Note de l'auteur : Ainsi donc, vous avez survécu au chapitre 1 et avez décidé de continuer à lire. Soit vous aimez mon humour (ça me flatte), soit vous êtes suicidaire. Peut-être les deux.
Disclaimer : Voir chapitre précédent.
Chapître 2 : Où Lewis Carroll intervient en guest star sans être crédité au générique.
Le roi Uther était sur le point de devenir fou. Ce qui lui arrivait régulièrement, pour diverses raisons. Il se dit qu'il devrait peut-être aller voir un psy. Puis il se rappela que les psys n'existaient pas encore. Voilà, encore une preuve qu'il devenait fou ! Mais là, c'était du sérieux. Sa soupe était froide, il pleuvait des cordes dehors, Camelot était assiégé, et voilà que son fils lui annonçait que ses archers avaient décidé de faire « grève », quoi que cela puisse être.
Il devait y avoir de la sorcellerie là-dessous, c'était obligé. C'était toujours la faute d'un sorcier, de toute façon, quand il devenait fou. Cette idée le rasséréna quelque peu, et il clama :
_ Qu'on leur coupe la tête !
Arthur eut l'air choqué.
_ Euh…. Ce n'est pas un peu…. Radical comme solution ? Surtout avec une armée à notre porte ? D'autant que si vous tuez les archers, les scénaristes pourraient bien se venger sur vous, vu qu'ils auront perdu leur principal sujet !
Il avait prononcé cette dernière remarque à voix basse, en se cachant derrière sa main, de peur que les scénaristes l'entendent. Il n'avait pas particulièrement envie d'être défiguré par un lancer de couteau hasardeux, d'autant qu'il avait invité Gwen au restaurant…. Enfin, à la taverne le soir même.
Uther sembla réfléchir un instant, qui s'éternisa. Au bout de cinq minutes de silence, pensant qu'il s'était endormi, Arthur tenta un :
_ Père ?
Uther sursauta.
_ Oh, pardon…. Je réfléchissais. Que dirais-tu de revoir la livrée des gardes de Camelot ? Je pensais à un costume de carte à jouer. Histoire de rappeler à tout le monde qu'ici, c'est moi qui commande, et que je peux tous les détruire comme un château de cartes ?
Arthur déclara qu'il ne voyait pas le rapport. Un scénariste fit remarquer à Uther qu'il était interdit de piquer les idées des autres, même si celui qui allait avoir l'idée n'était pas encore né. C'était malpoli, un point c'est tout. Uther grommela quelque chose du style « on ne peut jamais être un tyran en paix, ici » avant de reporter son attention sur son fils.
_ Ah oui, les archers…. Qu'ils fassent ce qu'ils veulent. Je ne céderai pas. Maintenant, laisse-moi, j'ai une guerre à préparer, tout ça.
Arthur obtempéra en songeant que son père avait sérieusement un grain. Ce n'était pas très gentil de penser ça, mais il fallait bien reconnaître qu'à force de se faire envoûter par tous les sorciers de passage, il n'était pas étonnant qu'il y ait des séquelles. Des costumes de carte à jouer, franchement. Il fallait être fou pour avoir des idées pareilles alors que c'était la crise. Et en plus, ça ne réglait pas son problème d'archers en grève.
Merlin n'avait présentement rien de mieux à faire que d'être assis sur les marches à l'entrée du château à ne rien faire. A vrai dire, officiellement, il avait des tas de choses à faire. Mais pourquoi se presser quand tout pouvait être réglé en cinq minutes avec un peu de magie ? Bizarrement, le voir assis là alors qu'il aurait dû être archi-occupé (et qu'il pleuvait toujours des cordes) ne semblait choquer personne. C'était ce qu'il y avait de bien à Camelot : personne ne soupçonnait jamais rien. Ça avait de sacrés avantages, surtout pour les ennemis qui voulaient attaquer la citadelle.
Cependant, Merlin était très content de ne rien faire à ce moment-là, car autrement il aurait raté un spectacle pour le moins étonnant. En effet, la compagnie d'archers était actuellement en train de défiler dans la cour du château, de manière plus ou moins organisée (plutôt moins que plus, en fait), en portant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire, en vrac : « Du blé pour les archers ! », « Tous ensemble pour nos RTT ! », « Etre archer, c'est pas le pied ! » et les deux pancartes vues par Arthur précédemment, « Uther ver de terre » et « Kilgharrah président ! ». Merlin se demanda bien comment ils connaissaient Kilgharrah, mais contrairement à Arthur, rien ne le choquait plus à Camelot, il ne s'y passait que des trucs bizarres, de toute façon. Du coup, son interrogation fut de courte durée.
Les archers se rapprochaient et parmi les coups de sifflet et de corne de brume, Merlin distingua un slogan clamé, ou plutôt braillé à tue-tête par les manifestants : « Uther, t'es foutu, les archers sont dans la rue ! ». Il se dit que décidément, les manifestants n'avaient aucune imagination. Puis il se demanda comment il pouvait en arriver à cette conclusion alors que c'était la première fois qu'il assistait à une manifestation. Les scénaristes lui dirent que c'était parce qu'il était le grand Merlin. Cette raison lui suffit, et il continua à observer la scène.
Les archers s'étaient regroupés et s'étaient tous assis en rond au milieu de la cour, tout en continuant à crier des slogans sous la direction de Diogène, qui tenait un porte-voix. Merlin vit Arthur se diriger vers eux d'un air passablement énervé. Il songea qu'éventuellement, ne pas croiser le prince pendant environ tout le reste de la journée serait une bonne idée.
_ Qu'est-ce que c'est que cette nouvelle lubie ? interrogea le prince d'un ton princier (autrement dit, hautain et autoritaire, du genre tu me réponds ou je te fracasse la tête. A peu près.)
Diogène se tourna vers Arthur.
_ On fait un sit-in.
Il avait toujours son porte-voix à la main et ne réalisa qu'il avait parlé, ou plutôt crié, dedans que quand il vit Arthur se couvrir précipitamment les oreilles avec ses mains en grimaçant.
_ Oups. Pardon Sire, fit-il en baissant le porte-voix.
_ Vous faîtes un quoi ? demanda Arthur.
_ Un sit-in.
_ Oui, ça j'ai compris, vous me l'avez hurlé dans les oreilles. Ce que je voudrais savoir, c'est : quel est le but ?
_ On s'assoit au milieu de la cour de façon à gêner le passage. C'est une forme de manifestation qui nous permet d'attirer l'attention sur notre mouvement.
Arthur hocha lentement la tête, les poings sur les hanches, en regardant ostensiblement autour d'eux.
La cour était déserte. Avec la pluie, tout le monde (sauf Merlin, bien sûr, mais il avait une déficience mentale) restait à l'intérieur.
_ Je ne sais pas si ça vous a échappé ou si vous êtes juste des crétins, mais vous bloquez actuellement une cour vide.
Diogène haussa les épaules.
_ Certes, mais c'est l'intention qui compte.
Arthur sembla un instant sur le point de monter en haut de la plus haute tour du château et de se jeter dans le vide de désespoir.
_ Par ailleurs, Sire, continua Diogène, je serais vous, je ne traiterais pas les grévistes de crétins. C'est susceptible, un gréviste.
_ Ouais bah, un prince aussi, je vous signale ! rétorqua Arthur. Alors vous allez me dégager cette cour, tout de suite immédiatement sur le champ, ou j'appelle la garde !
Merlin ne put s'empêcher de noter qu'Arthur paraissait légèrement hystérique, d'un coup. Une raison de plus pour se faire oublier. Mais il se dit que deux jours sans croiser le prince serait plus sûr qu'une journée, en fait.
_ Ah mais non, ce n'est pas comme ça que ça doit se passer ! répondit Diogène en secouant frénétiquement la tête d'une manière qui le rendit ridicule et en plus, lui donna le tournis. Nous on nous a dit « sit-in de 14h à 16h ». C'est écrit là, dans le scénario ! ajouta-t-il en tendant un parchemin à Arthur et en lui désignant une ligne du texte.
_ RAAAAAAH ! hurla Arthur en partant en courant vers le château.
Trois jours, pensa Merlin. Ça valait mieux.
Tou bi continuède…
