Tout d'abord, merci à ceux d'entre vous qui ont pris le temps de poster un commentaire concernant cette histoire.
Elle me tient particulièrement à cœur et j'espère qu'elle vous plaira.
Pour répondre à une des questions qui m'a été posé, j'espère pouvoir ajouter deux chapitres par semaine si tout va bien (peut-être plus, en tout cas jamais moins).
Elle sera probablement longue et même si j'ai déjà un plan en tête, rien ne me garantit qu'il n'évoluera pas au fil des chapitres.
Concernant le premier chapitre, j'aimerais simplement préciser que je l'ai écrit en écoutant la magnifique chanson de Metallica « Fade to black » et si vous voulez vous mettre dans l'ambiance je vous conseille de l'écouter.
J'essaierai de donner les titres des chansons écoutées en écrivant pour chaque chapitre car la musique est une grande source d'inspiration pour moi.
Encore un grand merci à tout ceux qui me lisent et à très vite !
Sydney8201
Concernant ce chapitre, voici les titres écoutés :
Cry de James Blunt
Boulevard of broken dreams de Green Day
CHAPITRE 1 : Faire semblant
- Dean !?
Dean ne put s'empêcher de sursauter en entendant la voix de Chris. Il avait les yeux rivés sur le téléphone qu'il tenait toujours fermement dans sa main. Il secoua la tête, ravala ses sanglots puis s'essuya les joues du revers de la main.
- Hey D ?!
Chris était le seul à pouvoir utiliser ce surnom sans que Dean ne s'énerve. Le jeune homme se leva de la chaise sur laquelle il s'était assis pour passer son coup de fil puis se dirigea vers la porte de sa chambre. Il allait poser la main sur la poignée quand elle s'ouvrit brusquement, manquant de le frapper en pleine tête.
- Eh t'es malade ou quoi ? lança t-il furieux en reculant d'un pas.
Il se retrouva nez à nez avec Chris qui semblait à la fois en colère et soulagé en le voyant. Dean le dévisagea une seconde avant de croiser ses bras sur sa poitrine.
- Je peux savoir ce que tu fais là ? Je croyais que tu passais la soirée chez Steve, jeta t-il.
Chris regarda par-dessus l'épaule de Dean pendant une seconde avant de reporter son attention sur son ami.
- J'ai essayé de t'appeler mais tu ne répondais pas et ton portable est éteint, expliqua t-il.
Dean l'avait coupé en rentrant. Il ne recevait que très peu d'appels dessus mais il n'avait pas eu envie d'être interrompu.
- Et alors ? Je suis un grand garçon j'te rappelle … et tu n'es pas mon père ! répliqua t-il, furieux.
Chris secoua la tête.
- Peut-être pas mais j'étais inquiet.
- Tu n'avais aucune raison de l'être.
- Vraiment ?
Dean savait que son ami se faisait beaucoup de soucis pour lui. Surtout depuis la mort de sa mère trois jours plus tôt. Il n'était pas idiot au point d'ignorer les idées qui trottaient dans la tête du jeune homme. Et de toute évidence, c'était exactement ce à quoi il avait pensé en n'obtenant aucune réponse de sa part.
- Pourquoi n'as-tu pas répondu quand j'ai essayé de t'appeler ? demanda finalement Chris, laissant sa dernière remarque de côté.
Dean se dirigea vers son lit et se laissa tomber dessus. Il jeta un coup d'œil au téléphone qu'il avait posé sur son bureau puis haussa les épaules.
- J'étais déjà au téléphone, répondit-il.
Chris fronça les sourcils en faisant un pas dans la chambre.
- Avec qui ?
- En quoi est-ce que cela te regarde exactement ?
- Ca me regarde parce que tu es mon ami et que je … je me fais du souci pour toi. Tu ne peux pas … Dean, tu ne peux pas continuer comme ça.
Dean soupira longuement. Il savait qu'il n'avait pas le droit de causer autant de problèmes à son meilleur ami. Et il avait la ferme intention d'y remédier dès que possible. Il n'avait pas menti à Castiel. Il avait bel et bien choisi d'en finir. Il lui restait simplement à peaufiner les détails de son plan. Et tant que Chris veillerait sur lui avec autant d'insistance, il n'était pas prêt d'en avoir l'occasion.
- Je sais et je fais en sorte de m'en sortir mais tu dois me faire confiance Chris. Tu sais avec qui j'étais au téléphone quand tu as essayé de m'appeler ?
Quand son ami secoua la tête, Dean enchaîna.
- C'était un des types de l'association dont tu m'as donné le numéro … j'ai parlé un moment avec lui et … ça m'a fait du bien.
Chris semblait sceptique et Dean se doutait qu'il ne serait pas facile de le convaincre.
- Il s'appelle Castiel et … il m'a fait prendre conscience de certaines choses … des choses sur lesquelles je dois travailler si je veux m'en sortir. Je ne vais pas me suicider si c'est que tu crains.
- Bien sûr que c'est ce que je crains … Dean … tu me l'as dit l'autre jour … juste après … juste après ta mère. Tu m'as dit que tu allais en finir.
- Oui et bien c'était l'autre jour et … les choses changent.
Chris soupira longuement avant de venir prendre place à côté de son ami sur le lit. Il lui prit la main et la serra dans la sienne.
- Je ne demande qu'à te croire Dean mais … admets que ce n'est pas simple pour moi. Et si toutefois il t'arrivait quelque chose je … je ne crois pas que je pourrais m'en remettre.
Dean ne put s'empêcher de sentir son cœur se serrer en entendant son ami. Il savait bien que son geste allait lui faire énormément de mal mais il savait également qu'il se sentirait mieux une fois débarrassé de lui. Chris pouvait dire le contraire tant qu'il le souhaitait, Dean restait persuadé qu'il s'empêchait de vivre pleinement pour garder un œil sur lui.
- Il ne va rien m'arriver Chris. Je ne vais pas me suicider. J'ai envie de m'en sortir, mentit-il avec aplomb.
Il n'avait jamais réellement menti à son ami mais cette fois, il n'avait pas le choix. Et il était surpris de constater qu'il ne se sentait pas réellement coupable. Il avait entendu des gens dire que le suicide était un acte égoïste. Que choisir d'en finir avec la vie revenait à fuir ses problèmes sans se soucier des conséquences que cela pourrait avoir sur les autres. Mais Dean ne voyait pas les choses de cette manière. Il était persuadé qu'en mettant fin à ses jours, il retirerait un poids des épaules de ses amis. Il leur offrirait une vie plus simple où ils auraient enfin l'occasion de s'occuper d'eux et de leur relation. Il voyait sa mort comme un cadeau … une ultime offrande aux deux seules personnes au monde qu'il aimait par-dessus tout.
- Dean, tu n'es pas en train de me mentir hein ? demanda finalement Chris en serrant la main de son ami dans la sienne.
Dean secoua aussitôt la tête.
- Bien sûr que non, répondit-il.
Chris hocha la tête puis leva les yeux vers son ami. Il le dévisagea une seconde avant de lui sourire.
- Tu sais que je t'aime idiot … et Steve t'aime aussi, rappela t-il.
Dean acquiesça. Il ne doutait pas de l'affection de ses amis. Il en avait la preuve tous les jours. Chris était toujours resté à ses côtés dans les bons comme dans les mauvais moments. Il l'avait écouté pleurer des heures entières quand ses parents l'avaient mis dehors. Il l'avait réconforté et accueilli chez lui sans hésiter une seconde. Il avait sacrifié bien des choses pour ne pas le laisser seul. Steve, quant à lui, n'avait rejoint leur petit cercle que plus récemment mais il avait rapidement gagné sa place dans le cœur de Dean. Il n'avait jamais posé de questions sur son histoire et n'avait pas cherché à en savoir plus que ce que le jeune homme avait bien voulu lui confier. Mais quand Chris ne pouvait pas être avec lui, c'était vers Steve qu'il se tournait. Et bien que plus âgé que lui et son ami, jamais il n'avait tourné ses problèmes en dérision. Jamais il n'avait mis son jeune âge en avant pour minimiser sa douleur et sa souffrance. Steve était un homme bien et Dean savait que Chris serait entre de bonnes mains le jour où il ne serait plus là pour lui.
- Je le sais oui … et je vous aime aussi les gars, assura Dean.
Chris lui relâcha alors la main pour passer son bras autour de ses épaules. Le jeune homme se laissa faire, appréciant comme à chaque fois la proximité de son ami et la chaleur qui émanait de son corps. Quelques années plus tôt, ce simple contact lui aurait probablement fait espérer plus mais aujourd'hui les choses étaient différentes. Il avait compris qu'il n'était pas amoureux de Chris. Il l'aimait comme un ami et rien de plus. Ils n'avaient plus couché ensemble depuis cette première fois désastreuse et c'était tout aussi bien. Depuis, Dean avait connu d'autres hommes … beaucoup trop s'il s'en tenait à ce que Chris disait. Mais, même s'il savait que le sexe n'était pas la solution à ses problèmes, il trouvait dans ces relations d'un soir quelque chose de réconfortant et d'apaisant. Il aimait se sentir désiré. Il aimait les regards que les hommes posaient sur lui. Il aimait être serré dans les bras de quelqu'un, même s'il s'agissait d'un inconnu. Un psychologue lui aurait probablement dit que son goût pour les hommes plus âgés découlait directement de l'absence de son père mais Dean refusait d'y penser. Et il se fichait de la réputation qu'il pouvait avoir dans les clubs qu'il fréquentait. Il se fichait qu'on puisse dire de lui qu'il était facile et qu'il écartait les jambes pour quiconque acceptait de lui montrer un peu d'intérêt. Tout ceci ne serait bientôt plus un problème. Si tout se passait comme il l'imaginait, ces hommes devraient bientôt se trouver une autre cible. Cette simple idée lui arracha un maigre sourire.
- Vous avez eu le temps de répéter au moins avant que tu n'accoures ici ? demanda Dean en se souvenant de la raison pour laquelle Chris s'était rendu chez Steve.
Leur groupe commençait à se faire connaître et ils avaient quelques concerts de programmés pour la fin du mois. Des concerts qui les contraindraient à s'éloigner de la ville pour quelques jours. L'occasion idéale pour Dean d'avoir le temps de mettre son plan à exécution. Il lui suffisait de se montrer suffisamment convaincant pour que Chris n'insiste pas pour qu'il vienne avec eux.
- Entre autres choses, plaisanta son ami en lui adressant un clin d'œil.
Dean ne put s'empêcher de grimacer et il s'écarta presque aussitôt de lui.
- Tu es dégoûtant tu le sais ? jeta t-il.
Chris prit un air faussement choqué avant d'hausser les épaules.
- Oh je sais à quel point tu meurs d'envie d'avoir tous les détails … je sais que tu aimes savoir sur quelle surface j'ai choisi de pousser Steve avant de …
- Je sors d'ici, l'interrompit Dean en se levant du lit.
Chris rit pendant quelques secondes derrière lui avant que Dean ne lui fasse à nouveau face.
- Ok, ok, j'arrête avec les détails croustillants de ma relation trépidante et sexuellement parfaitement satisfaisante et je change de sujet … tu as réfléchi à propos du concert de vendredi soir ?
Dean haussa les épaules. A vrai dire, il n'avait pas eu le temps d'y penser. Chris avait évoqué le sujet une semaine plus tôt mais depuis la mort de sa mère, il avait bien d'autres choses en tête. S'il était parfaitement honnête avec lui-même, il devait admettre que l'idée lui plaisait. Il avait toujours adoré chanter avec ses amis. Il doutait d'être réellement doué mais Chris lui avait assuré maintes et maintes fois qu'il était talentueux. Dean mettait ses compliments sur le compte de leur amitié mais il ne pouvait nier le plaisir qu'il prenait quand il chantait. Toutefois, il doutait d'y parvenir à présent. Pas après ce qu'il s'était passé quelques jours plus tôt. Pas maintenant qu'il savait qu'il serait bientôt mort lui-aussi.
- Chris, je ne suis pas sûr de vouloir venir, répondit-il finalement.
Son ami soupira longuement avant de faire un pas en direction de Dean. Le jeune homme savait qu'il ne pourrait pas échapper aux réprimandes de Chris … pas plus que son ami ne pourrait s'empêcher d'insister lourdement. C'était un scénario qui se répétait inlassablement à chaque nouveau concert. Dean finissait toujours par accepter.
- Et moi je suis sûr que cela te ferait le plus grand bien. Ecoute, Dean, je sais que tu ne vas pas bien et que tu as envie qu'on te laisse tranquille mais tu l'as dit toi-même. Tu veux remonter la pente. Tu veux t'en sortir et crois-moi … il n'y a rien de mieux pour ça que de passer du temps avec tes amis.
- Mes amis et des dizaines d'inconnus … on n'est pas en train de parler d'une soirée entre potes mais d'un concert dans un bar remplis de gens venus me juger. J'ai un peu de mal à imaginer que cela puisse m'aider.
- Tu oublies de dire qu'ils vont t'adorer, te complimenter et booster ta confiance à tel point que tu te sentiras cent fois mieux en repartant.
Dean en doutait mais il n'avait pas envie de contredire son ami sur ce point. Il craignait de lui mettre la puce à l'oreille. Chris pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert. Il ne pouvait pas prendre de risques.
- Ta confiance aveugle en mes qualités de chanteur me touche Chris mais je te rappelle que je ne fais pas parti du groupe et que j'ai d'autres chats à fouetter.
- Tu pourrais faire parti du groupe si tu le voulais … on aurait bien besoin d'un chanteur comme toi mais je sais que ce n'est pas ce que tu veux et je respecte ton, choix … toutefois, je maintiens que tu as besoin de sortir d'ici et je t'en offre la possibilité.
Dean détourna les yeux, incapable de soutenir plus longtemps le regard plein d'espoir de son ami. Il avait envie de lui dire que chanter dans un bar ne l'aiderait pas à oublier sa mère. Il voulait lui rappeler que son suicide ne remontait qu'à trois jours et qu'il n'avait pas encore pu faire son deuil. Il aurait aimé pouvoir lui crier qu'il n'y arriverait jamais … qu'il le savait et qu'il l'avait accepté. Mais cela revenait à lui avouer son désir d'en finir et ce n'était pas envisageable. Si Chris en prenait conscience, il chercherait probablement à le faire interner. Il ne lui laisserait pas le choix.
- Si j'accepte, tu me laisseras tranquille jusque là ? demanda t-il en reportant son attention sur son ami.
Ce dernier sembla réfléchir à la question pendant de longues secondes avant de répondre.
- Peut-être.
Ce qui n'était pas une réponse en soit mais Dean devait s'en contenter. Il ferma les yeux une seconde, frustré et furieux. Il adorait Chris. Il l'aimait plus que quiconque. Mais parfois, il ne pouvait s'empêcher de penser que tout serait plus simple sans lui à ses côtés. Il n'aurait pas eu à prétendre que tout allait bien durant ces deux longues années. Il n'aurait pas eu à mentir et à jouer un jeu. Il serait probablement déjà mort et tout le monde s'en porterait mieux.
- Dean, vieux, écoute … commença Chris, tirant Dean de ses songes.
Ce dernier sentit la main de son ami se poser sur son épaule et il rouvrit les yeux aussitôt. Il pouvait lire de la tristesse et de l'inquiétude dans le regard du jeune homme. Et une nouvelle fois, il ne put s'empêcher de se sentir coupable à l'idée qu'il en était le seul responsable.
- C'est pour toi que je fais ça … je sais que tu souffres et crois-moi je ne cherche pas à minimiser ce que tu ressens mais … je veux t'aider … Steve aussi. Et pour ça, il va falloir que tu y mettes du tien.
- Parce que tu crois que je ne fais pas d'efforts pour …
- Ce n'est pas ce que je dis vieux, l'interrompit Chris en lui serrant l'épaule. Tu sais très bien que ce n'est pas ce que je sous-entends par là.
- Alors quoi ? Qu'est-ce que tu veux me dire ?
Dean pouvait sentir la colère le submerger et il le regrettait. Il ne voulait pas s'emporter contre Chris mais plus son ami insistait pour l'aider et plus il avait la sensation d'étouffer. Il se sentait pris au piège. Il y avait bien une issue mais pour le moment son ami se tenait fermement en travers de son chemin.
- Simplement que nous sommes là pour toi … que nous serons toujours là pour toi. Mais que nous ne pouvons rien faire de plus que t'apporter notre soutien. Le reste dépend de toi Dean. De toi et de personne d'autre.
Le jeune homme eut envie de le contredire. Si tout dépendait uniquement de lui, il y a longtemps que le problème serait réglé. Mais il le garda pour lui.
- Je sais Chris … et je vais m'en sortir.
- C'est tout ce que j'avais besoin d'entendre.
Dean acquiesça puis soupira longuement. Chris lui adressa alors un sourire qui en disait long sur son soulagement.
- Alors, comment on fait pour ce concert ? demanda t-il en retirant sa main de l'épaule de son ami.
Ce dernier leva les yeux au plafond avant d'hausser les épaules.
- Puisqu'il me parait évident que tu n'accepteras pas que je te dise non … il ne me reste plus qu'à te dire oui.
Chris l'attrapa alors par les épaules et le serra contre lui. Dean était habitué à ces élans d'affection de la part de son ami. Et il ne chercha pas à s'en soustraire. Il referma ses bras autour du jeune homme et vint enfouir son visage dans le creux de son épaule. Il était beaucoup plus grand que lui et cela l'obligea à se pencher en avant mais il le fit avec plaisir. Cette étreinte était exactement ce dont Chris avait besoin et si Dean était parfaitement honnête avec lui-même, il ne pouvait nier qu'il y trouvait lui aussi un minimum de réconfort.
- Tu n'as pas idée à quel point je t'aime idiot, murmura Chris.
Dean sentit les larmes lui monter aux yeux mais il refusait de les laisser couler. Il ne pouvait pas laisser les mots de son ami l'atteindre et le faire douter. Il y avait trop de choses en jeu dans cette histoire. Et le bien être de Chris en faisait parti. Dean choisit à la place de tourner les propos de son ami en dérision.
- Bordel, tu ressembles de plus en plus à une gamine de douze ans hyper sensible.
Chris ne le relâcha pas et Dean fut soulagé de l'entendre ricaner contre son épaule.
- Je suis sûr que Steve ne doute absolument pas de ma masculinité ! riposta t-il.
- Oui mais Steve ne sait pas que tu passes tes soirées à dire à ton ex que tu l'aimes en le serrant dans tes bras.
- Je suis l'homme d'un seul homme vieux … désolé de te décevoir.
Dean hocha faiblement la tête puis s'écarta de son ami, mettant un terme à leur étreinte.
- Et puis je doute qu'on puisse te considérer comme mon ex … rappela Chris en souriant.
- Voilà qui me fait me sentir mieux, répliqua Dean.
Les deux amis se regardèrent une seconde avant de se sourire. Puis Chris se passa une main dans les cheveux en jetant un coup d'œil à la porte.
- Tu as faim ? Parce que moi je suis affamé ! expliqua t-il.
Dean doutait que son estomac ne supporte quoi que ce soit mais une nouvelle fois, il se garda bien de le dire. Il haussa les épaules à la place.
- On peut toujours commander une pizza, suggéra t-il.
- Je m'en occupe, accepta son ami.
Il se dirigea vers la porte de la chambre mais fit une nouvelle fois face à son ami quand il eut posé la main sur la poignée.
- Eh Dean ? l'interpela t-il.
Le jeune homme se tourna vers lui et le regarda droit dans les yeux.
- Merci, souffla Chris en souriant.
- Merci pour quoi ? demanda Dean, surpris.
- Juste merci … répondit son ami avant de sortir de la chambre.
Dean le regarda faire sans réellement comprendre le sens de ses propos. Il attendit que le jeune homme ait refermé la porte pour se laisser tomber sur le lit. Il enfouit son visage dans sa couette et serra les dents. Il savait que Chris comptait sur lui. Il ne doutait pas que son geste ferait souffrir son ami. Mais il voulait croire qu'au final, ce dernier comprendrait que Dean l'avait fait pour lui. Il était un poids avec lequel Chris avait appris à composer. Un fardeau qu'il portait sur ses épaules depuis deux ans sans jamais se plaindre. Mais cela ne pouvait pas continuer. Dean savait qu'il ne pourrait jamais s'en sortir. Il n'avait plus rien à quoi se raccrocher, plus aucun espoir pour le motiver à aller de l'avant. Il avait la sensation que son cœur s'était arrêté de battre le jour où il avait appris le suicide de sa mère. Il y avait ce gouffre au fond de lui que rien ne pourrait jamais combler. Il était déjà mort de l'intérieur. Il ne lui restait plus qu'à en finir physiquement. De nouvelles larmes vinrent inonder ses yeux et cette fois, il fut incapable de les retenir. Il les laissa déborder de ses paupières et humidifier la couette contre laquelle son visage était pressé. Il sanglota un moment sans bruit. Il avait appris à pleurer en silence. S'il n'en avait pas été capable, il savait que Chris aurait passé le trois-quarts de ses nuits à ses côtés. Et c'était une des choses qu'il ne pouvait pas accepter.
- Eh vieux, des anchois ça te dit ? lança Chris depuis le salon.
Dean leva le visage de sa couette pour lui répondre.
- Comme tu veux !
Le jeune homme attendit quelques secondes pour s'assurer que son ami ne viendrait pas dans sa chambre puis il se leva de son lit et se dirigea vers son bureau. Il attrapa son portable et le ralluma puis il reposa le téléphone sur son socle. Il avait dit à Castiel qu'il appelait d'une cabine téléphonique. Quand son interlocuteur avait menacé d'appeler la police, il avait paniqué. A présent qu'il y repensait, il ne pouvait s'empêcher d'avoir peur que l'homme ne tente quand même de tracer son numéro. Il regrettait à présent d'avoir passer ce coup de fil. Il ne savait pas vraiment ce qu'il cherchait en appelant cette association. Il avait simplement suivi les conseils de Chris, espérant ainsi donner à son ami bonne conscience. Il le voyait comme le moyen de lui dire qu'il avait fait tout ce qu'il était possible de faire pour tenter de l'aider. Qu'il ne devait pas s'en vouloir d'avoir échoué. Mais à présent, il réalisait qu'il avait sans aucun doute commis une erreur. Si Castiel n'avait pas cru à son mensonge, il devait probablement déjà avoir son adresse. Et si la police ou les secours débarquaient chez lui, Chris comprendrait qu'il lui avait menti. En plus de sa liberté, Dean risquait de perdre son ami. Comment avait-il pu se montrer aussi stupide ?
- Calme toi … respire … tout se passera bien … murmura t-il en espérant se convaincre.
Il détourna finalement les yeux du téléphone puis se dirigea vers la salle de bains. La pièce communiquait directement avec sa chambre et avec celle de Chris. Dean vérifia que son ami ne s'y trouvait pas avant d'y entrer. Il s'arrêta devant le miroir au dessus du lavabo et jeta un coup d'oeil à son reflet. Il grimaça devant l'image que la glace lui renvoyait. Il ne reconnaissait pas ce visage aux traits tirés. Des cernes noires soulignaient ses yeux vert et sa peau avait une teinte grisâtre qui en disait long sur son état de fatigue. Il ne dormait pas depuis trois jours. Il n'essayait même pas. Il savait que les cauchemars l'attendaient derrière ses paupières closes. Il ne doutait pas que le fantôme de sa mère serait là pour le tourmenter. Il ne voulait pas se réveiller en hurlant en plein milieu de la nuit. Il préférait ne pas fermer les yeux. Mais cela avait des répercutions sur son physique. Toutefois, ça n'avait pas une grande importance. Là où il allait, personne ne se souciait de ce genre de choses.
Le jeune homme soupira avant d'allumer le robinet et de s'asperger le visage d'eau froide. Il sortit ensuite ses pilules de la poche de son jean et en avala deux sans se soucier du surdosage. Il s'était procuré ces médicaments auprès d'un dealeur qu'une de ses conquêtes d'un soir lui avait conseillé. Il s'agissait de Provigil, une pilule recommandée pour les personnes souffrant de narcolepsie et de fatigue chronique. La molécule – modafinil – était un excitant destiné à maintenir les patients éveillés. Sur une personne ne souffrant d'aucun de ces symptômes, elle empêchait tout simplement de dormir. Et c'était exactement ce dont Dean avait besoin. Il avait fait quelques réserves et envisageait d'avaler tout ce qui lui restait le moment venu. Il était presque sûr que cela serait fatal.
- Dean, on se fait un film ? s'écria Chris depuis le salon.
Dean coupa l'eau puis regarda à nouveau son reflet dans la glace.
- Si tu veux, accepta t-il.
Il se passa une main sur le visage puis dans les cheveux avant de quitter la salle de bain pour rejoindre son ami. Quand il entra dans le salon, Chris était assis sur le canapé, la télécommande de la télévision dans la main.
- Eh j'ai mis Star Wars … comme au bon vieux temps, jeta le jeune homme en tendant une bière à Dean.
Ce dernier l'accepta avec un sourire puis s'installa sur le canapé à côté de son ami. Ils avaient vu tous les films de la saga ensemble durant leur enfance et ils avaient fini par connaître les dialogues par cœur. Dean savait que son ami avait choisi ce film pour détendre l'atmosphère et pour lui faire plaisir mais le jeune homme ne pouvait s'empêcher de penser que cette soirée était une des dernières qu'ils passaient ensemble. Il doutait de parvenir à apprécier le film. Mais il comptait bien profiter de la compagnie de Chris pour quelques heures. Tant pis si cela devait le rendre nostalgique. Tant pis si cela lui donnait envie de pleurer. Il était un homme condamné et même s'il avait l'impression d'être dans le couloir de la mort depuis trop longtemps, il n'avait pas envie de gâcher ses derniers moments. Et si Chris s'amusait ce soir, ce serait une première victoire pour le jeune homme. Après tout, Dean le lui devait bien.
