Chapitre 1. 親近感 - attirance

Saito venait partager les repas avec les autres samouraïs pour le simple fait qu'ils l'acceptait tel qu'il était : gaucher, taciturne, différent. Ils l'intégrait à leur groupe sans rien demander en retour, sinon qu'il fasse acte de présence.

Soji ne parvenait à détacher son attention de cet homme silencieux, calme, sérieux, cet homme qui représentait tout ce qu'il n'était pas. Quelque chose chez lui l'attirait, ce même quelque chose détournait son regard chaque fois qu'il le posait ailleurs, l'empêchait de penser à autre chose lorsqu'il était seul.

Cette étrange attirance s'était manifestée graduellement, s'insinuant dans son esprit, dans son cœur, sans qu'il ne s'en rende compte. Jusqu'à ce qu'un soir, étendu sur son futon, il se surprenne à repenser à cet homme si réservé contre lequel il avait combattu. À imaginer ses yeux bleu saphir, profonds, exprimant tant de choses et si peu à la fois.

Sa longue chevelure indigo, d'apparence entretenue, attachée lâchement; à se demander si elle était soyeuse, la douceur qu'elle pourrait avoir entre ses doigts.

Cette peau blanche, non pas d'un blanc laiteux, mais d'un blanc sain, vigoureux.

Les yeux émeraude de Soji s'ouvrirent et son visage exprimait une stupeur comique, qui aurait sûrement fait rire s'il n'avait pas été seul. Il se leva lentement, s'assit, porta une main à son torse. Son cœur battait à une cadence rapide, pris d'une frénésie inhabituelle, d'une ivresse qu'il ne connaissait pas. Il se frotta vigoureusement le visage, chassant de ses pensées la silhouette si parfaite de Saito. Pourtant, il ne chercha pas à nier vouloir apprendre à mieux connaître cet homme de peu de mots. Sans plus.

Du moins, le croyait-il.

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-Prêt, Hajime-kun?

Pour toute réponse, il hocha la tête. Soji n'avait pas tardé à utiliser son prénom, aimant sa sonorité, sa signification. Il avait entendu et dit ce mot de nombreuses fois, mais jamais il n'avait rencontré quelqu'un le portant comme prénom. C'était une première.

L'absence de réplique verbale le déçu, cependant. Il appréciait l'intonation grave et posée de son frère d'arme. Saito ne levait jamais le ton et pourtant, les autres l'écoutait, respectaient son droit de parole. Il était suffisamment rare qu'il ouvre la bouche sans que quelqu'un lui demande son opinion; ils n'iraient pas l'interrompre, n'est-ce pas?

Le choc des lames résonna dans le dojo, alors qu'ils croisaient le fer, comme presque tous les jours. Ils étaient si près l'un de l'autre que, s'il avait lâché son épée, Soji aurait pu le toucher. Toucher sa joue, son bras, sa taille, parcourir son corps du bout des doigts.

Le jeune prodige à l'épée perdit lamentablement ce combat. Une défaite pathétique qu'il attribua à une malencontreuse inattention de sa part. Il se garda bien de préciser la raison de cette distraction.

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Il déambulait sans but lorsqu'il aperçut Saito, occupé à nettoyer son arme, seul dans la salle commune. Il s'arrêta, l'observant à distance, la grâce de ses gestes, leur précision, son profil délicat et pourtant si sévère. Et il se décida, sans réfléchir à ses actes.

-Hé, hé, Hajime-kun!

Saito releva la tête et, alors que son regard croisait celui de Soji, celui-ci se pencha et posa ses lèvres sur les siennes. Un baiser doux, agréable. Il sentit ses joues brûler et il se détourna rapidement.

-Je suis occupé. Laisse-moi tranquille.

Soji recula de quelques pas, gêné, puis tourna les talons et disparu.

Saito posa son épée sur ses genoux et toucha sa bouche. La sensation des lèvres de Soji se faisait encore sentir, enivrante, délectable.

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Ses doigts parcouraient encore ses lèvres, comme s'il ne parvenait pas à comprendre ce qui venait de se produire. Malgré la simplicité des évènements, il n'arrivait pas à y croire. Combien y avait-il de chances pour qu'un autre homme l'embrasse ainsi –pour qu'une personne démontre tant de tendresse à son égard?

Il ne devait pas y en avoir plus de deux sur des dizaines de millions. Peut-être même une seule. Et Soji représentait cette unique chance.

Ce jeune homme aux yeux verts pétillant de malice, au caractère bien trempé, moqueur, presque mesquin, incapable de tenir en place et enfantin… Comment était-il supposé l'accepter? Il n'en avait aucune idée. Saito replaça son épée dans son fourreau, sans même terminer de la nettoyer, et se leva.

Il ouvrit le shôji menant à l'extérieur et resta là, debout, la main posée sur le cadre de bois, sentant la brise fraîche de l'automne caresser son visage. Son regard contemplait la cour, l'herbe agitée par le vent, il respirait l'odeur douceâtre des fleurs vivaces qui ne tarderaient pas à faner.

-Oh, Saito! Tu t'apprêtais à partir?

Le gaucher se retourna pour faire face à son interlocuteur. Shinpachi avait un pied dans la salle et semblait un peu hésitant. Un brave homme, bien qu'un peu bruyant. Saito hocha la tête.

-Oui. Pourquoi?

-Pour savoir. Un, ou des, je ne me souviens plus, visiteur va venir en soirée. Et Kondo-san insiste que c'est très important.

Saito fit signe qu'il avait compris, puis revint chercher son arme. Il la glissa à sa taille et, alors qu'il allait refermer le shôji derrière lui, il lança à Shinpachi :

-Je serais de retour ce soir.

-Compris!

L'autre homme leva le pouce en l'air et lui fit un clin d'œil. Puis, il l'entendit repartir d'un pas rapide, probablement à la recherche de ceux qui n'avaient pas encore reçu la nouvelle. Saito prit la direction de la ville, sans but précis sinon s'éclaircir les idées.

Soji représentait cette unique chance.


Note: Je tiens à remercier Suzuka-san, qui m'a donné le truc des slash et des astérisques pour séparer le texte en différentes parties, puisque les tirets ne fonctionnent pas.
Merci beaucoup !