De retour les amis avec un premier chapitre qui ouvre le bal. Vous constaterez que nous plongeons un peu plus dans le passé et comme vous devez vous en douter, je retracerai le chemin jusqu'au final (le prologue) Oui j'aime commencé par la fin, il faut croire. Bonne lecture.
Rose : je suis ravie si ce début te paraît prometteur et j'espère qu'il sera autant pour la suite.
CHAPITRE 1
Le cri du cœur
20 Octobre 1885
Haletant, le souffle saccadé, épuisé par l'effort, le brave homme s'appuya un court instant contre le tronc humide d'un arbre. Dans sa course effrénée, il avait omis de respirer régulièrement, et à présent il payait cher son erreur.
Son âge avancé ne lui offrait plus le loisir de s'abandonner à de longues foulées endiablées le long de la côte. Fut un temps où l'exercice lui seyait à merveille, néanmoins ces années-là se trouvaient loin derrière lui désormais.
Rehaussant la mallette sur son épaule et reprenant une ultime fois son souffle, le vieil homme s'élança de nouveau à l'assaut du dénivelé qui s'étendait devant lui. Au loin au sommet de cette petite colline surplombant l'océan se dressait une modeste maisonnée dont une mince fumée s'échappait du toit, promettant un doux âtre de chaleur en son sein.
Une pluie fine, mais incessante, s'écrasait sur le chemin devenu boueux, rendant l'ascension du vieillard d'autant plus ardue. Cependant aucun obstacle n'aurait eu le pouvoir de stopper sa course. Sa détermination n'avait d'égale que sa passion certaine pour l'être humain. Et c'était d'ailleurs pour porter secours à deux êtres humains que le brave homme bataillait contre les intempéries du ciel et contre ses vieux os.
Lorsque finalement il atteignit le perron de l'habitat, il constata avec soulagement que sa venue était déjà attendue.
— Seigneur docteur, nous ne vous espérions plus, s'écria Honoria en s'effaçant de l'encadrement de la porte pour le laisser entrer.
En pénétrant dans la maison, ce ne fut pas la chaleur bienvenue qui frappa le nouvel arrivant, mais les hurlements stridents qui résonnaient depuis l'étage supérieur.
— Comment se présente-t-elle ? demanda le médecin en ôtant rapidement son lourd manteau et son chapeau.
— Mal, avoua la jeune femme alors qu'elle saisissait les vêtements trempés de son invité avant de le guider rapidement vers les escaliers. La douleur commence à devenir insupportable et je crains que la situation empire.
— Combien de temps s'écoule entre chaque contraction ? interrogea-t-il alors qu'il commençait à gravir les marches, Honoria à sa suite.
— Toutes les dix minutes, l'informa-t-elle. Toutefois je vous préviens, le père n'est-
— Je sais, Miss Tillian. Il ne m'attend pas de gaieté de cœur.
— Et pourtant vous voilà, répliqua sèchement une voix masculine.
La source des cris fut aisée à déterminer, et le vieil homme s'engouffra dans la chambre sans même accorder une once d'attention à Perceval qui le fixait d'un regard noir. Le propriétaire n'appréciait guère le vieillard, ou plutôt n'appréciait guère la médecine classique. Il avait fait des pieds et des mains pour conduire sa femme à l'hôpital des sorciers, mais cette dernière avait refusé, encore et encore, insistant sur le fait qu'elle souhaitait plus que tout accoucher de la plus traditionnelle des façons.
Sans compter que sa sœur, Honoria, avait pris son parti et fait aussitôt quérir le médecin du village. Quelle plaie que ces bonnes femmes !
Toutefois Perceval Dumbledore n'avait pas un mauvais fond. Au contraire son amour et son affection pour sa femme étaient tels qu'il craignait sans cesse pour sa sécurité. Son bien-être valait plus que tout autre chose et s'il avait pu l'envoyer de force à Ste Mangouste, il n'aurait pas hésité une seule seconde.
Mais les yeux qu'elle avait posés sur lui avaient suffi à faire fondre toute sa volonté, et à présent il observait, impuissant, le docteur Glendown ausculter le ventre arrondi de sa belle Kendra. Si douce Kendra.
Les yeux plissés de douleur, cette dernière luttait contre l'étau de fer qui lui tiraillait le bas ventre. Des perles de sueur luisaient sur son front brûlant et crispé, dégoulinant dans son cou avant de se perdre dans ses épais cheveux noirs. Quelque chose n'allait pas et la jeune femme s'en doutait. Bien que le médecin cherche à la rassurer avec des paroles sages et calmes, elle n'était pas dupe.
— Docteur, supplia-t-elle d'une voix faible. Docteur, pitié, dites-moi la vérité.
Cependant le vieil homme hésitait. Révéler la triste réalité rendrait la patiente d'autant plus nerveuse, et la situation en deviendrait bien plus délicate qu'elle ne l'était déjà. Le cœur partagé entre deux possibilités, le docteur Glendown eut le fâcheux malheur de croiser le regard du père. Ses yeux brillaient d'un éclat sauvage et le brave homme déglutit de crainte.
L'erreur ne lui était pas permise. Auquel cas, il aurait à affronter la colère, sinon le chagrin, de Perceval Dumbledore.
Prenant sa décision sans qu'il ait vraiment eu à réfléchir, il releva ses manches avec détermination.
— Madame Dumbledore, je ne vous mentirai pas. Votre bébé se présente par les pieds, lui apprit-il avec gravité. Si vous vous mettez à pousser et qu'il commence à sortir, il entraînera potentiellement avec lui certains de vos organes vitaux. Vous ne vous en relèverez pas.
Un hoquet s'échappa des lèvres de Kendra alors qu'elle encaissait la triste nouvelle. Ainsi le destin avait pris la décision de ne pas tourner en sa faveur…
Elle sursauta lorsqu'elle sentit les mains fraîches du médecin se poser de nouveau sur son ventre. Si la première fois, il avait agi de la sorte avec beaucoup de tendresse, cette fois-ci ses mains avaient gagné une fermeté étonnante.
— Alors il faut que nous le fassions basculer vous et moi, expliqua Glendown avec conviction et assurance. Je ne pourrai pas le faire tout seul. Il faut que vous lui parliez.
Kendra l'observa un moment, indécise, les yeux désormais humides de désespoir et de pessimisme. Et soudainement Perceval fut à ses côtés, les mains pressées autour de la sienne, le regard tout aussi brillant. Contempler les larmes dans les iris sombres de son épouse le rendait complètement fou.
— Allons ma douce, bredouilla-t-il d'une voix tremblante, tu l'as déjà fait. Tu es forte.
Tous observèrent en silence cet homme réputé si fort, si inébranlable, s'abaisser aux tristes lois de la vulnérabilité. Jamais encore Perceval n'avait paru si démuni. Kendra représentait sa seule et unique faiblesse. Penchée de l'autre côté du lit, Honoria admira respectueusement ce beau tableau que celui d'un époux affectueux et d'une femme donnant vie au fruit de leur amour. Elle pria secrètement pour connaître un jour pareille passion avant de s'éclaircir discrètement la gorge.
Glendown comprit aussitôt la raison de son intervention et commença, avec vigilance, à faire basculer le bébé dans le bon sens. L'entreprise s'avérait extrêmement complexe ; le nourrisson se trouvant encore protégé par le cocon qu'était sa mère, l'atteindre devenait un acte audacieux voire prétentieux. Mais l'âge avancé du docteur lui offrait certains avantages : dont l'expérience.
Avec une lenteur démesurée et des gestes qui se voulaient les plus doux possible, pas à pas, le vieil homme fit déplacer l'enfant. Focalisé sur son objectif, il ignora fatalement les cris de souffrance de Kendra qui accompagnaient ce mouvement inhabituel.
Néanmoins Perceval, lui, les saisissait et chacun d'eux était comme une lame plantée dans son cœur. Il s'agrippa à la main de sa jeune femme, comme un naufragé s'accrochant à un modeste morceau de bois flottant. S'inondant dans ses yeux perlés de larmes, il se noya en succombant au doux goût de l'angoisse et de l'impuissance. La pression de ses doigts sur ceux de Kendra se montra plus intense tandis qu'il crispait les mâchoires d'appréhension.
Il aurait dû suivre son instinct et la conduire auprès de sorciers expérimentés.
Il aurait dû n'écouter que son cœur et la protéger de cette souffrance inutile.
Les entrailles déchirées de culpabilité, Perceval demeura cependant immobile, cramponné à la main tremblante de son épouse qui convulsait de douleur.
Et alors qu'il se perdait dans un sinueux sentiment de rage et d'amertume face à son incapacité à aider Kendra, l'habileté du médecin eut raison du destin.
— Il a basculé ! annonça Glendown d'une voix plus forte, poussez à présent. Poussez !
Soudainement Kendra sentit qu'on appuyait férocement contre sa vessie et elle gémit lorsqu'elle comprit que le moment tant attendu venait enfin de se présenter. La douleur demeurait bien présente autour d'elle, mais cette dernière n'était plus qu'une souffrance passagère maintenant que la jeune femme savait qu'elle ne serait bientôt plus qu'un lointain souvenir.
Les yeux plissés, le front crispé et sa main gauche écrasant les doigts de son époux, la jeune femme mit toute sa volonté à expulser de son abdomen le petit être qui ne demandait qu'à vivre. Comme le lui avait si sagement rappelé son mari, elle avait déjà traversé cette épreuve auparavant, et désormais son enfant ne demandait qu'à sortir.
Comme pour ceux qu'elle avait déjà mis au monde, elle ressentit comme un déchirement, comme si on lui tirait les entrailles et elle hurla dans un dernier effort abrupt et définitif.
La libération se réalisa instantanément.
Ce fut comme si on l'arrachait à la torture.
Kendra se laissa tomber sur les oreillers et inspira longuement pour reprendre son souffle, le sourire aux lèvres. Une joie nouvelle s'emparant pas à pas dans tout son être.
Son enfant pleurait.
Pleurait de douleur face à la vie qu'on lui offrait.
Et la vie se méritait.
Le nouveau-né criait sa détresse, lui qui avait été si bien loti jusqu'à présent, se retrouvait confronter à tant de nouveautés. Tant de nouvelles choses que Kendra impatientait de lui faire découvrir.
La jeune femme se redressa dans son lit pour mieux apercevoir ce bébé qu'elle avait tant attendu. Elle jeta un bref regard aimant à son époux qui lui tenait les épaules, les yeux tout aussi rivés sur cet enfant tant souhaité, comme s'il peinait à réaliser que l'enfer se trouvait derrière lui.
— C'est une fille, annonça simplement Glendown avec professionnalisme.
Le cœur de Kendra manqua un battement alors que cette révélation s'immisçait en elle.
Une fille.
Perceval déposa un doux baiser sur le front de sa tendre épouse. Son bonheur était complet. La santé de sa femme ne semblait pas être menacée, et de plus l'envie de cette dernière se comblait par la présence d'une petite princesse au sein de la famille Dumbledore. Kendra ne se plaignait jamais de ses hommes, mais elle avait toujours eu du mal à dissimuler son envie d'une petite fille.
Comme à chaque fois qu'il assistait à un accouchement, le médecin prit grand soin de l'enfant avant de le remettre enfin dans les bras d'une mère épuisée, mais ravie. Les mains tremblantes de fatigue, la jeune femme tendit les bras pour accueillir ce petit être qui s'était fait tant désirer. Alors qu'elle le posait contre sa poitrine, peau contre peau, Kendra sentit une vague de chaleur monter en elle.
Sa fille.
Elle ne retenait plus les larmes qui perlaient ses joues déjà humides et observait, comme un trésor, le nourrisson qu'elle aimait déjà de tout son cœur. Qu'elle aimait depuis l'instant où elle avait réalisé être enceinte.
Tout aussi ému, Perceval se pencha vers sa fille pour mieux la contempler. Et bien qu'aucune larme ne jaillisse de ses yeux, les tremblements de ses mains témoignaient de son émotion.
Glendown scrutait avec délice ce beau tableau familial que formait le couple.
— Puis-je les faire entrer ? demanda Honoria à l'attention du vieil homme.
— Evidemment, répondit aussitôt Perceval, blessé que la question ne lui soit pas directement adressée.
La jeune mère posa une main affectueuse sur son avant-bras, calmant de ce simple geste toute la vigueur qu'il renfermait. Bien qu'il soit le maître des lieux, ce n'était pas à lui de prendre pareille décision.
— Pas longtemps, déclara Glendown en le fixant délibérément. Votre femme a besoin de repos et il ne faudrait pas qu'ils l'épuisent.
— Ils ne m'épuiseront pas, annonça aussitôt Kendra d'une voix douce.
A cette simple recommandation, la sœur quitta la chambre avant de réapparaître quelques instants plus tard en compagnie de deux frimousses rousses qui entrèrent timidement dans la pièce qui jusqu'alors leur était interdite.
Un simple sourire de leur mère les conquit et les rassura, alors ils s'approchèrent rapidement. Le plus âgé bondit sur le lit aux pieds de Kendra, et le plus jeune, trop petit pour l'imiter, fut aidé de son père.
— Doucement, soupira le docteur qui rangeait sa mallette dans un coin.
Mais ils l'ignorèrent, tout à leur bonheur.
Les deux têtes auburn se penchèrent pour mieux observer le nouveau minois qui entrait dans leur vie, jaugeant si ce petit être leur apporterait la joie qu'on leur avait tant promise.
Dévoilant ce qui jusqu'alors n'était qu'une rondeur dans son ventre et qui s'avérait bien mystérieuse à leurs yeux, Kendra les observa avec tout l'amour qu'elle leur portait avant d'annoncer d'une voix pleine d'émotion :
— Les garçons, je vous présente votre petite sœur, Ariana.
A SUIVRE
La suite ne devrait pas tarder vu qu'elle est déjà écrite. Il me tarde de vous la partager.
A bientôt. Ehlilou
