Et voici la suite ! Le ton est un peu différent mais j'espère que vous apprécierez tout autant ;)
Merci à Calliope pour sa béta-lecture !
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Mon humain
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Il hurlait et hurlait, essayait de se libérer de ces lianes qui l'emprisonnaient alors que l'intérieur de son crâne semblait rempli de mille petites bulles qui éclataient les unes après les autres en délivrant des images sans cesse plus terrifiantes. Il avait mal partout, ses muscles le torturaient et aucun de ses membres ne réagissait comme ils l'auraient dû.
- Stiles !
Tout son être tremblait violemment, incapable de se réchauffer sans sa fourrure, et sa tête qui continuait de pulser… Il avait vu des choses affreuses, des choses incompréhensibles ! Il avait découvert des peurs qu'il ne se connaissait pas, une vision du temps qu'il n'avait jamais envisagée et qui l'écrasait de toute sa démesure. Il se voyait encore grandir, vieillir et mourir, décharné, recouvert de cette peau imberbe et fripée, une odeur de mort flottant autour de lui...
- Stiles , je suis là ! Regarde-moi !
Son visage fut pris en étau entre deux mains puissantes et deux yeux bleus le regardèrent avec intensité.
Il s'arrêta brusquement de hurler, soulageant ses propres oreilles, et se figea. Il huma l'air, presque timidement, et un parfum bien connu vint titiller ses narines.
Son loup sombre. Sous forme humaine, mais quand même son loup sombre.
Stiles se jeta sur Derek et essaya de se rouler en boule contre lui, oubliant que cela lui était impossible sous sa forme actuelle. Il se tortilla à s'en déboîter les os, contorsionnant son corps dans tous les sens, occultant la douleur ressentie dans l'espoir d'un peu de confort affectif. Il fut cependant arrêté dans sa tentative par les bras fermes de son loup qui le plaquèrent contre son torse. Il résista mais une main posée sur l'arrière de son crâne l'encouragea à nicher son visage dans le cou face à lui.
L'odeur était forte à cet endroit, très forte. Celle de la sécurité, de la protection, de l'affection aussi, celle de Derek, de son loup. Le renard s'apaisa et cessa de résister à l'étreinte, sans pour autant se détendre totalement.
- Je suis là, ça va aller, murmura le soigneur à son oreille en le berçant lentement.
Le renard ne comprenait pas et il s'en fichait. Quelques bulles crépitèrent dans sa tête, comme pour lui donner la signification de ces mots, mais il repoussa les informations en se crispant. Il avait déjà eu plus que sa dose d'information.
Un violent tremblement le prit, aussi bien à cause du froid qu'il ressentait qu'à cause du vertige du temps et de la mort qui le terrifiait au-delà de tout ce qu'il avait connu jusque-là. Encore maintenant, il avait l'impression de voir la mort juste devant lui, comme un prédateur affamé prêt à le dévorer à n'importe quel moment...
Il se blottit un peu plus contre son loup, cherchant désespérément chaleur et réconfort alors que tout en lui hurlait à l'aide.
Pourtant, doucement, les caresses de son loup sur sa nuque et dans son dos ainsi que le lent mouvement le berçant d'avant en arrière permirent à Stiles de se calmer assez pour reprendre conscience de son environnement.
- De-rrr-ek ?
- Je suis là , Stiles. Je suis là...
Le renard frotta son nez contre l'épaule devant lui, essuyant ses joues trempées de larmes en passant. Son rythme cardiaque s'apaisa tout comme sa respiration, et tout doucement la peur s'atténua. Un peu.
Son loup le rallongea sur sa couche moelleuse et l'enfouit sous l'étrange fourrure lisse. Stiles se recroquevilla aussitôt en position fœtale, posture qui se rapprochait le plus de son ancienne position pour dormir lorsqu'il avait froid... Ou peur. Il n'était pas si mal installé que ça si on oubliait ses muscles qu'il étirait un peu trop, sauf que... Sa queue lui manquait. Son odeur et sa propre chaleur sur son museau, son bouclier contre le reste du monde alors qu'il se reposait… Seulement il n'avait plus de queue, il n'était plus physiquement un renard. En désespoir de cause, il enfouit son nez court dans ses bras mais ce n'était pas pareil, vraiment pas.
Son loup posa une main sur sa tête et le grattouilla gentiment. Stiles couina misérablement malgré les frissons plaisants que ce geste déclenchait en lui et attrapa la main avec sa gueule pour la mordiller et se rassurer. Cela n'eut pas l'effet escompté. Pas les bonnes dents, pas les bonnes sensations. Il relâcha la main et la lécha de sa langue beaucoup trop courte et épaisse.
Il laissa retomber sa tête avec tristesse.
- On va trouver une solution bonhomme, d'accord ?
Le renard se recroquevilla un peu plus, quitte à avoir mal au dos. Son loup lui caressa à nouveau le dos et Stiles leva les yeux vers lui pour lui montrer toute la détresse qu'il ressentait.
- Juste pour cette nuit alors, souffla l'humain, inquiet.
Son loup grimpa à son tour sur le lit et s'allongea derrière lui. Après quoi, il se colla contre son dos et l'enroba de ses bras, lui et la fourrure de substitution, lui donnant aussitôt une intense sensation de protection et de chaleur. Le renard se détendit, lécha le poignet devant lui en remerciement et ferma ses paupières encore lourdes de fatigue.
Derek observa le renard lutter contre le sommeil et sursauter violemment dès qu'il se sentait sombrer. Le soigneur ne le lâcha pas pour autant et se mit même à frotter ses avant-bras à travers la couette. Rasséréné par sa présence, Stiles se détendit lentement et, sous l'œil attentif du loup, se laissa emporter par le sommeil.
Derek se permit de soupirer de soulagement en sentant le corps du renard s'amollir contre lui. Celui-là... On pouvait dire qu'il avait le don pour chambouler sa vie ! Depuis sa naissance sous les pires auspices moins d'un an auparavant à sa transformation inattendue et incompréhensible en passant par ses escapades en solo qui l'avaient si souvent mis en danger durant la saison chaude, il n'avait eu de cesse d'être au cœur de ses préoccupations ! A tel point que, finalement, être réveillé en pleine nuit suite à un cauchemar relevait à peine du désagrément en comparaison du reste, même si son hurlement allait rester gravé dans sa mémoire pendant un long moment ainsi que dans celle des autres membres de sa meute, vu la puissance de son cri.
Souvent, en particulier quand il avait eu le renard dans la gueule, Derek s'était demandé pourquoi il prenait autant de peine à s'occuper de cette boule de poils à l'instinct de survie défaillant. Il avait quand même dû combattre un puma pour lui... Et pas n'importe lequel ! Le vieux Léon, au caractère aussi aimable que Laura après un passage désastreux chez son coiffeur ! Mais il l'avait fait. Parce qu'il n'avait pas pu se résoudre à laisser mourir la petite créature qu'il avait sauvée d'un destin misérable, à peine était-elle née. Sans compter qu'il ne détestait pas la façon que Stiles avait de l'accueillir chaleureusement à chaque fois, de rechercher sa présence à tout prix pour finalement enfouir son fin museau dans son épaisse fourrure.
Stiles n'était peut-être qu'un renard à l'espérance de vie pas bien grande, ça n'en était pas moins agréable que de voir les yeux d'or s'éclairer à sa vue, de sentir son odeur se colorer de joie et de frotter leur museau l'un contre l'autre.
Pour toutes ces raisons, Derek était bien décidé à s'occuper de Stiles et à s'assurer qu'il puisse redevenir lui-même, rejoindre sa meute ou, pourquoi pas, se trouver une compagne dans la forêt pour s'en créer une nouvelle. Il se sentait redevable de son affectation et, plus encore, coupable de sa transformation.
La nuit s'écoula lentement, Derek sommeillant à peine, le moindre relâchement de sa prise sur le renard déclenchant immédiatement chez Stiles un gémissement pathétique et une odeur âcre de peur.
Il se décida toutefois à le libérer doucement de son emprise quand la lumière solaire éclaircit le ciel et la chambre.
Lentement, il se laissa rouler sur le dos et s'étira, dégourdissant ses muscles tétanisés par sa mauvaise position toute la nuit durant. Il caressa doucement le crâne du renard encore profondément endormi avant de se lever et d'aller à la cuisine pour se faire couler un café.
En passant devant le visiophone, il appela sa mère.
- Derek ? entendit-il après quelques minutes.
- Bonjour m'man, la salua le loup, en se servant son café.
- Bonjour à toi aussi. La nuit s'est bien passée ?
Derek grimaça et montra son mug king size.
- A ce point ? demanda sa mère, l'inquiétude marquant son visage.
- Pire encore, souffla-t-il en s'ébouriffant les cheveux. Vous avez besoin de moi aujourd'hui ?
- On arrivera à faire sans. Tu veux que je t'envoie quelqu'un pour t'aider ?
Derek réfléchit sincèrement à la proposition. Le renard était très loin de maîtriser son corps, alors les coutumes humaines... L'idéal aurait été de le faire se retransformer le plus vite possible et pour obtenir ce résultat, un deuxième professeur n'allait pas être d'une grande aide, mais au mieux une source de méfiance pour Stiles et, au pire, une distraction permanente. Et puis Derek n'était pas sûr de vouloir... "partager". Stiles restait un "loup" de la meute dont il s'était toujours occupé, sa seconde meute en quelque sorte, et il n'avait sincèrement pas envie que ses deux meutes entrent en contact durablement. Stiles était un peu « à lui », aussi prétentieux ou égoïste que cela puisse paraître.
Un bruit sourd provenant de la chambre le sortit brutalement de sa rêverie et le fit sursauter. Il traversa précipitamment sa maison et découvrit Stiles, étalé sur le sol, à moitié empêtré dans sa couverture. Dès qu'il prit conscience de sa présence, le jeune homme leva la tête vers lui et essaya de l'amadouer en lui faisant ses yeux tristes. Derek imaginait sans mal ses oreilles triangulaires et son museau pointant vers le bas.
Le soigneur cacha un rire derrière une quinte de toux avant de libérer le renard de sa prison de tissu. Il lui fit rapidement enfiler un jogging et un de ses sweats épais, ce qui fit pousser des couinements de plaisir à Stiles – sûrement à cause de l'odeur – puis l'aida à marcher jusqu'à la cuisine.
- Bonjour Stanislaw, fit calmement sa mère dans le visiophone.
- Stiles ! glapit aussitôt le renard avec virulence avant de s'avancer vers l'écran pour l'examiner avec sa truffe.
- Non, le corrigea Derek en posant une main sur son front pour éloigner sa tête. Tu touches avec ça, expliqua-t-il en attrapant l'un de ses poignets.
En voyant son intervention, sa mère eut un sourire qui déplut fortement à Derek. Il grogna pour le lui faire savoir. Talia éclata de rire au visage renfrogné de son fils et ne s'arrêta plus lorsque Stiles se mit à taper sur l'écran avec le plat de sa main.
- Je vais te laisser, je vois que tu as beaucoup à faire, sourit sa mère. Bon courage, Derek et appelle-nous en cas de besoin !
- De-rrr-ek ! répéta aussitôt le renard avec fierté.
Talia éteignit son visiophone, ses yeux brillants de larmes d'hilarité apparaissant en gros plan un court instant. Le loup se pinça le nez en fronçant les sourcils et éloigna un Stiles trop curieux de son mug de café avec son autre main.
- Allez, toi, plus vite tu seras redevenu toi-même, plus vite ma famille arrêtera de se payer ma tête, annonça sombrement Derek.
Le ventre du renard grogna bruyamment, comme pour contredire ses projets.
Le loup dut se résoudre, bon gré mal gré, à nourrir l'estomac sur pattes avant d'attaquer les hostilités. Il décida de faire simple, œufs durs et saucisses, des aliments que Stiles n'aurait aucun mal à manger et lui à cuisiner. Cela ne l'empêcha de devoir s'interrompre à plusieurs reprises, soit pour empêcher le renard de toucher la poêle brûlante, soit pour l'éloigner de la paire de ciseau trônant sur son bureau, soit pour l'emmener en vitesse aux toilettes alors qu'il le voyait fureter avec empressement dans les coins de sa maison, sans doute à la recherche d'un coin où soulager sa vessie.
Il allait avoir des cheveux blancs avant l'âge si tout ça devait continuer longtemps...
Une fois le renard rassasié – et son museau couvert de graisse nettoyé – ils allèrent dans le coin salon de sa grande pièce à vivre, derrière le comptoir de la cuisine qui séparait la salle en deux. Derek enleva ses vêtements, rapidement et joyeusement imité par Stiles qui réussit tout de même à s'emmêler les pieds et à tomber par terre au cours de son effeuillage... Derek se contint fortement pour ne pas rire devant l'air vexé du renard et l'aida à se remettre debout.
- Regarde et essaye de faire pareil, ordonna-t-il en reprenant son sérieux.
Il déclencha sa transformation, s'arrangeant pour la rendre la plus lente et la plus décomposée possible, serrant les dents à la douleur de ses os se dissolvant pour prendre une autre disposition et une autre forme. A cela s'ajoutaient la sensation de ses muscles et nerfs s'étirant désagréablement et l'éblouissement de ses sens lorsque ceux-ci adoptèrent une autre sensibilité. Il se retrouva tout de même assez vite à quatre pattes, ne pouvant retarder indéfiniment la métamorphose et en subir les douloureuses contraintes. Il s'ébroua rapidement pour arranger sa fourrure et s'assit sur son arrière-train avant d'encourager le renard à faire comme lui d'un mouvement sec du museau.
Bien sûr, ça aurait été trop simple si Stiles avait tout de suite compris...
Au lieu de tenter à son tour la transformation, le renard se laissa tomber devant lui et fourra son visage dans son pelage en poussant de petits cris de joie. Derek s'éloigna d'un bond et gronda sourdement pour essayer de faire comprendre au renard qu'il ne devait pas approcher, mais ce dernier sourit et se jeta à nouveau sur lui pour venir frotter son visage contre son museau.
Derek s'éloigna encore, Stiles le suivit.
Derek courut à l'autre bout de la pièce et Stiles galopa maladroitement derrière lui.
Avant même qu'il ne s'en rende compte, Derek avait cessé de vouloir faire comprendre quoi que ce soit au renard, qui de toute façon n'était absolument pas concentré, et il se contenta de jouer au chat et à la souris avec lui, se laissant poursuivre par le jeune homme de plus en plus agile dans toute la maison.
Ce fut la sonnette d'entrée qui rappela le loup à ses devoirs et, durant un bref instant, il se sentit coupable de s'être ainsi laissé aller. Il donna tout de même un grand coup de langue sur le visage de Stiles et s'éloigna une dernière fois de lui en activant son retour à une forme humaine, cette fois, sous le regard boudeur du renard. Il enfila ses vêtements et obligea Stiles à faire de même avant d'aller voir qui venait l'ennuyer à cette heure-ci.
Derrière la porte, patientait sagement une jeune femme aux joues rougies par la timidité. Jennifer.
- Je... Je ne t'ai pas vu au centre alors je me suis dit que... Peut-être... Tu avais loupé ton réveil ?
Ses yeux de biche le dévisageaient avec embarras et ses longs cils effleuraient ses joues tandis qu'elle replaçait une mèche de cheveux derrière son oreille. Son parfum fleuri et douceâtre vola jusqu'au nez du loup, dont l'esprit était plus préoccupé par le jeune homme resté sans surveillance dans son salon que par la présence imprévue de sa petite amie.
- J'ai pris ma journée, déclara simplement le soigneur. Talia est au courant.
- Oh. Mais... Tout va bien ?
Derek la regarda intensément en fronçant les sourcils et la jeune femme rougit davantage.
- Tu... Je ne t'ai jamais vu p-prendre un jour de congé... Avant aujourd'hui, se justifia-t-elle en se dandinant nerveusement.
- Tout va bien, la rassura le loup en souriant plus gentiment, trouvant adorablement angélique sa timidité un peu naïve. Je t'assure.
Pour appuyer ses paroles, il posa sa main sur sa joue et la lui caressa du pouce. A ce geste, un tendre sourire s'épanouit sur le visage de Jennifer et elle se détendit visiblement. Derek se sentit attiré par ses lèvres roses et charnues. Il commença à se pencher vers la jeune femme tandis que cette dernière se dressait sur la pointe des pieds...
- De-rrr-ek ! grogna brusquement une voix.
Un poids s'accrocha à son bras et le visage renfrogné de Stiles apparut. Encore que renfrogné était un faible mot. Il avait réellement l'air prêt à mordre !
- Qu-qui ? Qui est-ce ? bégaya la brunette d'une voix hésitante, en se reprenant rapidement.
- Stiles ! aboya méchamment le renard.
- Enchantée, moi c'est Jennifer, dit-elle en tendant sa main en avant.
Le renard se mit à grogner férocement et Derek dut promptement le ceinturer pour l'empêcher d'attaquer la vétérinaire.
- C'est un jeune en réinsertion et il est un peu sauvage, inventa rapidement le loup en grimaçant sous l'effort. Tu devrais retourner au centre, moi je m'occupe de lui. Demande à maman ou Laura si tu veux plus de détails. Je te rappelle !
Derek recula dans la maison sans attendre de réponse, toujours en tenant fermement un Stiles combatif, et claqua la porte du pied avec force. Le renard se calma aussitôt et regarda le soigneur avec un grand sourire fier. Derek passa une main sur son visage en soupirant et poussa Stiles, qui tenait plutôt bien sur ses jambes maintenant, vers la pièce à vivre. Il fallait vraiment qu'il réussisse à lui faire reprendre sa forme initiale s'il voulait espérer conserver son début de vie sociale...
Il n'obtint pas plus de succès dans son entreprise après le départ de Jennifer. Au moins sauva-t-il ses restes de fierté en ne jouant pas de nouveau à chat avec Stiles... Mais ce fut bien son seul succès. Le déjeuner se passa de façon... Epique. Et encore, Derek s'était dit que de la purée au jambon à manger à la cuillère , ce serait le plus simple ! Ce qui n'était pas faux, il avait cependant dû passer le repas à côté du renard pour l'empêcher de plonger purement et simplement la tête dans son assiette. Il en venait à glorifier sa mère pour avoir réussi à gérer les trois louveteaux que lui et ses sœurs étaient...
Après le repas et un détour au-dessus du lavabo pour laver la bouille pleine de purée de Stiles, Derek avait repris ses tentatives pour transformer le renard. Cora eut la « bonne » idée de passer en cours d'après-midi, sûrement pour obtenir des anecdotes croustillantes sur son frère. Stiles ne l'accueillit pas tel un fauve prêt à attaquer comme pour Jennifer mais il y avait tout de même une méfiance évidente dans son regard. Il refusa d'ailleurs de faire autre chose que de se blottir sur le canapé – Derek avait fermé sa chambre après qu'il eut tenté par deux fois d'aller s'y cacher – et attendant le départ de sa sœur.
Le dîner se déroula légèrement mieux que le déjeuner et la soirée passée devant la télé plut énormément à Stiles. Derek doutait sincèrement que le renard ait compris quoi que ce soit à l'intrigue de « Lilo et Stich » mais les images parurent lui plaire... Du moins jusqu'à ce qu'il lui chipe la télécommande et se mette à appuyer sur tous les boutons... Le loup avait dû intervenir et ils s'étaient plus ou moins battus sur le canapé. Derek gagna, bien évidemment, mais il montra tout de même au renard boudeur comment zapper, en échange de quoi il obtint un sourire éblouissant et un énorme câlin – et une oreille un peu mâchonnée, ce qui le perturba fortement. Le reste de la soirée se passa devant un écran changeant d'image toutes les trois secondes jusqu'à ce que Stiles se stoppe sur un concours de cuisine.
Quant à la nuit... Derek la passa à nouveau dans le lit du renard après un violent cauchemar qui l'avait laissé à nouveau tremblant et en pleurs. La nouvelle journée se passa pratiquement comme la précédente à la différence près que Stiles semblait avoir compris comme se servir de la cuillère. Ne lui restait plus qu'à faire pareil avec la fourchette, puis le couteau... Le loup grimaça à cette pensée, songeant que tout progrès de Stiles vers l'humanité l'éloignerait immanquablement de sa vie sauvage de renard... Malheureusement, le nouvel humain n'allait pas l'attendre pour tout découvrir et, déjà, il commençait à essayer de vocaliser devant la télé.
Deux jours après la métamorphose de Stiles, Talia l'appela, lui rappelant qu'il était soigneur avant d'être éducateur pour jeune métamorphe. Un nouveau pensionnaire leur arrivait tout droit du Canada et elle allait avoir besoin d'aide pour ne pas le traumatiser plus qu'il ne l'était déjà. Derek accepta de venir à son secours tout en regardant avec inquiétude le renard aspirer ses spaghettis avec amusement. Il hésita un long moment à faire confiance au jeune homme, avant de tenter le tout pour le tout : il alluma le téléviseur et lui proposa de manger sur le canapé.
Comme prévu, Stiles fut immédiatement hypnotisé par l'écran et Derek put rejoindre le centre après lui avoir donné l'ordre de ne pas sortir de la maison.
Arrivé dans la salle d'examen, le soigneur prit aussitôt la place de sa mère pour rassurer par de profondes caresses un jeune loup blond installé sur la table de consultation pendant que sa mère commençait l'examen. De prime abord, la malnutrition était évidente , de même que les mauvais traitements, sans parler de la gale qui avait clairsemé son pelage.
La colère envahit Derek à cette vision.
- Qui est-ce ? demanda-t-il en se retenant difficilement de grogner.
- Il s'appelle Isaac, expliqua Talia en faisant une prise de sang au canidé. Il doit avoir un peu plus d'un an. La maréchaussée de Vancouver l'a découvert au fond d'une cabane de jardin en train de se ronger la patte pour essayer de se délivrer de sa chaîne. C'est un voisin qui aurait prévenu les autorités pour maltraitance sur animal. Sauf qu'il pensait qu'il s'agissait un chien...
- Il va rester ?
- Laisse-moi deviner... Tu as déjà une idée en tête ? fit sa mère en souriant.
- La meute de Boundary Creek.
- Je vais faire semblant d'être extrêmement étonné de ta réponse et te demander pourquoi la meute de ton ancien secteur te paraît la plus approprié, fit Talia en souriant ironiquement à son fils.
- Ils ont perdu Stiles. Scott doit se sentir seul et le reste de la meute aussi en attendant la prochaine portée, répondit Derek de sa voix la plus neutre possible.
- Est-ce qu'il y a seulement une petite chance pour que tu laisses Tyler s'occuper de ce secteur et de sa meute ?
Derek ne répondit rien. Il s'accroupit simplement devant la table d'examen pour se mettre au niveau du museau d'Isaac et examina ses dents, sans s'arrêter de le caresser.
- Je vois, soupira sa mère. C'est bon, j'abandonne ! Tu es plus têtu qu'un troupeau de mules de toute façon ! Tu peux récupérer ton secteur ! Encore qu'on ne peut pas dire que tu l'aies jamais lâché... Et Tyler va retourner s'occuper de son lac. Il aime trop l'eau pour son bien, celui-là...
- Et Isaac ?
- Une fois qu'on aura soigné le plus gros, on tentera l'insertion mais si Melissa ou Stilinski le rejettent...
- Je sais et... Merci.
Derek maintint fermement la tête du jeune loup alors que sa mère s'attaquait à la patte qui avait été enchaînée. Il n'y avait plus de fourrure à cet endroit et la peau était rouge et suintante.
- Du calme bonhomme, murmura Derek pour le rassurer.
- Si je retrouve le gars qui lui a fait ça, je l'égorge, grogna Talia avec conviction.
- M-Madame ? hoqueta une petite voix en entrant dans la salle.
- Ah, Jennifer, tu tombes bien ! Peux-tu aller me chercher du vermifuge dans la réserve ? Je crains que celui-là ne me consomme une bonne partie du stock. Tu n'as pas attrapé que la gale , bonhomme...
- J'y vais t-tout de suite. Et, heu... Un... Un pygargue vous attend dans l'autre salle d'examen, bégaya la jeune femme en regardant la matriarche Hale avec crainte.
- Commence l'examen sans moi, je finis avec celui-ci.
- Oui madame, acquiesça rapidement Jennifer.
Elle regarda tout de même en direction de Derek qui tenta un sourire rassurant dans sa direction avant de revenir au loup. La jeune vétérinaire, s'en alla non sans passer à côté de lui pour lui frôler l'épaule.
- Ça se passe bien entre vous deux ? demanda nonchalamment Talia.
- Maman...
- Quoi ? La question est simple, non ? sourit-elle en s'amusant de voir son fils éviter son regard.
- Maman !
- Je dis juste que si tu as besoin de faire garder Stiles, je suis là, c'est tout...
Derek roula des yeux et accorda de nouveau toute son attention au jeune loup qui gémissait d'angoisse. Il lui grattouilla une oreille, autant pour le rassurer que pour éviter d'avoir à regarder sa mère.
- Ce week-end, grogna-t-il tout bas.
- De quoi ?
- Tu peux prendre Stiles, ce week-end ? Juste samedi, explicita-t-il en rougissant.
- Je prépare le raisin ! rit Talia.
Derek leva les yeux au ciel. Sa mère était décidément la plus roublarde de toutes ! Un renard qui n'aimerait pas le raisin ? Aussi crédible qu'un loup rechignant devant un bon morceau de viande... Il sourit en songeant à la tête de Stiles quand sa mère allait lui présenter une grappe de raisins... Nul doute qu'elle allait aussitôt devenir sa meilleure amie au monde ! Derek regrettait juste de ne pas y avoir pensé avant.
De son côté, Talia aussi souriait mais pour une toute autre raison. Elle se réjouissait de voir son fils enfin se rouvrir au monde après l'incident Kate, elle avait longtemps craint que son fils ne s'en remette jamais... Cependant, Jennifer avait tout pour être sa lumière au bout du tunnel et Talia avait un très bon pressentiment en ce qui concernait ce futur couple.
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Stiles sortit de sous la douche en boudant. La première fois avec son loup avait été drôle et agréable mais maintenant, les douches, ce n'était plus amusant du tout. Il devait les prendre seul et, en plus, tous les jours ! Il n'était pas sale pourtant... Il ne risquait pas de se rouler dans la boue ou de se couvrir de feuilles et de brindilles , vu qu'il restait en permanence dans la tanière ! Mais non, tous les jours son loup insistait pour qu'il se « lave »... Et pas moyen de ruser ! Il avait déjà essayé mais sans succès. Un reniflement et sa filouterie était éventée.
Stiles attrapa maladroitement la serviette sur le tabouret, s'assit dessus et se sécha de son mieux avant de commencer à enfiler ses vêtements, toujours assis.
Pendant toutes ces activités, ça faisait « plop » dans sa tête.
C'était étrange comme sensation. Cependant, à chaque fois qu'une bulle éclatait, ses gestes devenaient plus faciles, plus naturels. Comme marcher ! Au début il était effrayé par la hauteur, par l'idée de tomber, il n'arrivait pas à gérer son équilibre sans sa queue et se faisait des croches-pattes à chaque pas, et puis l'intérieur de son crâne s'était mis à pétiller alors que son loup le forçait à se tenir sur deux pattes. Ce n'avait pas été complètement douloureux ni vraiment agréable, c'était comme avoir le nez ou les oreilles qui se débouchaient, sauf que c'était uniquement dans sa tête, et après ça, marcher était devenu plus facile, plus évident, plus instinctif, même s'il trébuchait encore tout seul parfois, s'écrasant le nez au sol...
- Stiles ? appela son loup.
- Prêt ! jappa aussitôt le renard avec fierté en se levant.
La porte de salle de bain s'ouvrit et son loup apparut dans l'encadrement, grand et fort. Stiles sauta dans sa direction et se pressa contre le corps chaud. Une main se posa sur sa tête et le renard en aurait miaulé de bonheur s'il avait encore pu le faire.
- Content, dit-il à la place en frottant son nez contre le cou dégagé, s'imprégnant de l'odeur puissante et exaltante qui s'y trouvait.
- Je suis content de toi, moi aussi, répondit son loup en lui caressant les cheveux. Bon garçon.
Stiles se sentit au comble du bonheur, d'agréables frissons lui traversant toute la colonne vertébrale. S'il l'avait pu, il serait resté comme cela pour toujours ! Et c'était d'ailleurs ce qu'il souhaitait plus que tout et ce à quoi il travaillait ! Séduire son loup et l'avoir rien que pour lui, à la saison des amours et aussi en dehors. Il avait tout quitté pour son loup sombre, jusqu'à sa vie dans la forêt avec sa meute qu'il adorait. Alors pouvoir en profiter, comme là, avec en plus des caresses, c'était le bonheur absolu !
Une suite de coups à la porte d'entrée brisa malheureusement ce moment de quiétude. Derek l'éloigna, gentiment mais fermement de lui, et il ne réussit pas à lui faire pitié en le regardant avec ses yeux de renard triste. L'humeur de Stiles s'assombrit considérablement et cela ne fit qu'empirer quand il rejoignit son loup et découvrit qui était l'intrus qui avait osé les déranger.
La femelle.
Il montra instinctivement les dents.
- On ne se voit pas beaucoup, vu que tu ne viens plus trop au centre alors je... Je voulais prendre de tes nouvelles, dit-elle en baissant les yeux avec timidité, répondant à une question précédemment posée par son loup.
- Tu es venue prendre de mes nouvelles ?
- Oui je... Je m'inquiétais... Pour toi.
Stiles entendit les battements de cœur de son loup accélérer et son odeur se tinta d'une fragrance sucrée et attractive qui le mit aussitôt mal à l'aise.
- Tu t'inquiétais... Je vais bien, vraiment, indiqua Derek à voix basse en posant sa main sur la joue de l'humaine avant de la faire dériver vers sa nuque.
Le renard sentit son cœur se bloquer d'un coup. Ses yeux restèrent fixés sur cette main posée négligemment dans le cou de la femelle, ses propres doigts allant effleurer sa nuque puis son crâne.
Derek. Son loup...
Son cerveau pétilla un peu plus fort et tout un tas de notions qu'il avait toujours cru comprendre l'assaillirent, éclairées d'une nouvelle signification. Les sentiments, l'affection, la jalousie, la tristesse, la crainte, la solitude, l'amour...
Il s'effondra au sol sans pouvoir contrôler quoi que ce fût, se tenant la tête entre les mains pour essayer d'endiguer le flot d'informations. Tout se bousculait violemment en lui. Il avait envie de rire mais aussi de pleurer, de courir et de se rouler en boule dans un coin, d'attaquer et de fuir. Il ressentait tout, puissamment et en même temps. Sa tête lui donnait l'impression qu'elle allait exploser et son cœur éclater.
Et puis il y eut l'odeur de son loup, le toucher de son loup, son corps contre le sien, sa chaleur, sa voix dans son oreille, les battements de son cœur donnant l'exemple d'un rythme plus calme et régulier à suivre pour que le sien s'apaise.
- Ça va aller Stiles, calme-toi, je suis là...
- Derek, soupira le renard alors que le feu d'artifice dans sa tête s'atténuait.
- Ça va aller, respire.
Stiles acquiesça et en profita pour poser son menton sur l'épaule du loup, se mettant joue contre joue avec lui.
Devant ses yeux, toujours au niveau de la porte, se trouvait l'humaine qui convoitait Derek. Elle était immobile et son regard bleu et froid était fixé sur eux. Stiles baissa les paupières pour ne plus la voir et frotta son visage contre celui de son loup. Une main se posa sur sa nuque et le renard fondit de félicité.
- Jennifer ?
- Je suis toujours là, répondit la femelle d'une voix faible.
- Je... Je vais être encore un peu occupé.
- Je comprends... Je te rappelle ? Plus tard ? Sauf si... Tu as autre chose à...
- Non ! Je... J'aimerais beaucoup, répondit son loup en se relevant, entraînant Stiles avec lui.
- Alors on se dit à tout à l'heure ?
- J'attends ton appel, confirma Derek, l'odeur sucrée l'entourant à nouveau.
- Derek ? couina pitoyablement Stiles.
- J'arrive. Jenny ?
- Je ferme la porte, pépia-t-elle en s'exécutant.
Stiles se sentit soulagé dès que la prétendante sortit de sa vision et de son territoire. Il se détendit contre l'épaule de son loup et les bulles dans sa tête éclatèrent moins violemment. Cependant, son cœur resta étrangement douloureux et il refusa de lâcher Derek, se faisant à moitié porter jusqu'au canapé. Derek s'agenouilla devant lui et posa une main sur son front tout en l'inspectant.
- Ça va ? Que s'est-il passé ?
Le renard fronça les sourcils en essayant d'intégrer et de comprendre la question complexe qui venait de lui être posée.
- Blessé ? Mal ? simplifia son loup.
- Tête. Plus mal ! sourit Stiles avec enthousiasme.
Son loup le regarda sombrement et son odeur vira à l'acidité de l'inquiétude. Le cœur de Stiles se serra encore plus et les larmes lui montèrent aux yeux. Sa toute nouvelle compréhension des émotions lui indiquait qu'il se sentait coupable d'avoir inquiété son loup, d'être l'auteur de sa peine. Pour se rattraper, il prit la main de Derek et la mordilla, récoltant un sourire amusé et des effluves plus joyeux.
- Tu n'es vraiment pas fait pour vivre sous ta forme humaine, soupira Derek en récupérant doucement sa main. Il est temps que tu retrouves ta forme naturelle avant d'avoir vraiment mal...
Stiles pencha la tête sur le côté et observa son loup sans comprendre. Machinalement, l'une de ses mains se leva pour aller tâter le visage devant lui. Son poignet fut intercepté et une nouvelle odeur, peu commune, s'échappa de son loup. A la fois douce et amère, entre la tristesse et la joie sans être ni l'une ni l'autre...
Une bulle éclata dans le cerveau de Stiles.
La mélancolie.
Il avait déjà vécu quelque chose de proche, quand il voyait son loup rôder aux abords du territoire de la meute sans qu'il ne puisse s'approcher de lui. C'était pareil. Le sentiment d'apprécier quelqu'un ou quelque chose et de savoir qu'on ne pourra jamais le voir ou alors, seulement de loin.
Des larmes coulèrent sur ses joues, sans qu'il puisse les contrôler. Derek les effaça du pouce avant de se relever.
- Stiles, entraînement ? Tu dois vraiment vouloir redevenir un renard ce matin...
Le jeune humain se leva à la suite du loup et se plaça au milieu de la pièce. Il imita les gestes de Derek sans l'écouter, en l'observant lui et non sa transformation.
Il n'avait pas l'intention de revenir à quatre pattes... Il n'avait jamais été aussi proche de son loup et il refusait d'abandonner cette chance qui lui était offerte, celle de pouvoir vivre avec son loup. D'accord, être humain, c'était douloureux, et compliqué, et oui, l'humaine le concurrençait toujours... Seulement ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne s'habitue à sa situation et n'en apprenne plus sur la parade des humains ! Ensuite il pourrait à son tour faire la cour au loup et sentir son odeur sucrée, dirigée vers lui cette fois et non vers elle ! Et tant pis s'il souffrait un peu en passant, si des idées étranges lui traversaient la tête et s'il devait encore tomber en s'emmêlant les pattes ! Il était prêt à accepter tout ça contre la possibilité d'être avec son loup.
Encore un pétillement dans sa tête.
Son cœur chuta brutalement dans sa poitrine alors qu'il laissait l'étrange notion d'amour s'étoffer davantage dans son esprit et prendre une toute autre mesure.
Derek lui sembla soudain plus lumineux que jamais et son sourire, quand il manqua tomber mais se rattrapa au dernier moment, fit brûler ses joues. Son corps était parcouru de sensations aussi étranges que puissantes qui asséchèrent sa bouche et le rendirent fébrile. Le regard de son loup sur lui devint comme une flamme léchant son corps et ses mains sur sa peau une brûlure aussi intense que perturbante.
Stiles baissa la tête et ferma les yeux dans l'espoir de calmer sa respiration erratique.
- Tu es fatigué ? On oublie pour aujourd'hui ? demanda Derek, en posant une main sur son épaule.
Le renard hocha la tête, de grosses larmes coulant à nouveau sur ses joues. Il s'agrippa tout naturellement à son loup, cachant son visage dans son cou tandis qu'il tentait vaillamment de se reprendre et de maîtriser l'amas de sentiments contradictoires qui le parcourait, de l'amour à la peine.
Épuisé moralement et mentalement, il s'endormit lentement dans les bras de son loup, son corps tremblant toujours d'émotions contenues.
000
Plusieurs jours plus tard, Derek était assis sur son banc, un café chaud dans une main et un plaid sur les épaules. La matinée était très fraîche et devant ses yeux, le cœur de la forêt s'arrêtait lentement de battre pour supporter la froidure de l'hiver. Les arbres étaient d'ores et déjà nus et le ciel avait la clarté des jours de neige.
- Je gèle rien qu'à te regarder...
Le loup tourna son regard vers sa plus jeune sœur au visage grimaçant.
- Je n'ai pas froid, indiqua simplement le loup.
- Je vois ça monsieur « je suis bras nus alors qu'il fait -15 dehors », se moqua Cora.
- Il fait à peine zéro.
- Le principe reste le même. Tu ne serais pas mon frère, je me demanderais si tu n'es pas croisé avec un ours blanc ou un phoque !
- Tu es venu jusqu'ici juste pour me dire ça ? grogna Derek en fusillant sa sœur des yeux.
- Nope ! Je viens pour un sujet beaucoup plus intéressant, tes amours, mon cher frère !
- Misère, soupira-t-il en se frottant le visage.
- Fais pas ton modeste. Tu sais qu'on est tous très fier de toi ?
Derek grogna, en partie pour la forme, en partie parce qu'il n'aimait pas qu'on se mêle de ses affaires.
- Sérieux ! Beaucoup commençaient à se dire tu resterais un vieil ours ronchon célibataire jusqu'à la fin de tes jours, lâcha Cora en s'asseyant sur la rambarde.
- Vous exagérez, tous.
- Il n'empêche, tu nous as surpris ! On dirait que tu es complètement raide d'elle !
Derek fit tournoyer le café dans sa tasse avant d'en avaler une petite gorgée, un léger sourire suspendu à ses lèvres.
- Tu crois ? demanda-t-il finalement en fronçant les sourcils.
- J'en suis sûre ! Et, sincèrement, on est tous très contents pour toi, maman la première !
- Je sais pas... avoua-t-il difficilement.
- Tu doutes encore ? s'étonna Cora.
- Je l'apprécie mais... Il y a Stiles...
Le loup fronça les sourcils, il se sentait un peu perdu dans tout ça. Il ressentait quelque chose de très fort pour Jennifer et ce sentiment se développait chaque jour un peu plus mais... Il y avait Stiles. Le petit renard joueur, curieux et affectueux transformé contre son gré en humain. Seulement... C'était juste un renard , non ? Un peu chiant sur les bords, trop bavard maintenant qu'il savait parler et qui le collait vraiment de trop. Pourquoi doutait-il ?
- Il est si important pour toi, ce renard ? le questionna sa sœur avec circonspection, comme en écho à ses propres pensées.
- Je... Ne sais pas. Je ne crois pas, non... se confia Derek dans un souffle en buvant son café. Jenny est... Elle est plus importante. Oui, elle l'est...
- Voila qui me rassure ! Et qui va rassurer maman aussi, sourit Cora en sautant sur ses pieds. A la prochaine fois, l'ours.
Derek grogna et Cora s'en alla en riant. Peu après, Stiles le rejoignit à son tour sur la terrasse, son nez se fronçant sous le froid hivernal. Il s'assit à côté de Derek et, sans lui demander son avis, étant trop occupé à raconter le dessin animé qu'il venait de voir, il se lova contre lui en profitant de la chaleur du plaid. Le loup sourit et frotta le dos du plus jeune qui grommelait sur sa trop grande matinalité. Le souffle chaud du renard traversa son tee-shirt et vint chatouiller son ventre.
Derek se laissa aller en arrière et ferma les yeux. A cet instant précis, il était simplement heureux de vivre.
000
Les jours défilèrent et les rendez-vous entre Derek et Jennifer s'enchaînèrent, de plus en plus rapprochés.
Cette nuit-là encore, la jeune femme avait dormi chez le loup. Son parfum embaumait sa chambre quand il s'était réveillé et maintenant, il admirait le corps de la jeune femme debout devant lui, l'eau ruisselant sur son corps élancé à la peau crémeuse. Ses longs cheveux bruns soulignaient sa douce cambrure et sa jambe légèrement relevée mettait en valeur l'arrondi de sa cuisse et de son mollet.
- Tu m'observes ou tu me rejoins ? demanda Jennifer en battant des cils, un de ses bras rehaussant sa poitrine menue.
- Ce ne serait pas raisonnable...
- Oublie la raison, vient, lui sourit-elle, aguicheuse.
Derek s'avança lentement vers la cabine de douche, hypnotisé par ce qu'il voyait devant lui. Cela faisait combien de fois qu'ils se voyaient déjà ? Trois fois ? Cinq ? Dix ? Pas assez en tout cas, pas assez à son goût. Il y avait toujours cette petite période de latence entre deux nouveaux rendez-vous où ils étaient loin l'un de l'autre. Des heures, parfois des jours d'attente à devoir s'occuper d'un renard récalcitrant avant de pouvoir revoir sa déesse. Il envisageait même très sérieusement de lui révéler la vraie nature de la famille Hale.
Le plus étrange, pensa-t-il en pénétrant dans la cabine pour mieux enlacer Jennifer par-derrière, c'est que durant ces moments loin de Jennifer, il lui arrivait parfois de l'oublier. Impensable ! Et pourtant... Il oubliait à quel point elle était belle et à quel point elle était faite pour lui. A quel point il l'aimait. C'était vraiment étrange.
- Derek ? Embrasse-moi dans le cou, tu sais que j'adore ça, ronronna la jeune femme en caressant ses avant-bras.
Le loup s'exécuta sans rechigner et s'imprégna de la délicieuse odeur qu'elle dégageait et que même l'eau ne parvenait pas à estomper. Tous les doutes s'effacèrent dans son esprit et ses mains se mirent à parcourir la peau souple et humide qui frémit sous ses doigts.
000
Stiles rentrait après une nuit passée chez l'Alpha à se goinfrer de raisin et d'omelette aux champignons tout en lisant les vieux comics de Cora. Il renifla l'air en passant la porte et il n'aima pas du tout ce qu'il sentit. L'odeur de son loup et de l'humaine, mélangés, à laquelle s'ajoutait le parfum du sexe, ainsi que cette autre odeur qui le rendait perplexe.
- Derek ? appela-t-il en plissant les yeux.
- Je suis là, annonça son loup en sortant de la salle de bain. Ça s'est mal passé chez ma mère ?
Le renard eut un peu de mal à se concentrer sur la question, toute son attention étant focalisée sur le corps à moitié nu et ruisselant d'eau devant lui.
- N-non. Pourquoi ?
- Tu reviens plus tôt que prévu, expliqua Derek avec une légère gêne.
Stiles se figea et renifla à nouveau l'air. Pas étonnant que les odeurs soient si fortes ! « Elle » était encore là... Et « elle » sortit de la chambre, « elle » se colla langoureusement contre son loup, « elle » lui embrassa la joue et « elle » jeta un regard de haine victorieuse dans sa direction.
Il montra les dents.
- Stiles ! aboya aussitôt Derek. Ce n'est pas ainsi qu'on se comporte !
- Mais elle...
- Elle ne t'a rien fait, alors cesse ça tout de suite !
Stiles prit la remarque de plein fouet et fit un pas en arrière, choqué par la véhémence du ton. Il regarda son loup avec tristesse, son cœur battant douloureusement entre ses côtes. Derek était fâché contre lui, Derek lui en voulait. Derek ne... ne l'aimait plus ?
- Ne sois pas si dur avec lui. On ne se connaît pas et il est juste inquiet pour toi... sourit l'humaine en s'approchant du renard pour lui donner une accolade. Alors qu'il devrait être plus inquiet pour lui-même, chuchota-t-elle tout bas à son oreille.
Le renard plissa les yeux et serra la mâchoire, les ongles de la jeune femme s'enfonçant dans son bras. Sa tête était si proche de la sienne qu'ils étaient pratiquement joue contre joue.
Elle sentait le loup, réalisa brusquement Stiles. Pas Derek, mais le loup, presque le louveteau, avec une touche de louve en chaleur...
Les ongles s'enfoncèrent un peu plus profondément dans sa peau et le renard se ressaisit pour observer plus attentivement l'humaine.
- Mais je suis sûre qu'on peut devenir bons amis, n'est-ce pas ? lança Jennifer à voix haute avec un grand sourire joyeux.
Stiles se hérissa mais acquiesça lentement, ce qui sembla satisfaire l'humaine et détendre son loup.
- Talia m'a donné ça, dit-il en s'éloignant enfin de l'intruse et en montrant un ordinateur portable. Elle m'a dit que tu me montrerais comment m'en servir.
- Je te rejoins dans le salon dans quelques minutes.
- Derek...
- Je t'ai dit que j'arrivais !
Stiles rentra sa tête dans ses épaules, surpris par l'éclat de voix de son loup et alla rapidement dans la pièce à vivre. Assis sur le canapé, ses oreilles captèrent les bisous mouillés, les tendres mots échangés et son nez dut supporter l'affreuse odeur douceâtre se dégageant de Jennifer.
Son loup avait tellement changé... Depuis qu'il voyait l'humaine régulièrement, il avait des sautes d'humeur et... Et c'était comme s'il ne l'aimait plus, ne l'appréciait même plus... Il avait tenté d'en parler à Talia mais la femelle Alpha semblait tout aussi conquise que son fils : résultat, il s'était fait vivement rabrouer quand il lui avait parlé de ses doutes.
Stiles se sentait terriblement seul depuis quelque temps, depuis que Jennifer prenait toute la place dans la vie de Derek pour être précis. Sa meute ne lui avait jamais autant manqué, ses parents et son frère, sans parler de Derek, son loup. Il était peut-être là physiquement mais, mentalement, il était très loin de lui, auprès de sa femelle.
Le renard regarda sa main et sortit ses griffes avec hésitation. Il pouvait encore tout abandonner, retourner dans la forêt et reprendre une vie normale, se trouver une renarde avec qui passer les saisons et avoir des portées, se trouver un renard si, éventuellement, il ne trouvait pas de femelle à son goût, il pouvait retrouver sa vie insouciante d'avant sa métamorphose...
Et abandonner son loup.
Stiles rentra ses griffes et serra son poing. Derek l'avait sauvé du danger à plus d'une occasion, il lui devait même la vie ! C'était à son tour de le sauver, quoi qu'il lui en coûte…
000
Derek était assis dans la salle de repos du centre, un verre d'eau pétillant sous l'action d'un cachet d'aspirine dans une main et l'autre frottant son front et ses yeux.
- Un problème, petit frère ? demanda Laura à voix basse en pénétrant dans la salle.
- Mal à la tête, grogna-t-il.
Le loup regarda avec détresse son verre et l'ingurgita sitôt le médicament dissous.
- Ce doit être le stress, proposa Laura en guise d'explication en s'asseyant à ses côtés. Il y a un truc qui t'inquiète ces derniers temps ?
- Jenny, répondit aussitôt Derek en soupirant de soulagement quand sa sœur lui massa les tempes.
- Elle va revenir.
- Ça fait trois jours déjà qu'elle est absente et ça me tue...
- T'es vraiment accro, sourit sa sœur en lui enlaçant les épaules. Ça fait plaisir de te voir de nouveau t'attacher à quelqu'un mais n'oublie pas de vivre non plus...
Derek gronda sourdement et appuya sur ses yeux avec la paume de sa main. Il avait l'impression que sa tête allait exploser, sans parler du reste. Il n'avait pas mangé depuis la veille tant tout avait un goût de cendre et Stiles l'horripilait tellement à parler tout le temps de tout ce qu'il découvrait sur le net qu'il l'avait plusieurs fois menacé de le virer de chez lui. Un mois, c'était semble-t-il sa limite avant qu'il ne trouve quelqu'un, hormis sa famille et sa Jenny, totalement insupportable. Heureusement, Jennifer avait malencontreusement oublié une écharpe chez lui et, le soir, il pouvait se gorger de son odeur et oublier un instant ses maux de tête et son mal être général. Cependant, il allait bien finir par devoir prendre une décision concernant le renard…
000
Stiles s'était décidé à agir. Jennifer était revenue depuis plusieurs jours et la situation continuait d'empirer. Derek le regardait même très bizarrement désormais, comme s'il était devenu une gêne, un fardeau dont il aurait aimé se débarrasser... Et, de plus en plus, Stiles craignait effectivement qu'il le fasse. Mais il n'y avait pas que lui ! C'était comme si tous les loups-garous du centre étaient drogués, Derek l'était juste plus que les autres.
Au départ, Stiles n'avait été certain de rien, ce fut en fouinant sur le net et en regardant des vidéos qu'il avait commencé à se poser des questions. Il connaissait plutôt bien les humains désormais, du moins théoriquement, et la meute de loups-garous avec laquelle il vivait depuis plusieurs semaines avait un comportement général plus proche de celui des humains que de celui des loups. Un peu comme lui qui désormais se sentait très loin de sa nature première de jeune renard. L'esprit humain, si aiguisé, avait pris le dessus sur celui plus instinctif du renard, sans pour autant l'étouffer complètement. C'est grâce à cela qu'il avait fait le rapprochement avec l'odeur de Jennifer.
Il avait effectué de longues recherches, se creusant la tête au point d'avoir mal crâne, dormant à peine et combattant les nausées que le flot de connaissances faisait naître en lui. Son cerveau ne pétillait plus comme avant, plus depuis qu'il avait appris à lire et écrire en tout cas. Désormais, il devait arracher chaque parcelle de savoir à ce qui l'entourait, aussi bien aux vétérinaires, aux soigneurs de la réserve qu'à différents sites sur internet.
Et il avait fini par comprendre, par additionner deux et deux.
Un soir, alors que Derek et Jennifer devaient faire des choses qu'il ne voulait pas savoir et que Talia était censée le garder chez elle, Stiles s'éclipsa. Avec la furtivité de son espèce, il se dirigea vers l'appartement qu'occupait l'humaine.
Autant les loups-garous avaient leur propre maison puisqu'ils étaient ici à demeure, autant le reste du personnel, c'est-à-dire les humains qui n'étaient pas dans le secret de la lycanthropie, vivaient dans des appartements aménagés au-dessus du centre de soin.
Stiles rentra en utilisant la carte d'accès subtilisée à Talia. Il s'en était un peu voulu de la voler à cause des raisins qu'elle lui avait donnés mais aux grands maux, les grands remèdes. Il monta au dernier étage après un détour aux archives et chercha l'appartement 4, celui de l'humaine. Il n'avait pas la clé pour y rentrer mais il avait appris vraiment, vraiment beaucoup de choses sur internet... Comme se servir d'une radio – prélevée dans le dossier d'un patient – pour déverrouiller la porte dans un doux son cliquetant. Il fureta un peu partout dans le petit appartement, du meuble de la salle de bain aux placards de la cuisine en passant par le dessous des coussins du canapé, pour finalement trouver ce qu'il cherchait sous le lit de l'humaine.
Un coffre en bois y était un peu trop bien caché pour ne pas être suspect.
Stiles ne prit aucune précaution et crocheta d'un coup de griffe le cadenas, l'inquiétude comme la colère lui dévorant les tripes alors qu'il s'apprêtait à avoir confirmation de tous ses doutes. Il souleva le couvercle et sa respiration s'emballa. Sous ses yeux, cinq flacons, quatre pleins et un vide, répartis dans six compartiments. Il en prit un au hasard et hésita un peu avant de l'ouvrir mais... Il lui fallait être absolument sûr. Il renifla timidement le contenu avant de ranger rapidement le flacon, ses narines pleines d'une odeur presque pure de jeune louve en chaleur, le tout saupoudré d'un fumet de louveteau non-encore sevré ainsi que d'un léger effluve de la meute Hale, tellement léger qu'il ne l'avait jamais senti jusque-là.
Avec une odeur pareille, aucun loup de la meute ne pouvait évidemment lui résister, tous la considéraient d'emblée comme l'une des leurs...
Stiles referma le coffre et l'emporta avec lui jusque chez Talia, l'Alpha de la meute. Il pénétra sans discrétion dans la maison en entrant par la porte d'entrée d'un pas lourd et chargé de colère.
- Où étais-tu passé ? gronda Talia en apparaissant aussitôt, furieuse d'inquiétude. Et où as-tu trouvé ça ?
- Chez Jennifer. J'ai été fouiller chez elle et j'ai trouvé...
- Stiles ! Tu n'as pas le droit de voler les gens ! s'emporta aussitôt l'Alpha, ses yeux rougeoyant de colère.
- Et elle n'a pas le droit de vous manipuler ! glapit le renard en réponse en sortant rapidement un tube et en l'ouvrant sous le nez de la louve. Elle vous trompe avec ça !
Talia se figea et son regard se perdit au loin tandis que les effluves familiers envahissaient son odorat. Voyant cela, Stiles rangea rapidement le flacon dans sa boite. La louve se réveilla dès le couvercle claqué et regarda autour d'elle avec angoisse, avant de revenir au renard renfrogné. Lentement, elle tendit une main vers le coffre et caressa le bois.
- Sorbier... Comment as-tu deviné ?
- J'suis un renard, pas un loup, argua-t-il fièrement. On peut aller sauver Derek maintenant ? Elle est encore avec lui et elle a ce... Ce truc et Derek il est complètement fou d'elle et elle... Elle...
Stiles avait la gorge serrée. Derek était probablement avec elle, au lit, à donner tout son amour à une traîtresse.
- J'ai tout de même du mal à croire que... Elle est si gentille, on la croirait presque déjà membre de la meute... chuchota Talia d'une voix rêveuse.
- C'est le parfum ! s'énerva Stiles. Il la fait sentir comme... Comme vous tous ! Croyez-moi. s'il vous plaît, supplia le renard en serrant le coffre contre lui.
Talia le regarda sans avoir l'air de le croire, puis elle s'approcha de lui, presque menaçante.
- J'ai besoin de voir avec tes sens, me laisseras-tu faire ?
Stiles déglutit en voyant les longues griffes sorties mais acquiesça en fermant fortement les yeux. Il eut horriblement mal quand les serres pénétrèrent sa nuque et perdit sa respiration quand Talia fouilla ses souvenirs, cherchant visiblement de quoi le contredire mais ne trouvant que davantage de preuves accablant Jennifer.
Les doigts se retirèrent de son cou et Stiles s'effondra à genoux, essayant d'avaler le maximum d'air. Une main se présenta devant lui. Stiles leva les yeux et découvrit le visage dur de l'Alpha Hale, ses yeux brillant d'une lueur sanglante.
- On va arrêter cette mascarade, maintenant.
Stiles hocha vivement la tête et accepta l'aide de Talia pour se relever. Le coffre en sorbier passa dans les mains de l'Alpha et tous deux prirent la direction du bungalow de Derek.
- Je vais passer devant et occuper mon fils et... Et cette sorcière, pendant que tu récupéreras le dernier flacon, ordonna Talia avec force en cours de chemin.
Le jeune métamorphe accepta sans discuter. Il s'éloigna de l'Alpha et pénétra dans le sous-bois pour contourner discrètement la maison de Derek. Il attendit en silence, caché dans les fourrés, que la louve frappe à la porte de son fils. Derek mit plusieurs minutes à répondre et il en fallut encore d'autres pour que Jennifer le rejoigne. Seulement alors , Stiles s'avança et pénétra par la porte de derrière en profitant de la diversion créée par Talia, puis entra dans la chambre.
Il dut presque se boucher le nez tellement l'odeur était forte, comme concentrée. Tandis qu'il fouillait à la recherche du flacon, ses oreilles captaient la dispute entre Derek et sa mère. Le ton montait de plus en plus fort et les mains de Stiles devenaient de plus en plus maladroites sous l'effet du stress. Il trouva enfin le flacon pourvu d'une poire à vaporiser dans la poche interne de la veste de Jennifer et se précipita aussitôt dans l'entrée, le cœur battant.
- Je l'ai ! s'écria-t-il en montrant la fiole à l'Alpha.
- Toi... fulmina Jennifer. Sale petit nuisible ! Pourquoi n'es-tu pas mort avec les autres ? Derek ! Tu ne vois donc rien ? Il a toujours été jaloux de moi ! De nous ! C'est lui qui a monté toute cette histoire ! Il veut nous séparer !
Le loup gronda et s'avança vers Stiles, griffes et crocs sortis.
- Derek, arrête ça ! lui ordonna Talia, en vain.
- Il ne t'entend pas, chienne, ricana Jennifer. Il est à moi !
- Derek ? couina Stiles en reculant avec crainte.
- Dégage d'ici ! Tu ne m'apportes que des ennuis ! gronda le loup.
- D-Derek, tu... Tu le penses p-pas, bégaya le renard en se recroquevillant.
- Tu as tout fait pour me séparer de Jennifer ! Elle me rend heureux, elle !
- Tu n'es pas toi-même Derek ! essaya d'intervenir Talia, mais Jennifer la tenait écartée grâce à une ligne de cendre de sorbier.
- Va-t'en ! Tu ne fais que me gâcher la vie ! Fous le camp de mon territoire !
Le renard savait que son loup était sous l'emprise de l'humaine, il le savait, mais ça ne lui faisait pas moins mal... Derek lui disait toutes ces horreurs si facilement, à croire qu'il les pensait vraiment, totalement.
- Derek, piaula-t-il une dernière fois d'une voix aussi faible que désespérée.
Les yeux du loup devant lui s'éclairèrent d'une lueur dorée et il poussa un puissant grondement à l'encontre du renard. Stiles ne se contint plus. Serrant le flacon contre lui, il sortit de la maison à toute vitesse et s'engouffra dans la forêt.
Sans même le réaliser, les larmes brouillant sa vue, il se retransforma, abandonnant vêtements et fiole derrière lui. Il galopa un long moment, cherchant à fuir plus qu'à rejoindre un endroit précis. Il prit sans le savoir le même sentier qu'il avait parcouru la toute première fois où Derek l'avait mis dehors. Il suivit le chemin sans hésiter, remarquant à peine qu'il courait désormais sur un vaste tapis d'herbe fleurie et il se cacha dans le premier trou qu'il vit au bord d'un ruisseau clair. Il se roula immédiatement en boule, cherchant un peu de réconfort dans sa propre odeur.
La biche couronnée était là, il la voyait paître paisiblement au loin, son tendre regard dirigé vers lui. Les fleurs ornant ses dizaines de bois fins frémirent au gré du vent, puis ce fut la prairie entièrement qui bruissa, créant une douce berceuse sous le ciel bleu sans nuage. Le renard écouta ce son hypnotique et sombra lentement dans un long et profond sommeil sans rêve, inconscient des drames qui se jouaient chez les loups-garous.
000
Plusieurs jours après, Derek était assis sur son banc sur la terrasse, le regard aussi vide que son cœur ou sa volonté. Il n'était plus rien. Juste un corps qui respirait et que sa famille faisait manger. Une carcasse vide d'âme. Rien d'autre.
Sa sœur aînée se planta derrière la rambarde, hésita et finalement repartit, un nuage de noire culpabilité flottant autour d'elle. Mais pourquoi se sentait-elle coupable ? Tout était de sa faute à lui, encore, toujours... La leçon de Kate ne lui avait définitivement pas servi et il avait refait exactement les mêmes erreurs, en pire. Il se détestait pour ça, se haïssait, et savoir qu'il avait été manipulé par son odorat ne l'aidait en rien à se pardonner. Il avait mis en danger sa meute ainsi que la réserve, il avait fait fuir Stiles aussi...
Derek baissa les yeux sur ses genoux et serra un peu plus son poing autour du sweat rouge. Autrefois il lui avait appartenu, puis Stiles était arrivé, l'avait récupéré et l'avait fait sien. Un sweat qui avait été trouvé dans la forêt à moins d'un mile de chez lui, au milieu de ses autres vêtements et du dernier flacon de cet abominable parfum. Stiles s'était littéralement volatilisé.
Sa sœur revint derrière la rambarde, hésita à nouveau, repartit en sens inverse puis fit demi-tour.
- Derek tu... Tu peux pas... On s'est tous fait avoir ! s'écria-t-elle d'une voix un peu trop aiguë. Ce n'est pas toi qui... Tu n'es pas coupable !
Derek continua d'observer le sweat en le caressant du pouce. Il avait la gorge serrée et il pouvait sentir ses yeux s'humidifier, sans qu'aucune larme ne coule pour autant. Il n'en avait pas le droit. Tout était de sa faute...
- Derek, s'il te plaît, réagit, le supplia Laura en serrant les barreaux de la rambarde. Dis au moins quelque chose... N'importe quoi ! Derek...
Il releva les yeux sur la forêt et regarda le paysage devant lui sans le voir.
Plus tard, Talia vint chercher Laura qui était tombée à genoux et l'éloigna du triste spectacle qu'était devenu son fils. Derek ne la regarda pas non plus, il écoutait le vent dans les branches et respirait l'odeur de la neige à venir, mêlée aux légers effluves épicés émanant du sweat.
Vide. Il se sentait vide et voulait rester dans cet état. C'était bien. Bien mieux en tout cas que l'état de folie dans lequel il avait été plongé durant sa désintoxication et tellement mieux que ce qui lui arriverait s'il prenait complètement conscience de ce qu'il avait fait. Le vide, c'était paisible, presque pas douloureux, une longue et profonde anesthésie de tout ce qu'il était.
Sa mère avait essayé de le faire sortir de cet état en lui présentant un Isaac complètement remis, puis carrément Scott qui était venu lui lécher les doigts. Derek avait failli craquer, mais il avait tenu bon. Il était resté plongé dans le néant émotionnel.
Un mouvement sur sa droite ainsi qu'un bruit de feuilles sèches piétinées attira son attention. Juste une biche que la faim avait rendue plus téméraire. Les oreilles aux aguets, elle l'observa de ses grands yeux tristes, avant de baisser la tête et de ramasser un morceau de tissu rouge au sol.
Derek baissa les yeux à son tour pour découvrir ses genoux vides. Il se leva avec raideur et s'approcha de la biche qui le regardait avec méfiance. C'était bien le haut de Stiles qu'elle mâchonnait.
- Hé, tenta de dire Derek d'une voix devenue rauque d'avoir été si peu utilisée ces derniers temps.
La biche se tourna vers la forêt, comme prête à partir.
Derek grogna et sauta maladroitement la rambarde de sa maison. La biche fit un bond avant. Le loup la regarda avec méfiance et fit quelques pas. La biche avança aussi. Derek grogna et marcha à la poursuite de l'animal bondissant.
Bizarrement, le cervidé fuyait dès qu'il approchait mais jamais assez loin pour qu'il le perde de vue. Si Derek avait été en pleine possession de ses moyens, il aurait pu se dire que la biche au pelage sombre le guidait, seulement, dans son état actuel, il se contenta de la suivre à pas raides et lents durant de longues minutes, à moins que ce ne soient des heures…
Subitement, la biche laissa tomber le sweat puis elle détala à travers les arbres, hors de sa portée.
Derek tomba à genoux devant le haut et le souleva de ses doigts gourds. Il se figea de surprise, abasourdi par la vision du renard roulé en boule qui dormait paisiblement dessous.
Stiles ?
Il approcha une main tremblante du pelage avant de la reculer brusquement de peur de faire disparaître ce mirage et utilisa son odorat.
C'était bien lui. Stanislaw. Stiles.
Tout un tas d'émotions parcourut Derek, aussi bien la joie d'avoir retrouvé le renard que la culpabilité dévorante qu'il ressentait à l'avoir si mal traité. Il tenta péniblement de retenir le flot d'émotions, de rester dans sa bulle de néant, mais il craqua. Complètement. Les larmes dévalèrent ses joues et tout ce qu'il avait tenté de repousser jusqu'à maintenant lui sauta à la gorge et l'écrasa misérablement.
Il ne vit pas les deux yeux dorés s'ouvrir et le regarder avec surprise et n'entendit pas non plus les cris de sa famille qui le cherchait. Il ne sentit pas la langue de Stiles râper ses joues entre deux glapissements et à peine réussit-il à se mettre sur ses jambes quand sa mère et un de ses oncles le soulevèrent chacun par une épaule.
- M'man ? appela-t-il d'une voix pâteuse alors qu'ils étaient à mi-chemin vers leurs quartiers.
- Je suis là, Derek. On est tous là.
- Je... Je suis... Désolé.
Ses jambes le lâchèrent un bref instant et sa mère jura entre ses dents en resserrant sa prise autour de sa taille.
- Tu n'as pas à... Ce n'était pas ta faute. Pas plus cette fois que la précédente.
Le sol craquant de feuilles mortes défila sous les yeux humides de Derek, un bout de fourrure rousse apparaissant à l'occasion près de ses pieds.
Pas sa faute. Jamais sa faute. Mais c'était toujours lui qui était au centre des problèmes...
Il haleta avec difficulté, ne comprenant décidément pas pourquoi sa meute continuait à vouloir veiller sur lui, à le soutenir, littéralement. Pour ce qu'il valait...
On ne le ramena pas chez lui mais chez sa mère où on le déposa sur le canapé. Il essaya de se réfugier à nouveau dans sa catatonie mais un jeune homme tout juste vêtu d'un sweat rouge s'assit sur ses cuisses et l'enlaça avec force tout en l'incitant à venir caler sa tête dans le cou offert. Très vite, ses bras allèrent entourer la taille de son renard et le serrèrent à l'en faire mal, ses doigts pressant contre le coton avec désespoir.
- Je suis là Derek, je pars pas, chuchota Stiles à son oreille.
- On est tous là, ajouta Talia en les enlaçant tous les deux.
Puis ce fut au tour de Laura et ensuite de Cora de les rejoindre, un peu timidement, et Derek se sentit encore deux fois plus mal face à l'élan de soutien qu'il recevait de la part de sa famille. Il ne méritait pas ça. Il ne méritait rien. Il ne valait rien…
L'étreinte à cinq dura de longues minutes durant lesquelles Derek oscilla entre un profond dégoût de lui-même et le soulagement, puis ses sœurs et sa mère finirent par s'écarter mais Stiles resta sur lui, caressant son dos tout en le berçant.
- Pourquoi ? demanda-t-il d'une voix éraillée.
- Parce que je… Je… Je te dois énormément, répondit Stiles avec beaucoup d'hésitation.
- Fatigué… marmonna Derek, le cœur en berne et le moral au plus bas.
- Dors, je veille.
Derek frotta presque timidement son nez contre la clavicule de Stiles, déclenchant une réaction de surprise de celui-ci, puis se laissa lentement glisser vers l'agréable noirceur de l'oubli.
Stiles l'allongea lentement sur le canapé, sans le lâcher un seul instant. D'une main, il défroissa en douceur le visage crispé de Derek, caressant les nerfs contractés jusqu'à ce qu'ils se relâchent. Une couverture vint soudain recouvrir le corps du loup et Stiles croisa le regard de Talia. Ses yeux bleus l'observaient et l'analysaient comme jamais elle ne l'avait fait auparavant, presque froidement, le jaugeant et le jugeant. Le renard se souvint qu'elle avait pénétré ses souvenirs, qu'elle savait tout de lui, y compris les sentiments qu'il avait envers Derek. Apeuré malgré lui, il rentra la tête dans les épaules mais refusa de s'éloigner du loup, de son loup.
- Tu n'as clairement pas le charme de Kate et pas non plus celui de Jennifer, lâcha abruptement l'Alpha.
Stiles montra les crocs malgré lui à la mention des deux femmes qui avaient détruit son loup.
- Ton existence remonte à moins d'une année et tu n'as que ta présence à offrir à mon fils, continua Talia avec raideur avant de soupirer longuement.
Il se rapprocha de Derek et le serra dans ses bras, montrant un visage presque menaçant face à l'Alpha.
- Tu es bruyant, remuant et tu as tout à apprendre. Tu n'es vraiment pas le gendre rêvé… Ce qui fait probablement de toi le seul dont on n'a pas se méfier, avoua finalement Talia en se laissant tomber sur un fauteuil avec lassitude. Deux fois… Mon fils… Il a été dupé et trahi deux fois… Stiles, peux-tu me jurer que tu ne lui feras jamais aucun mal ?
- C'est pas à moi qu'il fallait poser la question, attaqua le renard en caressant distraitement les cheveux de Derek.
- Je sais… J'ai été… J'ai été incapable de le protéger, se morfondit la louve. J'ai même faire pire en l'encourageant dans cette folie…
- Pouviez pas résister à son odeur, marmonna Stiles en redirigeant ses yeux sur son loup.
- C'est charitable de ta part de dire ça mais c'est faux. J'aurais dû le voir, le savoir, le sentir ! Je voulais tellement que Derek soit…
Nouveau soupir.
- Peu importe maintenant, le mal est fait.
Stiles colla son front à celui du loup et tenta en vain de maîtriser le long gémissement qui grimpait le long de sa gorge. Le mal était fait... Jusqu'à quel point ?
000
À l'intérieur de la maison, sa famille riait fort et faisait semblant de passer un bon solstice d'hiver.
Crédibilité zéro, pensa Derek, debout sur la terrasse.
Trois jours auparavant, il avait été ramené chez sa mère, incapable de tenir sur ses jambes alors que l'horreur de ce qu'il avait déclenché le frappait de plein fouet, à la simple vue d'un renard endormi dans un trou de feuilles mortes.
- Putain, ça caille ! râla une voix en ouvrant la baie vitrée pour le rejoindre. C'est dans ces moments-là que je regrette de ne plus avoir de fourrure, frissonna Stiles.
- Il fait chaud à l'intérieur, lâcha Derek d'un ton neutre.
- Mais toi, tu n'y es pas.
Le renard s'approcha de lui et essaya de se glisser contre son flanc. Derek s'écarta brusquement et s'éloigna de quelques pas.
- C'est le premier solstice que je fête, bavarda Stiles comme s'il ne s'était rien passé en s'accoudant à la rambarde. C'est aussi le premier que je vois ! C'est plutôt marrant de se dire ça, non ? D'après les calculs du médecin, je dois avoir genre dix-sept ou dix-huit en années humaines alors qu'en vrai, j'ai quelque chose comme dix ou onze mois ! Remarque, pour un renard sauvage, ça veut dire que j'ai vécu genre un tiers ou un quart de ma vie déjà… Je devrais paraître trente ans en vrai ! Mais non, j'ai dix-sept ou dix-huit ans. Sauf que chez les humains, vous êtes matures vers treize ans et si je prends mon espérance de vie maximale, j'aurais genre l'équivalent de six ans, mais j'ai pas cet âge-là non plus… A croire que Celle qui m'a fait ça a hésité et a finalement choisi un entre-deux acceptable !
- Celle ? nota Derek malgré lui.
- Elle. On sait vaguement qu'Elle existe mais ça ne nous viendrait pas à l'idée de L'appeler. Et pourtant, parfois Elle intervient. Je crois que c'est pour se protéger, et nous aussi par la même occasion. Je suis genre un élu, tu vois, sourit Stiles face à un Derek dubitatif. Hey ! T'as haussé un sourcil ! Je t'ai vu ! Reviendrais-tu parmi nous ? Ça m'arrangerait parce que j'en ai pas l'air, mais j'ai vraiment froid moi, alors si on pouvait retourner à l'intérieur…
- Rentre si tu veux, je reste, annonça le loup en se renfrognant.
- Toute la nuit ?
- Ça vaudrait mieux… souffla Derek, la gorge serrée. Et tu ferais mieux de les rejoindre toi aussi.
Stiles lui jeta un regard énigmatique avant de s'approcher à nouveau de lui.
- Je te fiche la paix à une condition.
- Laquelle ? grogna Derek.
- Dis-moi pourquoi tu me fuis.
Le loup se pétrifia sur place et tout son sang parut fuir de son visage.
- Je ne te fuis pas, mentit-il d'une voix blanche.
- Mais oui et moi je suis pas du tout un renard-garou, renifla Stiles.
- Tu… Tu veux pas savoir…
- Je crois bien que si. Talia a… Elle a laissé échapper deux trois choses, des trucs que Jennifer aurait dits avant que la meute ne la stoppe et toi avec.
- Pourquoi vouloir que je le répète alors ! s'énerva Derek.
Les voix derrière la baie vitrée baissèrent d'un ton durant quelques minutes, puis tout reprit comme avant, toujours dans une ambiance de joie forcée.
- Elle a refusé de tout me dire quand elle a réalisé que je n'étais pas au courant. Derek, dis-moi ce qui te tracasse autant, souffla Stiles en l'enlaçant sans lui laisser la possibilité de s'écarter.
- Tu vas me détester…
- Laisse-moi décider seul de ça, tu veux ? demanda le renard en posant une main sur sa joue.
Derek ferma les yeux un bref instant et l'envie de disparaître l'assaillit à nouveau. Dans sa tête, la scène se reforma sans mal. Sa maison, Stiles qui venait de fuir sous son injonction, Jennifer qui retenait sa mère, celle-ci qui hurlait l'appel de la meute, et lui qui voyait uniquement du rouge et n'obéissait qu'à la voix de Jennifer. Pour autant, il entendait tout et quand sa mère exigea de savoir après sa capture…
- Je veux savoir pourquoi ! Pourquoi avoir fait ça à mon fils ! gronda la louve alors que Jennifer se débattait, maintenue par trois de ses bétas.
- Pourquoi ? Mais pour la morsure ! Pour quoi d'autre ? Je vais mourir ! Ça fait deux ans que je le sais ! Je me meurs et aucun traitement ne pourra me sauver, sauf la morsure, cracha la sorcière sans chercher à se dissimuler cette fois sous des faux-semblants. Mais voilà, vous les « loups-garous », les « Alphas », vous ne la donnez pas comme ça ! Vous auriez refusé de faire de moi l'une des vôtres, mais sachant que ma vie était en jeu ! Alors j'ai dû ruser… Vous offrez toujours la morsure aux compagnons de vos loups, d'autant plus s'ils sont malades ou mourants... Je n'avais plus qu'à me trouver un loup disponible...
- Pourquoi Derek ?la questionna Talia en serrant les dents.
- Croyez bien que ce n'était pas par choix, éructa Jennifer. J'ai dû faire deux fois plus d'efforts avec lui que je n'aurais eu à le faire avec n'importe quel autre homme ! J'ai dû aller jusqu'à empoisonner ces saloperies de loups pour qu'il soit obligé de travailler avec moi ! Tout ça juste pour qu'il retienne mon nom ! Mais... Vous étiez aussi la seule meute assez désespérée pour ne pas vous méfier d'une gentille vétérinaire, sourit-elle sadiquement, se repaissant des visages défaits devant elle. Assez stupide pour ne pas prendre toutes les précautions et trop arrogante et sûre de son « pouvoir » pour vous croire en danger !
Talia était blanche comme un linge quand elle leva ses griffes et les enfonça profondément dans la nuque de Jennifer. Alors qu'elle espérait y voir des preuves de mensonges, elle n'y vit que la confirmation de tout ce que l'enjôleuse avait raconté... Toute son histoire était vraie...
Derek rouvrit les yeux, s'extirpant du souvenir alors que sa langue pâteuse mettait un point final à son récit.
- Maman lui a ensuite effacé une partie de la mémoire. Le shérif est arrivé peu après et l'a embarquée, acheva-t-il péniblement. Je...
Il passa une main sur son visage tordu dans une expression de douleur, se griffant à moitié.
- Derek, tu n'es pas...
- Tu n'as pas compris ? s'écria le loup en lui tournant le dos. C'est à cause de moi ! Ma famille, les loups morts et... Et ta mère... Tes frères et sœurs... J'ai cru que je t'avais sauvé mais c'est de ma faute s'ils sont tous morts !
- Derek...
Stiles leva une main tremblante vers lui mais le loup la repoussa aussitôt dans un long grondement menaçant. Ses oreilles s'allongèrent, sa barbe s'étoffa et ses crocs poussèrent. Rapidement, tous les Hale se précipitèrent sur la terrasse pour essayer de maîtriser le loup devenu incontrôlable, sous les yeux tristement catastrophés de Stiles.
- Joyeux solstice, souffla Laura en s'arrêtant à côté de lui.
Stiles frémit quand Talia gronda de toutes ses forces, forçant son fils à se soumettre.
000
Derek ouvrit lentement la porte de chez lui. Cela faisait une semaine qu'il vivait chez sa mère et il espérait pouvoir reprendre son indépendance mais... rapidement, des images de Jennifer l'assaillirent aussitôt.
Il y avait le soir de la grande révélation, bien sûr, mais aussi les autres fois, quand elle sortait de la chambre à moitié nue, quand elle riait en le forçant à sentir sa nuque dans un câlin amoureux... Derek sentit la nausée le prendre. Il ferma les yeux et se dirigea rapidement vers le salon. Le passé le rattrapa là aussi. La fois où ils l'avaient fait sur le canapé, leurs baisers contre le comptoir de la cuisine, eux deux regardant par la fenêtre pendant que lui s'enfonçait en elle...
C'était sa maison, mais il ne pouvait plus... Il n'arrivait plus à défaire l'image de Jennifer de ce lieu. Elle était imprégnée, partout, en image comme en odeur.
Derek sortit rapidement sur la terrasse pour prendre une grande bouffée d'air frais puis fit le tour par l'extérieur pour retrouver la porte d'entrée qu'il referma. Morose, il retourna chez sa mère tout en sachant que, même là-bas, tout lui rappelait ses échecs.
Le pick-up de Laura roula jusqu'à lui et s'arrêta à ses côtés.
- Monte, on a besoin de toi au centre.
- Laura, je crois pas que...
- Arrête de faire ton dépressif, fit sa sœur d'un ton agacé. Tu t'es assez vautré dans l'auto-apitoiement, grimpe, maintenant !
Derek regarda son aînée avec surprise mais obéit. Le cœur de sa sœur battait fort et son odeur était incertaine. Il se passait quelque chose qui entrait en contradiction avec ce qu'elle venait d'affirmer. Le loup se tendit, se demandant si le jour était venu où sa mère lui annonçait qu'il ne faisait plus partie de la meute, qu'il en avait trop fait pour mériter encore sa place.
- Je sais pas à quoi tu penses mais oublie, affirma Laura. Ce n'est pas ...Oh et puis tu verras bien ! C'est son idée à Lui, ça ne devrait pas te déplaire normalement.
- Stiles ?
- Il a parfois des idées bizarres mais... Enfin, tu verras bien !
Le sourire de Laura rayonnait et ses yeux brillaient d'espoir, elle croyait vraiment en ce qui allait arriver, quoi que ce fût...
Une étrange excitation régnait dans le centre sans que le nouvel an à venir ne fût la cause de cette effervescence. Les regards se tournaient tous vers lui à son passage et Derek put même apercevoir quelques sourires amusés. Cela le choqua... Il ne savait pas ce qui l'attendait mais tout le monde semblait croire que ça allait faire la différence pour lui, et leur attitude lui mettait une pression inattendue sur les épaules. Et s'il ne réagissait pas comme on s'attendait qu'il le fasse ? S'il décevait tout le monde...
- Respire, fais-lui confiance, le rassura Laura en entourant son bras. Il est pratiquement considéré comme notre sauveur, tu sais !
Derek hocha anxieusement la tête. Sa nervosité augmenta d'un cran supplémentaire quand sa sœur l'abandonna devant la porte d'une des zones de repos pour mammifères de taille moyenne. Sa fréquence cardiaque grimpa brusquement, une idée folle traversant son esprit. Il posa sa main sur la poignée, la peur de la déception se mélangeant à l'appréhension que ce qui l'attendait était bien ce à quoi il pensait.
Dans un souffle, il ouvrit la porte et manqua tomber à genoux.
Une dizaine de têtes poilues au museau allongé se tournèrent vers lui. Melissa et Stilinski, s'approchèrent les premiers, méfiants, tandis que Scott et Isaac pignaient dans l'attente de les rejoindre. Derek tendit la main vers l'Alpha mâle, le laissant le renifler avant de plonger ses doigts dans la fourrure épaisse et chaude du loup. Ce fut le signal pour tout le reste de la meute et Derek fut rapidement entouré par des canidés se frottant contre lui, ainsi qu'un renard roux.
Ce dernier s'éloigna un bref instant des autres, prit forme humaine et se vêtit d'une longue chemise prévue pour couvrir sa nudité.
- Il m'avait manqué, pas toi ? sourit Stiles en agaçant par des chatouilles Scott qui aussitôt essaya amicalement de lui manger un bras.
- Je ne m'en étais même pas aperçu, avoua le loup-garou avec remord en grattouillant un Isaac aux anges.
Il adorait cette meute et pourtant, durant toute sa « relation » avec Jennifer, il les avait complètement oubliés.
- Ils sont ma famille, tu sais, ma meute.
Derek se crispa, une boule douloureuse grossissant au fond de sa gorge.
- Peut-être que ma mère biologique était super et mes frères et sœurs encore mieux mais... Franchement, j'échangerais personne contre mon Scotty ou Melissa, ou même contre ce vieux grincheux de Stilinski !
- Leur portée... À cause de moi...
- A cause de Jennifer. Parce qu'elle était malade aussi bien dans son corps que dans sa tête.
Derek préféra ne rien ajouter, n'ayant pas particulièrement envie d'entrer dans le débat alors qu'il se sentait bien, entouré de ses loups. Stiles lâcha son frère et se rapprocha de son loup, poussant quelques bétas pour se lover contre lui.
- Je ne pourrais plus les rejoindre, avoua tout bas le renard, une profonde tristesse dans la voix. Je veux dire, je pourrais rester avec eux, quelques jours, mais pas plus. Je crois que je ne suis plus capable d'être un vrai renard maintenant.
Derek grogna. Que pouvait-il répondre d'autre ? Lui-même se faisait régulièrement la réflexion, encore plus quand il allait mal comme maintenant, que vivre avec une meute serait bien plus simple et puis... Et puis il revenait sur terre et était obligé d'admettre que cette vie ne lui conviendrait pas indéfiniment. Il ne détestait pas être un humain , après tout.
Il s'écarta de la meute sous le regard inquiet de Stiles, mais se contenta de prendre sa forme quadrupède avant d'aller jouer avec Scott et Isaac. Le renard le suivit rapidement et ils s'amusèrent tous les quatre sous le regard complaisant des anciens.
000
Derek se réveilla au milieu de la nuit, le corps recouvert de sueur froide et les muscles tétanisés. Il n'avait pas hurlé dans son cauchemar, il ne le faisait jamais. Dans son rêve, Jennifer et Kate s'étaient liguées pour détruire sa famille et la réserve, entièrement, et lui regardait le désastre se produire, sans volonté, pantin sexuel entièrement soumis à leurs ordres.
Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis que la meute avait été provisoirement amenée au centre, juste pour lui, et il vivait toujours chez sa mère, physiquement incapable qu'il était de retourner vivre chez lui. Pourtant, il s'était senti un peu mieux après avoir vu les loups, vraiment ! Mais son moral était vite redescendu en même temps que la dure réalité le rappelait à l'ordre. Il pouvait sans mal sentir les regards de sa famille sur lui en permanence, leur odeur inquiète et la tension générale qui imprégnait le centre quand il était présent. A cela s'ajoutaient sa culpabilité, ses cauchemars, son impression d'échec dans tout ce qui avait trait à l'amour, au point qu'il se demandait s'il oserait retenter un jour l'aventure. Pas avant des mois , voire des années en tout cas. Il en venait à s'auto-déprécier, se trouvant tous les défauts du monde, à se demander comment quelqu'un pourrait l'apprécier un jour.
Derek attrapa un bout de drap et essuya son visage humide en tremblant avant de se lever malgré l'heure extrêmement matinale. Dans le salon, il pouvait entendre la télé branchée sur Discovery Channel ou National Geographic, il n'était pas sûr, à moins que ce soit Alien Theory... Il changea rapidement ses vêtements trempés et rejoignit dans le salon Stiles qui réussissait l'exploit de s'abîmer simultanément les yeux sur son ordinateur et sur le téléviseur. Le renard regardait la télé la bouche ouverte, une main planant au-dessus du clavier de l'ordinateur et l'autre levée, portant la télécommande, le tout plongé dans le noir.
Derek alluma une petite lampe, le faisant sursauter, puis vint s'affaler à ses côtés.
- Tu devrais dormir, grogna-t-il faiblement.
- Trop de trucs à voir. Tu savais qu'il existe des animaux marins plus grands que le centre et les chalets réunis ? Et en plus ils chantent ! Et il y en a d'autres, avec plein de bras qui s'appellent en fait des tentacules ! Oh ! Et tu savais qu'il existe des villages d'humains bien plus grands que celui-ci ? Avec des maisons hautes comme des arbres ! Et aussi...
Le loup tourna lentement la tête vers son renard, l'écoutant énumérer toutes ses découvertes , allant des avions aux cheeseburgers en passant par le cinéma. Il semblait passionné par son sujet, joyeux et plein d'énergie. Le contraire de lui en somme...
- Pourquoi ? demanda soudain Derek, coupant Stiles dans sa tirade.
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi tu es encore là ? Avec moi ?
Comme à chaque fois que Derek posait la question, les yeux d'or se faisaient tristes et mystérieux.
- Parce que sans moi, tu serais perdu, répondit-il simplement en posant son front sur son épaule.
Derek fut surpris de la réponse et se referma sur lui-même. Il revint à la télé – définitivement Geographic Channel – qui faisait défiler des images de Monument Valley.
- Tu aimerais voir ça en vrai ? fit le loup en pointant l'écran.
- C'est possible ? sursauta le renard en le regardant avec émerveillement.
- Oui...
- Je pourrais découvrir tous ces trucs ? s'enthousiasma Stiles en tournant l'écran de son ordinateur vers le brun.
- Beaucoup plus qu'en restant ici.
- On part quand ?
Derek resta sans voix durant plusieurs secondes à observer un renard enthousiaste qui listait tout ce qu'il voulait découvrir, des monuments à la nourriture. Il avait dit ça comme ça, pour détourner la conversation d'un sujet qui le dérangeait et maintenant... Et maintenant il avait un renard surexcité sur les bras et une envie dévorante de... Eh bien de partir. De prendre le large, de voir du neuf, et probablement d'oublier un peu. Qu'avait-il jamais vu du monde extérieur, après tout ? Enfant, il ne s'était éloigné de son foyer que pour aller à l'école puis avait fait quatre années d'université, enfermé dans sa chambre d'étudiant dont il ne sortait que pour aller en cours ou rejoindre sa famille.
C'était complètement fou comme envie et penser à l'exécuter, c'était encore pire, encore plus fou, mais après tout...
Maintenant ou jamais ?
- Prépare un sac avec tes affaires, lâcha-t-il avant de lui-même rejoindre sa chambre.
Il balaya les étagères du bras, mettant dans le sac tout ce qui y tombait, son cœur battant si fort qu'il avait l'impression qu'il allait exploser. Il écrivit rapidement un message pour sa mère, hésitant quelques minutes sur la formulation, avant de rejoindre Stiles qui l'attendait impatiemment dans l'entrée.
Ils sortirent en silence et Derek fit obliquer le renard quand celui-ci s'approcha de sa jeep. Stiles le regarda sans comprendre. Derek afficha un sourire comme il n'en avait plus eu depuis longtemps aux lèvres et ils se dirigèrent ensemble jusqu'à une rangée de box fermés. Il ouvrit l'un d'eux et sourit à la mine ébahie de Stiles lorsqu'il découvrit sa voiture, sa Camaro qu'il bichonnait parfois mais sortait rarement.
Les sacs furent jetés sur la banquette arrière et la voiture s'éloigna dans un doux ronronnement.
000
Talia se leva avec une impression étrange de vide ce matin-là. Devant la cafetière se trouvait un message qui la mit à genoux.
« Je pars découvrir le monde avec Stiles. Je reviendrai. Je t'aime. Derek. »
.
A suivre...
.
J'avoue, j'étais censé finir en vrai sterek mais vu la situation heu... Non. Juste non.
Du coup, me voilà à écrire la troisième partie que j'espère être la dernière ;) (toujours en cours d'écriture, elle me donne du fil à retordre)
Et oui, je me doute que beaucoup d'entre vous veulent ma mort... N'hésiter pas à me dire tout ça en review ;p
