Et voilà le chapitre 2


Chapitre 2 – Le jeu

Touya avait trouvé que les derniers mots de Kai étaient étranges mais comprit rapidement de quoi il en retournait. « Tu devrais venir ce soir. » signifiait « Je veux que tu m'accompagnes ce soir.»

Quelqu'un se présenta à sa chambre vers 18 h et lui donna une tenue à mettre, en lui disant qu'il devait être prêt dans une demi-heure. C'était un ensemble plutôt commun que les yakuza portaient. Un costume clair bien coupé et une chemise foncée. Mais avec ces vêtements, Touya ne put s'empêcher de se trouver ridicule. Il était trop à découvert. Il remonta le col de la chemise le plus possible. À l'heure dite, on vint le chercher et on l'emmena à Kai qui l'attendait seul dans le hall d'entrée. Celui-ci le regarda de haut en bas, ce qui était presque une habitude à chaque fois qu'il le voyait et puis, il regarda ailleurs pour lui parler.

« Reste toujours derrière moi, à ma droite. Quand tu es debout, ton épaule gauche doit être plus ou moins derrière mon épaule droite. Un mètre doit nous séparer. Si je m'assieds tu restes debout à hauteur de ma chaise. Et si je te dis de t'asseoir, tu viens à côté de moi mais 20 centimètre doit nous séparer. Pareil dans une voiture. Et tu ne parles pas.

-Pas du tout ?

-Jamais. Et mets ça.

Kai lui tendit un masque chirurgical noir, semblable à celui qu'il portait :

« Je ne veux pas sentir ton souffle, dit-il

-Mince alors, je ne savais pas que je respirais, répondit Touya avec ironie. »

Kai ne releva pas ce qui aurait pu être interprété comme de l'insolence (ça l'était) et Touya l'enfila sans discuter davantage car en réalité, il était soulagé de pouvoir mettre ça sur son visage. Il constata que Kai jetait vers lui des regards étranges et semblait nerveux, comme s'il y avait quelque chose qu'il tentait de dissimuler dans son attitude. Il se détendit quand le reste de ses hommes arrivèrent et se focalisa sur eux pour leur donner des instructions que Touya n'écouta pas. Quatre d'entre eux portaient les masques en bec que Touya avait vu le premier jour. Il nota que l'un deux était particulièrement petit.

Kai se tourna vers la porte et Touya se mit à l'endroit qu'avait prescrit le yakuza, avec son épaule gauche derrière son épaule droite. La présence du jeune homme indifféra la plupart des yakuzas présents, si ce n'est quelques regards curieux. Cependant, à ses côtés, se tenait l'homme aux cheveux clairs qu'il avait aperçu le premier jour et qui semblait être particulièrement rétissant. En le voyant, il avait interrogé Kai du regard (qui n'y avait d'ailleurs pas prêté attention) et observait Touya à présent d'un air soupçonneux.

Le groupe sortit. Trois voitures noires attendaient devant le bâtiment et Touya s'installla dans celle de Kai, à ses côtés comme il l'avait demandé.

Le voyage dura un peu moins d'une heure et fut silencieux. Touya regarda défiler le bas des immeubles et les enseignes éclairées de Tokyo. Il reconnut un magasin de jeux vidéo qu'il avait visité avec son frère il y a plusieurs années. C'était la première fois qu'il quittait le quartier des yakuzas depuis son arrivée au sein du clan Shie Hassakai. Il remarqua qu'ils prenaient la direction du port de Yokohama qu'ils atteignirent à la nuit tombée. Les trois voitures longèrent lentement la marina et tournèrent au niveau d'un ensemble d'entrepôts. Après encore quelques minutes de trajet, les véhicules s'arrêtèrent le long d'un quai. Lorsque Touya sortit, il vit un groupe d'hommes qui leur faisaient face et derrière eux deux conteneurs. Vu leur allure, c'était probablement des ouvriers du port. Kai fit signe aux autres de rester en arrière et s'avança seul vers le meneur du groupe qui semblait assez nerveux.

« Je veux voir ce que vous avez pour moi, dit Kai. »

L'homme fit signe à ses subalternes qui ouvrirent le conteneur de gauche. Kai s'approcha. La lumière des réverbèrent dévoilèrent une grande quantité d'objets. Touya crut distinguer du matériel médical mais était trop éloigné pour en voir plus. La voix grave et sûre de Kai se fit à nouveau entendre.

« Des hommes prendront la marchandise après mon départ. Vous avez une semaine de retard. J'espère que vous n'avez pas oublié le dédommagement. »

La mâchoire de l'homme se tendit et acquiesça nerveusement. C'était probablement la raison de son malaise depuis le début. La marchandise était en retard et il craignait les conséquences. Il avait vraisemblablement rendu un petit service au clan Shie Hassakai pour compenser.

Les ouvriers ouvrirent le conteneur de droite. Il semblait vide de l'endroit où se trouvait Touya. Kai se rapprocha, entra dans le conteneur, en ressortit et revint à sa place initiale. Il fit signe à ses hommes de se rapprocher. Touya s'arrêta à un mètre de lui comme convenu mais ne put toujours pas voir ce que pouvait bien être ce fameux « dédommagement ».

« Je veux que ça disparaisse, dit Kai »

Il se tourna vers Touya :

« Peux-tu me montrer ton alter ? »

Touya avala sa salive. Ce n'était ni une question, ni une faveur. Il y avait quelque chose tapi dans l'obscurité de ce conteneur dont Kai voulait se débarrasser. C'était probablement pour cette raison qu'il l'avait emmené. Et merde, Touya ne savait pas quoi faire. Il ne trouvait aucune raison valable pour refuser. Des flammes bleues envahirent alors l'intérieur du conteneur en acier qui rougit et après quelques secondes, peu importe ce qu'il y avait bien pu avoir dedans, il n'en resta que des cendres. Touya regarda Kai qui parut plus que satisfait et dont les yeux jaunes ne pouvaient trahir l'excitation devant un si beau carnage. Il se tourna vers le meneur de groupe qui avait amené la marchandise :

« Je n'aime pas les retards. Vous trouvez cela normal ? »

Le visage de l'homme se décomposa pour faire place à ce qui n'était ni de la peur, ni de l'effroi mais de la vraie terreur. Puis, tremblant de tout son corps, ses sourcils se rapprochèrent et ses paupières se levèrent légèrement, dévoilant l'authentique expression du désespoir. Il se jeta à genou devant le yakuza.

« Pitié… Nous sommes désolés... Nous vous promettons d'être plus fiables. Je vous en supplie… Laissez-nous rentrez chez nous…

-Silence. »

Et on entendit plus alors que les sanglots étouffés de l'homme et le bruit de l'incendie. Touya dut se rendre à l'évidence que Kai était respecté autan qu'il était craint. Les yakuzas quittèrent les lieux pour le centre de Tokyo. Récupérer la marchandise n'était pas la seule mission de ce soir. Ils devaient également passer à une salle de jeux que contrôlait clan. Touya rentra aux côtés de Kai et parcourut avec lui les allées de machines à sous, toutes occupées, émettant des musiques répétitives et des lumières fluorescentes. Ils se rendirent dans la pièce du fond où régnaient les jeux de cartes et roulettes en tout genre. Une femme vint à leur rencontre, salua Kai respectueusement et l'invita à la suivre pour lui montrer les comptes de la salle. Kai se tourna vers ses hommes :

« Vous savez ce que vous avez à faire. »

Puis s'adressa à Touya.

« Reste au bar. »

Kai fit un signe au barman en désignant Touya. Celui-ci resta donc au bar, à pouvoir boire ce qu'il voulait en observant les yakuzas faire leur travail et circuler entre les tables de jeux. Il croisa le regard assassin du jeune homme aux cheveux blancs qui devait être un proche lieutenant de Kai. Ça l'amusa plus qu'autre chose. Il lui répondit en lui faisant signe de la main d'un air moqueur, ce qui courrouça davantage le yakuza qui reprit ses occupations. La salle de jeux était inondée de personnes venant tenter leur chance pour quitter le gris de leur quotidien et expérimenter le hasard. Car le poker et le Black Jack permettait de tout oublier, y compris le fait de ne pas avoir les moyens d'y jouer. Touya n'appréciait pas vraiment cet endroit. Les riches casinos ne l'attiraient pas. L'atmosphère éclairée par les lustres électriques l'ennuyait et bien qu'un peu de distraction ne lui aurait pas fait de mal, il se contentait déjà bien de se réveiller chaque jour pour jouer au mieux les cartes qu'on lui avait accordées.

Kai revient deux heures plus tard. En passant à côté du bar, il prêta attention à Touya qui légèrement alcoolisé ne put s'empêcher une réflexion.

« J'ai pas bougé d'ici. Je te le jure. »

Puis il ramena sa main à sa bouche.

« Oups, je pense que j'ai parlé. Et ça… C'est interdit. »

À sa grande surprise, Kai vint s'asseoir à côté de lui au bar, bien qu'il tournât sa chainse haute dans l'autre sens, comme pour observer si le reste de son équipe faisait bien son travail.

« Tu ne veux pas boire un verre ?, reprit Touya qui après trois verres était décidément un peu trop détendu.

-Non, répondit Kai.

-Je suis sûre qu'ils ont des pailles.

-Tu es un peu insolent comme gars, n'est-ce pas ? »

Touya ne comprit pas le sens de la phrase de Kai. Évidemment, ce n'était pas une question de termes utilisés mais plutôt ce qu'il pensait en disant ces mots. Était-il amusé ou agacé ? Touya se rendit compte que ce masque qui dissimulait le bas du visage du yakuza le privait de précieuses informations. Sa voix était en plus toujours si monocorde.

« Où est ton masque ?, dit Kai »

Il semblait plutôt se poser la question à lui-même car il n'attendit pas la réponse de Touya et le prit sur le bar pour ensuite tourner sa chaise vers le jeune homme et se mettre face à lui.

« Tu ne le mets pas correctement, continua-t-il, la partie plus pointue est en haut du nez. »

Sans que Touya ne puisse rien y faire, Kai s'empara de son visage et positionna la partie pointue dont il parlait sur son nez à l'aide de son index et son majeur. Il le regardait droit dans les yeux comme s'il voulait s'assurer que Touya ne perde pas une miette de l'explication.

« Et la partie plus droite vient sous le menton, dit-il en maintenant le bas du masque avec sa paume.

L'entièreté de la main de Kai était sur le visage de Touya. Celui-ci fut parcouru par une sensation étrange. Il en réalisa rapidement la raison avec désarroi. C'était la première fois que quelqu'un le touchait depuis longtemps. Le dernier contact, c'était pour les agrafes. Et même si Kai portait des gants, ça comptait. Le yakuza termina en mettant les élastiques derrière les oreilles de Touya avec son autre main.

« Et c'est comme ça qu'il faut le mettre, bien compris ? »

Touya acquiesça et Kai lâcha son visage. Ils quittèrent la salle pour revenir au quartier général de Shie Hassakai. Ils se séparèrent dans le hall.


Cela faisait une heure que Touya était revenu dans sa chambre. Il avait quitté le costume de yakuza et enlevé ce masque qui avait rendu sa respiration si inconfortable qu'il pensa que Kai était fou de porter ça toute la journée. Touya repensa au conteneur et se dit qu'il devrait demander des explications à Kai. Ça ne lui posait pas vraiment de problèmes de conscience, voir même ça l'indifférait mais il voulait savoir ce qu'il avait brûlé et s'il devrait encore le faire. Et puis merde, qu'est-ce qui lui avait pris de lui mettre la main sur la figure comme ça. C'était étrange et perturbait Touya plus que nécessaire. Il considéra que c'était le bon moment pour parler à Kai et sortit de sa chambre pour se rendre à celle de son hôte qui était dans l'aile voisine.

En arrivant devant ses appartements, il constata qu'il n'y avait pas de gardes, ce qui n'était pas étonnant étant donné la crainte que le jeune homme inspirait. Des gardes, il n'en avait pas besoin. Touya frappa à la porte mais personne ne répondit. Il crut néanmoins entendre du bruit et dit à voix haute.

« C'est Touya. Je peux entrer ? »

Pas de réponse mais il crut entendre un autre bruit comme des pas qui s'éloignaient. Là, il était sûr qu'il y avait quelqu'un, ce qui l'agaça. Après quelques minutes d'hésitation, il fit glisser la porte coulissante qui n'était pas fermée à clef à sa grande surprise et pénétra dans les appartements en marmonnant un « tant pis, fallait pas me demander de cramer des trucs sans discuter». La pièce dans laquelle Touya se trouvait à présent était un vaste salon. Il n'y avait personne et la lumière était éteinte. Il ne faisait pas complétement sombre car la porte coulissante au fond de la pièce était ouverte sur 5 ou 10 centimètres et laissait passer la lumière de la pièce voisine. Touya s'approcha et regarda par l'ouverture. Il revint immédiatement sur sa décision d'y faire irruption.

C'était la chambre de Kai et ce dernier s'y trouvait mais il n'était pas seul. Il y avait un homme. Il était grand, costaud et nu. Touya ne voyait que le dos de son imposante silhouette et essayait de garder le regard à cette hauteur. Il ne se souvenait pas l'avoir déjà vu mais remarqua un masque en bec déposé dans un coin de la pièce. L'homme était debout devant une longue table où plusieurs choses semblaient disposées. Il avait l'air de réfléchir. Kai était à côté de lui mais tourné vers la porte et semblait attendre en regardant le sol. Il portait toujours sa chemise noire et son masque mais pas son habituelle cravate blanche. Il n'avait plus ses gants courts et blancs et les avait remplacés par des gants en latex noirs qui couvraient aussi ses poignets. Il observait son invité du coin de l'œil et son impatience était perceptible car il pliait continuellement une tige flexible. L'homme sembla se décider sur quelque chose et dirigea sa main vers un objet de la table. Kai la frappa aussitôt avec son bâton. Touya sursauta et manqua de manifester sa présence.

« Pourquoi, veux-tu toujours toucher à tout ?, dit Kai d'un ton sévère

-Tu ne sais donc toujours pas pourquoi ?, répondit l'homme, d'un ton plutôt moqueur, tout en frottant sa main qui devait être douloureuse.

Il reprit :

« Mais je te trouve particulièrement à cran ce soir. C'est la transaction au port qui t'a mis dans cet état-là ? Ce n'était pas la chose la plus excitante qu'on nait faite pourtant…

- Agenouille-toi avec les mains derrière le dos et plus un mot, répondit Kai »

Kai saisit l'objet désigné un peu plus tôt qui était une longue corde rugueuse. L'homme se mit à genou sur le futon qui était au centre de la pièce. Touya pu voir son profil. Son visage était anguleux et ses traits semblaient marqués et durs. Il mit ses avant-bras derrière le dos, chaque main attrapant le coude opposé. Le tout prenait ainsi la forme d'un U. Kai s'approcha avec la corde et tenait toujours son bâton flexible qu'il utilisa immédiatement, frappant l'arrière de la tête de son partenaire.

« Baisse la tête. »

Et l'homme baissa la tête sans rien dire. Il était deux fois plus massif que Kai et il était docile comme un chaton. Le yakuza déposa finalement son arme sur la table et prit la corde avec ses deux mains. Il se mit debout derrière l'homme et lia d'abord les deux avant-bras entre eux. Ensuite, il ligota le haut des bras à la poitrine et boucla autour de cou. Il continua le ligotage, faisant passer la corde dans d'autres directions. « Ligotage » était un mot bien trop vulgaire pour qualifier ce que Touya observait. C'était un art à part entière. Oui, c'était de l'art. Tous les gestes de Kai étaient sûrs et précis et Touya pouvait voir que la corde formait des motifs complexes sur la peau de l'homme dont le haut du corps était à présent complétement immobilisé. Kai serra les liens pour terminer le dernier nœud et son partenaire émit alors un gémissement.

« J'ai dit : silence. »

Kai vint à côté de son partenaire, attrapa son cou et le fit se pencher en avant jusqu'à ce que sa tête touche le sol.

« Reste comme ça, dit-il durement »

C'était clairement un jeu de rôle entre eux et Touya continua à l'observer, un peu fasciné. L'emprise de Kai sur le cou de l'homme se relâcha et sa main caressa sa nuque et puis agrippa violemment un instant ses cheveux clairs comme pour tester son obéissance à la loi du silence qu'il avait imposé. Ensuite, il les relâcha et laissa ses doigts se glisser le long du dos courbé. Il le caressa longuement de sa main gantée pour finalement atteindre ses fesses, ce qui fit frissonner Touya, car il savait l'effet que lui ferait un tel contact. Kai déboutonna sa chemise noire et la fit glisser sensuellement le long de son corps, ce qui semblait parfaitement inutile car dans sa position actuelle, son partenaire ne pouvait assister à ce spectacle. Ce que vit Touya était plus qu'appréciable. La peau de Kai était blanche et immaculée et ses muscles marqués dessinaient parfaitement sa taille et son torse. Touya le trouva beau, surtout désirable mais il eut honte aussi. Honte de sa propre apparence, honte de son corps à lui, de ses cicatrices, ses agrafes qui lui donnaient un aspect monstrueux qu'il avait dissimulé tant bien que mal sous une capuche avant d'arriver ici. Sa vie avait dérapé tellement vite et si bien, de la même façon que Kai qui de son côté avait redressé la barre. C'était lui à présent qui avait sa place à la décharge. Il errait, plus qu'il ne vivait. Sa vie était au point mort. Il n'y avait plus rien à en attendre. Jamais il ne reviendrait en arrière. Jamais il ne deviendrait ce héros dont il avait tant rêvé. Jamais il ne pourrait être désiré par un homme comme Kai, ni par personne d'ailleurs.

Quand Kai commença à défaire sa ceinture, Touya se décida à détourner le regard et partir de la pièce le plus silencieusement possible. Pas vraiment par pudeur mais plutôt pour fuir ce sentiment d'envie qui commençait à l'envahir. Sa sexualité n'était pas non plus une grande réussite. Ce n'était pas un souvenir très récent mais il pouvait encore ressentir la chaleur presque suffocante d'une étreinte maladroite et le contact de son futon qui étouffait sa respiration bruyante qui aurait pu trahir le fait que Kentaro n'était pas simplement venu dormir à la maison. La sensation n'était pas désagréable mais profondément incomplète. Elle avait laissé à Touya un goût amer et l'impression d'avoir cédé quelque chose sans vraiment en profiter. Comme un jeu auquel il ne pouvait pleinement participer car les règles n'étaient pas claires. Un jeu où le cœur n'est pas un atout et où c'est toujours le moins menteur qui perd. Ainsi avait été cette relation un peu trop passagère. Depuis, cette partie-là de lui était un désert. Et depuis l'accident, même se toucher lui-même était quelque chose de difficile. Il était un déchet. Une erreur. Son manque, sa honte, c'était un fardeau qu'il avait pris l'habitude de porter mais il devait admettre que ça devenait de plus en plus lourd. Le temps ne réparait rien.

Il revint dans sa chambre et laissa le sommeil l'éloigner de ses états d'âmes mais garda en mémoire l'image du torse nu de Kai, ses gestes, sa voix et le bruit de la boucle de sa ceinture.


Touya ne s'intégra pas davantage aux yakuzas après cette soirée. D'ailleurs la majorité d'entre eux l'ignorait complétement, si ce n'est ce jeune homme aux cheveux blancs qui le fusillait du regard quand il le croisait. Kai convoqua ponctuellement Touya à d'autres « sorties » mais ne lui demanda plus rien en rapport avec son alter, ce qui rendait sa présence encore moins justifiable et énervait évidemment une personne en particulier… Cependant, ces « promenades » dans Tokyo ou Yokohama ne fascinaient guère Touya. Les casinos, les boîtes de nuit et les ports l'ennuyaient. Il avait d'autres choses en tête. Il observait les gestes de Kai lorsqu'il donnait des ordres ou intimidait des clients, mais savait que ce n'était rien comparé à ceux qu'il posait pour ligoter un homme. Il écoutait sa voix toujours calme et se rappelait à quel point elle était encore plus mûre et grave quand il l'avait entendue dans sa chambre. Il regardait ses yeux et se souvenait qu'il n'avait pas eu un regard plus intense que lorsqu'il avait contemplé son partenaire soumis à lui. Mais il y avait encore autre chose. Il savait que Kai l'observait aussi et que son attitude était loin d'être complétement sincère et désintéressée avec lui. Il ne le prenait pas avec lui pour son alter, ça c'était évident. Ce n'était qu'un prétexte. Il ne lui demandait jamais de participer aux activités et surtout, trouvait toujours une bonne excuse pour se trouver à 10 centimètre de lui à un moment ou à un autre, que ce soit un détail sur sa tenue, son masque de travers,… Tout ce que Touya refoulait remontait alors et il lui fallait une nuit entière pour tout remettre en place, à écouter durant des heures la radio. Il fallait que ça cesse.

Touya devait lui demander des explications. Le jour suivant la quatrième mission, il descendit dans le jardin et trouva le yakuza sur le banc.

« Je peux m'asseoir ?, demanda Touya »

Kai lui répondit de la même façon que la première fois :

« Tu peux t'asseoir. Là. »

Touya s'assit à côté de Kai mais plus près que ce que ce dernier avait indiqué, ce qui sembla le déstabiliser un peu. C'est parfaitement ce que Touya recherchait et alla droit au but :

« Pourquoi tu m'as laissé regarder ? »

Pour Touya, après y avoir beaucoup réfléchi, c'était devenu une évidence. Ce fameux soir, Kai avait déverrouillé sa porte en entendant que c'était lui et laissé celle de sa chambre entrouverte à dessein. Ça expliquait les bruits entendus.

« Tu voulais te moquer de moi ?, dit Touya, agacé par le silence de Kai. »

Kai ne réagit aucunement à cette phrase. Comme si c'était une conversation normale. C'était peut-être ce qui pouvait mettre le plus mal à l'aise.

« Pourquoi tu as regardé ?, répondit-il calmement comme si c'était une question complément secondaire. »

Car ce n'était pas une question à laquelle Kai souhaitait une réponse. C'était plutôt une question à laquelle il suggérait à son interlocuteur de réfléchir. Kai cessait de regarder ailleurs comme à son habitude et bien qu'il gardât son masque chirurgical, il était clair qu'un autre venait de tomber. Quand il posa ses yeux jaunes sur Touya, ce n'était pas un de ces coups d'œil furtif ou baladeur. Il le regarda pour de bon, c'est-à-dire comme il avait vraiment envie de le regarder, avec des yeux intenses, un regard similaire aux félins qui repèrent une proie convenable et qui même sans avoir encore élaboré une stratégie s'imaginent déjà ce qu'ils vont en faire. Si Kai dissimulait ce genre de regard, c'est parce qu'une personne normale fuirait à la minute où elle s'en rendrait compte. Mais comme Touya était encore là, il était peut-être temps de lever un coin du voile. Il tendit un bras vers et retira doucement sa capuche. Quand il fit cela, Touya se sentit vulnérable mais ne l'arrêta pas.

« J'aime bien ton corps, dit-il directement. »

Touya pensait arriver en maîtrisant la situation mais la conversation prenait une tournure surréaliste. Kai continua :

« Et je vois bien que tu en as honte et que tu te caches. »

Kai avait compris depuis longtemps que c'était une des raisons qui le poussait à rester dans sa chambre la majorité du temps et à éviter tout contact. Il approcha sa main de son visage et effleura une des agrafes de ses doigts.

« Moi, j'aimerais que tu me montres plus. J'aimerais voir tout. »

Il commença à toucher sa peau sous son menton mais Touya attrapa sa main.

« Je ne suis pas une bête de foire. »

Touya s'éloigna un peu de Kai. Son cœur battait rapidement. Il ne rejetait pas vraiment Kai, il essayait plutôt de se protéger. Il se savait vulnérable et voulait éviter qu'on abuse de lui. Il ne le supporterait pas. Il avait déjà suffisamment touché le fond. Comment Kai pouvait-il seulement comprendre ? Savait-il ce seulement comment il s'était senti la première qu'il s'était regardé dans la glace ? Les premières nuits avec ces agrafes ? Même les dernières nuits ? Les regards d'effroi ? La pitié ? Les expressions de dégoût ? Savait-il ce que c'était d'être en vie en étant seulement la moitié de quelqu'un ? Car c'était ce qu'il ressentait. Il n'était que la moitié d'une personne. Il avait perdu une partie de lui-même. Malgré tout, il n'était pas un objet dont on pouvait disposer ou un fantasme ou encore le jouet d'un yakuza mysophobe. L'idée de partir et se barricader dans sa chambre l'effleura mais la voix de Kai le ramena à la réalité.

« Touya. »

C'était la première fois qu'il prononçait son nom. En fait, à bien y réfléchir, cela faisait bien longtemps que personne ne l'avait appelé ainsi. Kai s'était un peu rapproché de lui.

« Il y a deux types de souffrances, celle qui te blesse ou celle qui te change. »

Kai ne savait pas ce que Touya pouvait ressentir mais la souffrance, ça il connaissait. La pauvreté, l'exclusion, le regard des autres, l'appréhension de sortir mais surtout la peur de rentrer chez soi, la crainte de la nuit, les tremblements sous un contact, la chaleur suffocante, la douleur. Puis le silence et la solitude. Il savait que c'était une croix qu'il fallait porter seul.

« J'ai été blessé, un nombre incalculable de fois. Mais j'ai préféré changer. »

Kai savait aussi qu'on pouvait guérir et oublier. Laisser certaines choses derrière soi, enfin presque. Il continua :

« Ça peut commencer ici, comme ça peut commencer plus tard ou dans dix ans si tu tiens jusque-là.

-Vraiment ? Et je fais quoi ?, dit Touya encore agressif.

-Tu pourrais commencer par t'accorder quelque chose que tu as envie de faire sans te poser de questions. »

Touya sentit encore le pouce de Kai sur le coin de sa lèvre. Il ne parvint pas à trouver la force de le lui faire retirer.

« Tu n'es pas venu me dire que ça te déplaît. »

Kai passa son pouce sur la bouche de Touya dont le corps se tendait de plus en plus. Le yakuza prenait à nouveau le contrôle.

« Est-ce que tu veux jouer au jeu que tu as vu l'autre soir ? »

« Jeu » était le bon terme pour ce que Touya avait observé mais il savait que c'était plus que ça. Depuis que Kai le touchait ainsi, il avait dû mal à réfléchir. Il se sentait comme transporté ailleurs, vers un endroit qu'il ne voulait quitter car cela faisait trop longtemps qu'il n'y était pas retourné. Il respira profondément et se détendit en écoutant Kai :

« Les règles sont à établir ensemble. Tu décideras de ce que tu veux et puis je m'occuperai de tout. Tu pourras lâcher prise.

-Et si je ne suis pas certain de ce que je veux ?

-Crois-moi, avec moi tu trouveras vite ses marques. »

Kai étala l'entièreté de sa ma main sur la joue du jeune homme qui ressentit encore plus de bien-être. Même si la paume du yakuza était gantée, il pouvait en ressentir la chaleur. Oui, il voulait quelque chose comme ça, si pas plus.

« D'accord. »

La main de Kai glissa alors sous le menton de Touya et l'invita à tourner la tête vers lui. Les yeux turquoise de Touya rencontrèrent enfin le regard jaune de Kai dont la profondeur était toujours soulignée par le haut de son masque.

« Bien, mais il y a des choses qu'il va falloir que tu fasses, dit le yakuza.

-Quel genre ?

-Te teindre les cheveux. Cette couleur, c'est abominable. »

C'était brusque et un peu gratuit mais Touya était un peu d'accord avec lui. Cette couleur était celle de son père. Il était temps que ça change.

« Quoi d'autre ?

-Il faudrait que tu te trouves un autre nom.

-Quoi, Touya, c'est si atroce ?

-Non, mais il vaut mieux faire comme ça. Réfléchis bien. Je te vois demain soir. »

Kai le quitta car il avait à faire. Pour la première fois, Touya ne rabattit pas immédiatement sa capuche sur sa tête et profita du jardin et de sa lumière.

Le soir même quelqu'un lui apporta de la teinture noire et d'autres vêtements. Touya remit ce genre de préparatif au lendemain.

Il se coucha sans écouter la radio. Il pensait à Kai, à la façon qu'il avait eue de toucher son visage, ses yeux qui le regardaient avec désir et sa voix grave qui lui demandait de lui montrer son corps. Il essayait de ne pas trop y croire mais se rendait bien compte qu'il avait besoin de ça. Être désiré par quelqu'un, peu importe la manière. Il savait que c'était dangereux de baisser ainsi sa garde. Il avait conscience de sa faiblesse. En fait, il devait admettre qu'il avait laissé tomber ses défenses dès que Kai l'avait touché en remettant son masque. Il ignorait sur quelle voie il s'engageait mais ce qui était sûr, c'est que ça le rendait fou de devoir attendre demain.


Le lendemain, il fit disparaître la couleur rouge de ses cheveux et remit le miroir en place pour contempler le résultat. Ce n'était pas si vilain. Il avait même l'impression que ses yeux ressortaient un peu. Il devait aussi reconnaître que les habits envoyés par Kai, un pantalon et une chemise sombre, lui allaient plutôt bien. Bien que mal à l'aise, il se força à sortir à l'extérieur le visage découvert. Comme il pouvait s'y attendre il croisa Kai dans le jardin. Touya le soupçonnait d'ailleurs de rôder dans le coin pour voir le résultat. Il le regarda de haut en bas et sembla satisfait.

« Tu as réfléchi à ton nouveau nom ?, dit-il

-Pas encore. J'y pense.

-D'accord, viens ce soir à 18h. Ne frappe pas, viens directement dans ma chambre. »

Et la journée passa bien trop lentement au goût de Touya. Il se rendit à l'heure indiquée dans les appartements et pénétra dans la chambre de Kai qui l'attendait. Sur la table que le jeune homme avait déjà entraperçue était disposé un grand nombre d'instruments. Touya aperçut quelques objets coupants.

« Euh. Je propose qu'on commence doucement, quand même…, dit Touya qui n'était d'un coup pas tout à fait rassuré.

-Aujourd'hui, on n'utilise rien, répondit Kai, on établit les limites ensemble. Voici tout ce que je peux utiliser sur toi. Tu laisses sur la table ce qui te convient, tu mets dans le panier ce que tu ne veux pas. Prends le temps qu'il faut. »

Il désigna le panier au centre de la table. Touya acquiesça. Il était arrivé un peu nerveux et d'une façon qu'il ignorait, le yakuza parvenait à trouver la façon de lui parler pour le mettre plus à l'aise. Il se détendit et sous le regard discret de Kai commença à une extrémité où semblait disposé ce qui ressemblait à des foulards.

« C'est quoi ces bouts de tissus ?, demanda-t-il

-C'est des baillons, dit Kai, ce sera utile vu ton genre.

-Parce que je suis insolent ?

-Oui. »

Kai n'avait pas vraiment tort et cette remarque détendit encore un peu Touya qui continua son inspection en prenant en main un genre de petite boule qui se trouvait juste à côté :

« Et ça sert à quoi ça ?

-C'est aussi pour te faire taire.

-La boule est censée être mise dans ma bouche ?

-Oui. »

Touya le mit dans le panier immédiatement sous le regard indifférent du yakuza mais qui ne put s'empêcher de dire :

« Dommage, je trouvais que ça t'allait bien. »

Il y avait ensuite quelques fouets et Touya se débarrassa rapidement de ceux qui avaient des embouts métalliques

« Ça ne fait pas si mal, tenta d'argumenter Kai.

-On voit que ces truc-là n'iront pas sur tes fesses, répondit Touya »

Il ne toucha pas aux liens, ce qui sembla ravir Kai qui ne put s'empêcher de murmurer :

« Tu veux bien que je t'attache alors ?

-Oui, souffla Touya qui repensa à la façon dont le yakuza était capable de ligoter quelqu'un. Mais il faudra que tu fasses attention à… enfin je veux dire… »

Touya ne parvenait pas à trouver la bonne façon de formuler le fait qu'il avait des agrafes à d'autres endroits que le visage qui était la seule partie visible. Il recouvrait ses poignets et ses chevilles en permanence. Le reste était bien caché sous ses vêtements. Kai ne pouvait imaginer à quel point son corps était meurtri. Que penserait-il en constatant l'étendue des dégâts ? Ses bras ? Ses jambes ? Le haut de son torse ?

« On verra ça ensemble, fit Kai qui caressait l'épaule de Touya. »

Touya laissa donc les menottes mais constata que certaines avaient des formes particulières et interrogea Kai pour qui cela semblait aller de soi :

« Ça ? C'est pour écarter tes jambes.

-Et ça ?, dit encore Touya qui se saisit de liens particulièrement complexes

-Aussi, sauf que tu le passes derrière le cou. »

Le jeune homme acquiesça et décida de ne pas se débarrasser de ces choses-là. Kai reprit le cours de ses pensées pour ne pas mettre Touya mal à l'aise en l'observant plus que nécessaire, mais fut vite interrompu dans ses réflexions par la voix de son invité :

« Mais tu fais quoi avec cette poulie ? »

Des souvenirs plus que récents à propos de l'utilisation de cet objet revinrent dans la mémoire du yakuza qui ne put s'empêcher de sourire.

« Je l'accroche à la poutre au-dessus du futon et comme ça je t'attache un peu… différemment. »

Touya la reposa sur la table, au plus grand bonheur de Kai qui se dit qu'il ne tarderait pas à l'utiliser quand il le pourrait. Le jeune homme arriva dans les objets plus curieux.

« A quoi sert ce masque ?, demanda-t-il en se saisissant de l'objet qui était noir et opaque.

-Oh pas à grand-chose… C'est juste pour changer un peu parfois, répondit Kai qui tenta d'être le plus naturel possible.

-Kai… A quoi ça sert vraiment ?, insista Touya qui voyait que Kai tentait de faire une diversion.

-Disons, que quand tu le mets, je peux le serrer et tu… respires… un peu moins bien… »

La voix de Kai était un peu différente. On sentait qu'il tentait de dissimuler son excitation.

« Oooh. Quand tu me demandais de mettre un masque chirurgical pour sortir, c'est à ça que tu pensais ?

-humm. Oui…, avoua le yakuza.

Cet aveu expliquait la façon dont Kai le regardait quand il mettait le masque, cette nervosité.

« Donc, tu voudrais que je le garde ?

-Oui… »

Touya le déposa dans le panier en regardant Kai droit dans les yeux. Le yakuza se dit alors que ce nouveau partenaire de jeu apprenait un peu trop vite. Les questions et les négociations continuèrent, particulièrement à propos d'un mystérieux objet cylindrique :

« Dis-moi clairement à quoi ça sert !, disait Touya qui sentait que Kai était trop évasif à propos de l'instrument.

-D'accord… Comment dire… Pour faire court, je l'enfonce…

Kai ne put terminer sa phrase car l'objet disparut dans le panier. Kai leva les yeux ciel :

« Si tu retires le contexte aussi… »

Touya ne manqua pas de mettre les choses au clair :

« Que ce soit bien clair, Kai, peu importe le contexte, mis à part ce que tu as entre les jambes, tu ne m'enfonces rien du tout. Me suis-je bien fait comprendre ?

-Oui. »

Puis Touya saisit l'objet métallique qui se trouvait juste à côté et qui avait l'allure d'une petite tenaille. Kai n'attendit même pas la question du jeune homme :

« Mets le dans le panier. »

Finalement, Touya arriva au bout de la table qui comportait quelques couteaux :

« La tentative de meurtre fait partie du jeu ?, dit Touya d'un air moqueur

-C'est pour faire de petites entailles… »

Touya ne garda donc que les plus petits. Kai l'invita à s'asseoir avec lui sur le futon pour les derniers détails. Ils s'agenouillèrent l'un en face de l'autre.

« Tu viens ici uniquement quand je le demande. Quand c'est terminé, tu dois retourner dormir dans ta chambre. Je ne vois personne d'autres. Tu ne vois personne d'autres. »

Touya ne savait pas comment prendre le fait de ne pas pouvoir dormir avec Kai mais apprécia que ce dernier ne le partage pas et ne vois personne en dehors.

« Tu as choisis ton prénom ?, demanda Kai

-Je ne sais pas. Vu ce que tu m'as fait faire la dernière fois, « Crématorium », ce serait adéquat.

-Hors de question, fit le yakuza. »

Touya avait heureusement réfléchit un peu plus loin et proposa autre chose en rapport avec la crémation :

« Dabi, comme nom, ça pourrait aller ?

-C'est bon. Va pour « Dabi ». C'est comme ça que je t'appellerai ici.

-Et moi, je dois t'appeler comment ?

-Ici, tu ne prononces pas mon nom. Sauf si le jeu est fini. »

Le jeune homme ne fit pas davantage de commentaires et accepta cette règle.

« À présent, tu dois choisir deux mots. Ce sont des mots de sécurité. L'un sert à diminuer l'intensité du jeu. Habituellement c'est une couleur et le plus souvent, c'est « orange »

-Moi je préfère « bleu », dit immédiatement Touya »

« Orange » et puis quoi encore ? C'était la couleur des flammes de son père. Hors de question d'utiliser ce mot. Kai vit cela comme un petit caprice et leva les yeux au ciel :

« Très bien. Va pour « bleu ». Le deuxième mot qu'il faut choisir, c'est pour arrêter le jeu.

-Attends, dit Touya, et si je suis bâillonné, je fais comment ?

-J'allais y venir après… C'est assez simple tu montres deux doigts pour diminuer l'intensité et trois doigts pour arrêter.

-Et si tu ne regardes pas ma main ?

-Je fais attention à ce genre de choses. Il va falloir que tu me fasses confiance. Bon tu me le donnes ton deuxième mot de passe ?

-Juste « stop », c'est bon ?

-Non, trop commun, tu peux être tenté de le dire sans le faire exprès.

-ça peut être une insulte ?

-Non.

-Un mot un peu vulgaire ?

-Non.

-Une phrase ?

-Non, j'ai dit un mot.

-Comment je sais que toi tu veux arrêter ? Que je t'en demande trop ? Tu as aussi un mot de passe ?

-Je t'appellerai par ton vrai prénom.

-Jusqu'où es-tu capable d'aller ?

-Pas au-delà de ce que tu veux. Tu as ton mot de passe pour arrêter le jeu ? »

Touya réfléchissait intensément à la question malgré ses allures moqueuses, il prenait la demande de Kai avec un certain sérieux mais il ne savait pas quoi choisir. Ses questions avaient pour but de gagner du temps de réflexion. Ce mot prenait une certaine importance pour lui sans qu'il ne sache pourquoi. Il repensa à tout ce qui avait fait de lui ce qu'il était maintenant et de nombreux souvenirs défilèrent dans sa mémoire. Ce fut finalement une évidence :

« Je vais prendre le mot « porte », dit Touya.

La porte de la salle d'entraînement qui s'était ouverte à lui et qu'un jour, il avait trouvé verrouillée. La porte de sa chambre où il se refugiait pour contenir sa peine. La porte de ses appartements derrière laquelle il cachait sa honte et son apparence. La porte entrouverte de Kai qui fut comme une invitation... Ce dernier marqua son accord.

« Et maintenant ?, demanda Touya

-Il faudrait qu'on fasse un peu plus connaissance. »

Touya s'empêcha de demander ce que le Yakuza entendait par là. Il ne savait pas vraiment quoi faire, à vrai dire. Il s'était attendu à ce moment et l'avait même vraiment désiré en y repensant la nuit précédente. Ardemment désiré. Comme promis dans cet étrange contrat qui semblait les lier, Kai prit les rennes :

« Quand tu te sentiras prêt. Enlève ta chemise. »


Merci de m'avoir lue !