Chapitre II :
Quelque chose me réveilla en sursaut. Je crus d'abord que c'était le froid. J'avais tendance à bouger beaucoup lorsque je dormais et je me réveillais donc souvent au beau milieu de la nuit sans couverture. Sans ouvrir les yeux, je tâtonnais donc autour de moi pour chercher un morceau du drap. Je le trouvais à sa place, c'est-à-dire sur mon corps. Alors pourquoi mettais-je réveiller ?
Je sentis quelque chose sur ma joue. Comme si…comme si on me la caressait doucement. J'ouvris les yeux. D'abord, je ne vis rien. Il faisait trop sombre. Je fixais donc le noir, cherchant à voir. Une silhouette apparut. Je me figeais en la reconnaissant. J'ouvris la bouche pour crier, mais un doigt se posa sur mes lèvres pour m'empêcher de parler
Devant moi se tenait l'homme que j'avais vu plus tôt tuer mon professeur. Je me mis à trembler. Il était venu me tuer car j'avais vu toute la scène. Mais comment était-il rentrer ? J'avais pourtant fermé à clé la porte d'entrée, qui était le seul passage pour rentrer.
Doucement, je me redressais, prête à sortir de la pièce dés que je pouvais. Doucement, il se pencha vers moi, approchant son visage du mien. Plus il était près, plus je me rendais compte qu'il était très beau. Si je n'avais pas été si terrifié, mon cœur aurait surement battu plus vite pour lui. Malgré ma terreur, j'eus l'envie de voir mieux son visage. Je me retournais pour allumer la lampe de chevet. Quand je me retournais vers lui, il n'y avait plus personne. Etait-il parti ? Ou bien, n'avait-il jamais été là ?
Je sortis de mon lit et me dirigeais vers la porte d'entrée. Elle était bien fermée à clé. Puis je fis le tour de mon appart pour vérifier que les fenêtres l'étaient aussi. C'était le cas. J'avais donc rêvé. Forcement. Je retournais donc dans ma chambre. Mais je ne me recouchais pas. La fatigue était partie et la terreur revenait, intensifiée par le rêve éveillé que je venais de faire. J'avais l'impression que si je me retrouvais dans le noir, il allait vraiment venir et me tuer. Je m'assis sur mon fauteuil, rabattant mes jambes contre moi.
Je restais longtemps assis comme ça. De ma place, je pouvais voir le soleil se levait peu à peu. À un moment, mon réveil bipa, me faisant sursauter. Pourtant, je ne bougeais pas. J'avais cours ce matin, mais j'avais trop peur pour sortir. Je restais donc complètement immobile. Au bout d'un moment, mon ventre réclama. J'allais donc dans la cuisine pour me prendre quelques choses à manger. Je finissais de me servir un bol de café quand mon portable vibra dans ma poche, manquant de faire tomber le bol que je tenais. C'était Jess qui m'envoyait un message.
« Comment ça se fait que tu ne sois pas là ? T'es malade ? »
Je posais le bol et entrepris de lui répondre.
« Non. J'ai peur. Venez me voir, s'il vous plait. »
La réponse ne se fit pas attendre longtemps.
« D'ac, on fait le plus vite possible. »
Dès que j'eu fini de manger, je me dirigeais vers la salle de bain. J'avais oublié que je m'étais endormie sans me changer. Je pris donc une douche brulante, essayant par la même occasion d'oublier les événements de la veille et de me détendre. Pas facile facile. J'enfilais ensuite un pantalon de jogging et un tee-shirt, vêtements que je ne mettais que lorsque je restais chez moi, pour réviser par exemple.
Il était onze heures quand on tapa à ma porte. J'ouvrais après avoir vérifié qu'il s'agissait bien de mes deux amies. Elles étaient toutes les deux visiblement très inquiètes. Jess ne me laissa même pas le temps de parler.
-Qu'est ce qu'il sait passer, Bella ? Quelqu'un te menace, c'est ça ? Il te dit de partir. Je savais que tu n'aurais pas dû tant étudié. Tu provoque la jalousie.
-Non, Jess, ce n'est pas ça.
-Quoi alors ? Tes parents ont un problème ? Tu dois de l'argent à quelqu'un.
-J'ai…j'ai assisté à un meurtre.
Et je fondis en larmes, dans les bras de mon amie. Jessica me ramena à l'intérieur pour me faire m'asseoir pendant qu'Angela préparait un thé qui me calmerait. Après plusieurs gorgées du liquide brulant, je me détendais enfin. Angela posa sur mon épaule une main rassurante.
-Vas-y, explique-nous. Qu'est ce qu'il s'est passé après que tu sois partie.
-Avant de rentrer, je suis passée au supermarché. Comme il était tard quand je suis sortie, je voulais prendre un raccourci pour rentrer le plus vite possible. Je n'avais pas envie de faire une autre rencontre comme la dernière fois. Je suis donc passée par une petite ruelle. J'étais à peine entrée que j'ai entendu quelqu'un hurler. Il y avait un type debout. Ses mains étaient couvertes de sang, c'était horrible. À ses pieds, il y avait Tanner. Il était horriblement blessé. Il m'a supplié de l'aider. J'aurais voulu appeler à l'aide, mais j'étais totalement paralysée. Je n'ai pu rien faire à part le regarder se faire tuer. Et puis après, ce type s'est intéressé à moi. Il voulait surement me tuer parce que j'avais tout vu. Je me suis enfuie. Mais je n'ai pas pu dormir de la nuit et j'avais trop peur de sortir. Je ne sais pas quoi faire.
- Bon, calme-toi, Bella, m'ordonna Jessica, tout d'un coup plus sérieuse. C'est simple. Tu vas aller voir la police et leur expliquer ce que tu as vu. Ils mettront ta maison sous protection et tu seras en sécurité. C'est le mieux à faire.
Je tournais un regard interrogateur vers Angela. Elle hocha de la tête pour répondre à ma question muette. Je poussais un soupir de soulagement. J'étais heureuse d'avoir de si bonnes amies.
-Mais j'ai quand même un peu peur de rester toute seule chez moi. J'ai l'impression qu'il pourrait rentrer quand même et m'attaquer pendant que je dors.
-Dans ce cas, viens dormir quelques jours chez moi, si ça peut te rassurer, proposa Angela. Eric serra d'accord, il t'aime bien.
-Tu es sûre que ça ne te gène pas ?
-Certaine. Il n'y a aucun problème. Et puis, comme ça, tu n'auras pas à rentrer toute seule le soir chez toi.
-Merci, Angela.
-Pas de problème.
-Moi, par contre, j'ai un problème, intervint Jessica.
Nous lui jetâmes un regard interrogatif.
-Tu as dit que Tanner a été tué. Mais c'est qui, Tanner ? C'est un de tes anciens profs ? Je me demande ce qu'il faisait à Seattle.
Je fronçais les sourcils. Mais de quoi parler t-elle ?
-Ouais, moi aussi je posais la question, ajouta Angela.
-Mais enfin, c'est notre prof d'économie.
Mes deux amies froncèrent à leur tour les sourcils.
-Bella, notre prof d'économie, c'est Jefferson, dit Jessica
-Tanner a déjà été remplacé ?
-Il n'a pas été remplacé parce qu'on ne l'a jamais eu comme prof ce Tanner. Je te rappelle que Jefferson nous enseigne l'économie depuis le début de l'année.
-N'importe quoi. On a encore eu Tanner hier matin. Si c'est une blague, ce n'est pas drôle. Il n'y a jamais eu de Jefferson à notre université.
-Bella, tu es sûre que tu vas bien ? S'inquiéta Angela. Il n'y a jamais eu de Tanner. Ça fait plus de dix ans que Jefferson enseigne ici. Tous les anciens peuvent te le dire.
Je ne comprenais pas. Elles semblaient persuadées que ce qu'elles disaient était vrai. Je me dirigeais vers mon ordinateur et me connectais sur le site de l'école. Je trouvais vite la liste des professeurs. Après quelques minutes de recherches, je n'avais pas trouvé le nom de Tanner. Ce n'était pas possible, il y était la veille, j'en étais sûre. Et j'étais sûre aussi qu'il n'y avait pas de Jefferson. Pourtant, il était bien marqué qu'il enseignait là depuis un peu plus de dix ans. Je ne comprenais pas. Mes amies vinrent me rejoindre et virent ce que je faisais.
-Tu vois, on te l'avait dit, dit Jessica. Il n'y a pas et il n'y jamais eu de Tanner.
-Je…je ne comprends pas.
-Ce n'est pas grave, Bella, me rassura Angela. On comprend que tu sois sous le choc. Bon écoute, nous n'avons plus cours de la journée. Voila ce qu'on va faire : Tu vas préparer les affaires dont tu as besoin et avant qu'on aille chez moi, on passera par le commissariat. D'accord.
-Non, je ne veux pas y aller.
-Mais…
-Non, Ange. Je…je ne suis plus sûre de ce que j'ai vu. Je ne veux pas y aller.
-Très bien, c'est comme tu le sens.
Je me levais et commençais à rassembler des vêtements, ainsi que les affaires de cours dont j'aurais besoin. Je les mis dans un sac, rajoutant mon ordi portable. Puis je descendis, accompagnée des deux filles. Jess nous laissa là, ayant autres choses à faire. Angela et moi montâmes dans ma voiture qu'elles avaient ramenée et je me dirigeais chez mon amie.
Plusieurs jours passèrent depuis le « meurtre ». Au fil du temps qui passait, je me demandais si je n'avais pas imaginé ce que j'avais vu. En y réfléchissant, c'était impossible. Un homme ne pouvait pas avoir les yeux qui brillent et des griffes noirs au bout de ses doigts. Il ne pouvait pas non plus faire disparaître quelqu'un en le transformant en fumée. C'était dans les films, ça. Pas dans la réalité. Peu à peu, je me convainquais que tout cela n'avait pas eu lieu.
La seule chose qui m'empêchait de tout oublier était la disparition de Tanner. Je n'étais pas folle, je savais qu'il a vraiment enseigné dans notre école. Mais à chaque fois que je parlais de lui à quelqu'un, personne ne le connaissait, pas même les professeurs. Je ne comprenais vraiment pas. De plus, il y avait ce Jefferson qui s'adressait à moi comme si je le connaissais, alors que je ne l'avais jamais vu.
La semaine passa vite. Nous avions cours le samedi matin. Dés que nous fûmes sorties du bâtiment, à la fin de la matinée, Jessica me sauta une nouvelle fois dessus.
-Cette fois, pas d'excuse. Tu sors en boîte avec nous.
-Jess, tu sais que j'aime pas aller en boîte.
-Ouais, ben faut te forcer des fois. Tu vas peut-être rencontrer l'homme de ta vie.
-Ça, ça ne risque pas, me moquais-je
-Bella, je pense que ça te ferait du bien, ajouta Angela. Ça t'aidera à oublier…ce qu'il s'est passé il y a quelques jours.
Nous n'avions pas reparlé de ça depuis mercredi. Je ne voulais plus y penser. Elles l'avaient bien compris et respectaient mon choix. Je soupirais, me rendant bien compte qu'elle avait raison.
-Bon d'accord.
-Génial, s'enthousiasma Jess. Bon, ça veut dire que cette aprèm, c'est recherche d'une tenue pour Bella.
-Ah parce qu'en plus, il faut que je sois habillée autrement ? Je ne peux pas y aller comme ça ?
-Nan, tenues de soirée obligatoire. Donc, ça veut dire shopping !
-Beurk. Angela, au secours.
-Désolé Bella, mais tu connais Jess, impossible de l'arrêter quand les sujets sont mec ou vêtements.
Je poussais un gémissement plaintif, ce qui déclencha les rires de Jessica. Nous allâmes manger dans un petit restaurant avant de partir à l'assaut des boutiques. Jessica me fit essayer une tonne de robes, cherchant celle qui m'irait le mieux. Je mettais tout ce qu'elle me passait en ronchonnant. Nous finîmes par prendre une robe à bretelles noires, dont la jupe s'arrêtait au dessus de mes genoux. Malgré mes protestations, Jess me força à prendre des escarpins. L'après midi passa très vite. Nous rentrâmes vite fait chez Angela pour diner en compagnie d'Eric, son petit ami, et finalement nous préparer pour la soirée. Angela passa plusieurs minutes à me coiffer et à me maquiller. À la fin, mes deux amies étaient contentes.
-Tu es à tomber, Bella, dit Jessica. Les garçons vont se bousculer pour avoir ton attention.
Je soupirais. C'était justement ce que je ne voulais pas. Je n'aimais pas être le centre d'intérêts. À huit heures, nous partîmes pour la soirée. Jess était une habituée. Le vigile ne prit même pas la peine de vérifier son âge, il la fit entrer de suite, nous avec. Dès que nous fûmes à l'intérieur, elle se jeta sur la piste de danse. Ange et moi allâmes nous asseoir au bar, pour commander à boire. J'étais bien décidée à ne pas bouger de la soirée.
-Au faite, Ange, pourquoi Eric n'est-il pas venu ?
-Il avait quelque chose de prévu ce soir. Et puis, il n'aime pas trop ce genre de soirée.
-Je croyais que toi non plus.
-C'est vrai. Mais ça me permet de me détendre un peu alors, une fois de temps en temps, ça ne fait pas de mal.
-Mouais, si tu le dit.
Nous continuâmes à discuter. Quand je tournais le regard pour observer les alentours, je pouvais voir que plein d'hommes nous regardaient. Cela me mettait mal à l'aise. Angela, elle, les ignorait complètement. J'aurais bien voulu faire ça, mais ce n'était pas possible. Alors que nous étions en pleine discutions, un serveur m'apporta un verre de whisky.
-Mais je n'ai pas commandé ça, protestais-je.
-C'est un cadeau de l'homme assis là-bas.
Il me désigna une table tout au bout de la salle, un peu isolé. Curieuse, je jetais un coup d'œil au fameux type. Je le regrettais tout de suite. Je me figeais, les yeux écarquillés. Angela me demanda ce qu'il m'arrivait, mais je ne lui répondais pas. À la fameuse table, il me regardait en souriant. Comme si de rien n'était. Mon cœur commença à battre plus vite et je me mis à trembler. Il n'y avait pas de doute.
C'était bien le type que j'avais vu ce soir là, celui qui avait tuer Tanner.
