Merci à Manuka pour son soutien, et à Niacy et Newgaia pour leur review.
Hyoga releva le col de son manteau et souffla sur ses doigts pour essayer de les réchauffer. Le vent se levait, une tempête se préparait et s'il voulait trouver un abri, il ne devait pas tarder à se mettre en route. Mais pour aller où ? Sur sa gauche se situait une forêt immense et les bruits qui s'en échappaient n'étaient guère encourageant. Aller se perdre dans cet environnement lugubre semblait la dernière chose à faire. Devant lui, de vastes plaines recouvertes de neige s'étendaient à perte de vue et il risquait de devoir marcher des heures avant de trouver un village pour l'accueillir. Derrière lui, il y avait l'enfer qu'il venait de quitter. Il ne savait pas ce qu'il l'attendait maintenant mais il était sûr de ne pas vouloir s'engager dans l'Armée. Vu qu'il avait suivi l'entraînement militaire dès son enfance, il aurait été pris tout de suite. Il aurait pu bénéficier du gîte et du couvert gratuitement en échange. Mais il ne voulait plus se retrouver entouré de brutes, voir des gens se faire massacrer comme sur les vidéos qu'on leur montrait en boucle pour leur apprendre que toute révolte devait aussitôt être écrasée, que faire couler le sang était une chose banale. Il ne lui restait plus qu'à partir vers la droite, le chemin qu'il connaissait le mieux pour l'avoir emprunté quelques fois lors des rares sorties encadrées par le camp. Il savait qu'il y trouverait deux villages même s'il devrait parcourir une trentaine de kilomètres avant de les atteindre. En attendant il pourrait toujours se poser dans une grotte qu'ils avaient découvert Isaak et lui lors de la fuite… en priant qu'elle n'est pas été bouchée par un éboulement.
Il mit son sac sur le dos, et commença à marcher vers sa nouvelle vie. Il avait toujours aimé la neige, il adorait jouer avec quand il était petit, qu'il était encore avec sa mère, mais là… on était en février, en hiver, et celle-ci n'arrêtait pas de tomber. Plus il progressait et plus ses jambes s'enfonçaient dans la poudre blanche, transformant chaque pas en calvaire. Cela faisait plus de deux heures qu'il marchait, le ventre vide, avec des vêtements qui le protégeaient à peine du froid. La neige avait traversé le cuir usé de ses bottes et ses chaussettes et son pantalon étaient tellement trempés que des tremblements incessants agitaient tout son corps déjà épuisé. Il était glacé jusqu'aux os et n'arrivait même plus à remuer ses orteils. Il était maintenant coincé dans un blizzard et n'y voyait pas à dix mètres à la ronde.
Incapable de poursuivre sa route, il s'effondra dans la neige. Au début, il avait souffert, lorsque la neige était devenue si glaciale qu'elle lui avait brûlé la peau, avec l'impression qu'on lui infligeait des centaines de piqures à chaque fois mouvement qu'il avait tenté de faire. Mais maintenant, il se sentait bien, il avait renoncé à se battre et avait laissé le froid envahir son corps. Il sentait son esprit s'engourdir et les battements de son cœur ralentirent de plus en plus. Il ne pensait plus à rien et n'avait plus qu'à fermer les yeux pour s'endormir… définitivement. Oui c'est ça, il était serein, son calvaire allait se terminer. Il allait mourir sur la terre qui l'avait vu naitre. La boucle était bouclée.
Du moins, c'est ce qu'il pensait avant d'entendre cette voix de femme qui l'appelait :
- Hyoga… Hyoga… Tu dois te relever… Tu n'as pas le droit de mourir…. Pas maintenant…
- Mais je ne peux pas, je suis si fatigué, parvint à répondre l'adolescent avec peine.
- Je vais t'aider mais tu dois te relever… Allez Hyoga, viens vers moi.
Le jeune fit un effort surhumain pour se redresser et relever la tête et voir qui lui parler mais il ne vit personne. Comment pouvait- il aller vers quelqu'un d'invisible ?
- Mais qui êtes-vous ? Qu'est ce que vous me voulez ? demanda-t-il avant de s'effondrer à nouveau.
- Hyoga… Tu dois me faire confiance… Ouvre-moi les portes de ton cœur et je te protégerais.
L'adolescent était en train de perdre connaissance lorsqu'il sentit une énergie le réchauffer de l'intérieur. Il fut paniqué l'espace de quelques secondes mais lorsqu'il eut les idées plus claires, cette présence lui parut à la fois lointaine et familière. Sans qu'il sache pourquoi, il avait envie de lui faire confiance. Quelque chose lui disait que ce n'était pas la première fois que cette personne lui venait en aide. Alors il se releva tant bien que mal et recommença à marcher, suivant la voix qui l'encourageait. La brume autour de lui se retira et la neige cessa de tomber. D'un seul coup, la nature était devenue plus clémente, comme si elle voulait tout faire pour favoriser sa progression. Il chercha de nouveau à voir qui était cette femme mais il n'y avait personne.
- Mais qui êtes-vous ? Et où êtes-vous ?
- Je n'ai pas la force de me déplacer pour venir te rejoindre mais fais-moi confiance, continue d'avancer. Suis le lien qui nous unit et tu seras sauvé...
- Mais quel lien… ? De quoi parlez-vous ? demanda l'adolescent, essoufflé par sa course.
- Du lien qui me permet de franchir les barrières qu'on a érigé entre nous, pour m'empêcher de te venir en aide. Je fais partie de toi Hyoga, nous sommes deux pièces d'un même puzzle.
Le jeune russe pâlit soudain en sentant la baisse considérable d'énergie de la voix. Aussi étrange que cela puisse paraître, il était attaché à elle et il avait l'impression qu'elle était en danger. Il s'arrêta pour en avoir le cœur net.
- Qu'est ce qui se passe ? Vous avez besoin d'aide ?
- Je t'en conjure, Hyoga… Dépêche-toi, je ne pourrais pas t'aider longtemps, j'irais bien quand tu seras en sécurité.
Le jeune russe reprit sa course en accélérant le pas, allant aussi vite que lui permettait son corps fatigué. Lorsqu'il arriva à la grotte, il était tellement essoufflé qu'il avait du mal à respirer. Il retira son sac à dos avant de s'assoir et ferma les yeux, non seulement pour tenter de calmer sa respiration mais surtout pour se concentrer sur la présence de celle qui l'avait aidé. Depuis plus de cinq minutes, elle ne s'était plus manifestée et il était vraiment très inquiet. Si vraiment elle faisait partie de lui, elle ne pouvait pas l'avoir abandonné. Pour lui il est hors de question de pouvoir se reposer tant qu'il n'aurait pas de nouvelles d'elle, alors il passa son temps à l'appeler au lieu de penser à se réchauffer ou chercher à manger. Ce ne fut qu'au bout d'une vingtaine de minutes qu'elle lui répondit :
- Hyoga…
- Pourquoi m'avez-vous laissé ? Vous êtes en danger ?
- Je vais bien Hyoga mais je suis épuisée, j'ai dû dépenser trop d'énergie en voulant t'aider. Je dois maintenant te laisser. J'ai besoin de reprendre des forces tout comme tu as besoin de te reposer.
- Non, ne partez pas ! Ne me laissez pas seul ! l'implora l'adolescent.
- Tu ne seras jamais seul Hyoga. N'oublie pas, je fais partie de toi ! Je continuerais à veiller sur toi d'où je suis. En attendant, promets-moi de prendre soin de toi ! A bientôt mon ange !
- Je vous le promets… A très bientôt j'espère… répondit l'adolescent qui tentait de contenir ses larmes.
- Je t'aime mon cœur, ne m'en veux pas ! Si je pars, c'est pour mieux se retrouver.
Hyoga sut que cette présence si rassurante était bel et bien partie lorsqu'il sentit la fatigue et le froid reprendre le dessus. Finie la douce chaleur qui le réchauffait ! Finie cette présence rassurante qui lui donnait la force de continuer à avancer, tant avec ses mots qu'avec l'énergie qu'elle lui transmettait. Fini le premier moment agréable qu'il connaissait après dix ans passés en Enfer. Il devait bien se résigner, il était de nouveau seul, avec seulement l'espoir qu'elle reprenne contact avec lui rapidement pour l'accompagner.
