Synopsis : Été 1997, le Monde de la Magie est en péril, le Ministère ne tient plus que par un crin de centaure. Le Seigneur des Ténèbres est partout et contrôle les esprits par la méfiance et la terreur qu'il inspire. C'est ce moment qu'un vieux guerrier va choisir pour se retirer de la course. Mais pas sans combattre. Serez-vous avec lui pour sa dernière danse contre les Forces du Mal ?

Note: Cet OS est une nouvelle que j'ai écrite pour le concours de Fanfictions HP 2016 de Short Editions. Il a remporté le Premier prix du jury grâce à mes super bêta-lectrices que sont Ty S. Brekke, Chupee Chan, Kara Lee-Corn Smith, Marine Snape Morin'Stal (a.k.a SerpySnape) et PouletPotter.

Disclaimer: L'univers de la magie, le contexte de l'histoire et les personnages présents ou cités (Scrimgeour, Dumbledore, Maugrey Fol Œil, Kingsley, Mr Weasley) appartiennent à JK Rowling. Le reste (intrigue de l'histoire, famille de Scrimgeour - dont Meryl) est à moi.

Crédits image : "Scrimgeour needing a Holyday", par Caladan MMOS


Ses yeux dorés affichaient la tristesse d'un père qui voyait mourir ses enfants les uns après les autres. De nombreuses rides barraient son visage, lui conférant une expression de lassitude qu'il n'avait jamais arborée de toute sa vie de combattant. Son souffle était lent, calme, et puissant mais à voir sa poitrine se lever ainsi, il était clair que le simple fait de respirer lui coûtait presque toute la force et la volonté qui lui restaient.

Il faisait nuit noire depuis plusieurs heures, et les cernes qui entouraient les yeux du vieil homme n'amélioraient en rien son apparence de plus en plus piteuse. Toutes les deux ou trois minutes, ses paupières fripées se fermaient toutes seules, sa crinière blonde entrelacée de gris basculait en avant, et son long nez plongeait dangereusement en direction du bureau en chêne qui lui faisait face. Mais chaque fois, il se ressaisissait et continuait inlassablement sa besogne. Armée d'une plume d'aigle royal, sa main calleuse et sinuée de veines allait et venait à toute vitesse sur la surface d'un vieux parchemin.

Le regard fixe, les muscles tendus, le souffle bruyant, Rufus Scrimgeour ne cessait de faire glisser sa plume agitée sur le support défraîchi. Enfermé dans son bureau depuis plusieurs heures, il écrivait à la hâte une longue lettre dont les mots – rédigés précipitamment – n'étaient lisibles qu'une fois sur deux. Ces derniers temps, il lui semblait qu'il passait ses journées et ses nuits à écrire. En fait, c'était comme cela depuis un an, lorsqu'il avait accepté le siège de Ministre de la Magie. Le poste que tout le monde craignait d'occuper.

Il avait d'abord écrit à Dumbledore pour que ce dernier lui permette de rencontrer le Garçon-qui-avait-survécu ce qui n'avait abouti à rien d'ailleurs, alors il avait dû se débrouiller par ses propres moyens pour voir le jeune homme. Ensuite, il avait écrit à ses anciens collègues Aurors, maintenant à la retraite. Qu'ils fussent – ou eussent été – ses mentors, ses élèves, ou des compagnons d'armes qui à présent vivaient paisiblement, il avait été forcé de les arracher à leur quiétude pour leur demander d'occuper la place vacante des sombres Détraqueurs qui avaient autrefois gardé les portes d'Azkaban. Il n'avait pas eu le choix, aucun des jeunes Aurors ne pouvait se permettre de quitter son poste. Et cette tête de mule d'Alastor Maugrey refusait catégoriquement de quitter l'Ordre du Phénix, même après la mort de leur leader. À lui aussi, il avait beaucoup écrit ces derniers temps. Nombreux étaient les hiboux qu'il avait envoyés à son ancien coéquipier pour que ce dernier accepte de placer l'Ordre du Phénix sous la tutelle du Ministère. Il avait même dû se déplacer en personne pour essayer de lui faire entendre raison. Mais ce voyage, tout comme les autres, avait été vain.

Lorsqu'il avait été au cœur de l'action, jamais Rufus Scrimgeour n'avait raté sa mission. Il obtenait toujours ce qu'il voulait aucun mage noir, aucun Mangemort n'avait survécu au courroux de sa baguette magique. Contrairement à Fol Œil, il n'avait jamais fait de quartier. Peut-être était-ce pour cela qu'il avait moins de cicatrices que son compagnon de promotion. Peut-être était-ce pour cela qu'il était encore vivant, alors qu'Alastor avait succombé à la fureur du plus terrifiant mage noir qu'il leur fut donné à voir. Le seul qu'ils n'aient jamais réussi à attraper. Le seul qui, lors d'une chasse aux sorciers, pouvait se targuer de transformer en proies les deux vieux prédateurs qu'ils étaient.

À l'évocation de ces souvenirs, le vieux lion se mit à sourire. À quoi bon tout ce cirque ? Pouvait-il encore renverser la vapeur ? Certes, contrairement à Dumbledore ou Maugrey, il était encore vivant. Mais pour combien de temps ? Il le savait, il le sentait, le Ministère tombait peu à peu sous la coupe des Ténèbres, de la façon la plus insidieuse possible : il s'effritait de l'intérieur, comme rongé par un mal que l'on ne pouvait ni voir, ni combattre. Combien de sorciers du Ministère agissaient à présent sous l'emprise de l'Imperium, sous la menace de voir ses proches massacrés, ou tout simplement par conviction profonde pour le clan des Ténèbres ? Scrimgeour ne le savait pas, personne ne le savait. Il y avait des rumeurs, des doutes qui s'insinuaient en chacun d'entre eux, à propos de chacun d'entre eux. Mais personne ne pouvait rien prouver. Alors la méfiance était désormais de rigueur au sein même de l'instance suprême qui dirigeait tous les sorciers de Grande-Bretagne.

La vérité, aussi hideuse lui paraissait-elle, était indéniable. Il avait perdu son combat contre Voldemort, et tout ce qu'il pouvait faire à présent, c'était gagner du temps pour qu'un jeune sorcier arrogant, médiocre, et d'une insupportable insolence, puisse s'enfuir à temps et se préparer pour le terrible affrontement dont personne n'était sorti vainqueur jusqu'à présent. Voici pourquoi, en cette nuit du 1er au 2 août, Scrimgeour n'écrivait plus à de potentiels alliés pour tenter de sauver ce qui pouvait encore l'être. Au contraire, il était temps pour lui de retrouver ce qui ne pourrait plus être sauvé. Il était temps pour lui de demander pardon.

oOoOo

Chère Meryl, avait-il écrit, quand tu liras ces mots, je serais probablement mort depuis bien longtemps. Je voulais juste que tu saches que, malgré mon travail qui m'a pris tout mon temps, et qui m'a bien souvent obligé à te mentir pour te protéger, je n'ai jamais cessé de t'aimer. Je n'ai d'ailleurs jamais aimé d'autre femme que toi. Parfois je me dis que si j'ai aussi bien réussi en tant qu'Auror, c'est parce que tu étais à mes côtés. Et si j'ai fait autant d'erreurs en tant que Ministre, c'est bien parce que tu ne l'étais plus. Je ne te jette pas le bézoard, je comprends ton choix, et j'aurais fait de même si j'avais été à ta place. Mais j'aurais aimé que tu comprennes le mien, car je sais que toi aussi tu aurais agi de la sorte si tu avais été Ministre. C'est pourquoi je t'écris cette lettre, malheureusement la première et la dernière que tu liras de ma main. Je veux que tu continues le combat lorsque je serai mort.

La plume de Scrimgeour stoppa sa danse un instant. Des larmes coulaient le long de ses joues ridées, faisant scintiller la monture gris fer de ses lunettes. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il écrivait. Il ne comprenait même pas comment il pouvait oser espérer une chose pareille. Mais il connaissait Meryl, il la connaissait même mieux que quiconque. Même si elle avait quitté le bureau des Aurors il y avait bien longtemps pour éduquer les quatre enfants qu'il lui avait donnés, elle restait une combattante. Et d'ailleurs, se dit-il avec un sourire nostalgique animant sa barbe naissante, il était évident qu'elle avait mené des combats bien plus féroces en tant que mère qu'en tant qu'Auror. C'était pourquoi il savait que cette lettre serait nécessaire. Même s'il se sentait ignoble de l'écrire, même si chaque mot qu'il rédigeait lui faisait l'effet d'un coup de poignard dans l'estomac – et ce serait pire pour Meryl, il le savait bien – il ne pouvait s'arrêter là, il devait continuer :

Le Ministère va bientôt tomber, cela ne fait plus aucun doute à présent, poursuivit-il alors, sans prendre la peine de sécher ses larmes. Mais rien n'est perdu. Il y a deux ans, lorsque Dumbledore a voulu alerter la population magique sur le retour de Voldemort, tu es une des seules à l'avoir cru, et à avoir placé ta confiance dans un jeune sorcier imprudent, non diplômé, et dédaigneux à l'encontre des règles de sécurité les plus élémentaires. À présent, je suis de ton avis, et je pense sincèrement que ce garçon – tout insupportable et arrogant soit-il – est le seul espoir qui nous reste contre Voldemort. Peut-être seras-tu soulagée lorsque tu liras mon revirement. Peut-être seras-tu amusée qu'encore une fois, je reconnaisse que tu avais raison et moi tort. Ou peut-être seras-tu furieuse car il est sûrement trop tard pour rattraper mes erreurs. Mais le temps n'est pas aux spéculations, je serai bientôt hors-course, et j'ai de nouveau besoin de toi. J'ai besoin que tu agisses comme j'aurais dû le faire ces dix derniers mois, j'ai besoin que tu contactes Harry Potter, que tu le rejoignes et que tu veilles sur lui. S'il-te-plaît, mon amour, je sais que je n'ai aucun droit de te demander cela, mais en souvenir de ces cinquante merveilleuses années passées ensemble, fais-le pour moi. Sois le mentor que j'aurais dû être pour l'enfant qui nous sauvera tous.

oOoOo

Le vieux Ministre fit une nouvelle pause. Un bref regard sur l'imposant miroir posé à côté de la porte lui renvoya les reflets de plus en plus nets d'une demi-douzaine de silhouettes qu'il connaissait bien. Ainsi l'Ordre avait raison Thicknesse était sûrement compromis lui aussi. Ainsi que Dolores Ombrage, mais ça, ce n'était pas une grande surprise. Peut-être même n'avait-elle aucunement besoin de l'Imperium pour passer du côté des Ténèbres. Il laissa sa plume sur le bureau et se leva pour se dégourdir un peu les jambes. Seraient-ce les derniers pas qu'il ferait dans sa vie ? Quel gâchis ! Lui, l'homme d'action, cantonné à donner des ordres aux agents de terrain et à remplir des papiers administratifs sans jamais quitter ses quartiers. Meryl avait raison, il n'aurait jamais dû accepter le poste. Il aurait dû continuer le combat en première ligne, et offrir sa force au jeune Potter, plutôt que de prêter allégeance à une administration corrompue, et se cacher derrière des lois et des décrets absurdes. Maintenant il était trop tard pour lui, et il le savait. Pas besoin d'une Glace à l'Ennemi pour comprendre que ça sentait fort l'Avada en ce qui le concernait. Fol-Œil lui avait légué ce détecteur de magie noir pour qu'il puisse voir venir le danger qui le guettait et s'enfuir à temps. Mais à la place, il s'en servirait pour se préparer au funeste destin qui l'attendait. Rien n'était perdu pour autant. Sa femme… son ex-femme pourrait réussir là où il avait échoué. Elle parviendrait ainsi à redorer cette réputation qu'il avait ternie. Elle saurait quoi faire, car c'était elle la plus douée des deux.

Avec émotion, il fixa le petit cadre qui se trouvait sur un meuble non loin de la fenêtre. On y voyait une famille heureuse : deux grands-parents souriants, radieux, dévorant du regard leurs douze petits-enfants, lesquels se battaient à grands coups de coudes, de dents et d'épaules pour apparaître à l'intérieur du petit cadre. Accompagné d'un sourire amusé, le regard embué du vieil homme se porta sur les quatre adultes à l'air pincé, dont le regard réprobateur suivait les chamailleries de leurs enfants. Scrimgeour poussa un soupir de regret et de lassitude. Cette photographie avait été prise cinq ans auparavant. Sa crinière de lion était alors aussi blonde que les lisses cheveux de Meryl étaient bruns. C'était la dernière fois qu'ils s'étaient tous retrouvés en famille, avant que la deuxième guerre des sorciers n'éclate, et que le patriarche prenne la terrible décision de diriger la communauté sorcière. À l'image de son couple avec Meryl, cette maudite fonction avait fait éclater toute entière la famille heureuse et comblée qui avait été la sienne pendant plus de trente ans…

Il avait donc échoué. En tant que père, grand-père, et Ministre de la magie. Il était temps à présent de laisser les commandes du manche à balai à la génération suivante. Il fit volte-face pour retourner à sa lettre. Mais il n'eut pas le temps de récupérer sa plume que trois coups puissants retentirent contre la porte. Le vieux lion esquissa un sourire entendu. Ça y était, ils étaient là. Qui d'autre oserait le déranger en pleine nuit dans son bureau ? Avec un regard triste sur la lettre qu'il venait d'écrire, Rufus Scrimgeour laissa échapper un soupir désabusé. Ils ne lui laisseraient même pas le temps d'envoyer Horus porter le message à Meryl. Ainsi donc Harry Potter allait devoir se débrouiller tout seul pour vaincre les Forces du Mal qui gangrenaient son royaume. Tout ce qu'il pouvait faire à présent, c'était ralentir les troupes du Seigneur des Ténèbres pour permettre la fuite de l'Elu. Plus il y aurait de Mangemorts à le combattre, moins nombreux ils seraient à pourchasser le jeune Harry.

oOoOo

Il se rassit alors, prit une pose confortable et fit apparaître son Patronus, lequel disparut aussitôt pour aller porter un message à l'Auror Shacklebolt. Puis, d'une voix paisible, il déclara enfin :

- Entrez !

La porte s'ouvrit, en même temps que le tiroir du bureau qui contenait toutes les armes dont aurait besoin le vieux guerrier pour livrer son dernier combat. Avec un nouveau regard amusé, il vit Arthur Weasley et Kingsley Shacklebolt pénétrer dans son sanctuaire, l'un vêtu de son habituelle robe miteuse, l'autre arborant le même anneau à l'oreille gauche qu'à l'ordinaire. Leurs mines étaient graves, mais ils ne parvinrent pas à départir le Ministre de son sourire mystérieux.

- Bonsoir Arthur, bonsoir Kingsley, dit ce dernier avec un calme présageant la tempête, que faites-vous ici si tard ? N'avez-vous pas une famille et un Ministre moldu à protéger ?

- Bonsoir Monsieur le Ministre, répondit Arthur d'une voix anxieuse, nous sommes désolés de vous déranger, mais l'heure est grave. Harry Potter À disparu, il nous faut toute l'aide du bureau des Aurors pour le retrouver. Savez-vous où il aurait pu aller ?

Le sourire du Ministre s'élargit. Il ouvrit le tiroir un peu plus et en sortit une enveloppe, son cachet, ainsi qu'une bougie et un bâton de cire pourpre. Avec des gestes précautionneux, il alluma la bougie et fit brûler le bâtonnet de cire, dont plusieurs gouttes tombèrent sur l'enveloppe. Puis, d'un mouvement expert – il lui semblait n'avoir fait que ça ces douze derniers mois – il apposa le sceau du Ministère, sous le regard impatient de ce cher Mr Weasley. Ce dernier avait le regard curieusement fixé sur la baguette magique posée nonchalamment en travers du bureau.

- Je ne comprends pas Arthur, dit Scrimgeour d'une voix posée. Je croyais que l'Ordre du Phénix s'occupait intégralement de la protection du jeune Potter. Vous ne cessez de me répéter que l'on ne peut plus faire confiance au Ministère, désormais. Pourquoi un tel changement d'opinion ? D'ailleurs, vous connaissez le garçon bien mieux que moi, vous êtes bien plus à même de deviner l'endroit où il À pu s'enfuir.

Ne pouvant s'empêcher de se montrer agacé, Shacklebolt s'avança de quelques pas et posa une main sur le bureau – lui aussi avait le regard rivé sur la baguette de Scrimgeour. Le vieux sorcier n'eut aucune réaction, il se contenta de jouer paisiblement avec la bougie et le bâton de cire qui se consumaient lentement au-dessus du bureau.

- Nous n'avons pas le temps de nous chercher des Doxys dans la crinière ! rétorqua l'Auror avec humeur. L'heure est grave ! Il faut à tout prix contacter Harry Potter et le placer en sûreté. J'ai entendu dire que le Ministère pouvait tomber d'un instant à l'autre.

Une nouvelle fois, Rufus Scrimgeour ne s'alarma pas et continua de jouer avec la cire brûlante, le sourire aux lèvres. Un petit ouvre-lettre en argent dans la main gauche, il s'amusait à faire des formes insolites avec les quelques gouttes pourpres qui s'étaient échouées sur le bureau.

- Le Ministère est déjà tombé, et vous le savez aussi bien que moi, Kingsley, lança-t-il en regardant son interlocuteur dans les yeux.

Ce dernier avait parfaitement saisi la nuance de sarcasme avec laquelle le Ministre avait prononcé son nom présumé. Il voulut se saisir de sa baguette magique, mais Scrimgeour fut bien plus rapide. D'un bond, il passa par-dessus le bureau qui le séparait de son ennemi et lui planta le bâton de cire brûlante dans la main, laquelle s'ouvrit aussitôt et laissa échapper la baguette magique qu'elle tenait fermement.

- Aaaaaaaargh ! s'écria « Kingsley » en portant sa main brûlée contre son buste.

- Qu'est-ce qu… s'alarma « Arthur » en levant sa baguette à son tour.

Mais il était encore plus lent que le soi-disant Shacklebolt Scrimgeour réussit à lancer le coupe-papier droit sur « Arthur » avant même que ce dernier n'ouvre la bouche pour lui jeter un sort. L'objet pointu brisa les lunettes à la monture écaillée, si bien imitées, et perfora l'œil droit de l'imposteur.

- Uaaaargh ! hurla le faux Arthur, plié en deux sous la douleur lancinante de son œil percé.

L'ancien chef des Aurors ne perdit pas de temps pour en finir, il plongea sur sa baguette magique, effectua deux coups rapides avec, et exécuta de sang-froid ses deux ennemis, lesquels s'écroulèrent comme de simples poupées de chiffon. Il n'allait pas se montrer clément comme certains de ses alliés. Plus il emporterait de Mangemorts dans la tombe, moins il y aurait d'ennemis pour barrer la route du jeune Potter.

- N'empêche, je me sens blessé dans mon orgueil, lança Scrimgeour d'une voix forte ponctuée d'un rire provocateur. Voldemort me sous-estime un peu trop : m'envoyer deux de ses sbires déguisés en Weasley et Shacklebolt, ce n'était pas très malin. Le premier assiste au mariage de son fils, et le second vient de recevoir un message de ma part lui sommant de quitter immédiatement le ministère et de prévenir l'Ordre du Phénix. Vous avez parié sur les mauvais hippogriffes, Mangemorts ! ajouta-t-il en reportant son attention vers les cinq intrus qui venaient d'apparaître dans la pièce. J'espère que vous m'offrirez un meilleur challenge !

Aucun de ces sombres sorciers ne se risqua à répondre. Tous connaissaient ce farouche combattant de réputation, et chacun se félicitait de ne jamais avoir été capturé par lui. Car aucun de ceux à qui c'était arrivé n'était vivant pour en parler aujourd'hui. Ils gardèrent donc le silence et se contentèrent d'effectuer quelques pas qui leur permirent d'encercler cet ennemi qui leur faisait si peur. Scrimgeour esquissa un sourire féroce il adorait affronter plusieurs adversaires à la fois. C'était lors de ces occasions qu'il pouvait pleinement mesurer sa puissance, son audace, et sa perfidie.

D'un rapide coup de baguette, il ouvrit de nouveau le tiroir, lequel laissa s'échapper une petite fiole de poudre noire. Elle alla s'écraser en plein milieu de la pièce, sous le regard horrifié du Mangemort le plus proche.

- Attrapez-le ! hurla ce dernier. Attrapez-le avant que…

- Trop taaaaard ! chantonna le vieux lion de sa voix rocailleuse. Vous êtes piégés dans ma tanière !

La Poudre d'Obscurité Instantanée engloutit aussitôt toute la pièce, empêchant quiconque de voir quoi que ce fût à moins de trois millimètres. Mais le vieux Rufus était un fin prédateur, il n'avait pas besoin de ses yeux pour chasser. Et il était seul, aucun risque de toucher un allié par mégarde. Ce qui lui donnait deux gros avantages. Il n'allait pas se faire prier pour les utiliser à bon escient.

- Vite ! Sortez de la salle ! hurla un Mangemort – toujours le même, semblait-il. Barrez-vous de là, ne le laissez pas…

Mais encore une fois, Scrimgeour ne le laissa pas terminer sa phrase. Un adversaire bruyant était une cible parfaite dans l'obscurité, c'était donc celui qu'il avait choisi en premier. D'un bond rapide et agile pour une personne de son âge, il fondit sur sa proie et lui trancha la gorge d'un coup sec avec le poignard qu'il cachait toujours dans sa ceinture. Le Mangemort n'eut pas le temps de crier qu'il était déjà mort. Son voisin perçut une chute non loin de lui, et se raidit instinctivement. Il n'en fallut pas plus à l'ouïe du vieux guerrier pour repérer sa prochaine victime. Le combat à cinq contre un ne dura pas plus de temps qu'il n'en fallait pour compter le nombre de Mangemorts égorgés sur ses doigts. Il n'en avait épargné qu'un seul. Ainsi, il y aurait encore des membres vivants du camp adverse qui trembleraient de terreur en entendant son nom prononcé.

À l'aide de longs pas souples et gracieux malgré une légère claudication, il quitta son bureau sens dessus-dessous, et esquissa un sourire mauvais lorsqu'il fut enfin capable de voir plus loin que le bout de son nez. Un drôle de spectacle s'étalait devant lui : une bonne cinquantaine de sorciers l'attendait au tournant. Certains comptaient parmi les Mangemorts les plus cruels du Clan des Ténèbres d'autres en revanche n'étaient que de paisibles employés du Ministère qui n'avaient jamais prononcé une incantation plus haute que l'autre et tous, sans exception, braquaient leurs baguettes magiques sur son vieux torse, une lueur malveillante dans le regard. Les yeux jaunes du Ministre brillèrent à leur tour. Il savait qu'il ne gagnerait pas ce combat, mais l'Ordre pourrait compter sur lui : il allait mettre une telle pagaille au Ministère qu'il leur faudrait un temps fou pour effacer les traces de son ultime combat.

Enfin, avec un rugissement digne du plus puissant des félins, Rufus Scrimgeour s'élança en direction de l'ennemi le plus proche. Baguette et poignard en main, le vieux lion allait savourer sa dernière danse…