A/N : L'inspiration frappe fort (c'est surtout les vacances, en fait) et voici le deuxième chapitre. Bonne lecture !
L'Autre
II : Cette Rigolade.
Astoria Greengrass ne broncha pas lorsque quelqu'un entra brusquement dans sa chambre. Elle tendit, agacée, son esprit vers le rêve qui lui échappait, perturbé par le bruit de la porte. Des pas se dirigèrent vers l'une des grandes fenêtres et un violent rayon de soleil lui frappa le visage. Ses paupières protestèrent contre la lumière et elle tenta de remonter les draps de soie, en vain. Les dernières images doucereuses de son rêve étaient désormais hors de portée. L'intrus lui arracha sa couverture d'un mouvement fluide.
« Debout ! »
La bouche pâteuse, Astoria plaqua un bras devant ses yeux et parvint enfin à les ouvrir. Une grimace déforma son visage d'ange et elle tira la langue à sa sœur. Daphné se tenait au pied du lit, les bras croisés. Si elle n'avait pas été encore dans les vapes, Astoria aurait juré que la jeune femme tapait du pied parterre.
« T'es pas bien ou quoi ? On réveille pas les gens comme ça ! »
Elle n'avait aucun espoir de se rendormir, alors elle attrapa le plus gros oreiller à sa portée et l'envoya sur sa sœur, qui l'esquiva de justesse et le lui renvoya trois secondes plus tard. Dix ans auparavant, les deux filles se seraient lancées dans une bataille sans merci avec la certitude qu'elle se terminerait en rires, avec une complicité renforcée. Maintenant, c'était l'idée qui semblait risible. Astoria ne se souvenait plus de la dernière fois qu'elles avaient passé un moment toutes les deux, à discuter de choses qui n'avaient pas d'importance. Pour Daphné, les discussions sans importance avaient leur place entre les Sang-de-Bourbe et le prêt-à-porter.
« Viens plutôt voir dans quel pétrin tu t'es mise ! Quand maman et papa verront ça…
- Ils en seront enchantés, soupira Astoria. Quand ils daigneront revenir de Monaco et s'arrêteront ici assez longtemps pour mettre le nez en page trente-trois de Charme et Sortilèges, bien sûr.
- Tu es au courant ? demanda sa sœur, effarée.
- Bien sûr que je suis au courant ! explosa Astoria, sautant enfin hors du lit et se dirigeant vers son armoire. Et qu'est-ce que ça peut bien te faire, d'abord ? »
Elle jeta un regard par-dessus son épaule, rien que pour voir le pourpre s'étendre en travers des joues de Daphné. Les pointes de ses doigts caressaient déjà les tissus riches des nouvelles robes qu'elle s'était offert la semaine dernière. Elle n'était pas aussi exigeante que sa sœur, en matière de vêtement, mais elle ne rechignait jamais devant une jolie robe. Surtout que, malgré la guerre, Emeric et Lavella Greengrass étaient suffisamment riches pour que les tenues de leurs filles accompagnent toujours la mode d'un pas assuré. Satisfaite de la réaction de sa sœur face à l'article, Astoria choisit une courte robe bleue ornée d'un ruban jaune cousu en dessous de la poitrine. Elle prit son temps en sélectionnant ses sous-vêtements, mais Daphné n'avait pas l'air de vouloir lâcher l'affaire.
« Ça peut me faire que Pansy est mon amie ! Tu sais très bien ce qu'ils ont vécu… et ce qu'il signifie encore pour elle ! »
Astoria ne put s'empêcher de sourire. Elle toussota, mais Daphné ne fit que détourner la tête avec un grognement impatient. Petites, elles n'avaient ressenti aucune pudeur en compagnie l'une de l'autre, mais c'était encore une des choses qui avait aussi changé avec le temps. A quelque part, c'était comme si chacune avait du mal à accepter que l'autre ait pu grandir, intégrer son corps et son esprit de femme sans crier gare. Rapidement, Astoria tira sa nuisette par-dessus sa tête et la jeta en boule sur le lit, avant d'enfiler ses sous-vêtements. Elle venait à peine d'avoir passé la robe que Daphné se tourna de nouveau. L'expression sur son visage avait changé, se teintant à présent de douleur.
« Tu ne le désires même pas. Je le sais…
- Tu ne sais rien du tout ! Et Pansy Parkinson est une idiote ! Elle avait qu'à agir avant, si elle le voulait tant que ça !
- Et voilà ! cria Daphné en jetant ses bras en l'air. Voilà ! Ça prouve totalement ton immaturité ! Ce genre de chose prend du temps pour évoluer dans la bonne direction, tu sais ? Pansy était prête à laisser à Draco le temps qu'il lui faudrait pour que les choses marchent à nouveau entre eux… et toi tu viens tout gâcher ! »
Un sourire tremblant tendit les lèvres d'Astoria. Elle redoutait les occasions où sa sœur s'emportait pareillement, surtout pour des broutilles de ce genre. Daphné Greengrass était, avant tout, une personne profondément égoïste. Astoria savait très bien que l'amour répudié de Pansy n'était qu'une misérable excuse pour cacher un chamboulement plus profond et surtout plus perfide. En toute apparence, Daphné n'avait qu'à y gagner de la relation entre sa sœur et le seul héritier de la famille Malfoy. A moins que… Astoria éclata de rire, tentant de masquer l'inquiétude qui venait de naître en elle.
« Ah, je vois » lâcha-t-elle d'un ton posé, levant les yeux au ciel.
Elle laissa flotter ses mots et observa sa sœur en train de s'énerver toute seule. D'une manière presque distraite, elle s'assit à son dressing et entreprit de se brosser les cheveux, de démêler lentement les boucles blondes qui cascadaient sur ses épaules.
« Quoi ? Tu vois quoi ? Tout le mal que tu vas faire ? Bien ! »
Astoria haussa les épaules, puis secoua lentement la tête, comme si elle se désintéressait du sujet. Son cœur cognait contre sa poitrine, mais elle lutta pour ne rien laisser paraître et attrapa une paire de boucles d'oreilles. Les perles qui y pendaient changèrent aussitôt de couleur pour s'accorder au bleu de sa robe. Elle prit son temps pour les mettre, évitant soigneusement de croiser le regard de sa sœur dans le miroir.
« Quoi alors ? relança Daphné, visiblement piquée.
- Il fallait me le dire avant, se hasarda Astoria, consciente qu'elle jouait avec le feu. Je te l'aurais peut-être laissé. »
L'exclamation de surprise qui émana de Daphné semblait véritable, mais Astoria refusa de s'y fier. A moins de posséder du Véritaserum, il n'y aurait pas moyen de vérifier. Elles savaient toutes deux très bien jouer à ce genre de jeu et elle ne commettrait pas l'erreur fatale de sous-estimer sa sœur. Daphné n'était peut-être pas amoureuse de Draco Malfoy, mais quelque chose dans l'idée de le voir fréquenter sa petite sœur la dérangeait visiblement. Astoria se promit silencieusement de découvrir précisément ce qui la perturbait, même si ça lui prendrait tout l'été.
« T'es vraiment trop bête ! »
La réponse outrée de Daphné brisa ses pensées. Astoria se leva lentement et fixa la jeune femme, les poings sur les hanches. Elle aurait préféré avoir l'air plus menaçante, mais c'était peine perdue.
« Non, simplement observatrice. Tu devrais t'en souvenir » dit-t-elle en signe d'avertissement.
Daphné la regarda un instant, bouche bée. Elle avait tenté de forcer ses cheveux châtains raides à adopter de belles boucles élégantes, relativement similaires à celles qu'Astoria possédait naturellement. La cadette ne put s'empêcher de sourire en voyant ces efforts inutiles. Elles savaient toutes deux qu'elle était la plus gâtée par la nature, mais malgré son aversion présente pour sa sœur, Astoria ne se permettrait jamais de le faire remarquer à haute voix.
« Oh puis tant pis ! siffla Daphné en haussant soudainement les épaules. Garde-le, si tu en as tellement envie ! On verra bien combien de temps ça durera, cette rigolade ! »
Elle partit en claquant la porte. Astoria laissa échapper un souffle d'air chaud. Elle chercha des yeux ses sandales, sans trop savoir quoi penser. Cette rigolade… Les dires de sa sœur résonnaient désagréablement à ses oreilles. Cette rigolade (et Astoria se demanda si c'en était effectivement une) avait commencé par une simple glace renversée de sa main, durant un après-midi au Chemin de Traverse. Le gamin qui courait ne s'était même pas retourné pour s'excuser et Astoria était restée plantée là, trop embarrassée pour lui crier après et créer un scandale. Une seconde plus tard, elle avait senti une main douce se poser sur son épaule nue. Une voix d'homme à son oreille, profonde et quelque peu familière :
« Voilà, Mademoiselle. »
Elle s'était retournée pour se trouver nez à nez avec un visage pâle mais élégant, des cheveux blonds à l'apparence soyeuse et des yeux de glace, qui la fixaient sans malice. Tous ces éléments forts plaisants s'accordaient pour former la tête de Draco Malfoy, qu'elle reconnut au bout de quelques instants. Un camarade d'Astoria, le Prince de Serpentard, jadis. Un scandale aussi, une histoire avec Potter et le Seigneur des Ténèbres. Mais tout ça semblait trop loin du soleil de juillet pour qu'elle y accorde une quelconque importance. Tout ce qui comptait, c'était la glace qu'il tenait à la main et le léger sourire qui l'accompagnait. Prise un peu à court, elle fixa les boules colorées qui s'entassaient dans le cornet de biscuit gaufré.
« Citron, framboise et passion. C'est bien ça ?
- Oui. »
Puis il avait passé le quart d'heure qui suivit à l'observer en train de manger, ses yeux s'attardant sur les mouvements prestes de sa petite langue. Elle ne s'était jamais doutée du pouvoir que pouvait posséder le simple geste de consommer une glace avec langueur et appréciation. Quelques jours plus tard, elle avait reçu un hibou la conviant à le rejoindre dans un café, puis la semaine d'après, à déjeuner au Manoir Malfoy. Tout s'était passé très vite, mais elle y avait pris jusqu'à présent un plaisir singulier. Il n'y avait eu qu'une poignée de baisers volés entre eux, rien de plus, mais elle ne pouvait s'empêcher de frémir à la pensée d'en obtenir d'autres. Puis il y avait eu le photographe, lors d'une sortie à Pré-au-Lard. Elle avait cru tout d'abord que Draco le chasserait, mais il avait simplement passé un bras autour de sa taille et ils avaient souri tous deux, avec une vague sensation d'ivresse. Ils n'avaient rien à cacher, après tout. Non ?
Avec l'encadré paru dans Charme et Sortilèges, Astoria se dit que, de toute manière, la nouvelle ne tarderait pas à faire le tour de la communauté des Sorciers et que la chose était désormais entre les mains du destin. Pour l'instant, elle tâcherait d'ignorer sa sœur autant que possible. Elle verrait bien comment les choses se dérouleraient.
A/N : Voilà pour le deuxième chapitre. Je compte alterner entre le point de vue d'Hermione et celui d'Astoria… avec quelques autres surprises, qui vous parviendront en temps voulu. J'espère que ça vous a plus !
