Chapître II. Entre Mes Mains
Hôpital de Bethesda.
DiNozzo et Gibbs étaient arrivés quelques minutes avant le rendez-vous de Tony. Gibbs avait laissé dormir ce dernier le plus possible avant de le réveiller puis il l'avait obligé à manger quelque chose. Tony n'avait fait que grignoter, prétextant qu'il ne mangeait rien afin d'éviter d'être en retard. Ensuite, Gibbs avait roulé de façon normale ! Enfin si le terme pouvait signifier quelque chose en ce qui concernait l'ex-Marine mais il n'y avait pas de doute, sa conduite était différente. Bien sûr, Tony savait que si Gibbs n'avait pas eu sa conduite habituelle, c'était parce qu'il se faisait du soucis pour lui. Il était plus que touché de son attention et qu'il ait voulu l'accompagner mais il ne voulait pas être un poids non plus. Pourtant, il devait bien s'avouer que ces crises de toux, ce manque d'oxygène qui le prenait, ne le rassurait pas et donc, il préférait être là et savoir que de rester dans le noir.
Ils étaient maintenant dans le couloir face à la salle de consultation où le Docteur Pitt recevait. Tony était assis tandis que Gibbs était resté debout appuyé contre le mur en face de DiNozzo. Ils n'avaient échangé aucun mot. Pourtant, Tony aurait voulu lui en dire des choses. Il savait qu'il avait eu tort de ne pas accepter de parler de sa relation avec Jethro aux autres, surtout que ces autres n'étaient pas n'importe qui : Abby, Ducky, McGee ainsi que... Kate, son décès n'y changerait rien sauf à augmenter le regret de n'avoir rien dit. Ils étaient sa famille... Famille ! Il n'avait jamais utilisé ce mot avant de rencontrer Gibbs, il ne signifiait rien pour lui et maintenant, il comptait tellement. Il aurait du avoir peur de leurs réactions et pourtant non. Il se rendait compte qu'il ne les perdrait pas, peu importait qui il était, qui il aimait, surtout si ça concernait Gibbs également.
Tony se tourna vers Jethro, il allait se diriger vers lui quand la porte s'ouvrit pour laisser Brad apparaître.
- A toi, Tony.
DiNozzo vit sa bonne résolution s'envoler, il n'allait pas forcer la main à Gibbs...
"Je ne sais vraiment plus où j'en suis. Je ne pensais jamais vivre à ce point un tel amour et j'ai tellement peur de le perdre que j'ignore quelle est la bonne décision !"
Alors que la porte allait se refermer, il jeta un regard vers Gibbs. Tony sut alors que ce dernier ne l'avait pas quitté des yeux une seconde. Là, une vague de chaleur inonda son coeur. En Gibbs, il avait confiance, c'était en lui qu'il n'avait pas confiance. Il ne méritait pas la chance qu'il avait. Elle finirait par s'envoler et Gibbs avec elle. Et la porte se referma.
Gibbs, seul dans ce couloir, voyait les minutes s'égrainer avec une lenteur effroyable. Il aurait presque pu affirmer que le temps s'était carrément arrêté. Il avait d'abord été se chercher un café, son réflexe habituel et puis il n'y avait rien d'autre à faire qu'à attendre. Mais en fait, Jethro essayait surtout de ne penser à rien et pendant un temps, il y était parvenu. Seulement lorsque l'on a épuisé les affiches au mur, que l'on en a assez de tourner en rond et que votre regard est immanquablement attiré par cette porte, vous arrêter de lutter, vous vous laisser aller et vous êtes submergé : l'inquiétude, le pire, le passé, le futur et les actes manqués dont tout ça regorgeaient. Et toutes ces pensées n'avaient qu'un seul dénominateur commun : Anthony.
"Il s'était de nouveau mit à tousser dans la voiture."
Gibbs se sentait si impuissant à l'aider. Il avait beau être là, il n'avait rien pu empêcher de ce qui arrivait. Qui sait ce qui arriverait alors s'ils parlaient de leur sentiment aux autres ? S'ils vivaient au grand jour ! On pourrait s'en prendre à DiNozzo en voulant l'atteindre lui. Gibbs avait perdu sa femme et sa fille dans ce qui lui semblait être une autre vie. Il ne voulait pas prendre ce risque avec Tony, il n'y survivrait pas. Pourtant, s'ils étaient là, c'était parce que Tony en ne voulant pas être un poids pour lui, n'avait rien dit sur son état. Gibbs en était sûr. Alors, où était la bonne solution ?
L'ex-Marine entendit la porte s'ouvrir et vit Brad dans le couloir. Gibbs pivota et ils se retrouvèrent face à face.
- Alors, de quoi souffre-t-il ? Je sais pour le secret médical. J'ai besoin de savoir, je suis ...
Gibbs marqua une pause avalant l'aveu qui allait arriver. Son inconscient avait pris le pas sur le reste. Mais de toute manière, il n'eut pas à terminer sa phrase :
- Ce discours n'est pas nécessaire. Tony m'a dit que si je ne voulais pas subir un interrogatoire à la Gibbs, j'avais intérêt à vous parler.
Et les deux hommes se sourirent. Tony connaissait tellement bien Gibbs qu'il avait anticipé.
- Et puis, je préfère vous le dire afin que vous puissiez l'aider.
- C'est sérieux alors ! dit Gibbs, espérant être parvenu à contrôler le tremblement de sa voix.
- Bronchite asthmatique sévère.
- Asthmatique ! Tony n'a jamais eu d'asthme ?
- Bien sûr, c'est la bronchite qui le provoque mais je vous rassure, ça ne deviendra pas de l'asthme chronique. Il est vrai que les crises ont la même forme que l'asthme seulement elles ne surviennent qu'à l'occasion d'une irritation bronchitique. Les bronches se contractent exagérément engendrant une bradypnée expiratoire. Les bronchites asthmatiformes se voient dans toutes sortes de circonstances. Dans le cas de Tony, c'est une infection bronchitique qui en est la cause. J'ai éliminé l'insuffisance cardiaque lors de l'examen et par les radios que je lui ai fait passer.
Gibbs essayait de se faire à ce langage scientifique, il aurait du avoir l'habitude avec Ducky et Abby mais il s'agissait de Tony, c'était là toute la différence. Tony avait donc fait des radios et Gibbs n'en avait rien su et surtout, il ne s'était douté de rien. A la place de frapper les autres derrière la tête, il ferait mieux de s'en administrer à lui-même.
Au fond de son esprit s'imprimaient les images de Tony en salle d'examen, sûrement en train de plaisanter avec le technicien radio et cela pour s'éviter de penser mais aussi pour éviter de se montrer vraiment.
Inquiétude. Solitude.
Et ensuite, le regard figé d'Anthony lorsque les rayons X passent à travers lui pour reproduire cette image de ce qui l'envahit sans qu'il ait son mot à dire. Et Gibbs savait que c'était à lui que Tony pensait pour l'espoir, tout en se maudissant de ne pas être à la hauteur. Vulnérable ...
Il aurait dû être là. Oh oui, qu'il aurait voulu se frapper !
- En fait, ses poumons n'ont pas eu le temps de se remettre vraiment de l'Y. Pestis. Avec ensuite, les heures passées sous la pluie...
Devant le visage de Gibbs, sans colère mais coupable, Brad lui assura immédiatement:
- Je ne vous reproche rien, agent Gibbs. Je sais pour la mort de Kate. Sachez que j'en suis vraiment attristé. Connaissant Tony, il n'aurait pas agi autrement, même s'il avait su pour aujourd'hui. Seulement, j'ai peur que ça ne s'aggrave et qu'une pneumonie s'installe. C'est là que des séquelles pourraient subsister vu la fragilité de ses bronches depuis le virus.
Gibbs hocha la tête.
- Vous avez raison, il est têtu et moi, j'ai eu besoin de lui et sans réfléchir, je ...
- Il est autant têtu que vous, j'en suis sûr, énonça Brad, comme une évidence flagrante.
Cette similitude entre Tony et lui fit sourire Gibbs. Puis, il revint à la réalité car peu importait qui était le plus têtu des deux, ce qui importait était qu'il allait prendre soin de Tony.
- Il lui faut du repos.
- Oui, exactement. Il a des antibiotiques à prendre, un bronchodilatateur si nécessaire mais les lésions aux poumons doivent se résorber donc du soleil, du calme. Il n'est pas très heureux des quatre semaines de congés que je viens de lui mettre.
- J'imagine mais il les prendra, j'y veillerai.
- Ecoutez, Gibbs. Le repos oui, mais pour moi, il est clair que ce sont ses émotions qui sont à la base de l'asthme. Tony dissimule très bien et c'est ce qui en faisait un très bon joueur quand nous étions à l'université mais ici, ça joue contre lui. Je ne m'inquiète pas, il a survécu aux 15 pourcent de chance de l'Y.Pestis. Il faut qu'il accepte qu'on l'aide. Il faut qu'il ait confiance...
- Il sait qu'il peut avoir confiance en moi, le coupa Gibbs, perturbé que Tony puisse douter de lui.
- Oh mais je parlais de Tony. C'est en lui qu'il faut qu'il ait confiance. En vous, il n'a aucun doute. Il a confiance, oh ça oui, j'en suis persuadé. L'Y.Pestis, c'est grâce à vous qu'il s'en est sorti...
- Je ne comprends pas ?
- Vous n'êtes pas uniquement ici comme son Boss, si ?
- Je croyais que c'était pour Brad que je devais m'inquiéter !
Brad et Gibbs se retournèrent et Tony les rejoignit :
- Oui, c'est bien moi. Alors, Boss, il ne faut pas te laisser faire, annonça Tony, en souriant.
Face à leur silence, Tony enchaîna :
- Ne faites pas cette tête-là ! Et puis, je marche encore, vous voyez !
Et au milieu du couloir, DiNozzo joua l'équilibriste sur son fil. Gibbs le frappa alors derrière la tête et il stoppa net.
- Allez ça suffit, on y va.
- Oui, on a une affaire sur le feu.
- Tony ? dirent Brad et Jethro en même temps.
- Je plaisante. Cheese les gars !
Lorsqu'ils allaient passer la porte du service, Gibbs se retourna vers Brad et il sut que l'inquiétude qui se reflétait dans le regard du médecin se reflétait aussi dans le sien.
" A Moi de jouer ! Tout est entre mes mains."
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Voilà mon chapitre II. Je vous assure que j'essaye d'aller le plus vite possible. Mais je n'ai pas toujours le temps que je voudrais et d'autres histoires en cours ailleurs. Je suis aussi un peu maniaque sur les bords ("toc toc", je dirais même) et ne suis donc jamais satisfaite. J'ai sûrement oublié des fautes quelque part et ça m'énerve ... Enfin voilà, j'espère que ça vous a plu et me mets tout de suite au chapitre suivant.
