Merci beaucoup à Lily Evans 2004, Aurore Weasley et dolphina31! J'espère que vous avez toutes reçu mes réponses à vos délicieux reviews. Dans ce chapitre, Tom est absent (je sais, c'est criminel) mais comme la fic est rapide (trop, non? Je me demande si je ne devrais pas rallonger le chapitre 1 un peu…) il sera de retour dès le chapitre 3 (et quel retour, mesdames! On est Tom Sexy Jedusor ou on ne l'est pas!) XD

Bon, assez de mes divagations surexcitées. Bonne lecture, et on se revoit dans deux semaines maximum!


CHAPITRE 2

« Ginny, mais qu'est-ce qui t'a pris? » explosa finalement Hermione, complètement hystérique. «Tom Jedusor, c'est le vrai nom de Voldemort! »

Il y eût un instant mort de toute réaction où Ginny resta bêtement là à regarder Hermione comme on regarde un vampire : avec horreur et incrédulité. Deux pensées contradictoires faisaient rage dans son esprit désorienté : la première protestait que c'était d'un ridicule consommé. Hermione lui avait bien montré, sans détour et sans possibilité de méprise, qui était Voldemort, et le jeune homme avec qui elle avait dansé n'avait définitivement rien à voir avec cette vieille chose décrépite.

La seconde pensée, d'un ordre beaucoup plus terrifiant et inéluctable, lui rappelait qu'Hermione n'avait jamais tort. Hermione, sorcière prodige, génie des livres, grande académicienne couverte de plus de diplômes que dix étudiants réunis, ne se trompait jamais sur les faits, et ne blaguait jamais sur eux non plus. Si elle disait que Tom était Voldemort, alors c'était bien lui, et ça finissait là.

Fatalement, platement .

« C'est impossible » croassa-t-elle péniblement, une angoisse abjecte lui remontant le corps. « C'est impossible! » réaffirma-t-elle plus fort, sa voix enflant comme le vent au creux des montagnes. « Hermione! Comment pourrait-il être le même homme? Tu me l'as montré, je l'ai vu! Il n'avait pas de nez, et il avait la peau grise, et…et…c'est impossible! » martela-t-elle une troisième fois, accablée, cherchant les yeux d'Hermione pour y lire la confirmation de son déni, une note d'espoir, un indice que son monde ne venait pas tout juste de s'écrouler.

Mais Hermione s'était adossée au mur et glissait lentement vers le sol, une main dans sa chevelure rebelle et l'autre cherchant à tâtons le plancher. Son teint était cireux et sa bouche s'actionnait dans un effort muet de fournir l'explication, jusqu'à ce qu'enfin le son vomisse hors de ses lèvres : « Il en a deux. Il utilise deux apparences avec deux noms. Un costume de guerre pour inspirer la peur, et son vrai visage pour…pour… »

Il y avait une teinte d'hésitation dans la voix d'Hermione, comme si elle se retenait de dire « pour séduire les jeunes innocentes » ou un autre crime crapuleux à cet effet. À la place, une certaine pudeur lui donna la rigidité nécessaire pour continuer :

« …pour le reste. Mais cela fait des années qu'il ne l'avait pas utilisé. Une décennie au moins! Non, plus que ça! Merlin, la plupart des gens ne savent même pas qu'il a une autre apparence! C'en est presque du folklore de fond de grimoire! Oh Ginny, Ginny, je n'aurais jamais dû te laisser seule! »

Pour une raison que Ginny ne saisit pas sur le moment, mais qu'elle comprendrait avant la fin de la journée, la dernière phrase d'Hermione la dérangea plus que la révélation fracassante qu'on pouvait à la fois être magnifique et hideux, et qu'elle avait donc dansé avec Voldemort, et que sa réputation était donc finie et que la presse serait après elle comme une meute de chiens affamés dès demain matin. Non, ces ramifications se perdaient dans le choc général qu'elle avait fraternisé avec le chef de la faction ennemie, et qu'Harry serait enragé. Furieux. Déçu. Peut-être même…

Peut-être même qu'il ne lui parlerait jamais plus. Il haïssait tant Voldemort que ce n'était pas difficile à croire.

Ses réflexions moroses furent interrompues par l'arrivée de Ron et de Molly dans la pièce, le premier par transplanage, la deuxième en pyjama dans la porte, et tous deux parlant en même temps dans une cacophonie paniquée.

« Vous êtes déjà revenues? Alors, comment était…Circé, mais qu'est-ce qui se passe? Hermione! Ginny! »

« Hermione, c'est la pagaille là-bas. Les journalistes se sont jetés sur lui. Il y a assez de photos pour couvrir Poudlard tout entier. »

« Mon pauvre trésor! Assis-toi ici, allons, allons, dis à Maman ce qui s'est passé mon cœur? »

« Ils seront ici dans pas longtemps. Le fumier, tu aurais dû le voir sourire. J'avais envie de le tuer. »

« Est-ce à propos de Harry? As-tu pu danser avec lui? »

« C'est complètement hors de contrôle. Il n'y aura pas un sorcier vivant demain qui ne saura pas que Ginny a dansé avec Voldemort. »

« Ma chérie, tu sais que… Ginny a dansé avec qui? »

Et juste comme ça, avec la force de dix milles éléphants, le silence s'écrasa de nouveau dans la pièce. Molly regardait Ron d'un air atterré; Ron se massait les temples; Hermione gémissait encore que c'était de sa faute.

Et Ginny? Elle voulait disparaître.

**********

Évidemment, il y a une limite au temps que le corps humain peut tolérer l'adrénaline, et après une heure de cris et d'arrachage de cheveux durant laquelle toute la famille était venue enquêter sur la source de tant de tapage avant de se joindre à l'hystérie collective, personne n'avait plus assez d'énergie pour autre chose que des soupirs faussement calmes. Arthur poussa un grognement fatigué avant de statuer :

« Bon, récapitulons. Harry n'était pas là, Ginny était triste, Voldemort en profite et l'invite à danser. »

« C'est ma faute » répéta encore Hermione.

« Hermione, ce n'est pas ta faute! C'est moi qui ai dansé avec lui, pas toi! » protesta Ginny, agacée par le repentir presque religieux de sa belle-sœur.

« Mais j'aurais dû rester avec toi » rétorqua-t-elle en lançant un regard furieux à Ron. « Tu n'allais pas bien. Tu étais vulnérable. J'aurais dû prévoir que…que… »

« Que quoi? Hermione, j'ai 17 ans, je peux rester seule plus que 5 secondes! Et tu l'as dit toi-même qu'il n'avait pas repris cette apparence depuis des années! Comment aurais-tu pu prévoir que ça lui tenterait ce soir en plein bal? C'est moi qui aurais dû insister pour savoir son allégeance politique avant! »

« Assez, ça n'a pas d'importance » coupa Arthur avec fermeté. « Pour autant qu'on sache Voldemort aurait lancé le sortilège Impero si Ginny avait refusé. Peut-être même planifiait-il cela depuis des mois. »

« Bien sûr! » s'écria Ron. « C'est lui qui a dû empêcher Harry de venir! »

« Mais…pourquoi? » demande Ginny, soudainement confuse.

« Pour atteindre Harry, évidemment! Tout le monde sait que tu te meures d'amour pour lui…euh, sans vouloir t'offenser, Gin. Donc te séduire comme ça devant tout le monde, c'est comme s'il lui volait sa baguette magique, tu suis? C'est humiliant. Et Voldemort veut qu'Harry perde son sang-froid. »

Ginny eût une bouffée de colère à être ainsi comparée à un objet, puis sa conversation avec Tom lui revint en mémoire. C'est vrai qu'il avait demandé à quoi Harry ressemblait, comme pour s'assurer qu'il avait la bonne victime. Et c'était aussi vrai qu'il l'avait regardé avec une intensité presque démente, comme s'il se réjouissait à l'avance du mal qu'il allait faire à Harry. Techniquement, ça collait, mais…

C'était difficile pour les pensées exténuées de Ginny de mettre le doigt sur ce qui la chicotait dans cette explication, mais elle ne pouvait secouer ce sentiment qu'il y avait une grave injustice faite à Tom en rabaissant son offre de danser à un désir si…puéril. Il l'avait frappé comme un être très fier; l'imaginer se donner tout ce mal juste pour exaspérer Harry était presque insultant à son égard.

Ginny haussa les épaules mentalement. Qu'en savait-elle vraiment, si les chefs politiques de sombres partis étaient assez adultes pour ne pas utiliser des tactiques de garçons immatures? Rien du tout. De toute façon, c'était Voldemort, et elle n'allait pas passer une seconde de plus à vouloir le comprendre.

Et pourtant…

Quoi? Tu veux te faire croire qu'il était sincèrement charmant et romantique? Que c'est impossible que tant de passion dans son regard puisse être un leurre? Ma vieille, tu délires. C'est Voldemort, un vrai voyou. Il ment tout le temps. Et l'enfer va geler avant que qui que ce soit tombe instantanément en amour fou avec toi comme ça.

Elle fronça le nez. Voldemort, tomber en amour avec elle! Elle ne le souhaiterait même pas s'il était le dernier homme sur terre. Même en Tom! Beurk, quelle horreur!

Quelle horreur, Ginny, tu es sûre? Je pense que tu te sentais plutôt terriblement flattée qu'un bel homme comme lui te regarde avant tant de convoitise.

Bon, d'accord. Elle avait 17 ans, elle avait des hormones, et Harry était un petit peu frustrant à répondre à ses attentes. Ça ne voulait rien dire d'autre—cette émotion brûlante qu'elle avait sentie à la fin de la valse avait tout à voir avec son envie d'être aimée, et rien à voir avec Tom en particulier.

Rien du tout.

Son attention revint au conseil de famille devant elle, où tout le monde semblait s'entendre que Ginny était une victime de Voldemort dans cette terrible histoire, un simple pion dans ses plans machiavéliques pour torturer Harry. Il y avait quelque chose de troublant dans la manière qu'ils excluaient tout libre-arbitre de sa part, comme si elle aurait dit oui même si Voldemort l'aurait invité à danser en tant que cadavre monstrueux et gris, comme si le fait qu'elle était jeune et femme la fautait inéluctablement de faiblesse, mais Ginny ne dit rien. Sa famille avait trouvé l'explication parfaite, et elle était plus que fervente à vouloir croire à cette version et laisser tous ses doutes et ses critiques de côté. Il y aurait en masse de temps plus tard pour les convaincre qu'elle n'était pas aussi impotente que ça.

Et puis cette version la disculpait de tout péché par rapport à Harry, et c'était donc forcément la meilleure.

« Bon » conclut finalement Arthur après qu'ils se soient tous entendus avec satisfaction que leur fille était pure, qu'Harry était la cible et que Voldemort était le dernier des pourris. « Combien d'heures avons-nous avant que Rita Skeeter veuille défoncer la porte? »

**********

Malgré une nuit blanche à jeter des sorts pour noircir les fenêtres, à bloquer la cheminée, à fortifier les protections de la maison et à se convaincre que tout irait bien, Ginny comprit assez vite que tout le support de sa famille n'empêcherait ni les journalistes de camper devant sa porte ni la machine à rumeurs de s'emballer. Au petit matin, elle était à la une de tous les quotidiens, photos compromettantes à l'appui et sous des titres tous plus horrifiants les uns que les autres :

La fiancée d'Harry Potter le laisse pour son ennemi juré

Est-ce que la Bête a enfin trouvé sa Belle?

Séduite par le mage noir

Triangle amoureux pour Potter et Voldemort

Depuis quand était-elle sa fiancée? Par Merlin, Harry ne l'avait même pas encore embrassée! Et elle avait simplement dansé avec Tom, pas supplié de la ravager directement sur le plancher de danse! Les articles eux-mêmes étaient plus tissés de mensonge que les titres, et Ginny eût la nausée en lisant ce que certains pseudo-spécialistes et amis disaient. Victime consentante, regardez avec quelle fougue elle danse…blabla…j'ai toujours su que Ginny devait cacher quelque chose…blabla… L'opinion générale était que Voldemort était l'instigateur, Ginny la complice, et maintenant tout le monde se demandait quelle serait la formidable réaction d'Harry Potter face à cette déclaration de guerre et traîtrise sentimentale.

Ils sont fous! Je n'ai jamais, jamais trahi Harry!

« Arrête de lire ce paquet de conneries » dit Ron en lui arrachant brusquement les papiers des mains. « C'est que des âneries, tout le monde le sait. »

« Mais Ron, si Harry...! » protesta-t-elle avec désespoir.

« Harry ne croira jamais ça! » déclara-t-il avec une certitude féroce. « Il sait que tu l'aimes, ok? C'est sûr qu'il va comprendre ce qui s'est passé. Ne t'en fais pas » rajouta-t-il plus doucement. « On s'en fout de ce que pensent les autres. » Le reste de son clan, assis avec elle au salon, furent prompts à renchérir. On s'en balance de ces crétins. Juste des chacals en manque de sensationnalisme. Quiconque croit ce ramassis d'ordures manque d'intelligence. Nous on est là pour toi, Gin. Tu n'as pas besoin de autres.

L'idée vint soudainement à Ginny qu'il était heureux pour elle qu'elle soit du type solitaire et n'ait jamais considéré fréquenter ou marier qui que ce soit d'autre qu'Harry. Les autres, comme Ron les appelait avant tant de dédain, n'oseraient jamais plus l'approcher à présent. Personne ne se risquerait à être associée à son nom ou à encourir la jalousie potentiellement meurtrière de Voldemort, que les rumeurs soient vraies ou pas.

En fait, maintenant que Ginny y pensait, plus personne ne voudrait l'engager non plus. Qui voudrait vraiment avoir un Mangemort potentiel comme employé, à part un autre Mangemort? Et même à ça—aucun Mangemort ne voudrait risquer la colère du chef en déplaisant à sa supposée maîtresse par quelque malheur du sort! Merlin, c'était sans espoir. À ce stade, elle devenait soit Madame Potter, Madame Voldemort ou une recluse dans la forêt.

Une angoisse sans merci l'envahit à cette conclusion. Son but avait toujours été d'épouser Harry, et puisque c'était encore possible elle aurait dû se calmer, mais l'étouffement sauvage de toutes les autres options qu'elle avait considéré pour sa vie—être joueuse de Quidditch, par exemple—avait l'effet d'une douche glacée. Peut-être qu'Hermione avait compris ça au moment même où elle l'avait vu au bras de Tom, et c'est pour ça qu'elle s'en voulait tant, elle qui valorisait tellement la réussite professionnelle.

Merlin, la réussite. Comment survivrait-elle à sa septième année d'école maintenant?

Son attention fût distraite par un grand flash de lumière devant elle. La seule personne au monde encore bienvenue dans cette maison venait d'arriver : Harry Potter.

**********

En vrai Auror en formation, Harry prit l'affaire en mains comme une machine : il les salua tous calmement, s'assit, demanda le résumé des faits. Il sonnait tellement détaché qu'elle était partagée entre le croire indifférent à la situation ou enragé d'une colère froide et sèche. Le cœur battant la chamade d'appréhension, elle n'osa pas le regarder une seule fois, attendant au supplice qu'il déclare enfin :

Ginny, ne sois pas si apeurée. Qu'as-tu à te reprocher? Tu ne le savais pas. Et si tu l'avais su, tu ne l'aurais jamais fait. Je sais tout ça. Bien sûr que je t'aime encore...

C'était horrible d'attendre sans avoir la moindre idée de ce qu'il pensait. Même si tout le monde l'avait assurée qu'il comprendrait, elle n'aurait pas l'esprit tranquille avant de l'entendre. Son ton était si juste, sa voix si impassible qu'ils la terrifiaient ; et quand vint son tour de donner les faits, ses nerfs lâchèrent sans préavis et elle se mit à pleurer comme une fontaine.

« Harry, je m'excuse tellement, je m'excuse, je ne savais pas, je sais que tu le détestes, je ne savais pas, tu sais que je n'aurais jamais fait ça, Harry...? »

Elle releva la tête vers lui, et sa voix mourut dans sa gorge. À travers son voile de larmes, Harry la regardait, inflexible comme un pape, et une lueur d'une conviction terrible brûlait dans le fond de ses prunelles, la transperçant comme un javelot. Elle aurait voulu arrêter le temps, retourner les mots qui venaient vers elle, mais il était trop tard :

« Ginny…je sais que tu voulais mon attention, mais…à ce point-là? »

Il avait posé la question doucement, mais il aurait tout aussi bien pu hurler en détruisant tout. Ses mots mesurés n'arrivaient pas à museler complètement l'accusation cachée derrière, et Ginny sentit le marteau du Jugement s'écraser avec fracas dans sa poitrine.

Harry croit que j'ai fait ça par exprès.

Harry croit que…

Une rage aussi flamboyante que ses cheveux s'empara d'elle, et avant que sa famille ait put finir de regarder Harry avec consternation et de s'interposer, elle bondit de sa chaise et sa fureur déferla, déchaînée :

« OUI, HARRY! TOUT TOURNE AUTOUR DE TOI DANS LA VIE! »

Une clameur retentit soudain à l'extérieur, et tous se tournèrent réflexivement vers la fenêtre pour voir de quoi il s'agissait. Un aigle noir majestueux venait de s'arrêter devant la maison, et ça ne prenait pas la tête à Hermione pour comprendre de qui le message venait.

Encore sur son élan vengeur, Ginny marcha comme une lionne vers la porte, l'ouvrit juste assez pour faire entrer l'animal, ignora les flashs des caméras et ouvrit avec hystérie la missive :

Chère Ginevra,

Je soupçonne t'avoir causé beaucoup d'ennuis. J'en suis sincèrement désolé. Si je peux faire quoi que ce soit, tu n'as qu'à toucher le collier au cou de mon familier pour être transportée chez moi où nous pourrons parler de…

Ginny ne prit même pas le temps de finir la lettre. Crispant le parchemin dans le creux de sa main, elle se tourna avec rigidité vers sa famille et Harry, et déclara d'une voix acide :

« Puisque de toute évidence c'est ma faute, je m'en vais régler le problème! »

Elle toucha le bijou, et aigle, papier et sorcière disparurent vers le manoir de Tom Jedusor—peu importe où c'était.

*********

Fin du chapitre 2.

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