Et voici la fin du Prof !
- Prof, je dois te parler.
Dérangé au plein milieu d'une expérience très intéressante consistant à tenter de créer un trou noir en miniature pour asservir le monde et prendre ainsi de vitesse ces crétins de chats, je lève la tête de ma feuille pleine de calculs pour dévisager Mathieu. Allons bon, qu'est-ce qu'il veut ? Il a déjà une question pour la Science Infuse ?
Il a l'air vraiment sérieux. Ce ne doit pas être ça.
- Oui, qu'est-ce qu'il y a ? je soupire.
Je devrais peut-être mettre un verrou sur cette satanée porte. Cela empêcherait aussi que ce foutu Geek vienne me casser les pieds dès que le Patron le poursuit. C'est vrai, quoi, la Science est plus importante !
- Je pense qu'il vaudrait mieux que tu t'assois.
De plus en plus inquiet à chaque seconde qui passe, j'obtempère à contrecœur et croise les bras, dévisageant le freluquet par-dessus mes lunettes de travers.
- J'ai décidé de supprimer la rubrique Science Infuse. Tu vas donc cesser de passer dans l'émission.
Un instant. Que dit-il ? J'ai dû mal entendre. Oui c'est ça, j'ai mal entendu. Ou alors, il a juste dit ça pour plaisanter, et il va éclater de rire d'un moment à l'autre. Moi, ne plus faire partir de l'émission ? La blague.
- Non, Prof, je ne plaisante pas.
Oh… j'ai dû parler à voix haute.
Un frisson de colère me secoue. Je ne vais pas me laisser faire ainsi ! D'un bond, je me mets debout, fixant froidement mon créateur.
- Et tu vas me remplacer par quoi ? j'assène avec rage. Je suis bien trop important pour…
- Par l'Instant Panda…
- Pour… Quoi ?
Son regard m'évite.
- Quelqu'un va rejoindre l'équipe et prendre ta place. La Fille aussi est partie.
Il me regarde avec une émotion étrange dans les yeux. Un mélange de douleur, de honte, de colère et de tristesse.
- T'as de la chance, toi tu peux rester. Elle, non. Elle n'était pas assez… réelle.
J'ai froid, soudainement. Je suis donc remplaçable ? Comme ça, en claquant des doigts ? Je suis si peu important ?
Puis, je pense à la Fille. Et ce sont des larmes qui chatouillent mes yeux. Elle, c'est pire. Je connais, comme tous ici, la raison de sa fragilité, et c'est injuste. Totalement injuste. Même si j'ignorais qu'elle était déjà… partie. Il a dû lui parler il y a peu.
Si j'avais su, j'aurais essayé d'être à ses côtés ! Certes, je ne la supporte pas, mais…
- Je ne vois absolument pas la raison de… je bredouille.
- Ta rubrique s'essoufflait, me coupe-t-il aussitôt. C'était toujours les mêmes questions. Il fallait… rafraîchir le tout. Désolé.
Il fait volteface, quittant mon laboratoire en claquant la porte et je me laisse tomber sur ma chaise. Remplacé ? Je suis remplacé, comme ça ?
Je serre les poings.
C'est injuste.
Deux fichues semaines que ce panda squatte. Quand je m'aventure dans la cuisine pour me ravitailler, je le croise parfois, ou je l'entends chanter depuis sa chambre. C'est n'importe quoi. On m'a remplacé, moi, mon savoir, par ce minable chanteur de bas-fond ?
Ils évitent mon regard quand je passe. Le Geek m'observe d'un air un peu coupable, le Patron m'ignore ou me nargue, Mathieu a arrêté de prendre de mes nouvelles devant la tête que je tire et le Panda a cessé toute tentative de conversation après que je lui ai lancé mon verre de vodka à la figure.
Oui, vodka. C'est si facile de sombrer dans l'alcool, mais je vous emmerde. J'aimerais vous y voir.
Mes expériences n'ont plus aucun sens. Des lignes de formules s'alignent à mon tableau, mais elles ne sont même pas logiques. En deux semaines, j'ai juste réussi à faire exploser ma réserve de whisky. Après, il y en avait partout, le carrelage colle toujours et une odeur poisseuse et lourde flotte dans l'atmosphère.
Finalement, me dis-je en regardant mes feuilles blanches, je ne dominerais jamais le monde. C'est bête.
Je n'arrive plus à dormir. Jamais je n'aurais pensé qu'il aurait été si difficile de se faire à l'idée que je ne faisais plus partie de l'émission. A part Mathieu et ma réalité, c'était un lien puissant avec ce monde… Et le public qui a si vite adopté ce mécréant en kigurumi ! Et moi, alors ? M'ont-ils déjà tous oublié ?
La douleur me tord le ventre. C'est si dur d'arriver à seulement respirer.
Parfois, je regarde mon miroir et je me dis que ce serait plus simple d'arrêter tout cela.
Mais je suis lâche.
Pour combien de temps ?
J'ai regardé le Panda chanter. Sur mon ordinateur. C'est vrai qu'il chante bien. Il a l'air apprécié. Mais lui aussi finira par être remplacé, qu'il ne se fasse pas d'illusion ! Comme les autres ! Nous serons tous remplacés par quelqu'un d'autre, plus intéressant, et nous finirons tous à dépérir. Sauf peut-être le Patron. Et le Hippie. L'un s'en branle littéralement, l'autre est constamment stone.
Je me sens si seul.
Cette phrase me tourne dans la tête tandis que je regarde mon verre. Il est rempli d'eau et de gélules blanchâtre, et dedans, il y a ma libération. J'ai hésité avec un scalpel, mais… j'ai peur de la douleur. Avec ça, ce sera comme s'endormir.
Cul sec. Juste après, je remplis mon verre d'alcool, que j'engloutis aussitôt pour faire passer le goût infect.
Ma vue se brouille. Etonné, je passe la main sur mes paupières. C'est comme s'il pleuvait à l'intérieur de mon laboratoire, et seulement sur mes joues et mes yeux. C'est scientifiquement impossible, pourtant.
J'ignore combien de temps je reste là, appuyé contre ma table. Je sais seulement que, subitement épuisé, je me suis laissé tomber au sol, contre le mur et sur ce putain de carrelage puant l'alcool bon marché.
Mathieu est un de radin, quand même.
A côté de moi, une simple feuille de papier. Un mot dessus, à l'encre bleue. Si facile à dire, si difficile à écrire et appréhender. Est-ce ma faute si je n'en peux plus ? Des jours que je ne ferme plus l'œil de la nuit. J'ai tellement sommeil.
Est-ce que je vais rejoindre la Fille ? J'espérerais presque que oui. Je me sentirais moins seul une fois que…
La porte de mon labo pivote. Une tête sous une capuche blanche et noire fait son apparition dans l'entrebâillement.
- Dis, Prof, fait une voix timide, ça fait des jours que je ne te vois… Prof ?
Maître Panda se précipite vers moi et se jette à genoux. En un coup d'œil, il a appréhendé mon mot, les boîtes de médicaments amassées sur ma table.
- Prof, tu… tu peux pas… balbutie la nouvelle personnalité.
Il saisit mes mains, les presse.
- On… on va s'arranger avec Mathieu pour te faire revenir ! J'ai regardé tous les épisodes dans lesquels tu as fait la Science Infuse et j'ai adoré ! Tu peux pas faire ça… Y a même des gens qui ont fait un groupe Facebook pour que tu reviennes !
Je pose un regard mi-curieux, mi-ému sur lui. Il a aimé ma prestation ? Je manque à des gens ? Une vague de chaleur enveloppe mon cœur, mais cela ne change rien. Vient un moment où nous devons quitter le monde. Et moi, je suis fatigué.
- Je suis fatigué…
Des larmes se forment dans les yeux de l'ursidé. Il a l'air sympathique, finalement. J'aurais peut-être dû essayer de mieux le connaître.
- Reste avec moi…
Un air si triste se peint sur son visage que je comprends qu'il se fait à l'idée que je ne pouvais rester. Il hoche doucement la tête, s'assoit à mes côté et me prend dans ses bras. Je laisse aller ma tête sur son épaule. Il est chaud et confortable, son kigurumi. Cela fait du bien.
Doucement, tout doucement, mes yeux se ferment. Je me sens partir, mes membres s'alourdir. Je ne me suis jamais senti aussi bien, aussi détendu. Une main retire doucement mes lunettes. J'entends le bruit d'un léger choc.
La voix du Panda se lève, infiniment triste, teintée de sanglots.
- Adieu…
Adieu.
… j'espère que je vous ai fait pleurer ! :evil :
J'ai réellement hésité à le faire utiliser un scalpel (je vous laisse deviner dans quel usage) mais j'avais déjà lu une fanfic semblable, alors j'ai voulu faire partir le Prof d'une façon plus douce.
Je tiens à préciser que je préfère Maître Panda au Prof (désolée, Prof). L'est très mignon je trouve. C'est aussi l'avis de ma sœur, d'ailleurs. On en parlé y a peu de son potentiel non-catholique et j'ai ainsi appris qu'elle était zoophile, parce qu'elle le préférait avec le kigurumi, alors que moi sans , ce qui fait probablement de moi une nécrophile /je raconte ma life/.
Bon, et vous préférez lequel, vous ?
