Hermione se contemplait nerveusement depuis plusieurs minutes dans le psyché de sa chambre d'hôtel. Elle avait mis une robe qui était légèrement habillée. Elle se trouvait elle-même l'air étrange. Ils étaient en bons termes avec Malefoy depuis plusieurs années, maintenant. Les mœurs s'étaient considérablement adoucies au terme de la Grande Guerre. Elle avait le sentiment que l'échange de ce soir aurait un caractère que l'on aurait pu qualifier de solennel, puisqu'ils allaient tout de même négocier un contrat immobilier, donc elle avait envie d'être élégante. Ce n'était pas n'importe quelle circonstance banale. Mais, en même temps, elle n'avait aucune envie que son effort vestimentaire ne passe pour une tentative d'user de ses charmes pour amadouer Malefoy. Quoique, à la réflexion, il était peu probable que quiconque ne se dise cela. Ses amis la connaissaient assez bien pour savoir que ce n'était absolument pas son genre.
Elle fut tirée de ses pensées par Harry, qui frappa deux coups à sa porte, puis entra.
_ Hermione ? Tu es prête ? Il est l'heure d'y aller.
_ Comment tu me trouves ?
Harry, un peu étonné, contempla sa jolie petite robe grise et ses cheveux retenus en arrière par une barrette en argent ouvragée.
_ Très belle, comme toujours, pourquoi ?
_ J'en sais rien … J'ai l'impression d'en faire trop.
_ Il n'y a rien de mal à mettre une jolie robe pour aller boire un verre avec ses amis, Mione.
Les mots d'Harry la soulagèrent. Il était franchement temps qu'elle cesse d'accorder tant d'importance à des détails stupides. Elle se posait bien trop de questions. Elle prit un gilet noir sur le dossier d'une chaise, et quitta la chambre à la suite de son meilleur ami.
_ Tu es très beau, toi aussi, glissa t-elle en lui faisant un clin d'œil.
_ Moi, je le savais déjà, rétorqua son ami du tac au tac.
Une fois arrivés au centre de la cour privative de l'hôtel, ils unirent leurs mains, puis transplanèrent tout droit dans l'immense salon de Pansy Parkinson. Cette dernière possédait un superbe appartement sur deux étages, dans le Londres moldu, au cœur de Notting Hill et ses multiples façades colorées. Bien évidemment, Pansy Parkinson n'était pas locataire. Mais cet appartement ne faisait pas non plus partie de son colossal héritage familial. Jamais ses sangs-purs de parents n'auraient investi dans de l'immobilier moldu. Elle avait acheté ce bien elle -même (avec l'argent parental, ce qui au final ne faisait pas grande différence) et l'avait refait de A à Z. Elle y avait tellement pris goût qu'elle avait totalement laissé tomber ses études ennuyeuses d'analyste en astronomie et avait passé un diplôme de décoration des intérieurs magiques. Sa petite affaire florissait, et désormais, en plus de follement s'amuser, elle s'offrait même le luxe de choisir ses clients, et d'en refuser certains. A peine eurent-ils posé les pieds que la maîtresse de maison se jeta sur eux.
_ Enfin vous voilà ! J'ai préparé une margharita à tomber par terre, j'ai dû batailler pour vous en garder deux coupes, Blaise a déjà pratiquement tout sifflé.
_ Ce breuvage est particulièrement réussi, confirma Blaise, qui en sirotait un fond.
Hermione balaya rapidement la pièce du regard.
Blaise Zabini était assis dans un fauteuil Voltaire, jambes croisées, un verre à la main. Il leur adressait un sourire rayonnant. A sa gauche, sur un divan extravagant, se tenaient Daphnée Greengrass et Ginny Weasley, au beau milieu d'une intense conversation. La première était chorégraphe pour des danseuses classiques de haut niveau, aspirant à atteindre le statut de danseuse étoile, qui y arrivaient la plupart du temps après s'être offert ses services, et la seconde était attrapeuse au sein de l'équipe des Harpies de Hollyhead. La plus jeune attrapeuse de tous les temps, du haut de ses 20 ans. Elle avait laissé tomber toute forme d'études immédiatement après sa septième année à Poudlard et, à l'image de Fred et Georges, avait tout misé sur le talent qu'elle était sûre de posséder. Molly Weasley avait pleuré des mois entiers, avant que Ginny ne prouve à tous à quel point elle avait été bien avisée de croire en elle-même au détriment de l'opinion familiale. Vraisemblablement, elles échangeaient des conseils sur leurs techniques d'étirement respectives. Enfin, seul occupant du second canapé du salon, Drago Malefoy, vêtu d'une chemise blanche immaculée impeccable qui contrastait avec ses cheveux blonds en bataille, était occupé à serrer la main d'Harry Potter.
_ Tu attends encore du monde ? interrogea Hermione.
_ J'ai proposé à Ronald de passer, mais il a dit qu'il était trop fatigué. Et Théo est en Australie, apparemment.
_ Trop fatigué mon œil… Il a surtout une Lavandite aigüe, si tu veux mon avis.
_ Comprends la, glissa Pansy le regard amusé, se retrouver au beau milieu des deux superbes ex de son mec, ça doit la complexer, la pauvre.
_ Si elle n'était pas si stupide, nous pourrions parfaitement bien nous entendre. Toi et moi n'avons aucun souci avec ça.
_ Tu sais bien que non. Elle n'a rien d'intéressant … nous pourrions, au mieux, nous tolérer. Quant à Ronald … ce serait ridicule, vous, vous aviez quinze ans, et notre histoire à lui et moi n'a duré que deux mois. Même mon éclabouille a duré plus longtemps.
Hermione éclata de rire, et plongea les lèvres dans le délicieux cocktail préparé par Pansy. Leur nouvelle amie savait toujours comment détendre l'atmosphère. Puis elle se dirigea vers Blaise, qu'elle salua de deux bises, avant d'administrer le même traitement à Drago et aux deux filles. Elle prit place près d'Harry, qui s'était assis à droite du blond.
_ Bien ! Drago chéri, déclara Pansy, tu es ici pour une raison précise.
_ J'aurais dû me douter que cette invitation subite cachait quelque chose, railla le jeune homme de sa voix traînante. Tu n'es vraiment qu'une sale petite Serpentard opportuniste, Pans.
_ Moi ?!
La jeune femme se récria, portant les mains à sa poitrine et arborant une expression de fausse indignation parfaitement feinte.
_ Moi ! Une opportuniste ! Moi qui suis blanche comme neige !
_ A d'autres, chuchota Blaise.
_ Vous me fendez le cœur ! Faux frères ! Si tu es là ce soir, c'est parce que moi, j'ai le cœur sur la main, figure-toi !
_ Tiens donc. Epate moi, je t'en prie.
_ Harry et Hermione ont décidé de prendre une location dans le Londres sorcier, mon chat. Et lorsqu'ils m'en ont parlé, ils se désolaient de n'avoir aucun contact. J'ai pensé à toi tout de suite. Tu es le probablement le sorcier britannique qui détient le plus de propriétés immobilières, alors…
_ Ah, il s'agit de ça... Eh bien, ma foi, oui. Oui, bien sûr, j'ai plein de biens à vous proposer. En fait, j'ai même le logement parfait ! Un grand loft, en plein chemin de Traverse !
_ Et qu'est ce qui te fait dire qu'il sera parfait pour nous ? interrogea Harry, dubitatif.
_ Il possède une grande bibliothèque, déclara simplement Malefoy, en glissant un regard malicieux et un sourire en coin à Hermione.
Les yeux de celle-ci s'illuminèrent aussitôt, en un éclair d'enthousiasme qu'elle espéra relativement discret.
_ Et quoi d'autre ? interrogea-t-elle, en s'efforçant de garder une certaine contenance.
_ Premier étage au-dessus de chez Mme Guipure. Hall d'entrée spacieux avec vestiaire, donnant sur un grand salon séjour, très lumineux. Il y a un corps de cheminée, mais il n'est que décoratif, car elle a été condamnée. En revanche elle est bien entendu reliée au réseau de poudre de cheminette. Un grand bar sépare le séjour de la cuisine, qui est moderne et tout équipée, avec beaucoup de rangements, idéale si l'envie vous vient d'y coller tout un tas de fourbi moldu. Au bout du couloir, quatre chambres dont trois avec dressing, une bibliothèque, un petit bureau, deux salles de bain et une buanderie. Et, petit bonus supplémentaire, une très jolie terrasse exposée plein sud. Loyer mensuel de 115 gallions, charges et prix d'ami inclus.
Pansy Parkinson tapa trois petits coups joyeux dans ses mains, folle d'enthousiasme.
_ Comment ça prix d'ami inclus ?
_ Habituellement je le loue 220 gallions. Il est vraiment ultra-moderne. Des peintures et des sols de grande qualité, des éclairages ultra-modernes, et il y a déjà une bonne partie du mobilier, qui, sans me vanter, est loin d'être de la camelote. C'est un meublé partiel. Les chambres possèdent déjà des lits, et il y a une grande table de 10 places avec ses chaises dans le séjour.
_ Je confirme, appuya Pansy.
_ Ca rentre dans votre budget ?
_ Drago, tu sais parfaitement que nous n'avons pas de budget… Nos comptes sont honteusement plein à craquer, coupa Harry.
_ De toute façon nous avions tablé sur 90 gallions chacun par mois … Donc un loyer de 180. Ton offre entre tout à fait dans nos prérogatives, Malefoy.
_ Eh bien … Tu vas pouvoir remplacer ce petit Malefoy dédaigneux par Monsieur le Propriétaire, Granger, déclara malicieusement le blond. Je vais adorer ça !
_ Dans tes rêves, rétorqua la jeune fille en souriant. Et nous n'allons pas signer sur une simple description orale de ta part, aussi flatteuse soit-elle. Tu es libre demain pour nous faire visiter ?
_ Que d'exigences et de confiance… Je sens que ta colocataire va s'avérer particulièrement casse-pieds, Potter. J'exige que tu sois mon interlocuteur de référence pour tout ce qui touchera à nos relations immobilières !
_ On ajoutera cette clause au contrat le moment venu, puisque je te fais si peur, se moqua Hermione. Bon, en attendant… ! Pansy ? Un peu de margharita en plus pour fêter ça ?
