« Dis-moi, Fuu …

- Mmmh ?

- J'ai l'impression qu'il ce passe quelque chose de bizarre à l'internat …

- C'est à dire ?

- J'sais pas. Entre Hiroto, Ryuuji et Ichirouta.

- Hoon … Non, c'est rien, oublie.

- Tu es au courant de quelque chose ?

- Pfff, pas la peine d'être au courant de quoi que ce soit pour deviner ce qu'il ce passe !

- … »


Ryuuji bailla à s'en décrocher la mâchoire. Il avait mal dormis, et rêvait encore à son lit. Sa nuit avait été agitée, un Hiroto joyeux et un Ichirouta rougissant s'étant baladé dans quasiment tous ses rêves.* Et, de ce fait, il se sentait d'humeur massacrante.

« RYUUJIIII ! BONJOOOOUUR ! »

Oh non pitié. Aussitôt une masse pleine de vêtements, de cheveux et de peaux lui sauta littéralement dessus. Shirou plaqua sa joue contre celle du malheureux, comme il le faisait depuis certains jours.

« Bon … Bonjour, Fubuki. » réussis-t-il à lui répondre dans son étreinte affective.

Il tenta de feinter un ''laisse-moi au moins rentrer dans la cour'' en accélérant le pas, mais l'autre s'accrochait farouchement à son bras. Quand ils vinrent à la rencontre des joueurs d'Alius, Ryuuji lança un ''sauve-moi'' du regard à Hiroto. Toutes les tentatives furent vaines, le garçon aux cheveux blancs de voulait pas le lâcher.

La cloche retentit. Il se crut sauvé …

Et bien non !

Shirou resta avec lui absolument tout le temps ! Que ce soit en classe, dans la cour, au self, à l'entraînement. Ryuuji en bavait, il n'en pouvait plus, sa mauvaise humeur ne faisait qu'empirer. Et il n'y avait pas qu'à lui que ça déplaisait … Si bien que, à la toute fin des cours, quand le flot d'élèves repartait vers le pensionnat dans un joyeux brouhaha, Hiroto réussit à isoler l'élément perturbateur. Ils se retrouvèrent parmi les arbres de la petite forêt bordant les bâtiments.

Le cartable calé sur l'épaule, Hiroto avait croisé les bras et mitraillait l'autre du regard.

« Et bien, fanfaronna Shirou, que me vaut ce tête à tête ?

- C'est une déclaration de guerre ?

- Pardon ?

- Le fait que tu reste tout le temps avec Ryuuji, expliqua-t-il en haussant la voix, c'est une déclaration de guerre !

- Je ne vois pas de quoi tu parle. »

Le sourire et le ton enjoué que prenait l'attaquant de glace à ce moment donna à Hiroto l'envie irrépréssible de lui en mettre une. Il se contenta d'un ''tss'' sifflé entre ses dents.

« Qu'est ce que vous avez tous, bougonna-t-il sur un ton forcé, à cacher ce qui est évident ? »

Shirou eut un rire bref.

« Je te rassure, Hiroto-chan, Ryuuji n'est pas mon objectif. »

Et sans rien dire de plus, il repartit en sautillant vers l'allée centrale. Hiroto fronça les sourcils en le regardant partir. Qui alors …


*Psycopaaaaaaaaathe !


Ichirouta était assis par terre, dans l'herbe, et appuyait son dos contre un arbre. À côté de lui, Shirou était dans la même position, légèrement appuyé contre l'épaule de son ami. Ils s'étaient retrouvés pour manger leur bentô, comme ''avant'', mais un silence de plomb régnait entre eux …

Un peu plus loin, Hiroto, assis à une table de plein air en bois avec certains joueurs d'Alius, les observait.

« C'est devenu rare, ce genre de moment, souffla Ichirouta du bout des lèvres, brisant le silence.

- Oui, approuva Shirou d'un léger mouvement de tête.

- Aussi, tu reste presque tout le temps avec Midorikawa ! Il faut prendre rendez-vous cinq jours à l'avance pour vous voir l'un ou l'autre …

- Mais …

… c'est parce que toi aussi tu reste trop souvent avec lui ! Le reste de sa phrase s'étrangla avec un bruit douteux dans sa gorge.

« Mais, reprit l'adolescent aux cheveux bleus, mais quoi ?

- Non, rien … »

Et le silence s'installa à nouveau avec lourdeur entre eux.

Hiroto, toujours à sa place, sourit en voyant les joues légèrement rouges de Shirou.


« J'ai du paraître bizarre … Excuse-moi. »

Ryuuji pencha la tête de côté pour dévisager celui qui lui faisait face. Ce que c'était drôle ! Ichirouta, face cramoisie, yeux baissés, lèvres pincées. On dirait moi quand je suis seul avec Hiroto, se surprit à penser le jeune homme aux cheveux verts. Il se sentait déconcerté par la situation, ne savait pas quoi répondre. Le garçon aux yeux senois avait réussis à trouver une faille dans la ''technique Fubuki'' et avait emmené Ryuuji au self, particulièrement vide pour un dimanche à 10h (certains déjeunaient, mais 90 % dormaient encore).

Finalement, Ryuuji finit par sourire.

« Ne t'inquiète pas, ce n'est rien … »

Le plus gros mensonge de sa vie.

« Alors, répondit Ichirouta en reprenant un peu d'assurance, si je fais ça … »

Il se rapprocha et passa ses bras autour du cou de son ami au regard sombre pour le serrer doucement contre lui. Ryuuji ne protesta pas et se laissa emporter en fermant les yeux. Il ne savait pas quoi faire, quoi penser, se contentant de laisser son ami enfouir son visage dans son cou.

Ce qu'il se sentait bizarre …


Hiroto était venu dire bonjour à Shirou assez tôt dans la matinée, sachant bien que celui-ci se levait toujours de bonne heure, et il étaient restés discuter un long moment. L'attaquant de Génésis cherchant surtout à entendre une chose …

« Oui … Oui ! J'aime Ichirouta ! »

Il avait sourit en voyant Shirou rougir d'une façon improbable, lui qui était si souvent placide.

Mais, après ça, il ne dirent plus rien. Hiroto était assis par terre, appuyé contre l'unique lit de la chambre, sur lequel Shirou était. Celui-ci avait le coude contre le rebord de sa fenêtre, et regardait de haut la vaste cour du pensionnat. Il plissa les yeux en reconnaissant deux silhouettes, assises l'une à côté de l'autre sur un banc. Il réfléchit quelques secondes, puis se jeta sur le ventre dans la largeur de son lit, de sorte à mettre sa tête à côté de celle de Hiroto.

« Dis-moi, Hiroto-chan, commença-t-il en tirant légèrement sur les ''oreilles de chat'' de l'intéressé, et si on sortait ensemble ? »

Celui à qui la question était adressée exécuta soudainement un demi-tour maladroit sur ses fesses, pour se retrouver face à Shirou, qui regardait, perplexe, les quelques cheveux rouges restés dans ses mains.

« Shirou, tu as de la fièvre ?

- Non, je me sens très bien. Ce que je voulais dire, c'est ''faisons semblant de sortir ensemble''. »

Il appuya son idée d'un sourire forcé.

« Comme ça, continua-t-il, on peux rendre jaloux le petit Midorikawa, et peut être Ichi-chan aussi. Tu récupère ton bien-aimé, et tu le garde ! J'aurais le champ libre …

- C'est immoral !

- Oh ! Le capitaine de Génésis me parle d'immoralité !

- Pour eux, je veux dire … »

Mais Shirou ne l'avait pas entendu. Il avait soudainement froncé les sourcils. Et, sans prévenir, agrippa le tee-shirt de Hiroto pour attirer ses lèvres contre les siennes.

« Fubuki, tu es levé ? » hasarda Ichirouta en passant la tête par l'ouverture de la porte.