Chapitre 1 de mon histoire de Johan et Pirlouit: Un mystérieux médaillon


20ans plus tard :

Pirlouit était allongé sur son lit, perdu dans ses pensées et les yeux fixés sur un petit objet qu'il tenait en pendule dans sa main. Un médaillon ! D'un côté, il y avait un blason de l'autre, un nom à moitié effacé. Il ne restait que quelques lettres à peine visible : P-I-R-L-O-U-I-T.

Cela donnait Pirlouit ! C'est grâce à ces lettres qu'il a été nommé !

Orphelin, il avait erré des années dans la forêt avec pour unique famille une chèvre jusqu'à ce qu'il rencontra un vieillard qui le recueilli, l'éleva et le nomma Pirlouit à cause des lettres gravées sur le verso du médaillon. Grâce au vieil homme des bois, Pirlouit apprit à lire, à écrire mais surtout à parler au lieu de brailler comme un sauvage. Ces premiers mots furent ''Pirlouit'' et ''Biquette'', le nom qu'il donna à sa chèvre.

A la mort du vieillard, lors de ses 15ans, les seigneurs des terres le prirent comme esclave et ce n'est qu'après trois longues années qu'il réussit à s'enfuir et que lui et Biquette erraient sur les routes à la recherche de nourriture, d'abris et de travail… jusqu'au jour où il arriva au Bois aux Roches et se fit passer pour un lutin. Après quelques années d'errance, il rencontra Johan et devient bouffon du Roi après avoir sauvé la princesse Sabina.

Cependant, malgré tous ces hasards étranges mais heureux, une pensée demeurait sans cesse dans la petite tête blonde de Pirlouit : qui étaient ses parents ? Pourquoi l'avaient-il abandonner dans la forêt ? Même s'il râlait lorsque Johan et lui partaient en mission, il en était secrètement ravi car cela lui permettait de voir de nouveaux horizons, de nouveaux blasons et il espérait pouvoir, un jour, trouver celui de son médaillon.


Un coup léger à la porte le fit sursauter.

« Pirlouit ? C'est moi ! Je peux entrer ? appelle la voix de Johan derrière la porte en bois.

Une seconde ! » crie-t-il en se redressant.

Il raccroche son collier autour de son cou, le cache sous sa tunique, se lève et ouvre la porte au jeune écuyer. Celui-ci entre en souriant. Pirlouit était sans aucun doute son meilleur ami… mais depuis quelques temps, il était comme mal en point : il riait moins que d'habitude, ne cherchait pas à chanter sans arrêt et surtout, il s'alimentait peu ! Tout cela effrayait Johan.

« Es-tu malade ? Tu n'es pas venu mangé ce midi et tu n'as presque rien avalé ce matin.

Je ne suis pas un estomac sur patte ! Parce que je ne mange pas beaucoup, je suis forcément malade ?

Je ne veux pas dire ça, Pirlouit. Mais tu es habitué à un régime alimentaire plus copieux ! Et arrêter de manger d'un seul coup sans raison, ce n'est pas bon pour ta santé ! »

Pirlouit baisse lentement les yeux et joue discrètement avec la petite chaine qui tient son médaillon.

« Johan… je peux te dire un secret ?

Ça a un lien avec ton manque d'appétit ?

Plus ou moins…

Alors dit-moi ! » dit calmement Johan en s'asseyant sur le lit de son ami.

Le jeune bouffon s'assoit à ses côtés et sort le petit médaillon de sous sa chemise.

« J'ai ce médaillon depuis ma plus tendre enfance. Mon vrai nom devait être gravé dessus mais les lettres sont effacées. Il y reste juste les lettres qui forment mon prénom. Sur le recto, il y a un blason gravé et j'essaye désespérément de savoir d'où il vient. Si je me sens mal en ce moment, c'est que… dans deux semaines, jour pour jour, c'est mon anniversaire.

Attends… Pirlouit n'est pas ton vrai nom ?

Je suis orphelin… mais grâce à ce blason, je saurais peut-être d'où je viens ! Il y avait suffisamment de lettres pour faire un prénom convenable. Tu veux voir ? » dit-il en tendant son médaillon.

Johan saisit le petit bijou et le regarde avec attention. C'est un médaillon en argent où l'on voit, sur le verso, des lettres presque complètement effacées et, sur le recto, un blason rouge ''coupé'' par deux bandes jaunes en forme de pointe de flèche. Il a déjà vu ce symbole quelque part…

« Tu permets que je le garde ?

Pourquoi ?

Je dois aller voir le Baron de Fafluth cet après-midi. En passant dans les seigneuries des terres alentours, je trouverais peut-être le bon blason.

Tu vas voir Joël cet après-midi ? » s'étonne Pirlouit.

Joël de Fafluth est un jeune Baron farceur, joueur, un peu enfantin et un grand ami de Pirlouit. Ils avaient beaucoup de point commun et s'aimaient presque comme des frères. Comme Johan, Joël est le grand frère que Pirlouit aurait adoré avoir ! Johan sourit à son compagnon et répond :

« Non son père ! Il est rentré de voyage avec son épouse et le Roi veut que j'aille leur souhaiter un bon retour.

Oh… et Joël ?

Je ne sais pas. Je ne pense pas pouvoir le voir. C'est à ses parents que je veux parler.

Oh bah ! Tu te débrouilleras bien mieux sans moi ! D'accord, je te laisse mon médaillon. Mais n'oublie pas qu'il s'appelle ''Reviens'' ! Si tu le perds, je te…

Je serais prudent, Pirlouit ! Tu le récupèreras, ton médaillon ! »

Pirlouit lui sourit, décroche la petite chaine en argent de son cou et l'attache au poignet de son ami.

« Bah, pour moi, c'est un collier et pour toi, c'est un bracelet !

Oui, mais je ne me nomme pas Pirlouit !

C'est vrai ! Tu n'as pas mon charme ! » plaisante le bouffon en passant une main dans ses cheveux blonds.

Ses cheveux avaient toujours fascinés Johan. Ils étaient d'un blond qui, au soleil, prenait des reflets dorés et étaient sans cesse soyeux ! La première fois qu'ils se sont rencontrés, Pirlouit avait beau avoir passé des années à errer dans le bois, ses cheveux étaient magnifiquement soyeux. A croire que rien ne pouvait salir ou enlaidir ces petites mèches de soleil.


En souriant, Johan sort de la chambre de Pirlouit, prépare son cheval Bayard et part pour la baronnerie de Fafluth.

Le trajet entre le château du Roi et la baronnie des Barons de Fafluth est d'environ une demi-journée à cheval pour un aller. Johan passerait la nuit chez le Baron puis repartirait le lendemain matin. En chemin, il prend soin de regarder chaque blason de chaque seigneurie, en vain. Aucun ne correspond à celui graver sur le médaillon d'argent. Johan se sent mal lorsqu'il arrive à la baronnerie. Son ami serait triste car il n'a pas trouvé d'où le petit bouffon pouvait venir.

Il passe les murailles et entre dans la cour du château. Laissant son brave Bayard se désaltérer, il se dirige vers les appartements du Baron et de la Baronne, sans songer au médaillon accrocher en bracelet autour de son poignet.

Le couple de seigneurs l'accueillit avec joie. Le vieux Baron avait une barbe blonde et épaisse qui commençait à blanchir et quelques cheveux blancs qui se perdaient dans sa tignasse blonde. Son épouse avait des mèches blanches qui se perdaient dans ses longs cheveux bruns et quelques rides aux coins des yeux. Des rides qui n'apparaissent qu'après avoir passé des années entières à pleurer.

« Voyez le bienvenu, Johan ! Comment va notre bon Roi ? demande le Baron.

Il va très bien ! Lui et moi espérons que vous avez fait bon voyage, messire le Baron. dit Johan en s'agenouillant.

Très agréable, je vous remercie. Mais, hélas pour mon épouse et moi, ces derniers temps ne sont guère à la fête…

Vraiment ? Puis-je savoir ce qui vous chagrine ?

Une vieille et triste histoire qui nous brise le cœur chaque année à cette même date depuis près de vingt ans maintenant. Mon brave Johan, vous étiez trop jeune pour espérer vous en rappeler. Même notre cher Joël a oublié cette tragédie. » soupire la Baronne, les larmes aux yeux.

Johan avait l'impression qu'elle avait perdu un être cher pour elle. Et, en effet, il ne peut pas se rappeler de ce qu'il y a pu se passer il y a 20ans. A cette époque, il avait à peine 3ans. Le Baron sourit tristement en prenant la main de son épouse puis, il regarde le jeune écuyer et remarque le médaillon à son poignet. Il se fige et demande, furieux :

« Où as-tu eu ça !

Quoi donc ? s'étonne Johan.

Ce médaillon ! Où l'as-tu eu ? Tu l'as volé ?

Non, sire… » bégaye Johan.

En voyant le médaillon, des larmes remplissent les yeux de la Baronne et elle s'évanouit. Le Baron, furieux, criât :

« Gardes ! Arrêtez cet infâme voleur ! »

Johan est figé sur place. Joël qui écoutait la conversation discrètement entre dans la pièce en criant :

« Père ! C'est Johan ! Vous le connaissez bien ! Comment pouvez-vous l'accusez de vol ?

Ce médaillon ne lui appartient pas, Joël ! Il l'a volé ! Dit-nous où ? s'énerve le Baron.

Mais… bégaye Johan.

GARDES ! ARRÊTEZ-LE ! »

Les gardes se jettent sur Johan mais le jeune écuyer réussit à parer leurs attaques avec son épée. Au premier signe de faiblesse, Johan en profite pour s'enfuir. Il entend le Baron furieux qui aboie ses ordres et Joël qui tente de raisonner son père devenu fou sans raison.

Il siffle son cheval qui arrive au galop, monte sur son dos sans qu'il ait besoin de s'arrêter et s'enfuit vers le pont levis. Le Baron aboie un nouvel ordre, furieux, sans que Joël n'ait la moindre chance d'ouvrir la bouche pour stopper ce quiproquo monstrueux.

Le jeune écuyer voit le pont levis qui se relève et pourtant, il continu sur sa lancée en disant à son cheval :

« Allez, mon vieux ! On doit passer ! »

Bayard galope le plus vite possible et, dans une cascade impressionnante, lui et son cavalier réussissent à s'échapper. Sous les cris de rages du Baron, Johan et Bayard galopent à travers bois, jusqu'au château du Roi. Le garçon regarde le médaillon qui se balance à son poignet. C'est cela qui avait rendu le Baron furieux.

Où Pirlouit avait-il pu trouver cet objet pour qu'il ait une importance pareille pour les seigneurs de la baronnerie de Fafluth ?


J'espère que vous aimez!