- Vernon !!!! s'égosilla une voie pour le moins stridente.
- Qu'est-ce qu'y a ? Grogna en retour la baleine en provenance du canapé
Il était devant un match de foot depuis à peine 15 minutes que déjà sa douce moitié venait lui crier dans les oreilles « quelle vie de chien »
- Le monstre !
- Quoi ?
Dursley détacha aussitôt sa majestueuse tête de la contemplation du petit écran et daigna poser un regard sur sa chère et tendre.
- qu'est-ce qu'il a encore fait celui là ? Il ne se releva pas pourtant du canapé, estimant que ce n'était pas nécessaire.
- Il y a qu'il ne fait rien justement !
- Et alors c'est plutôt une bonne chose, non ? A les bonnes femmes ! Pour les comprendre il fallait se lever tôt ! Qu'est-ce qui lui avait pris d'épouser une greluche pareille ? Ah oui elle faisait bien la cuisine !
Alors plongé dans ses pensées il ne vit pas Pétunia débouler dans son champs de vision, une main sur la hanche et l'autre agrippant fermement le bras d'un petit maigrichon. A son air furieux il avait sûrement dû encore louper une part trèèèsss importante de sa conversation.
- Je lui ordonné de faire la cuisine comme d'habitude et il ne bouge pas d'un poil ! Recommença l'hystérique en lui agitant le morveux sous le nez.
Tiens ce n'est pas elle qui fait la cuisine, première nouvelle ! Il se promit qu'il n'y toucherait plus! Qu'est-ce qu'elle avait à s'énerver comme ça aussi ?
- Je devais aller faire ma soirée bridge avec des amies ce soir blablablabla...
Aaaa d'accord encore une de ses soirées avec les voisines ! Elle s'arrêta enfin d'essayer d'arracher son bras au morveux et mais pas assez tôt pour lui éviter une migraine pas possible avec ces pépiements infernaux.
Il décida de reprendre part à la conversation. Les dents de Pétunia grinçant affreusement.
- Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Mes le au placard et fais la bouffe toi même ! Et qu'elle se bouge de là il était en train de louper le match avec ses jérémiades !
- Mais…mais j'aurais jamais le temps de me préparer ! couina-t-elle pitoyablement.
Il se massa l'arrête du nez de ses doigts boudinés et reconsidéra la situation : Pétunia lui prenait la tête depuis au moins cinq bonnes minutes à cause de quoi déjà ah oui d'un sale morveux qui ne voulait pas effectuer quelques menus travaux ! Il allait vite arranger ça foi de Vernon !
Il envoya une claque bien sentie sur la joue du gosse qui pendait mollement au bout du bras de Pétunia. Il regarda avec une sorte de satisfaction malsaine des éclats de peur briller dans les yeux du gosse qui étaient inertes pas deux secondes plus tôt. Deux émeraudes affolées le fixèrent un moment avant de retourner observer le sol dans un geste de soumission navrant.
Dursley renifla de contentement.
- Ecoutes ta tante sale gosse sinon je t'en colle une autre ! Tança Vernon de sa grosse voix tonitruante. Vernon ressemblait en cela aux ogres des contes de fée. Une corpulence idéale et une grosse voix de sapeur pompier.
- O..Oui Oncle Vernon.
- Tout de suite ! Continua-t-il en appréciant de voir le gosse sursauter de terreur.
Il tenta pour la forme de lui décocher une coup de pied mais déjà l'ébouriffé s'était enfui pour la cuisine. Pétunia lui donnait des ordres.
- Quand même il est bizarre depuis que tu l'as ramené ! L'entendit-il, sa voix assourdie par le mur les séparant
Il grogna mollement, toute son attention rendue à la seule chose qui importait vraiment : le match. Elle continua pourtant :
- Et l'ophtalmo qu'est-ce qu'il a dit ?
Vernon jura grossièrement en se frappant la tête du plat de sa main grassouillette, il avait complètement oublié le pourquoi de la présence du morveux avec lui aujourd'hui. Il réfléchit rapidement :
- euh…non finalement j'ai eu un gros contrat donc j'ai pas pu l'emmener ! Inventa-t-il
- Quoi ? S'écria Pétunia tout en franchissant les quelques mètres qui la séparaient de son dodu mari
- Mais on fait quoi ? S'il a pas ses lunettes il vont nous renvoyer l'assistante sociale, non ?
Ses petits yeux perçants zigzaguèrent entre la porte et les fenêtres comme si l'assistante avec ses lunettes carrées et son chignon serré pouvait débarquer en cassant les vitres. Elle hurlerait comme un des super héros dont Dudley raffolait « je viens te sauver Harry Potter habitant au 4 Privet drive » ou une autre niaiserie de ce genre.
- Mais non il vont pas nous la renvoyer ! Tenta de la rassurer Vernon en même temps que lui même.
- Et si Ils venaient ? murmura sa femme en tremblotant.
Cette fois ce fut à Vernon de s'affoler, il regarda brièvement la fenêtre mais ne voulant pas trahir sa peur se renfrogna.
- Qu'es-ce que tu racontes encore ?! Ils ne sont pas venus demander de ses nouvelles depuis qu'ils on abandonné cette erreur de la nature sur le paillasson j'vois pas pourquoi ils s'en inquiéteraient maintenant !
- Mais…essaya Pétunia qui fut vite rabrouée
- Oh arrêtes avec ça Pétunia ! Cette bande de larves incompétentes s'est débarrassée du gosse comme on lâche une caisse : sans le moindre regret alors j'vois pas pourquoi il me casserait les burnes maintenant, alors que ça remonte à 5 ans ! hurla Vernon sa voix allant crescendo.
- O..Oui tu as sûrement raison ! trembla Pétunia puis elle se rasséréna et continua plus pour elle même que pour Vernon,
- Rien qu'une bande de larves incompétentes.
Elle marmonna encore dans sa barbe en retournant au fourneaux ou plutôt à la surveillance du marmiton et si l'on approchait on pouvait en percevoir quelques brides « dégénérés » « sœur adoptée » « gâcheuse de vie » ou autres joyeusetés de ce genre.
Harry avait entendu la conversation entre oncle Vernon et tante Pétunia mais ce n'était pas la première fois qu'ils faisaient allusion à ceux qui-l'avaient-abandonnés. C'était même devenu monnaie courante à croire qu'ils faisaient exprès !
Harry s'ébouriffa davantage la crinière en tentant d'enlever ces idées de la tête. « Bien sûr qu'ils font exprès » ne pu s'empêcher de marmonner le garçonnet en train d'éplucher des pommes de terres.
Il étouffa un gémissement plaintif.
Il voulait tellement qu'on vienne le chercher pour l'emmener loin d'ici et ne jamais plus y revenir. Même Ils pouvait venir. Ils, il leur avait pardonné depuis longtemps. Ce serait comme dans l'histoire de la belle au bois dormant que leur avait raconté la maîtresse.
Le cheval blanc, celui qui l'emmènerait sur son dos, il en rêvait souvent. Bien que dans ses rêves le cheval ressemblait plus à un cerf avec ses cornes bizarres sur la tête. Il faisait d'autres rêves aussi souvent mais ceux là il les qualifierait plus de cauchemars pour ce qu'il arrivait à s'en souvenir, ils ne lui paraissaient pas très agréables.
Dans ces rêves, Une voix criait, il y avait une brève lueur verte éblouissante et après plus rien, à part les cris d'un bébé et le pétaradement d'une moto.
Harry laissa ses pensées dériver alors que ses mains accomplissaient un rituel apaisant.
Harry aimait beaucoup cuisiner.
Au début c'était une corvée comme les autres puis il s'était vite rendu compte que la tante lui laissait une certaine autonomie du moment qu'il travaillait bien. Il pouvait faire ce qu'il voulait tant que c'était mangeable et que son cousin et son oncle ne rechignaient pas. Ce qui n'arrivait jamais bien entendu, ces deux là ayant plus l'habitude d'engouffrer toute la nourriture, à portée des pelles à tartes, qu'il avaient à la place des mains, dans leurs bouches, que de faire attention à ce qu'il mangeaient. Peu importait alors la qualité des plats tant qu'il y avait assez pour remplir les gouffres qui leur faisaient office de ventre.
Il y avait bien une chose qui dégoûterait n'importe qui de la nourriture, c'était de voir deux énormes porcs s'empiffrer de tout ce que l'Angleterre comptait de gras !
Et après s'être pris une certaine quantité de baffes pour oser comme disait l'oncle Vernon « ôter le pain de la bouche des honnêtes gens » Harry avait arrêté d'essayer de se nourrir correctement, ce qui en soi était un fait suffisant pour expliquer sa maigreur.
Harry aimait beaucoup jardiner aussi et sauver menus animaux, qui peuplaient les platebandes de la tante, d'une mort par insecticidation.
Parmi les crocus et les tulipes dont ils s'occupait amoureusement se promenaient en effet nombres de scarabées, vers de terres, araignées aux pattes filandreuses et autres joyeusetés dans ce genre et de temps à autre des serpents.
Harry malgré toutes ses qualités était aussi un enfant, un simple enfant de 6 ans dont les parents avaient été tués par un…accident de voiture ( c pas ça mais chuuut fo pas le dire !). Il était donc par voie de fait totalement ignorant du danger que peut représenter un serpent pour un gosse en short et t-shirt. Surtout s'il s'approche en dardant sa langue vers son mignon petit visage !
Flash-back
C'était un bel après-midi de juillet, le ciel se peignait d'orangé à la venue du soir. La banlieue retrouvait une certaine quiétude. Les maris étaient rentrés dans leur foyer. Les enfants jouaient à la game-boy dans leur chambre en attendant le dîner. Bref tout semblait calme à Privet drive dans le Surrey.
La langueur de cette fin de journée envoya un soufflet d'air chaud dans la poussière de l'allée et un enfant se mit à tousser.
Harry, les mains devant la bouche, continuait de s'arracher les poumons.
Sa tante l'avait consigné dehors jusqu'à ce qu'il ait fini de désherber les plates-bandes.
Il regarda avec envie la fenêtre de la cuisine.
Il se décida et s'approcha de celle-ci à pas de loup. Ses petites menottes s'agrippèrent au rebord et le hissèrent tant bien que mal.
La lumière de l'intérieur perça l'air du dehors qui s'était assombrit. L'odeur de la cuisine se faufilait entre les jointures de la fenêtre. Du poulet à l'ananas pensa Harry aussitôt. Sa Tante, les gants aux mains et un sourire joyeux au visage apportait le délice sur la table. Son oncle et son cousin frétillaient d'impatiente tout en discutant d'un futur match de baseball « entre père et fils ».
Un reflux de tristesse et de jalousie gagna Harry. Il ne voulait pas faire partie de cette famille. De toute façon ils ne voudraient jamais de lui ! Pourtant en respirant la chaleur d'une maison aimante il n'en ressentit que plus qu'il n'en avait pas et n'en aurait sans doute jamais.
Il était en colère maintenant, pourquoi lui qui n'avait jamais rien fait n'avait pas de famille et son cousin si méchant en avait une. C'était tellement injuste !
Il en voulait au bon Dieu, ce gentil Dieu qui faisait tout le temps mine de ne pas remarquer sa tristesse et son désespoir. Il en voulait au père noël qui devait faire preuve d'équité mais qui oubliait sans cesse son nom sur la liste des gentils enfants. Et par dessus tout ça, il en voulait à Ils de l'avoir abandonné. Pourquoi ? Il ne pouvait pas déjà être un monstre à sa naissance ? Si ? Etait-il si horrible qu'il devrait payer pour cet affront le reste de son existence ?
Il observa de nouveau cette famille aimante qui n'était pas la sienne et se dit que finalement il donnerait tout pour que même eux l'acceptent.
Il descendit de son perchoir en se massant les mains, douloureuses de les avoir crispées sur le rebord en brique trop longtemps. Et en passant une main fébrile sur ses joues rouges il s'aperçut qu'il avait pleuré.
Il essuya les sillons de larmes séchées d'un coup de manche et retourna à son travail.
A la lumière des réverbères, il prit sa truelle et donna un coup rageur dans la terre. Le parterre sembla pris de vie. Les feuilles bougeaient dans tous les sens comme prises dans un tourbillon invisible. Puis, le calme revint aussi vite qu'il était parti. Troublant, obsédant, Harry aurait voulu donner une coup de pied à ce calme. Ce calme qui lui rappelait sans cesse sa solitude. Comme il aurait aimé avoir des amis, quelqu'un à qui parler, n'importe quoi !
Il retourna son outil dans la terre. Il glissa contre une pierre et gémit de frustration : voilà qui allait lui prendre encore longtemps à déterrer.
Soudain quelque chose sortit de sous le feuillage dense des bégonia. Un serpent se dressa, fier, devant lui. Le dardant de sa langue fourchue.
Harry écarquilla les yeux puis sourit de toutes ses dents. Enfin quelqu'un l'avait entendu, quelqu'un était venu le voir.
- §bonjour, toi!§ Murmura-t-il de peur que les autres l'entendent
- Sssssssssss
- §Tu es la plus grosse bestiole que j'ai vu dans ce jardin !§ s'enthousiasma Harry face à un serpent tout ce qu'il y a de plus vert et écaillé.
- SsSSSssss ! sembla s'énerver le paisible reptile en élevant sa gracieuse tête au niveau des yeux de l'enfant.
- §Comment tu t'appelles ? Moi c'est Harry ! Tu veux bien être mon ami ?§ Demanda-t-il avec des yeux de cocker irrésistibles.
- §Pourquoi devrais ssseee te dire mon nom sseune humain ?§ siffla distinctement le serpent en approchant davantage sa langue fourchue du nez tout mignon de Harry et ses yeux aux pupilles fendues angoissantes dans les émeraudes saisissantes de l'enfant.
- §Bin parce que si j'ai pas ton nom je peux pas t'appeler !§ Répliqua-t-il
Le serpent sembla un instant perturbé mais se reprit :
- §Tu parles ma langue sseune humain ?§
- §Harry !§ S'exclama-t-il
- §De quoi ?§
- §Appelles moi Harry s'il te plait personne ne le fait jamais ici.§ Répondit doucement le garçon.
Le siffleur le jaugea un instant, sa langue vibrant sans arrêter.
- §Dis moi Rysss…§ Il déforma quelque peu son nom mais ne sembla pas s'en formaliser.
Un sourire éclatant lui répondit.
- §Es-tu heureux ici ?§ Demanda-t-il de son franc parler
…
…
- §c'est quoi être heureux ?§ s'enquit timidement le petit garçon
…
- §Mais c'est pas grave tu sais ! dis dis ?§
- §non§
- §Je peux te toucher ?§ Demanda-t-il en approchant sa main de la tête frémissante du serpent.
- §Tu peux.§
Le contact en était très froid et comme liquide sans l'être vraiment.
Le serpent ondula sous la caresse pour guider la main de l'enfant.
- §Tu ne pourra certainement pas prononcer mon nom.§ Annonça-t-il
- §Ooh !§ Répondit l'enfant avec une moue dépité qui fit fondre le serpent
- §Mais si tu veux tu n'as qu'à me nommer toi même !§ Jeta-t-il gentiment.
- §Ouaiii ! bon attends, faut que j'en trouve un aussi beau que toi !§
Harry tapa plusieurs fois des mains en sautillant. Il s'agenouilla ensuite et prit une pose comme le grand détective « cherlo col » ou quelque chose comme ça. Il meumeuma un moment à la grande exaspération du serpent, tourna sur lui-même, remeumeuma, leva les yeux au ciel, bougonna et enfin :
- §Melchior !§ s'exclama-t-il avec un air de fierté plaqué sur le visage.
- §Mm, oui pourquoi pas ! J'aime assez ! Mais ce n'est pas courant d'où le tiens-tu ?§
- §D'un conte ! C'est le nom du dragon magicien enfermé dans un livre par un chevalier !§
Alors qu'il allait lui raconter toute l'histoire du dragon Melchior avec tout l'enthousiasme qui caractérise la jeunesse, le nouveau nommé Melchior sentit une goutte lui tomber sur le coin du museau et s'empressa de monter sur la main qui lui flattait le flan distraitement, il s'enroula le long du bras et se nicha autour du cou à la limite du t-shirt trop lâche. Harry rigola sous le chatouillis.
- §Arrête tu me chatouilles !§
- §Emmènes moi à l'intérieur vite je déteste l'eau !§
Harry un sourire béatement niais accroché aux lèvres courut jusque la maison pour la première fois de sa vie en en ayant réellement envie.
Fin Flashback
Mondingus retint un soupir agacé, voilà des jours qu'il filait un certain Peterson, homme d'affaire prospère et sans histoire. Apprécié de la société, il était ce que l'on pouvait appelé un « neutre » ; En effet dans la dernière guerre il ne s'était manifesté pour n'être ni du côté des gentils ni du côté de Voldemort.
Il avait juste passé le temps comme beaucoup d'autres dans des garden party et réunions mondaines sans aucun intérêt tout en se plaignant de temps à autre des crises économiques provoquées par la guerre.
Mondingus ne voyait pas pourquoi son patron lui faisait suivre ce gentleman insipide et louper ainsi de juteuses affaires.
Dire qu'un de ses informateurs lui avait parlé d'une revente dans la baie fumeuse, une petite place récemment ouverte près des dock pour remédier à la découverte de la dernière planque dans les bas fonds de Londres.
Et lui, qu'est-ce qu'il faisait ? Il moisissait dans son trou à attendre que Mister Peterson daigne sortir son cul de richard de sa villa cossue, qui valait sûrement un paquet de fric.
Il émit un sifflement appréciateur en notant des chapiteaux de colonne en marbre vert tailladés de veines dorées dont il en tirerait un bon pris s'il arrivait à les piquer sans attirer l'attention.
Ce qui représentait exactement le problème de l'intervention.
Finalement blondie, comme il se plaisait à l'appeler, sortit de son trou.
Il avança de son pas élégant, synonyme des gens de sa classe, à travers sa propriété et monta dans sa voiture de grand standing. Mondingus suivit le richard grâce à un niffleur-suiveur qu'il avait accroché à sa cape de veline sur une carte spécialement conçue. Il constata qu'il n'avait pas voyagé trop loin puisqu'il se trouvait toujours à Londres, mais, le point représentant Peterson continuait de bouger sur la carte plus lentement signe qu'il continuait sûrement à pied.
Il transplanna.
Quelle déception que le quartier dans lequel il atterrit ! Des immeubles pour le moins insalubres et déprimant des gens mal habillés qui fuyaient votre regard et une impression de pénombre comme si la nuit était tombée avec quelques heures d'avance sur cette partie de la ville.
Il vérifia sur la carte qu'il ne s'était pas trompé d'endroit et constata avec amertume que son contrat n'était qu'à deux ou trois rues de là.
« Pour un peu je me croirai de retour à la maison » marmonna-t-il « manquerais plus que maman pour m'envoyer faire les courses »
Plus tard on pu même l'entendre chanter « home sweet home » en trottinant.
Pour un peu il s'en serait tapé la tête contre les murs comme un elfe de maison.
Pourquoi les hommes aussi riches que Blondie ne vivaient pas une existence palpitante ?
Et pourtant il en avait de l'argent à gaspiller ! Et des relations ! Il connaissait tout le gratin de Londres ! Etonnant que son patron n'en ai jamais entendu parlé ! Enfin s'était toujours un Moldu. Voilà une des rares choses que Mondingus avait appris sur Blondie, c'est, que plus Moldu que lui tu t'avada kedavrise !
Par bonheur, pourtant, la filature la plus interminable qui lui avait été donnée de faire se terminerait bientôt. Ce n'était plus qu'une question d'heures maintenant !
En effet la consigne impliquait qu'il devait faire son rapport un mois après le début du travail et que tout s'arrêterait là s'il s'avérait que l'insignifiant personnage était, eh bien aussi insignifiant qu'il le laissait penser.
Il nota distraitement que Blondie quittait son antre pour le rendez-vous chez Dursley.
Il allait voir ce raté, habitant le Londres pauvre, à qui il avait prêté bizarrement de l'argent. Bizarrement, on devrait plutôt dire stupidement à ce stade mais il n'était pas dans sa tête. Ou comme aimait à le lui rappeler son patron une lumière en matière d'économie et du cour de la bourse.
Si ça se trouvait, investir à perte dans une entreprise minable permettait de rapporter de l'argent à long terme. Enfin il en était dubitatif quand même.
Dursley régla son rétro vers le plafond de sa Ford, boucla sa ceinture, et embrassa sa femme et son fils du regard avec contentement.
Pétunia dans son peignoir rose et jaune et Dursley son fils grand et fort : sa petite famille dont il était si fier !
Il perdit instantanément son sourire quand il entendit son neveu claquer la portière arrière. Il l'insulta pour la forme, un dernier clin d'œil à la famille et leva le pied de l'embrayage.
Vernon se permit un moment de détente au volant. Il tapota de l'index en rythme avec la radio. Il dodelina de la tête.
Il avait rendez-vous avec Peterson ce matin. Au souvenir de leur dernière entrevue il sentit une boule se former dans sa gorge. Comment allait se passer celle d'aujourd'hui ?
Il glissa un coup d'œil vers son neveu. Forme désarticulée posée sur le siège, pâle, semblant vouloir se fondre dans la banquette arrière. Le monstre avait semblé encore plus distrait, après avoir passé la journée avec Peterson, que jamais. Agissant toujours avec prudence, ne répondant plus que par oui monsieur ou non monsieur.
Pas que ça le gène mais c'était moins drôle de lui faire peur dans ces conditions. Il repensa à son sauveur.
Vernon n'était pas une lumière, mais, il se doutait bien de ce que Peterson faisait de l'erreur une fois qu'il l'avait pour la journée. Seulement voilà, ce ne faisait pas partie des choses qu'il était prêt à s'avouer. Il traita donc son neveu de « loque » et lui ordonna de se relever sans le moindre état d'âme.
Après tout avait-on idée d'être aussi faible ? Son Dudley avait le même âge et il était un grand garçon bien bâti, fort comme un bœuf (fier comme un coq aussi ; ), la meilleure note de la classe en sport et il savait ce qu'il voulait non d'un chien !
Cette enfant était une merveille, un cadeau du ciel pas comme l'autre avorton, ramené d'on ne sait où, qui apportait malheur et destruction.
Voilà !
Exactement !
C'était un envoyé des enfers ou quelque chose dans ce style lâché sur terre pour détruire la vie des braves gens !
Il marmonna encore « envoyé des enfers » « diable » « monstre » au rythme des Beattles comme quoi on peut être totalement dépourvu de sensibilité et apprécier de la bonne musique
Le même rituel, toutes les semaines, depuis des années, pu enfin commencer pour Vernon Dursley.
Il descendit de voiture en chantonnant.
Marcha d'un pas conquérant sur la pancarte suicidaire, qui avait réussi son entreprise, c'est à dire se suicider. En grommelant bien évidemment. Pourquoi changer les bonnes vieilles habitudes ?
Mais, maintenant il tenait à la main son attaché caisse.
De qualité douteuse mais meilleur que l'ancien il faut le reconnaître.
De nombreux changements étaient tout de même apparut dans la vie de Vernon Dursley ces derniers temps : Sa cravate semblait propre, son pantalon d'un gris délavé avait laissé place à un pantalon à pince noir du dernier cri. La veste assortie le mettait en valeur ( et c'est dur !). Et oh ! miracle on pouvait même apercevoir de la cire sur ses chaussures à boucle dorée !
Bref Vernon Dursley, homme bouffi d'orgueil semblait prêt à s'étouffer avec.
Il accueillit son rendez-vous avec courtoisie et regarda son neveu partir sans chercher le moins du monde à cacher sa joie.
Oui Vernon Dursley n'était pas une lumière mais il savait à l'évidence comment s'arranger avec sa conscience. C'est à dire ignorer qu'il en avait une.
S'il y a une chose qu'il faut savoir avec l'être humain c'est qu'il a l'esprit contradictoire.
Il est libre ? il finit toujours par s'entraver et s'emberlificoter dans des règles.
Il ne l'est pas ? Il contourne les lois pour s'en affranchir et tant pis pour les conséquences !
Il est un être de raison ? Il agira irrationnellement !
Vous voyez Dieu ? Et la Bible ?
Elle dit « tu ne dois pas mentir » et le mensonge fait partie intégrante de notre société, mieux c'est une institution ! on nous encourage à nier les vérités et à surfer sur une mer de secrets ! On nous incite à nous noyer !
Elle dit « tu ne dois pas tuer » et nous inventons les guerres, les crimes passionnels, les poisons.
Elle dit « tu dois t'introduire dans le trou qui est fait pour » non en fait elle ne dit pas ça. Heureusement ! Tout ça pour dire que c'est mal mais qu'on le fait comme même ! Incompréhensible n'est-ce pas ?
Mr Peterson était un homme simple, enfin simple c'est une façon de parler.
Il aimait discuter pendant des heures avec ses amis de longues dates. Draguer ouvertement de jolies et jeunes filles lors des multiples réceptions qu'il donnait en son honneur.
Il s'aimait soi-même bien évidemment !
Ah et couler les entreprises de minables comme Dursley afin de voir l'emprise de son pouvoir sur autrui. Observer le commun des mortels dans son plus vilain habit. Un mélange de lâcheté qui l'entraîne à embrasser ses chaussures et de couardise. De haine envers nul autre que lui-même, d'égoïsme. Ah l'égoïsme ! un espoir pervers de voir quelqu'un d'autre souffrir à sa place ! C'était sûrement le sentiment dont il se délectait le plus d'écraser.
L'espoir que le supplice prenne fin ! C'est quand les gens ressentait cet espoir là, non pas celui décrit dans les livres, cet espoir sain et pur. Pouah pur comme si cela existait encore dans notre société ! L'espoir de vivre, que dis-je de survivre était un des sentiments les plus puissants plus forts encore que l'amour, l'amitié tout ce que l'on peut trouver de bon marché dans les émotions humaines.
L'espoir plus communément appelé instinct de survie qui subsiste en chacun de nous et qui nous fait croire à une porte de sortie au bout du tunnel, oui cet espoir là ! Comme c'était jouissif de le briser ! de le faire s'envoler. Aussi facile que d'ouvrir une boîte de Pandore et de la laisser ouverte.
Les gens sont faibles ! Alors que l'espoir est ancré en chacun de nous comme quelque chose d'inéluctable, il s'échinent à penser qu'il peut disparaître !
Ce n'est alors pas tant l'action du bourreau qui le leur enlève mais plutôt leur croyance personnelle que tout s'arrête une fois qu'on l'a perdu une première fois.
C'est pourquoi Peterson restait toujours à la recherche des récalcitrants. Ceux, là, qui n'arrêtent jamais de croire. Et en qui la flamme de l'espoir est si dure à étouffer.
Harry ne le regarda pas. Il fixa un point invisible sur le plafond comme absorbé. Comme si le vide de son existence trouvait écho avec la blancheur parfaite de la peinture.
Peterson s'en trouva un peu agacé. Il fit une pause que le gosse ne remarqua pas et essaya de capter son regard.
Il l'appela : « Harry ? »
Avec plus d'insistance : « Harry ! » d'une voix cajoleuse.
Le gosse semblait profondément ennuyé, il entra, le gosse laissa couler une larme malgré lui.
Enfin une réaction ! Il détestait quand ses victimes ne réagissaient pas, car alors l'on ne pouvait entrevoir la lueur d'espoir.
Harry ne le regarda pas, il préférait de loin le blanc du plafond, le doré des persiennes, tout pour ne pas penser à lui.
Les sentiments sont des choses bien étranges et dignes de l'homme.
Elles sont le fruit de son esprit contradictoire, elles existent uniquement parce que l'homme à choisi de suivre son « coeur » plutôt que son esprit.
Quand peut-on dire qu'un sentiment est bon ou mauvais ?
Si un domestique avait eu une curiosité plus forte que sa loyauté envers le maître de maison on n'en serait pas là ! Il aurait assisté aux méfaits de son patron et l'aurait dénoncé. Mr Peterson aurait été en prison. Les familles des victimes auraient été vengées en quelque sorte.
Mais surtout, Harry n'aurait pas rencontré son bourreau numéro deux, ou quatre si l'on compte sa famille, cinq si l'on prend en compte Marge Dursley, et etc pour les amis de Dudley Dursley ou plutot ses sous-fifres.
Mais voilà, ce jour-là ce ne fut pas un domestique mais Dorothée Gray, la bonne, qui glissa un clin d'oeil à travers l'entrebâillement de la porte.
Aigrie, le visage de Mlle Gray était d'une cruelle banalité. Elle faisait partie de ces filles qui vont faire du speed dating mais rentrent les mains vides. De celles qu'on ne remarque jamais
Son travail ne l'aidait en rien à combler le vide relationnel de sa jeune existence. A force d'être ignorée, elle avait oublié à quoi pouvait bien servir la notion de « discrétion ».
Quelle ne fut pas sa surprise de voir son patron avec un morveux, elle observa la scène d'un œil avide et nota les larmes du gamin.
Cela la fit revenir quelques années en arrières.
A ce moment là elle n'était pas encore rentrée dans la maison Peterson.
Elle passait nombres de petites annonces sans succès.
L'une d'elles lui cuisait particulièrement
On l'avait fait entrer dans un salon de goût : sol de marbre véritable et lourdes tentures rouge bordeaux aux fenêtres.
La famille habituelle, quoique plus écoeurante. Madame, un sac d'os aux lèvres pincées, qui semblait plier sous le poids de ses bijoux. Et Monsieur : rembourré au foie gras sans aucun doute. Son regard concupiscent l'avait suivi la moitié de l'entretien. Celui-ci mené de main de maître par sa femme qui ne semblait pas offusquée par l'attitude de son bouffi de mari. Le questionnaire rituel touchait à sa fin quand la maîtresse de maison daigna demander l'avis de son mari.
- Qu'en pensez-vous très cher ? celle-ci ferait l'affaire, non ? s'enquit-elle d'une voix stridente.
- Vous voulez rire je suppose ? Prendre cette dinde à notre service ? Si encore elle était jolie ! s'exclama-t-il en la désignant du bout du doigt.
Elle soupira en se massant les tempes. Elle lui jeta un bref coup d'œil et s'adressa de nouveau à son mari :
- Ne pourriez vous pas vous en contenter le temps d'en trouver une autre ? j'ai une migraine abominable ! Geignit-elle
Elle n'en revenait pas ! Comment osait-on parler ainsi d'elle alors qu'elle se trouvait en face d'eux. Son orgueil lui criait d'arracher la moue désapprobatrice du gros porc qui semblait bouder.
Bouder ?!
On aurait dis un garçon de deux ans auquel on aurait refusé le super actionman nouvelle version au profit d'une banale voiture légo ! Banale, oui elle était banale, totalement et irrémédiablement banale, B-A-N-A-L-E.
Elle aurait presque envie de rire si ce n'était pas d'elle que l'on parlait.
Elle s'était simplement levée drapée dans le peu de dignité qu'il lui restait. Elle avait salué ses interlocuteurs poliment. Et était partie.
La suite se perdait un peu dans le flou du temps ou dans les larmes qu'elle avait versées.
Elle retint cependant l'arrivée de son sauveur.
Elle était rentrée dans quelqu'un et l'avait renversé.
Il se faisait appeler Peterson, était bien fait de sa personne et avait besoin d'elle.
Elle regarda une dernière fois la scène devant elle, grava le visage du morveux. Une tête ébouriffée, des yeux verts et une cicatrice.
Elle envoya une prière à qui voudrai l'entendre et promit que quand se serait son tour elle ne regarderai sûrement pas le plafond.
