Ce fut tout ce que leur dit le sorcier avant de les lâcher dans la nature. Il garda Marianne dans son manoir car c'était elle, la plus susceptible de croiser son double ou un membre de son entourage et changer le cours de son existence.
Emma partit donc seule avec le Capitaine. Elle arpenta la forêt au hasard, le pirate sur ses talons. Ils déambulèrent au gré de leurs pas dans un petit village avant de le quitter : il ne semblait pas trouver les informations qu'ils étaient venus quérir.
- « Comment on fait pour trouver ce...''truc'' qu'on doit changer si on sait pas ce que c'est ?, maugréa Emma pour la énième fois.
- Sois patiente, Love. Nous finirons bien par trouver de quoi il s'agit. »
Les arbres se firent moins nombreux et laissèrent place à une vaste clairière. La vue était dégagée, l'herbe y était verte et s'étendait à perte de vue.
Une demeure assez cossue, pour les gigantesques bâtisses qui parsemaient l'Enchanted Forest, trônait un peu plus loin.
Emma et Hook entendirent le bruit des roues, le cliquetis des pièces de métal et le souffle des bêtes sous le poids de l'effort. Tous deux se retournèrent pour voir un carrosse s'arrêter à leur hauteur. Il était précédé par deux grands chevaux noirs comme la nuit à la longue crinière ébène et aux membres larges et musclés.
La robe des équidés contrastait avec celle du carrosse qui était d'un blanc nacré. Avant que le cocher ne puisse descendre, la porte du carrosse s'ouvrit.
« Puis-je vous être d'une quelconque utilité ? »
La voix appartenait à un homme déjà vieillissant aux cheveux grisonnants. Les cheveux poivre et sel semblaient avoir quelque peu délaissé le sommet de son crâne. Il avait un visage tout à fait sympathique et semblait plein de bonté.
- « Heu... c'est-à-dire que...enfin...nous..., balbutia la blonde, prise au dépourvu.
- Nous sommes deux voyageurs égarés. Nos chevaux et nos biens nous ont été volés par des brigands et nous cherchons à regagner la ville, mentit habillement Hook en esquissant une petit révérence, sa main au crochet repliée dans son dos.
- C'est fort inconvenant mais n'ayez crainte. Arrêtez-vous en ma demeure. Montez. » proposa l'homme.
Emma eut beau essayer de refuser, l'homme insista tant qu'elle finit par céder. En voyant le bout de fer dépasser de la manche de Killian, elle lui intima de le retirer afin d'éviter tout indice permettant de le distinguer à l'avenir. Il s'exécuta et glissa son crochet dans la poche de sa longue veste.
Ils montèrent finalement dans le carrosse. La blonde découvrait que la qualité de ces voyages en voiture était sujet à l'état de la route. Ils furent légèrement cahotés mais cela ne dura guère : ils s'arrêtent à l'écurie et parcoururent les derniers mètres jusqu'à la noble demeure à pied. Emma vit le cocher détacher les chevaux des liens qui les enchainaient au carrosse pour les conduire à leurs boxes. Elle s'étonnait que cet homme gringalet soit apte à maitriser ces bêtes si imposantes. Elle remarqua au passage que l'écurie était cossue, à l'image de la maison et ne proposait de place que pour les deux chevaux de trait.
Emma pénétra dans la demeure et fut surprise par la hauteur du plafond, par les riches ornements et les tapisseries qui ornaient les murs. L'intérieur de la maison semblait empreint de plus de richesse que sa façade. Hook, lui, semblait dans son élément et ne s'étonnait pas de cette décoration ancienne qui était, pour lui, tout à fait contemporaine.
« Père ! Vous voilà enfin ! »
Une jeune femme surgit de nulle part, à peine l'homme et les deux invités eurent passé la porte. La jeune femme se figea en voyant que son père était accompagné.
- « Oh. Veuillez excuser ma conduite inappropriée , fit-elle penaude. Je ne savais pas que nous avions des invités aujourd'hui, dit-elle encore en regardant son père.
- Ce n'était pas prévu, étaya ce dernier, ce sont deux voyageurs égarés que des brigands ont pillés. »
Emma regarda la jeune femme. Cette dernière leur accorda un sourire gêné et poli que la blonde lui rendit. Cette inconnue avait quelque chose d'étrangement familier.
Elle était vêtue d'une longue robe d'un bleu pâle finement ouvragée qui incarnait le goût prononcé de cette époque pour la surcharge de détails. Ses cheveux ébène ondulaient légèrement et léchaient ses épaules. Elle avait une peau blanche que le soleil n'avait colorée, signe qu'elle était d'un rang suffisamment élevé pour ne pas aller travailler dans les champs.
« Voilà qui est fort déplaisant. J'espère que nous pourrons vous aider d'une quelconque façon... Pardonnez-moi, je suis d'une impolitesse ! Je ne nomme Regina, je suis la fille du Prince Henry ».
La jeune Regina esquissa une révérence avec une grâce caractéristique. Hook s'inclina cérémonieusement devant la princesse avec un sourire charmeur mais peut-être était-il simplement moqueur. Il parvenait sans mal à dissimuler sa surprise face à cette rencontre inattendue. Emma, cependant, déglutit difficilement et resta figée, paralysée par la surprise ou par la peur.
« Love... », lui intima discrètement Hook.
Elle s'essaya à faire une révérence à son tour mais sa manœuvre était aussi maladroite que celle de Regina était gracieuse. La brune sourit malicieusement en voyant Emma courber ainsi l'échine avec tant d'empressement devant elle. Les cheveux blonds dissimulèrent le visage de la Sauveuse dont la panique avait coloré ses joues. Elle se rappela qu'elle apparaissait sous sa propre apparence et maudit le Ténébreux de ce temps pour être moins méticuleux que celui de l'avenir.
Elle priait pour que Regina ait une mémoire désastreuse et ne se souvienne d'elle. Elle le souhaita si fort qu'elle s'étonna que la jeune Regina ne l'entende pas. Elle entendait Hook parler mais elle ne suivait pas la conversation. Tout était fichu. Quoi qu'il advienne, c'était peine perdue.
- « Et vous ? Comment vous appelez-vous ?, demanda la jeune brune sur le ton de la conversation.
- Je m'appelle.. Amidala. Je m'appelle Amidala, essaya de dire Emma avec assurance.
- Amidala ? Voilà un nom fort peu commun, constata judicieusement Regina.
- C'est parce que nous venons d'un pays lointain » se justifia Killian.
Malgré toute l'énergie de la Sauveuse et du pirate, leurs efforts furent infructueux et ils passèrent l'après-midi chez Regina et son père. La blonde avait le nez dans sa tasse tandis que Killian parlait avec animation avec le Prince Henry.
Regina semblait innocente et même un peu enfantine aux yeux d'Emma. La brune ne semblait pas vouloir s'engager dans la conversation avec les deux hommes. Elle lançait de petits regards en direction d'Emma, sans doute dans l'espoir que celle-ci lui adresse enfin la parole. Les visites étaient rares en sa demeure et même si en cet instant, la Sauveuse était bien plus âgée qu'elle, cette dernière ne pouvait s'empêcher de souhaiter converser avec cette mystérieuse Amidala.
L'esprit de la blonde tournait à plein régime : elle tentait de se souvenir d'un détail sur Regina, n'importe quoi, mais rien ne lui venait à l'esprit. Elle réalisa qu'elle ne connaissait rien de la brune et de ses aspirations.
Tout à coup, elle se souvint que son fils lui avait parlé des chevaux, Regina adorait les chevaux.
« Est-ce que vous faites de l'équitation ? »
La question de la blonde sembla enthousiasmer au plus haut point la jeune femme. Un grand sourire, que nul n'avait jamais dû voir à Storybrooke, fendit son visage. Il était d'une sincérité déconcertante.
- « Hélas non. Ma mère s'y refuse mais si j'en avais l'occasion, ce serait avec grande joie.
- Pourquoi ?
- Elle estime que ce n'est pas une activité bienséante.
- Ah... »
Emma repensa à Cora et comprit que la brune n'avait jamais dû se sentir libre entre ces murs. L'enthousiasme de Regina sembla s'essouffler aussitôt qu'elle eut évoqué sa mère.
- « Pourtant vous avez des chevaux, vous pourriez monter, tenta Emma afin d'empêcher un silence gênant de s'installer.
- Ce sont des chevaux de trait, sourit Regina avec malice. Ils ne servent que pour le carrosse. Ils rechigneraient à se faire sceller. De plus, ils sont imposants et ne pourraient accomplir tout ce que l'on pourrait exiger d'un cheval à sang chaud. »
Emma acquiesça silencieusement. Elle se sentait stupide mais le fait est qu'elle ignorait tout de cette grande conquête de l'homme. Elle orienta de nouveau la discussion vers les chevaux et Regina ne tarit pas d'éloges sur ces nobles et impressionnantes bêtes.
Le temps passa et Emma se prit d'affection pour cette Regina, bien que très différente de celle qu'elle connaissait. Tout d'abord, celle-ci n'avait pas essayé de l'empoisonner, ce qui démontrait un net progrès auquel la Sauveuse n'était pas insensible.
Emma tentait tant bien que mal d'éviter croiser le regard de la brune de peur que celle-ci la reconnaisse, bien que c'était impossible. Elle passait nerveusement une main dans ses cheveux blonds afin de les ramener sans cesse devant son visage afin qu'ils en camouflent les traits.
Regina tentait par ailleurs de croiser en vain le regard de cette femme qui disait répondre au nom curieux d'Amidala. Il est bien étrange de converser avec quelqu'un sans jamais le regarder. Et en la voyant ainsi fuir son regard, Regina songeait qu'on la craignait encore pour son statut ou à cause de la terreur que sa mère pouvait susciter.
Killian rejoignait parfois leur conversation pour lancer un commentaire visant à complimenter l'une ou l'autre des deux femmes. La Sauveuse s'amusait de constater que la jeune brune semblait mal à l'aise devant, ce qui devait être à ses yeux, des avances tout à fait indécentes.
La porte d'entrée claqua. Henry Senior se tendit et son visage souriant devint impassible. Regina se figea à son tour et la blonde vit de la panique dans ses yeux. Avant qu'elle n'ait pu demander la raison de ce changement, une femme entra dans la pièce et Emma comprit car elle blêmit aussi. Même Killian se fit tout petit.
La femme se tenait bien droite. Ses cheveux roux attachés en un chignon strict lui donnait un air sévère et dur. Elle avait les pommettes saillantes et se pinçait les lèvres dans une expression entre le dégout et l'agacement. Emma aurait presque été heureuse de revoir Cora et son air toujours aussi aimable et engageant . Du moins , il aurait été plus juste de dire que lorsqu'elle essayerait d'arracher le cœur d'Emma bien des années plus tard, elle inspirerait tout autant de sympathie qu'à cet instant précis.
« Que font ces gueux ici ? Sortez de ma maison. Partez immédiatement. »
Elle n'avait pas crié mais le ton froid qu'elle avait employé était tout aussi impressionnant. Regina essaya de les défendre mais Henry posa une main sur son bras pour lui intimer le silence. Rien de ce qu'elle pourrait dire ne changerait l'attitude sa mère. Alors la brune lança un regard d'excuse et un sourire crispé aux deux invités inopinés qui quittèrent la pièce sans souffler un mot.
De retour chez le Ténébreux, Emma repensa aux derniers événements : sa mère de dix ans, le jeune crétin de Robin, Regina, son père Henry, Cora... sa mère jeune avec son père à cheval, Robin le voleur, la jeune et douce Regina...sa mère...Regina...
Soudain elle s'écria : « Putain elle sait pas monter à cheval ! ».
Killian essaya de lui demander des explications mais la blonde courait presque. Elle fuit ses appartements pour entrer dans le grand salon où Rumpelstilskin filait la paille en or.
- « Elle sait pas monter à cheval ! » répéta-t-elle au magicien, comme une évidence.
- Qui donc ?, fit le Ténébreux.
- Mais REGINA !
- Et alors ?
- Elle doit sauver ma mère d'un accident de cheval et elle ne sait PAS monter ! »
Emma fit les cent pas, passant une main nerveusement dans sa chevelure blonde. Elle essayait de faire le lien entre ce que Snow lui avait dit de cette période et ce qu'avait pu lui dire son fils.
« Le garçon d'écurie...Daniel..., fit Emma songeuse. Où est-il ? Je ne l'ai pas vu. Il était pas là. Ils ont même pas de chevaux, juste des chevaux de trait. Elle a parlé de chevaux à sang chaud... Est-ce que vous pouvez le voir ? Daniel. Dans votre tête ou dans une boule de cristal... Je ne sais pas... n'importe quoi !».
Elle regardait le Ténébreux d'un air presque suppliant. Ce dernier soupira. Le discours était confus. Les pensées franchissaient ses lèvres sans qu'elle n'ait évalué leur pertinence... Cette femme avait un tempérament comme on en voit rarement. Le Ténébreux se concentra sur ses visions quelques instants. Emma attendit pendant un temps qui lui sembla interminable.
- « Je ne le vois pas, annonça-t-il enfin.
- Comment ça vous le ne voyez pas ?!, s'écria la blonde.
- Si je ne le vois pas c'est qu'il n'existe pas.
- Mais comment c'est possible ?!
- Peut-être qu'il n'existe pas encore.
- Il a son âge ! Il doit être quelque part ! Réessayez !
- Je veux dire par là qu'il est probablement inventé de toutes pièces.
- Quoi ?, fit Emma, incrédule.
- Si vous n'avez pas pu rentrer chez vous, il doit y avoir une raison. Si vous êtes ici en ce temps et en ce lieu, il y a une raison à cela. Vous venez vraisemblablement de la trouver. » dit mystérieusement le Ténébreux en entrelaçant ses doigts.
Après avoir encore longuement assailli le futur M. Gold de questions, il semblait que Daniel n'existait pas, tout simplement.
- « L'un de vous doit prendre sa place, murmura doucement le Ténébreux en faisant glisser ses longs doigts fins sur sa table en chêne.
- Oh bien sûr, fit Emma, sarcastique. Ca tombe sous le sens. »
Ceci semblait complètement tordu à ses yeux, même parfaitement illogique. Killian, lui, semblait intéressé par cette éventualité.
- « Je veux bien me porter volontaire pour la bonne cause..., déclara-t-il d'un ton faussement cérémonieux.
- Le but est pas de lui rouler un patin, crétin ! Tu dois mourir à la fin, je te signale !, s'insurgea Emma.
- Et je ne pense pas que ce...Daniel eut été manchot, s'amusa Rumpelstilskin.
- Cela n'empêchera pas mon charme d'agir, se vanta Killian.
- Ton charme ? Attends, tu comptes t'approcher d'elle et lui susurrer doucement ''Hey, Love, je connais des activités fort plaisantes où tu serais allongée'', s'indigna la Sauveuse dans une imitation respectable du pirate.
- De plus, intervint le mage, je refuse de lui redonner une main que j'ai pris tant de plaisir à trancher. »
Rumpelstilskin s'amusait de cette femme qui semblait ne pas se laisser impressionner par un homme. Le Ténébreux jubilait, visiblement ravi de la situation mais c'était bien le seul.
- « Mais ça ne règle pas le problème de la mort de Daniel ! On ne peut PAS mourir ici, s'écria la blonde.
- Qui parle de mourir ?, fit énigmatiquement le sorcier. Je peux vous donner un faux corps, vous devenez Daniel... accomplissez sa destinée et une fois...que sa fin sera arrivée, vous regagnerez votre corps.
- Quelle est le prix d'un tel sort ?, demanda la Sauveuse avec méfiance. La magie a toujours un prix, je le sais.
- Oh une bagatelle, ma chère, quand on sait que vous sauverez votre avenir...
- Le prix.
- Vous devrez endurer la souffrance de votre mort. Elle sera plus forte, plus intense que toute autre douleur que vous ayez jamais pu éprouver dans votre vie mais c'est le prix à payer pour feindre la mort. »
Notes :
Les chevaux à sang chaud sont ceux aux membres fins qu'on utilise communément, par opposition aux chevaux à sang froid qui sont les chevaux de trait.
