Voici le chapitre 2


2. Red Hair and Silver Tape

(1x02 La Vie en Rousse)

Lisbon s'assit à son bureau et prit son visage entre ses mains. Elle avait tué aujourd'hui, pour sauver la vie d'une jeune femme, et pour Jane aussi. Pour lui sauver la vie, certes, mais elle n'en restait pas moins dégoûtée. Au boulot, elle restait impassible, mais lorsqu'elle se retrouvait seule, rien n'allait plus. Après avoir appuyé sur la détente, elle se sentait toujours vide. Ses sentiments se contredisaient, elle était à la fois heureuse d'avoir pu sauver des vies et triste d'en avoir pris. Oui, c'étaient des salopards meurtriers et sans pitié, mais ils auraient dû aller croupir en prison. La mort est trop facile.

Ce n'était pas la seule chose qui la tourmentait. Cela faisait maintenant un peu plus d'une semaine qu'elle avait couché avec Jane dans l'espoir de le consoler. Depuis, chaque nuit qu'elle passait seule, elle aurait aimé qu'il soit là avec elle, et même si elle savait que ça ne devait pas se reproduire, elle en voulait plus. La sensation de ses mains sur sa peau, de la chaleur de ses lèvres dans son cou ne la quittait pas, comme si elle y était encore. Il y avait eu quelques moments de gêne entre eux, mais tout semblait être revenu à la normale. Elle ne s'était jamais laissé être bouleversée devant lui, et il n'affichait aucuns remords. Même si elle savait qu'il le regrettait, il avait réussi à le masquer, s'autorisant même quelques remarques taquines et pleines d'esprit.

* Plus tôt dans la journée *

«Bonjour, j'ai réservé une table pour deux cet après-midi, on pourra être en terrasse ? …C'est plus romantique…merci…oui, Patrick…parfait, à plus tard.»

Le cœur de Lisbon battait déjà la chamade lorsqu'il raccrocha. Si fort qu'elle aurait cru que sa poitrine allait exploser. Que voulait-il dire par «plus romantique» ? Son sourire l'agaça encore plus, toujours ce foutu sourire.

«Je n'espère pas vous séduire au cours d'un repas, ça serait un peu prétentieux de ma part.

-Je ne crois pas une seconde que vous essayez de me séduire.»

C'était faux bien sûr, elle se surprit même à penser que c'était déjà chose faite.

«Oh, ne me dites pas que l'idée ne vous a pas traversé l'esprit ? »

Elle ne sut que répondre. Ses yeux étaient irrémédiablement attirés par les siens, et son cerveau semblait ne vouloir se souvenir que de la manière dont elle s'était sentie entre ses bras lorsqu'il avait pris le contrôle de son corps pour la satisfaire.

«Le fait que vous le niiez m'intrigue vraiment.»

Lisbon resta muette un instant et, lorsqu'il commença à partir, une seule réplique lui vint en tête. Pas la plus adéquate cependant, elle devait l'avouer.

«Oubliez-moi.»

*Fin*

Elle n'arrivait toujours pas à croire qu'elle avait pu imaginer qu'il leur planifiait un rendez-vous romantique au beau milieu d'une affaire. Était-elle aussi stupide ? Dans un grognement, elle laissa son front s'appuyer contre le bois froid de son bureau et ferma les yeux pour repousser une migraine imminente. Un détail cependant l'encouragea à penser que, lorsqu'il aurait à nouveau besoin de réconfort, il se tournerait vers elle. Il était probablement absurde de souhaiter être le «partenaire sexuel sans importance» de quelqu'un, mais c'était ce qu'elle voulait.

Plus tôt dans la journée, lorsqu'ils étaient au cimetière, il avait remarqué qu'elle était terriblement triste pour la famille qui avait perdu sa fille et qu'elle se sentait également coupable d'avoir arraché la vie de ceux qui l'avaient tuée, même s'ils avaient mérité de souffrir. Il avait posé sa main sur son épaule – leur premier contact physique depuis cette fameuse nuit - pour lui faire savoir qu'il serait là pour elle si elle en avait besoin. Ils savaient tout deux que c'était un chemin dangereux, qui avait déjà détruit les barrages précaires qui retenaient leurs émotions et pourtant, la proposition avait été là, dans la chaleur de sa main.

«Lisbon ?»

Elle sursauta au son de sa voix, inspira avec difficulté puis resta immobile quelques secondes, le temps de retrouver ses repères. Redressant ses épaules, elle leva la tête et croisa son regard inquiet.

«Oui, Jane ?

-Ça va aller ?»

La dernière fois que ces mots avaient été prononcés, ils étaient sortis de sa bouche et ils s'étaient retrouvés nus. Une petite voix lui cria que tout cela finirait mal. C'était la première fois qu'ils se retrouvaient seuls en étant entièrement habillés.

«Je vais bien» répondit-t-elle.

Lisbon savait qu'il saurait qu'elle mentait mais elle pria pour qu'il ne le relève pas. Il était tard, elle était fatiguée et tout ce qu'elle souhaitait était prendre un long bain et se glisser dans son lit.

«À propos de quand on...euh… commença-t-il.

-Je te l'ai dit, j'étais d'accord. Je t'ai laissé faire et je le voulais aussi. Tu n'as aucune raison de t'en vouloir pour ça, Patrick.»

L'expression qu'il arbora lui indiqua qu'il était surpris qu'elle ait utilisé son prénom. Il se rapprocha du bureau en baissant la tête, le regard fixé au sol. Elle aurait voulu qu'il ne se le reproche pas autant. Il voyait ça comme une erreur alors qu'elle, elle voyait ça différemment. Pour elle, ils étaient deux personnes seules et isolées qui avait besoin pour une nuit, un instant, de se souvenir des sensations éprouvées dans les bras de quelqu'un d'autre. Elle aurait juste aimé que ça dure plus longtemps.

«Je pensais à cet après-midi, quand on était dans ce motel et que tu as dû…je suis désolé que tu aies dû en arriver là.

-Oh !» s'exclama-t-elle.

Son visage rougit d'embarras. Ce n'était vraiment pas son jour.

«Je suis désolée que tu aies dû y assister, bredouilla-t-elle.

-Je sais que tu ne vas pas bien. Je sais que c'est dur pour toi et je veux que tu saches que je suis là.»

Sans vraiment réfléchir elle se leva et fit trois pas vers lui, se retrouvant à quelques centimètres de lui.

«Merci, mais je pense qu'il vaudrait mieux que je rentre chez moi.»

Elle le contourna pour se diriger vers la sortie, mais il attrapa son coude et l'amena contre son torse, enroulant un bras autour de sa taille tandis que l'autre se perdait dans ses cheveux, maintenant sa tête au niveau de son cœur.

«Jane, est-ce que tu…

-C'est juste un câlin.»

Les larmes qu'elle retenait jusqu'ici finirent par tomber, coulant à flots le long de ses joues. Entendant des sanglots lui échapper, il caressa lentement son dos pour essayer de l'apaiser. Elle n'avait pas l'habitude qu'on la prenne dans ses bras lorsqu'elle pleurait, d'avoir quelqu'un près d'elle lorsqu'elle pleurait, bon sang, elle n'avait même pas l'habitude de pleurer, mais c'était si bon d'être dans ses bras encore une fois. Elle pleurait pour les innocents qui avaient perdu leur vie, pour ceux qu'elle avait tués, et elle pleurait parce qu'elle savait qu'elle ne pourrait jamais être avec l'homme dont elle était en train de tomber amoureuse.

Jane la serra dans ses bras jusqu'à la fin, s'autorisant à déposer quelques baisers dans ses cheveux de temps à l'autre. Il ne devrait pas mais il avait envie d'elle, ici et maintenant. Ils s'étaient mis d'accord sur le fait que ça ne se reproduirait pas, mais ça ne l'arrêterait pas, il le savait. Il avait été dur pour lui de ne pas la toucher quand son corps le lui réclamait, le suppliant de tendre la main pour effleurer la peau douce et laiteuse de ses bras, sa nuque, de chaque parcelle de peau découverte. C'était comme s'il avait eu un avant-goût, et maintenant, il en voulait plus. Il n'était pas prêt pour une relation sérieuse et Lisbon en méritait une. Elle méritait tellement plus que ce qu'il avait à offrir. Il n'aurait jamais dû lui demander de rester ce soir là, ça avait été bien trop égoïste de sa part. Et maintenant, c'était la même chose, elle était là bouleversée, ayant assez confiance en lui pour le laisser la prendre dans ses bras, et tout ce qu'il avait envie de faire était tourner la tête pour pouvoir goûter la peau tiède de son cou.

Il avait beau s'être senti coupable par la suite, il devait admettre que, lorsqu'il avait été avec elle, le temps semblait s'être figé, le monde s'être arrêté de tourner, tout avait semblé différent et il voulait savoir pourquoi. Ils avaient besoin d'en parler mais aucun d'eux ne savait quels mots utiliser. Ils étaient déchirés. Ils avaient envie l'un de l'autre, cela avait déjà été prouvé, mais son besoin à lui était motivé par la colère, la solitude et les regrets ; pour elle, il ne savait pas vraiment, tout ce qu'il savait, c'était qu'il ne pourrait pas jouer avec elle au point de la blesser. Ça le tuerait s'il était celui qui lui faisait du mal.

Les larmes se calmèrent, les sanglots s'arrêtèrent et elle se dégagea de son étreinte, espérant avoir gardé un minimum de dignité. Ce n'était pas son genre de se laisser aller comme ça, mais il faut dire que ce n'était pas non plus son genre de coucher avec des collègues de travail.

«Je suis désolée, ta veste est toute mouillée.

-Oh, je devais la laver de toute façon. Je te ramène chez toi ?» demanda-t-il.

La question en elle-même induisait autre chose, et ils savaient tout deux ce qu'il se passerait s'il la raccompagnait. Il ne repartirait pas de si tôt, et aujourd'hui n'était pas le bon jour. Elle n'avait pas besoin d'encore plus de drame, de remords et de décisions bancales.

«La prochaine fois peut-être.»

Lui souhaitant «bonne nuit », elle sortit de son bureau, lui laissant le soin de le refermer. Aujourd'hui avait été un de ces jours où elle aurait préféré rester au lit toute la journée, et il avait réussi à le rendre meilleur et pire à la fois.


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