Toc Toc Toc !
Harry Styles se retourna dans son lit, serrant plus fort les paupières alors qu'un bruit persistant l'éloignait doucement des bras de Morphée.
Toc Toc Toc !
Le jeune garçon gémit faiblement et, prenant son courage à deux mains, se redressa lentement pour jeter un œil dans la direction du tapage. Est-ce que quelqu'un frappait à la porte ? Comme pour confirmer les pensées du jeune garçon, une voix s'éleva de l'autre côté du panneau de bois.
« Harry ! Il est l'heure, on se réveille maintenant ! »
Soupirant bruyamment, l'adolescent aux cheveux bouclés balança ses jambes hors de son lit et se leva. Jetant un coup d'œil à l'horloge murale en passant, qui indiquait précisément 06h30, il se dirigea vers l'entrée et appuya sur la poignée de la porte. Appuyé contre le chambrant se tenait un des assistants de Simon Cowell, leur manager, qui donna de rapides instructions au jeune chanteur avant de filer vers la chambre suivante, celle qui appartenait à Zayn.
Harry rigola intérieurement, imaginant les futures jérémiades de son ami. Tout le monde savait que le jeune pakistanais tenait à ses heures de sommeil, surtout pendant leur tournée épuisante. Les jours où ils devaient se lever plus tôt n'étaient généralement pas ceux que le jeune homme préférait.
Effectivement, les cinq garçons qui composaient le groupe One Direction, Harry Styles, Zayn Malik, Niall Horan, Liam Payne et Louis Tomlinson étaient en train de sillonner les routes du Royaume-Unis pour promouvoir leur nouvel album, Up All Night, et enchainaient des séries de concerts. Hier, ils avaient chanté à Norwich devant une foule en délire. Cela faisait un mois qu'ils foulaient les plus grandes scènes du pays et ils avaient enfin mérité quelques jours de repos.
Voilà la raison pour laquelle les cinq adolescents s'affairaient dans leurs chambres respectives d'hôtel à Norwich, rassemblant leurs effets personnels et bouclant leurs valises, prêt à quitter cette même-ville.
Un peu plus tôt dans la semaine, Simon les avait pris au dépourvu en leur annonçant qu'une surprise de taille les attendait à Londres et que, par conséquent, c'était là qu'ils passeraient leur semaine de congé. Bien sûr, les garçons avaient été déçus de ne pas pouvoir rentrer chez eux pour voir leur famille mais, l'optimisme qui les caractérisait ayant repris le dessus, ils s'étaient ragaillardis et avaient vu le bon côté des choses. C'est donc avec une excitation débordante qu'ils avaient imaginés ce qu'ils découvriraient dans la capitale.
Alors qu'il se dirigeait vers la salle de bain pour se préparer après avoir rangés ses dernières affaires qui trainaient encore dans sa chambre, Harry fut arrêté dans son élan par la sonnerie de son téléphone. Il traversa rapidement la pièce en quelques larges enjambés avant d'attraper l'appareil posé sur sa table de chevet. Sur l'écran, une enveloppe clignotante signalait qu'il venait de recevoir un message :
One Piece ? )
-Lou xx
Un sourire lumineux se propageant sur ses lèvres fines, Harry répondit :
La question ne se pose même pas, très cher ! )
-Haz xx
Fouillant à grandes brassées dans ses vêtements pliés et rangés dans ses sacs, le jeune bouclé en sortit une espèce de pyjama-training blanc. Pendant l'émission X Factor, les cinq adolescents avaient complètement craqués sur ces combinaisons qu'ils avaient dénichées par hasard dans un magasin de Londres. Ils s'en étaient chacun procurés une et les portaient dès qu'ils en avaient l'occasion. Tout cela au grand dam de leur équipe de stylistes qui se désolaient de les voir se promener en rue habillés aussi casuellement. Mais pour les occasions comme celle-ci, où ils passeraient la plupart de leur journée seuls dans un bus, on pouvait aisément comprendre le choix vestimentaire.
Une demi-heure plus tard, enfin habillé et paré à commencer sa journée, Harry descendit dans le hall de l'hôtel, trainant ses bagages derrière lui. Là, assis dans un des canapés qui emplissaient le hall, Niall, Liam et Louis attendaient en chahutant doucement. Le sourire aux lèvres, le jeune garçon s'avança vers ses amis, abandonnant ses affaires près des leurs.
« Harry ! » s'exclama joyeusement Niall en entendant ses pas approcher.
Liam se retourna également pour lui sourire alors que Louis se leva impatiemment et s'élança en courant pour enlacer le nouvel arrivant.
« Harold ! » Les deux garçons riaient aux éclats alors qu'ils tourbillonnaient ensemble dans la pièce déserte, s'accrochant l'un à l'autre comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des années.
Les deux autres, toujours confortablement installés dans les fauteuils, observaient la scène avec un air amusé. C'était comme cela tous les matins depuis bientôt deux ans. Les cinq garçons s'entendaient tous à merveille, il n'y avait aucun doute là-dessus, leur complicité et leur alchimie se voyait comme le nez au milieu du visage, mais il y avait toujours eu ce lien spécial entre Harry et Louis. Cette espèce de relation qui semblait presque irréelle. Cette magie qui les attirait l'un vers l'autre. Cette véritable dépendance qu'ils se causaient mutuellement.
« Salut les gars » lança Harry une fois qu'il se fut finalement libéré de l'emprise de Louis. Il prit successivement dans ses bras ses deux amis avant que Zayn n'apparaisse enfin.
« Wow, quelqu'un a l'air fatigué… » taquina Liam en direction du jeune pakistanais. Ils savaient tous que c'était un sujet tabou aux petites heures de la journée, Zayn n'étant pas quelqu'un de très matinal.
L'adolescent lui envoya un regard noir mais retrouva rapidement sa bonne humeur alors qu'il examinait la tenue de chacun des garçons. Un sourire nostalgique se forma sur ses lèvres pulpeuses alors qu'il passait en revue les combinaisons blanches à motifs discrets de Harry et Louis, celle bleu vif de Liam, celle qui appartenait à Niall et qui présentait les couleurs flamboyantes du drapeau américain et enfin, la sienne, vert pâle. Comment vouliez-vous rester contrarié devant une scène aussi adorable ?
« Retour au bon vieux temps ? » surgit une voix derrière eux.
Les jeunes chanteurs se retournèrent et accueillir chaleureusement leur manager et ancien coach, Simon Cowell, qui s'approchait du groupe d'un pas rapide, l'air également amusé par l'accoutrement détendu des garçons.
« Bon, voilà les grandes lignes du programme de la journée. Votre voiture va arriver dans quelques minutes, vous partirez directement. »
« Vous ne venez pas avec nous ? » interrogea Liam, perplexe.
« Non, je dois me rendre à la maison de disque pour mettre en place les derniers arrangements pour la suite de votre tournée. De plus, certains instruments ont besoin d'entretien donc je vais m'occuper d'organiser tout cela. »
« Donc, nous voyageons tout seul ? » intervint à son tour Louis.
« Vous effectuerez la route seuls, effectivement. » confirma l'homme aux cheveux grisonnant. « Je vous retrouverai à Londres dès demain. Votre chauffeur vous y conduira.»
« Pour la surprise ? » interrompit soudainement Niall.
« Oui, pour votre surprise ». Les adolescents échangèrent un regard excité avant de sauter de joie en criant avec effervescence. « Enfin, les garçons ! Vous êtes dans un hôtel, tenez-vous un minimum convenablement. Il y a des gens qui dorment ici !» rabroua le manager en essayant de calmer l'animation grandissante. Les chanteurs s'excusèrent rapidement et se reprirent avant que l'homme ne reprenne l'agencement de leur emploi du temps.
« Le trajet durera approximativement trois heures. Vous vous arrêterez brièvement pour déjeuner. Quand vous arriverez sur place, vous serez accueillis et pris en charge. Vous commencerez par un court photo shoot pour un magazine et vous aurez ensuite le reste de votre journée pour vous détendre et profiter de votre cadeau. Je peux vous faire confiance pour le voyage ? »
« Simon, enfin, vous nous connaissez ! » s'exclamèrent les adolescents face au manque de confiance flagrant envers leur maturité.
« Justement, c'est ça qui me fait peur… Ha, voilà votre véhicule. Vous feriez mieux d'y aller. Je vous vois demain. »
Attrapant leurs bagages, les garçons se dirigèrent vers leur voiture et entreposèrent leurs valises dans la soute après avoir fait un dernier signe à leur mentor.
« Que la fête commence ! » lança Louis en embarquant.
Comme toujours quand ils effectuaient de plus courts trajets, le groupe abandonnait l'encombrant bus de tournée et préférait voyager dans une espèce de mini-van. Suivant leur habitude, Zayn, Liam et Niall occupèrent la première rangée de sièges alors qu'Harry et Louis se glissaient sur la banquette arrière, occupant les places restantes. Même s'ils passaient la plupart de leur journée ensemble et s'appelaient ou se bombardaient mutuellement de messages dès qu'ils étaient séparés, les cinq amis avaient toujours des tas de choses à se raconter et les voyages étaient toujours un excellent moyen de bavarder tranquillement. Néanmoins, ces dernières semaines avaient été épuisantes et stressantes et chaque petit moment de libre que les garçons pouvaient dénicher, ils les passaient généralement à se reposer. Pour l'instant, tout ce qu'ils voulaient était se détendre et reprendre des forces afin de pouvoir profiter pleinement de leur surprise.
Zayn se roula en boule sur son siège et ferma les yeux, essayant de retrouver le sommeil. Liam sortit ses écouteurs et alluma son IPod. Niall, lui, feuilletait tranquillement un book crée par leurs fans qui leur avait été remis le soir précédent. Les deux derniers membres du groupe, tout en discutant du spectacle de la veille, s'installèrent tant bien que mal, Harry s'allongeant afin que sa tête repose sur les genoux de Louis.
« Alors, quel était ton moment préféré ? » interrogea Louis en jouant distraitement avec les cheveux de son meilleur ami.
« Je crois que je ne me lasserai jamais de cet instant où on finit notre toute dernière chanson, quand toute la salle applaudit, hurle et ne cesse de nous rappeler. Quand ils refusent de nous laisser partir. Comme s'ils suppliaient l'univers de s'arrêter de tourner, qu'on ne soit pas rattraper par le temps et que l'on puisse chanter encore et encore… C'est ce que je préfère » répondit-il avec une voix où se mélangeaient la passion et l'émotion.
« Oui, pendant une seconde, tu as l'impression d'être le roi du monde, de pouvoir surmonter tous les obstacles qui se dressent en travers de la route. Comme si tout était possible… » poursuivit Louis.
Harry leva les yeux vers son ami et lui sourit affectueusement. Il pouvait distinguer dans son regard cette même ardeur, cette même adoration qu'il ressentait pour son métier.
« Mais, » reprit-il, taquin, « Le moment où tu es tombé en voulant esquiver le soutien-gorge que te lançait cette fille était aussi assez divertissant. »
Harry se redressa vivement et donna un léger coup de poing dans le bras de Louis.
« Idiot ! » lança-t-il, tentant de feindre l'indignation mais échouant lamentablement. « Tu as juste aimé ma chute parce que ça te donnait une occasion de me prendre dans tes bras ! C'était quoi ton excuse, au fait ? T'assurer que j'allais bien ? »
« Eh bien, ça pourrait être vrai… » répondit Louis, amusé. « Mais je n'ai pas besoin d'excuse pour te prendre dans mes bras. Ni pour faire ça, d'ailleurs ! » Louis posa ses mains sur la taille de Harry et commença à titiller impitoyablement ses côtés avec ses doigts fins.
Harry éclata de rire et se tortilla, s'efforçant à s'extirper de l'emprise de l'autre adolescent. « Louis ! Louis, arrête ! Je t'en supplie ! »
Alors que ce dernier s'apprêtait à rétorquer, ils furent interrompus par la sonnerie du téléphone de Louis. Pendant qu'il sortait l'appareil de sa poche, Harry en profita pour se libérer et retourner sur son siège.
Louis, je viens de recevoir un appel d'une station de radio locale. Ils ont appris que vous étiez de passage en ville et aimeraient vous accueillir dans une de leur émission ce martin-même. Etant donné que nous n'avons pas le temps d'insérer un arrêt supplémentaire dans le programme, l'interview se fera par téléphone. Vous recevrez un appel d'ici quelques minutes. S'il vous plait, faites ça convenablement ! Je compte sur vous,
-Simon C.
« Wow… » murmura Harry qui s'était penché pour prendre connaissance du message. « Avec sa façon d'annoncer les choses, même une simple interview devient effrayante ! ».
Louis esquissa un sourire avant de se pencher vers l'avant du véhicule.
« Les gars ! » appela-t-il. Liam ôta ses oreillettes et tourna la tête vers lui pendant que Niall abandonnait son occupation et se fit un plaisir de secouer vivement Zayn pour le réveiller. Ce dernier ouvrit péniblement les yeux et ils écoutèrent Louis leur rapporter les informations données par leur manager.
« Quand puis-je dormir si à chaque fois que j'ai du temps libre il nous refile des interviews ? » gémit le jeune pakistanais.
« Ne commence pas. Tu vas te débarrasser cette humeur massacrante et être gentil avec les auditeurs » prévint Liam en ébouriffant les cheveux couleur corbeau.
« Je vais finir par m'effondrer sur scène ! »
« Peut-être mais imagine quelle belle mort ce serait… Et quelle publicité cela ferait pour le groupe ! » taquina Liam en esquivant le coup de poing d'un Zayn finalement souriant.
Niall ouvrit sa bouche pour intervenir mais fut coupé dans son élan par les vibrations du téléphone de Liam.
« C'est parti… » murmura-t-il avant de décrocher, s'assurant d'enclencher le haut-parleur.
« Bonjour les garçons ! » résonna joyeusement la voix de leur interlocutrice dans l'habitacle.
« Bonjour Norwich ! » salua Niall, débordant de son enthousiasme habituel.
« Comment allez-vous ? Comment se passe votre tournée ? »
« Nous allons très bien, merci ! Jusqu'à présent, la tournée s'est impeccablement bien déroulée. Nous nous éclatons chaque soir et c'est un honneur de voir ces foules de gens faire le déplacement juste pour nous applaudir » enchaîna Liam.
« Très bien, j'espère que ça continuera de la sorte ! Tout d'abord, je voulais vous remercier d'être avec nous ce matin. En très peu de temps, j'ai reçu des centaines et des centaines de questions pour vous par Twitter. Nous avons donc décidé de permettre à deux fans plus que chanceuses de prendre la parole. Vous êtes prêts à prendre des appels en direct ? » Interrogea la journaliste.
« Evidemment ! Allons-y ! » répondit énergiquement Louis, son sourire se réfléchissant dans sa voix.
« Parfait, nous allons donc commencer avec Lucy, dans ce cas. Lucy ? Tu nous entends ? »
Une faible voix leur parvint, se démarquant pourtant par l'excitation brute qui s'en dégageait.
« Voilà, tu es à l'antenne. Les garçons t'écoutent, pose-leur tes questions ! » encouragea l'animatrice.
« Bonjour Lucy ! » lança Harry, se penchant vers le téléphone que tenait toujours Liam.
« Liam, si tu étais sur une île déserte, quel membre du groupe mangerais-tu pour survivre? » finit par murmurer l'auditrice.
« Hum… C'est une question vraiment étrange, non ? » souligna le jeune garçon alors que ces amis éclatèrent de rire. « C'est un choix très difficile mais l'idée est amusante. Je pense que je mangerais Zayn. »
« Hé ! » s'indigna l'adolescent en donnant un petit coup d'épaule à son ami. Liam rigola et lui tira la langue.
« Mature, Liam. Très mature… » murmura Zayn, amusé.
« Voilà ma deuxième question : vous êtes-vous déjà rasé les jambes ? » interrogea l'animatrice.
Un silence s'installa quelques secondes dans la voiture avant que les cinq garçons ne furent pris d'un nouvel éclat de rire. « Mais où as-tu été chercher ces questions, ma belle ? » s'enquit Louis.
« Il faut croire que vos fans ont beaucoup d'imagination. Mais ne vous inquiétez pas Louis, ça ne fait que commencer! Alors, Niall, quelle est votre réponse ? » Intervint la journaliste.
« Honnêtement, oui, je les ai déjà épilées à la cire. Je l'ai fait pour une œuvre de charité. C'était une expérience très douloureuse, plus jamais ! »
« Merci Niall. Harry, d'après toi, qu'est-ce qu'une fille ne devrait jamais porter ? » Reprit la jeune adolescente.
« Je pense que… Je ne sais pas, c'est une bonne question. Un maillot de bain? Oui, allons-y pour les maillots de bains. » répondit le plus jeune garçon du groupe.
« Vraiment ? »
« Harry a une sorte de penchant inexplicable pour la nudité » expliqua Zayn, espiègle.
« S'il le pouvait, il passerait ses journées nu ! » poursuivit Louis en passant son bras autour des épaules du dit-garçon.
« Oh, comme si ça te dérangerait » railla Harry.
Un frisson parcourut le dos de Louis alors qu'il assimilait ce que son voisin venait de dire. Pendant une seconde, il fut désarçonné alors que ses compagnons se contentèrent de s'esclaffer à la boutade. Parce que ça n'avait été que ça, n'est-ce pas ? Une simple plaisanterie lancée avec désinvolture. Alors pourquoi est-ce que cela interpellait autant Louis ? Il surprit l'air perplexe qui s'empara des traits d'Harry alors qu'il le contemplait, le jeune garçon n'ayant sans doute aucune difficulté à apercevoir son trouble.
« Les garçons, vous êtes toujours là ? » intervint la voix de la journaliste.
« Oui, désolé. On se reconcentre, promis ! » répondit Liam.
Heureusement, cela sembla suffire pour distraire le jeune membre du groupe et Louis se décala sur son siège, chassant ces pensées de sa tête.
« Merci beaucoup, je vous adore les garçons ! Vous êtes exceptionnels ! » s'enthousiasma leur fan, ne réalisant pas complètement qu'elle venait de tenir une conversation avec le plus grand Boys Band du moment.
« C'était avec grand plaisir, ma chérie » répondit Louis, attendrit.
« Au revoir Lucy ! » s'exclama Zayn alors que l'animatrice de la chaîne annonçait qu'il passait au second appel.
« Bonjour, je m'appelle Alexis » commença une voix féminine. Aucune émotion ne fit chavirer le ton, ni l'excitation, ni l'admiration, ni le bonheur. Seul une fermeté profonde semblait ressortir de ces quelques mots.
« Salut Alexis ! Comment tu vas ? » s'enquit Niall.
« Oh, très bien ! Je suis particulièrement heureuse de vous parler. Je vous suis de près depuis quelques temps maintenant, de très près. Il y a quelques détails plus sombres de votre parcours et de vos personnalités que j'aimerais éclaircir. »
A nouveau, la tirade fut froide et distante. Déterminée. Les cinq adolescents sentaient qu'une chose étrange se produisait autour d'eux, ils devinaient que la demoiselle avait une idée bien précise en tête et que ça ne leur serait certainement pas favorable. Un mauvais pressentiment envahit l'esprit de Zayn, et, d'un regard, il informa ses amis du danger potentiel. Pourtant, ils devaient être professionnels et ils ne pouvaient empêcher la catastrophe imminente qui se produisait sous leurs yeux.
« Nous t'écoutons, Alexis. Pose ta question ! »incita l'animatrice, inconsciente du drame qui prenait place.
« Alors, je me demandais quels sont les avantages et les inconvénients à faire partie d'un groupe célèbre? »
Surpris, Harry soupira néanmoins de soulagement. Ils s'étaient inquiétés pour rien, leurs nerfs à fleurs de peau dus à la fatigue encourageant surement leurs divagations.
« La pire chose est que vous ne pouvez pas vous endormir dans la voiture sans que quelque chose ne vous arrive. Vos soi-disant « alliés » dessinent des choses sur votre visage, mettent un sandwiche sur votre épaule ou mettent du milkshake sur vos lèvres. Ou vous pousse une paille dans la bouche, c'est déjà arrivé aussi » commença Harry. Devant les regards presque vexés de ses amis, il continua. « La meilleure chose est que vous voyagez avec quatre de vos meilleurs amis, vous vous amusez et nous adorons tous notre métier. Donc pour résumer, c'est génial. »
« Awwww… » musèrent les jeunes chanteurs en souriant affectueusement.
Pour un peu, ils en auraient presque oublié la crainte qu'ils avaient ressentie quelques secondes auparavant. Seulement, Alexis n'était visiblement pas de cet avis. Harry Styles avait brisé ses rêves, à son tour maintenant.
« C'est tout ? Tu en es certain ? » Poussa-t-elle.
« Euh… Et évidemment, j'ai l'occasion de vivre de ma passion, ce qui est exceptionnel… »
« Je ne parlais pas de ça, Harry. Je parlais plutôt d'un autre genre d'avantages. Quelque chose de beaucoup plus physique, de plus charnel, de plus… intime. » Poursuivit-elle, la malice s'empara désormais de son ton. La méchanceté glissait sur chaque mot avec plus d'intensité que sur le précédent.
Dans son siège, le bouclé se raidit. Il savait ce qui allait suivre, aura pu prononcer la question avant que la jeune fille n'ouvre la bouche. Une à une, les pièces du puzzle s'assemblèrent dans son esprit. Cette voix, cette arrogance… Il connaissait cette fille. Alexis. Comment avait-il pu ne pas s'en rendre compte plus vite ? Le benjamin se prit la tête dans les mains. Il s'était pourtant fait extrêmement discret cette nuit-là, s'était assuré de ne pas être pris en flagrant délit par les paparazzis qui entouraient son hôtel. Il était revenu par des chemins détournés et l'avait introduit dans l'immeuble par la porte arrière. Il s'était crut en sécurité, cette histoire derrière lui, enfouie et protégée dans le passé pourtant récent.
« Et si tu nous expliquais ce que ça te fais de pouvoir enchainer les aventures d'un soir ? Ça doit t'éclater, hein ? Abusez de ton charme et ta célébrité pour assouvir tes besoins… »
Un silence pesant naquit dans le véhicule. Les quatre garçons fixaient Harry, comprenant qu'ils n'auraient jamais dû cesser de se méfier. Ils étaient parfaitement conscients des petits jeux auxquels se livrait leur ami et, même s'ils ne les comprenaient pas, ils n'avaient jamais cherché à intervenir. La seule fois où Louis avait essayé d'y mettre un terme, le jeune concerné avait explosé de colère, affirmant au groupe qu'ils n'avaient aucune idée de quoi il s'agissait et que, s'il le pouvait, il arrêterait. Seulement voilà, il en était dépendant.
« Tu préfèrerais peut-être que je me charge personnellement de raconter la façon dont tu m'as embarquée dans ta chambre. Je me souviens parfaitement de chaque détail, Harry. Cela pourrait être très amusant. » Continua Alexis, sachant pertinemment qu'elle enfonçait le groupe à chaque mot prononcé.
« Je… » commença l'adolescent, perdu. Comment répondre à cela ? Il ne pouvait décemment pas annoncer à la terre entière qu'il avait passé une partie de la nuit avec une magnifique blonde dénichée dans une boite de nuit, prête à exhausser ses moindres désirs, avant de la renvoyer aux petites heures du matin, parce que ses grands yeux bleus lui faisaient bien trop penser à un regard similaire. Il ne pouvait pas confier à des milliers d'auditeurs que ces nombreuses nuits de débauche qu'ils enchainaient n'avaient pour seul but de lui faire oublier le visage qui occupait de façon permanente ses pensées. Non, il ne pouvait pas avouer qu'il ne contrôlait plus les battements de son cœur.
Se tournant vers ses amis pour y trouver des regards et des sourires emplis de soutient, il évita pourtant celui de Louis. Il connaissait parfaitement l'opinion de son meilleur ami sur ses dérapages. Il lui répétait sans cesse qu'il méritait mieux que ça, que ses filles n'en valaient pas la peine. Qu'un jour, il tomberait sur quelqu'un qui l'aimerait vraiment, pour lui, par pour sa célébrité ni son argent. Si seulement il se doutait de ce qui poussait Harry vers le fond…
« Je ne vois pas du tout de quoi tu parles… » chuchota-t-il faiblement, toute force l'ayant déserté.
Lorsqu'il entendit la demoiselle reprendre son souffle au bout de la ligne, prête à lancer une nouvelle série d'attaques, il sut que cette fois, le destin l'avait rattrapé. Il avait enchainé les conneries, à lui d'en assumer les conséquences. Mais comment gérer cela alors que l'avenir de quatre autres personnes était étroitement lié au vôtre ?
« Clairement, nous avons deux catégories de fans. Premièrement, il y a celles qui sont adorables, gentilles, douces, qui nous aiment sans condition. Elle accepte ce que nous sommes, nos personnalité, nos styles, notre musique. Et puis, il y a les filles qui ne s'intéressent à nous que lorsque cela peut leur devenir utile. Honnêtement, Alexis, combien de nos chansons à tu déjà écouté ? Peux-tu seulement nous citer un titre ? N'essaie pas de jouer avec nous, on sait exactement ce que tu es en train de faire. Tu te sers d'Harry pour inventer une histoire sensationnelle qui fera apparaître ton visage et ton nom dans de nombreux tabloïdes. Ce que tu ne sais pas, c'est que la soi-disant célébrité que cela peut t'apporter aura notre perte comme seule conséquence. Tout ce que j'ai à en dire, c'est que cela est pitoyable. C'est tout… »
La tirade de Louis resta suspendue dans les airs. Doucement, Harry leva les yeux pour rencontrer le regard de son sauveur. Encore une fois, il avait été là. Il serait toujours là, cette promesse était gravée dans ces yeux pourtant rongés par la déception qu'il ressentait face aux agissements de son meilleur ami.
« Harry, vous avez quelque chose à ajouter peut-être ? » La voix de la journaliste tremblait légèrement. Clairement, elle ne s'attendait pas à de telles agitations sur sa petite station locale. Un bip à l'autre bout de la ligne leur indiqua que l'appel d'Alexis avait été interrompu, l'équipe technique tentant sans doute de contenir les dégâts.
« Non, je n'ai rien à ajouter… »
Mentir, encore et toujours mentir. A lui-même, aux autres… Découvrir la vérité était parfois plus douloureux que de se leurrer dans le confort factice de mensonges. Il n'était pas encore prêt.
« Eh bien, je pense que nous allons devoir nous quitter ici mais je vous remercie une nouvelle fois, les garçons. Vous avez été adorables et c'était une joie pour nous de vous recevoir ! »
Après quelques politesses d'usages supplémentaires, l'appel se termina. Chacun des garçons reprit ses activités, le calme reprenant possession du véhicule.
A l'arrière, Louis observa Harry du coin de l'œil, s'interrogeant sur la raison des activités de son ami. Ses pensées luttaient les unes contre les autres, débattant sur la conduite à adopter. Il était assez atypique de voir de benjamin du groupe préoccupé et inquiet. Il était généralement celui qui rassurait ses troupes et mettaient tout le monde de bonne humeur. De plus, il ne voulait visiblement pas en parler, sinon, il aurait déjà exposé ses angoisses à son voisin et Louis ne voulait pas le forcer à entrer dans des explications qu'il n'était pas prêt à donner. Harry ne devrait jamais avoir à se départir de son sourire.
Lentement, presque craintivement, le bouclé osa lever le regard et rencontre les orbes bleus de son meilleur ami. Il l'avait déçu, il l'avait trahi, d'une certaine façon et il le savait.
« Je suis désolé. »
« Promets-moi simplement que c'était la dernière fois… »
« Je te le promets. »
Laissant son besoin de réconfort s'emparer de lui, il s'allongea à nouveau sur le siège et reposa sa tête sur les genoux de l'autre garçon. Louis sursauta légèrement au contact, comme s'il avait été arraché à ses pensées, et baissa les yeux. Lorsqu'Harry saisit sa main et la déposa sur ses boucles, Louis comprit l'allusion et commença à caresser les cheveux foncés, un sourire illuminant ses traits.
« Merci, Lou… » murmura Harry, fermant yeux pour profiter davantage de la sensation des doigts de son ami effleurant ses mèches.
