Chapitre 2

Suzanne aimait Jack, il partageait sa vie depuis 6 ans, ils avaient vécu des choses inoubliables ensemble mais elle avait le sentiment qu'elle ne devait pas s'engager davantage avec lui. En vérité, Suzanne avait la tête ailleurs depuis quelques temps. Elle subissait une forte pression au travail ce qui la poussait à se demander si elle l'avait bien choisi. Elle se remettait beaucoup en question, elle souffrait en silence. Elle souffrait d'une absence et d'un trop plein à la fois. Sa vie était creuse, elle le ressentait mais elle refusait de faire un enfant simplement pour remplir ce vide. Le jour où elle aurait un enfant, il serait la consécration d'un amour solide et d'une vie bien remplie.

Ses journées se suivaient et se ressemblaient. Jack essayait d'être un mari attentionné et rassurant mais elle n'était pas réceptive à ses efforts. Elle en voulait toujours plus, encore plus. La jeune femme avait besoin d'aventure, de passion, de souffrance et elle savait qu'il y a bien longtemps elle avait vécu ça. A vrai dire, elle y repensait beaucoup en ce moment, son premier amour était lointain mais les souvenirs, eux, étaient encore très présents et lui revenaient en mémoire de plus en plus souvent. Alors qu'elle trouvait sa vie monotone, le passé semblait plus lumineux, elle était pleine de nostalgie. Elle s'imaginait vivant de grandes aventures, s'évadant de la routine et du travail pour partir à la recherche de cet amour perdu. Suzanne imaginait mille fins possibles à son histoire. Un dénouement de roman à l'eau de rose lui paraissait être le plus souhaitable. La jeune femme se réjouissait de toutes ses idées mais elle ne tarda pas à se rendre compte que rien ne pouvait arriver sans payer le prix de quelques sacrifices.

Quitter Jack lui semblait insurmontable, elle n'avait jamais su prendre les devants et elle laissait toujours les problèmes s'envenimer en attendant qu'ils se résolvent tous seuls. Bien sur, cela n'arrivait jamais et si elle désirait tant ce changement, elle devrait en être l'origine. Elle se mit à réfléchir aux conséquences d'une telle décision. La magnifique maison de banlieue qu'ils possédaient serait vendue, les amis communs prendraient partie pour l'un ou l'autre des jeunes mariés et bien sûr Jack lui manquerait beaucoup…

Suzanne se réveilla avec un mal de crâne insoutenable et un sourire radieux collé en plein visage. Quelle heure était-il ? Que faisait-elle ici ? Où était Jack ? Tout était confus dans son esprit. Elle attrapa difficilement son téléphone portable sans réveiller la femme qui dormait à ses côtés et dont le nom ne lui revenait pas en mémoire.

32 SMS et 23 appels en absence. Voilà le lourd constat d'une soirée de débauche imprévue. Suzanne se sentait comme une adolescente désobéissante et cela ne s'arrangea pas lorsqu'elle vit que la personne qui partageait le podium du meilleur harceleur avec son mari et sa meilleure amie n'était autre que sa mère. Oh non il a osé la prévenir ! Se dit-elle en pensant à son mari.

Jamais encore elle n'avait trompé son mari et en y repensant elle perdu le sourire. Elle regrettait profondément ce qu'elle venait de faire… Non, ce n'était pas vrai. Elle ne parvenait pas à regretter la nuit magique qu'elle venait de passer. Elle allait rentrer chez elle et parler à Jack, il le fallait.

Elle se glissa hors du lit et se dirigea sans un bruit vers la salle de bain. En voyant son reflet dans le miroir elle se sentit honteuse. Ses yeux cernés, ses traits tirés et les vestiges du maquillage qu'elle portait la veille lui donnaient l'air d'une junkie en manque de drogue. Elle arrangea ses cheveux d'un geste rapide et se passa de l'eau sur le visage. Elle finit de s'habiller et quitta l'appartement sans trainer.

Jack était assis dans un des fauteuils du salon, un verre de whisky à la main, il avait l'air dépité et épuisé. Il était 12h40 et il venait à peine de rentrer. Aucun hôpital ne lui avait donné de nouvelles de sa femme et il ne savait pas s'il devait s'en réjouir ou non. Le haut de la chemise déboutonnée et la cravate desserrée autour de son cou indiquaient qu'il cherchait à se détendre et qu'il était stressé. Le costume 3 pièces gris foncé qu'il portait lui donnait des airs de Bradley Cooper. Toujours rasé de près et impeccablement coiffé, il avait l'allure d'un parfait homme du 21ème siècle, sophistiqué sans excès. Seuls les cernes sous ses yeux laissaient penser qu'il s'était laissé aller ces derniers jours. En le regardant on comprenait aisément ce qui avait pu séduire Suzanne et il était évident qu'elle faisait des jalouses mais elle n'en avait plus conscience depuis longtemps.

Bientôt, Jack soufflera 40 bougies et il était temps pour lui d'être père, il sentait que l'heure était venue et il aimait profondément Suzanne. Il avait tant attendu avant de lui proposer de faire un enfant, de peur de la brusquer, qu'il avait eu beaucoup de temps pour imaginer sa future progéniture. Il imaginait son fils, Adam. L'enfant était brun, à l'image de son père, et avait les yeux verts de sa mère. Il avait à peine 7 ans mais parlait déjà couramment l'anglais et le français. Ils en auraient fait un génie, c'était certain. La porte d'entrée de la maison claqua et le sang de Jack ne fit qu'un tour. Il attendait que Suzanne arrive dans le salon mais elle se faisait désirer. Elle attendait dans le couloir de l'entrée, elle peinait à calmer le tremblement de ses mains, elle essayait de reprendre son souffle avant d'affronter son mari.

- Bonsoir. Essaya d'articuler Suzanne la gorge serrée.

- Bonsoir. Répondit Jack.
- Oh non ! Je vais lui briser le cœur ! Se dit Suzy en le regardant dans les yeux. Jack saisit aussi tôt la peur dans le regard de sa femme ce qui augmenta son stress.

- Parle je t'en prie. La supplia-t-il.

- Voilà… Je…Je t'aime ! Mais je sais, enfin je pense que ce n'est pas suffisant pour avoir un enfant avec toi. Le cœur de Suzy battait à tout rompre. Elle était surexcitée, à la fois parce qu'elle avait bu avant de rentrer chez elle afin de trouver le courage de parler à Jack, et aussi parce qu'elle sentait que sa vie prenait un tournant et elle était euphorique à l'idée de nouveauté.

- Tu n'es simplement pas prête, on peut attendre. Jack sentait qu'il parlait dans le vide. Il savait que Suzanne avait pris une décision, il avait perçu son excitation.

- Tu n'as pas compris, Jack, j'ai besoin qu'on fasse une pause toi et moi, je veux qu'on se sépare. Suzanne s'écoutait parler, elle n'était plus maîtresse de sa parole.

A ces mots Jack se senti défaillir même s'il les avait anticipés.

- Ne fait pas ça Suzanne. Ne ME fait pas ça. Ne NOUS fait pas ça ! Nous sommes un couple heureux. Jack peinait à réprimer le sanglot qui montait dans sa gorge.

- Je suis sincèrement désolée. Je dois le faire. Ce n'est pas contre toi. Ce n'est pas ta faute. Tu as été un mari adorable, je ne regrette rien. Suzanne avait pourtant très peur de regretter son geste et de vouloir faire demi-tour, elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit.

- Il y a un autre homme ? Tu peux me le dire, je préfère que tu sois parfaitement sincère avec moi.

Suzanne ne savait quoi répondre. Oui, il y avait bien eu quelqu'un. Mais c'était quelqu'un sans importance. Elle ne le quittait pas pour ça. Non, elle le quittait parce qu'elle se sentait étouffer dans sa vie.

- Il n'y a personne d'autre, je te le promets. C'est juste que j'ai besoin de renouveau.

- Tu disparais toute une nuit, je me fais un sang d'encre, je passe une nuit blanche, j'écume les hôpitaux à ta recherche, je t'imagine morte dans une ruelle ! Et toi tu rentres à la maison et tu m'annonces que tu « as besoin de renouveau ». Je rêve Suzanne ! Jack était à présent très énervé. Son front laissait apparaître deux veines saillantes ce qui n'était jamais bon signe.

- Je suis désolée… Oui c'était insuffisant, mais c'est tout ce que Suzanne pouvait dire.

Jack se leva et du haut de son mètre quatre-vingt-six il regarda sa femme comme jamais avant. Il bouillonnait de colère et de tristesse mais tout ce qu'il réussit à extérioriser était une larme qui coula sur sa joue. Suzanne se sentait à la fois mal et soulagée. Elle était maintenant libérée de la pression qui pesait sur ses épaules. Elle avait vidé son sac et pouvait à présent remplir ses valises. En regardant son mari, pour la première fois depuis longtemps elle le trouvait beau.

Les yeux humides et brillants, Jack s'empara des lèvres de celle qu'il appelait sa femme pour l'une des dernières fois. Il ne se berçait pas d'illusion, il sentait déjà depuis des mois qu'elle était ailleurs. Cette fois, il la perdait.

Suzanne ne résista pas à ce baiser et y pris plaisir. Jack aimait Suzanne d'un amour passionné et il regrettait que ce sentiment ne soit pas partagé. Dans un ultime effort pour tenter de garder sa femme à ses côtés, ou peut-être simplement pour lui dire au revoir, il glissa ses bras le long de son dos et la souleva du sol afin de l'allonger tendrement sur le canapé. Les joues de la jeune femme devinrent écarlates, elle se sentait désirée et elle savait qu'elle avait tout pouvoir sur lui. Elle saisit sa cravate et l'attira sur elle puis l'embrassa fougueusement. Oui, elle voulait abuser de cet homme trop gentil, elle voulait profiter de son espoir, dans un but purement égoïste. Elle désirait cette nuit d'adieu et elle l'aurait. Pendant qu'elle finissait de déboutonner la chemise de Jack, celui-ci avait déjà ôté le bouton de son pantalon. Il savait qu'il perdait sa femme mais il ne la laisserait pas partir si facilement. Il glissa sa main dans les cheveux d'or de Suzy et elle lui griffa légèrement le dos. Elle ferma les yeux et se laissa submerger par l'émotion du moment. Ils étaient heureux et cela dura une bonne partie de la nuit.

Un rayon de soleil parcourait le corps de l'homme allongé sur le tapis du salon. Il dormait paisiblement et avait l'air heureux. Quand soudain, le vieux transistor, qu'il avait ramené des USA et qui datait de sa jeunesse, se mis à crier une chanson de Michel Polnareff. Il était une fois, toi et moi. N'oublie jamais ça, toi et moi. La voix perçante du chanteur n'était pas un bon choix pour un réveil en douceur. Suzanne, qui s'était levée en silence et qui se préparait à partir, avait malencontreusement appuyé sur le bouton de mise en marche de l'appareil en voulant embrasser Jack avant de partir. Il sursauta et elle se confondit en excuse tout en pestiférant contre le poste de radio qui refusait de s'éteindre. Jack savait qu'elle n'avait pas voulu le réveiller et il était heureux qu'elle soit si maladroite. Seulement, la nuit était passée et Suzanne avait quitté son état d'esprit de la veille. Le corps nu, les cheveux ébouriffés, les yeux d'un bleu profond et les muscles saillants de l'homme étendu à ses pieds ne suffiraient pas à la faire rester. Et il le savait. Il la laissa partir sans un mot et lorsqu'elle referma la porte de la maison derrière elle, il lui dit : Please Darling ! Don't leave me…1

1 S'il te plait chérie ! Ne me quitte pas…