concrète puisqu'effectivement Don et son équipe traquaient actuellement une redoutable bande de braqueurs de banques, répondant en tout point à la description de la bande du cauchemar. Après tout, cela n'avait rien d'étonnant : les cauchemars, comme les rêves, se nourrissent d'éléments du réel sur lesquels le subconscient greffe les données qui nous hantent et les pulsions qui nous animent.
Alan parvint enfin à convaincre Charlie que sa vision n'avait rien de prémonitoire. Le mathématicien tint tout de même à téléphoner au F.B.I. pour s'assurer que son frère n'était pas en danger. Une opératrice lui confirma que l'agent Eppes était rentré chez lui et qu'il serait joignable le lendemain à partir de huit heures.
- Tu vois ce que je te disais ! Pour un mathématicien, je te trouve bien crédule !
- Crédule ! Tu as de ces mots. Je t'assure, ça paraissait si réel !
- Mais ce n'était qu'un mauvais rêve, alors n'y pense plus. Toi qui est expert en statistiques, dis-moi un peu quelles sont les probabilités que ton rêve devienne réalité ?
- Je sais, quasi aucune.
- Exact. Je dirai même que pour quelqu'un qui refuse de croire au paranormal, parapsychisme et autre parasensoriel, tu me parais bien agité par un simple cauchemar.
- C'est bon ! On n'en parle plus OK. ?
- O.K. Bon et bien je retourne me coucher et toi ?
- Non, je crois que je n'arriverai plus à dormir. Je vais me remettre à mes recherches.
- Est-ce bien raisonnable ? Il est à peine 3 H du mat !
- Je sais, mais… Après tout, je pourrai dormir plus tard. Je n'ai pas cours avant 14 h 00.
- Pas comme moi. Bon et bien je te laisse. Et plus de mauvais rêves hein ?
- Ca, compte sur moi !
Tandis que son père allait reprendre le cours de sa nuit, Charlie tenta de se remettre à ses calculs. Mais sans arrêt lui revenait le visage blafard de son frère gisant sur les marches de la banque.
*****
Comprenant qu'il ne parviendrait pas à se mettre au travail, il décida d'aller marcher un peu : en général, ça le calmait.
Après s'être habillé, il partit au hasard devant lui, enfin pas vraiment au hasard. Il était plus de quatre heures et le ciel rosissait déjà à l'est lorsqu'il s'aperçut que ses pas l'avaient inconsciemment mené devant l'immeuble de Don. Le besoin d'être sûr avait eu raison de la logique.
Haussant les épaules, il forma le code sur le clavier de l'entrée et monta au deuxième étage où se trouvait l'appartement de son frère. Un coup d'œil à sa montre lui précisa que celui-ci devait encore dormir et il se refusait à amputer son sommeil de plusieurs heures, sachant combien celles-ci lui étaient comptées. Il se contenta donc de s'asseoir devant la porte et sortit un carnet de sa poche pour aligner quelques équations. Le sommeil eut bientôt raison de lui et il s'endormit, adossé au chambranle de la porte.
Ce fut ainsi que son frère le découvrit, deux heures plus tard, en ouvrant sa porte pour se rendre à son travail. Il eut un haut le corps puis s'affola.
- Charlie ? Qu'est-ce que se passe ? Papa va bien ?
Sorti du sommeil, Charlie eut un peu de peine à comprendre où il était et ce qu'il faisait là.
- Oui, oui. Rassure-toi, tout va bien.
- Mais qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi n'as-tu pas sonné ?
- Je ne voulais pas risquer de te réveiller.
- Me réveiller ?
- Oui, il était à peine 4 H 30 quand je suis arrivé, je me suis dit que tu dormais.
- Mais enfin, qu'est-ce qui t'a pris de débarquer à cette heure-là ? Et si c'était si urgent, pourquoi tu ne t'es pas manifesté ?
- Non, Don…
Il se trouvait soudain tellement idiot de s'être laissé bouleverser par ce rêve.
- C'est juste que…
- Que quoi Charlie ?
Don semblait perdre son sang froid : un soupçon d'agacement passait dans sa voix.
- J'ai fait un cauchemar alors…
- Un cauchemar ? Ecoute Charlie…
- Non, laisse-moi te raconter !
En quelques mots, le cadet mit son aîné au courant. A mesure qu'il parlait, le visage de celui-ci changeait, passant de l'agacement à l'attendrissement.
- Ainsi donc tu venais t'assurer que je n'étais pas mort !
- Je sais c'est un peu idiot !
- Complètement idiot tu veux dire oui ! Mais très flatteur aussi. Alors petit frère, ne t'inquiète pas, je vais très bien, O.K. ?
- Je vois oui. Tu n'es pas fâché ?
- Mais non. Seulement je dois aller bosser. Je te raccompagne ? A moins que tu n'aies ta voiture ?
- Non, je suis venu à pied.
- A pied depuis Pasadena ?
- Ben oui, marcher me fait du bien.
- Allez, viens, je te ramène !
Don hésita un instant, puis il prit son frère dans ses bras. Il sentait que celui-ci en avait besoin. Charlie enfouit son visage au creux de l'épaule de Don, répondant à son étreinte : il se sentait bien ainsi dans les bras de son grand frère. Il aurait voulu arrêter le temps à ce moment-là, sûr qu'en cet instant rien ne pouvait arriver à cet homme qu'il aimait tant.
