II

Plus jamais ça

Note de l'auteur : Chapitre 2, comme promis, teinté d'angoisse. Bonne lecture et merci pour vos commentaires.


Nous étions de retour à bord de l'Enterprise. Après un scan complet de la planète, nous n'étions pas plus avancés. Toujours aucune trace de Johnson ou du reste des habitants. Ils avaient pourtant bien disparu quelque part. La pensée qu'ils étaient simplement morts m'insupportait. Il y avait forcément une chose qui nous échappait. Le brouillard étrange n'avait pas refait son apparition. Spock soupçonnait qu'il lui fallait un être vivant à attaquer et que, par conséquent, nous devions trouver un moyen de l'appâter. Bones avait pensé faire de l'humour, pour détendre l'atmosphère à couper au couteau, en proposant d'envoyer mon petit Léonard. Je l'avais fait taire d'un regard, n'étant pas d'humeur à plaisanter. Il était hors de question de sacrifier qui ou quoi que ce soit. Nous étions donc dans une impasse, sans d'autre solution, même si personne ne le formula à voix haute, que de redescendre et de voir ce qui se passerait.

Spock semblait étrange, alors que nous étions sur la passerelle. Perdu dans d'obscures pensées, auxquelles il ne m'accorda pas l'accès, puis se leva soudainement, visiblement prit d'une idée.

« Capitaine. Je demande la permission exceptionnelle de me retirer dans mes quartiers durant mes heures de service, pour accomplir des recherches qui confirmeraient une théorie. » Dit-il, très sérieusement.

« Ne pouvez-vous pas le faire de votre poste ? » Demandai-je, perplexe.

« Négatif. Les informations dont j'ai besoin sont sur mon ordinateur personnel. »

« Vous ne voulez pas m'en dire plus, n'est-ce pas ? Très bien, allez-y. Mais je veux un compte rendu dans deux heures, à la fin de notre quart. » Lui accordai-je finalement.

« Merci, Capitaine. » Répondit-il simplement, avant de disparaître dans le turbolift.

Les 120 minutes restantes passèrent rapidement et nous n'avions toujours aucun plan. La résolution d'y aller moi-même m'avait traversé l'esprit, mais ni mon compagnon, ni Bones, ne m'auraient laissé approcher le téléporteur. Et Dieu savait qu'ils étaient capables de me démettre de mes fonctions pour cela. Je pris donc la direction des quartiers de Spock, étonné qu'il ne m'ait pas encore rejoint pour me faire son rapport, pour enfin savoir ce qu'il pensait avoir découvert. En chemin, un léger malaise me prit, mon estomac se contracta, un vertige brouilla ma vue quelques secondes. Je tentai de le chasser en inspirant profondément, sans grand succès. Arrivé à destination, je sonnai, mais personne ne vint m'ouvrir. Je déverrouillai donc moi-même la porte, pour trouver la pièce vide. En examinant plus avant son bureau, pour peut-être trouver une explication à son absence sur l'écran de son ordinateur, je remarquai un PADD posé bien en évidence. Il était ouvert sur une page de traitement de texte, où une courte phrase occupait l'espace. Mon communicateur sonna à ma ceinture au moment où je me penchai pour pouvoir lire le texte. Mes yeux décryptèrent les deux mots, alors que la voix inquiète de McCoy m'informait que Kyle avait été retrouvé inconscient dans la salle de téléportation.

« Pardonne-moi. »

Les lettres noires, sur leur fond blanc, s'insinuèrent dans mon cerveau et répandirent leur poison dans mes veines. Mes poumons se vidèrent, alors qu'un accès de panique, impossible à maîtriser, me donna l'impression que mon cœur allait éclater. Sans y réfléchir, je me retrouvai à courir dans les couloirs, incapable de m'arrêter ou de former une pensée cohérente. Une unique phrase se répéta en boucle dans ma tête, encore et encore, me dictant ma conduite déraisonnée.

« Spock est descendu seul. »

Il me fallut de longues minutes pour parcourir la distance qui me séparait de la salle de téléportation. L'angoisse au ventre, je tournai au dernier angle, mon objectif enfin en vue, pour brusquement revenir en arrière et me camoufler derrière le mur. Bones m'attendait de pied ferme devant la porte. Kyle avait dû revenir à lui et raconter que Spock était son agresseur. Léonard était vraiment trop intelligent et me connaissait infiniment bien. Il fallait que je trouve une parade. Mon phaser me fit de l'œil, mais c'est finalement mon communicateur qui remporta la partie. Je reculai un peu plus, pour être hors de portée de voix, avant d'appeler.

« Bones. »

« Où es-tu Jim ? » Demanda-t-il immédiatement.

« Je t'appelle de l'infirmerie. Pourquoi n'y es-tu pas ? » Improvisai-je, en espérant qu'il goberait un bobard aussi gros.

« Je voulais vérifier quelque chose. J'arrive. »

« Je t'attends. Kirk, terminé. »

Après une longue minute, pour être sûr qu'il était parti, je me précipitai sur la porte, puis la refermai derrière moi. Après avoir programmé les dernières coordonnées en date, je montai sur un plot. Au moment où les murs de l'Enterprise commencèrent à disparaître, McCoy entra en catastrophe. Il avait dû sentir venir l'arnaque, mais il était trop tard.

À peine matérialisé dans une rue, j'arrachai ma puce GPS de mon uniforme et l'écrasai sous mon talon, puis fis de même avec mon communicateur. Une fois les seuls appareils qui pouvaient permettre de me repérer hors-service, je m'éloignai au pas de course de ma position et m'engouffrai dans une ruelle. Ils me trouveraient sûrement avec les radars, mais cela me laissait un peu de temps pour chercher Spock. Les bâtiments se succédèrent, tous désespérément vides, tandis que je courais en hurlant son nom, jusqu'à trébucher et m'effondrer, hors d'haleine. Notre lien était toujours présent, mais amoindrit, comme s'il était à des années-lumière de moi et cela m'empêcha de réfléchir clairement. Une douleur sourde et diffuse s'empara de tout mon corps. Des larmes inondèrent mes joues sans que je puisse les retenir. À genoux à même le sol, je relevai la tête dans l'espoir vain d'arriver à reprendre mon souffle. C'est là que le brouillard se leva. Je n'essayai même pas de me lever pour lui échapper et fermai simplement mes yeux. Où Spock était, j'irai aussi. La brume m'engloutit.

Ce qui me surprit immédiatement, fut le changement brutal de température. Un froid mordant me fit frissonner, alors que je trouvais le courage d'ouvrir mes paupières pour enfin prendre connaissance des lieux. À première vue, le paysage n'avait pas changé. Mais, les couleurs semblaient plus ternes, sans vie. C'était comme regarder à travers un filtre. Notre lien, en revanche, retrouva sa force habituelle, me permettant de respirer de nouveau plus librement. J'étais donc au bon endroit. Restait à savoir où, exactement. Je me relevai rapidement, en essuyant mon visage du revers de ma manche, puis me mis en route en appelant mon compagnon par la pensée. Cela porterait beaucoup plus loin que ma voix. Sa présence rassurante envahit mon esprit, alors qu'il me répondait.

« Que fais-tu ici ? » Osa-t-il demander.

« Je te retourne la question ! Qu'est-ce qui t'a pris ? As-tu la moindre idée de ce que j'ai ressenti ? »

« Pardonne-moi. » Répéta-t-il tout haut, en sortant d'une rue pour me rejoindre. « C'était la seule chose à faire. Je sais que cela t'as traversé l'esprit. Je ne voulais pas que tu… »

La gifle partit sans prévenir, alors qu'il arrivait à ma portée. Il sourcilla à peine, alors que j'y avais mis toute ma peur et toute ma rage, mais le message était clair : « plus jamais ça. » Il posa une main sur sa joue, choqué, et j'écrasai ma bouche sur la sienne sans pourvoir m'en empêcher. Mes mains empoignèrent le col de son uniforme, tandis que les siennes se glissaient dans mes cheveux. Il m'embrassa avec passion, et ma rancœur fondit comme neige au soleil sous la douceur de ses lèvres. Une larme de soulagement coula lentement sur ma pommette. Il l'effaça délicatement du pouce et mon cœur consentit enfin à retrouver un rythme normal, alors qu'il me relâchait doucement. Je pus de nouveau réfléchir correctement. Nous devions trouver un plan.

Nous marchions hâtivement, tout en discutant de la marche à suivre, quand la nuit tomba soudainement. Il nous parut étrange, en premier lieu, de ne croiser personne, puis l'air se fit plus lourd, sans pour autant se réchauffer. Une sueur aigre coulait de mon front et dans mon dos. Une silhouette massive, mais clairement humanoïde, se dessina dans l'obscurité, à une cinquantaine de mètres devant nous. Ma joie d'enfin voir un autre être vivant fut très rapidement étouffée par un intense pressentiment qui me fit m'immobiliser. Spock était dans le même état, tous ses sens en alerte. L'homme se mit alors en mouvement, s'avança vers nous d'une démarche lancinante, presque reptilienne. Ma première impulsion fut de pointer mon phaser sur lui. Mais, quand mon tir resta sans effet, mon deuxième instinct fut de fuir et je ne pus m'empêcher de le suivre. Nous nous précipitâmes dans une perpendiculaire. Immédiatement, l'inconnu nous imita. Spock, seul, aurait pu certainement le distancer, mais je le ralentissais et notre poursuivant gagna du terrain. Nous tournâmes plusieurs fois, à gauche comme à droite, dans l'espoir de le semer et gagnâmes suffisamment de terrain pour pouvoir nous cacher dans une ruelle qui s'avéra être une impasse. Nous étions coincés. Une porte, que je n'avais pas remarquée, s'ouvrit alors brusquement, me faisant sursauter.

« Par ici ! Vite ! » Nous apostropha une femme, dans l'encadrement.

Sans plus réfléchir, nous la suivîmes à l'intérieur. Elle referma à clé derrière nous et entrava l'entrée d'une barre de fer, en plus du verrou. Ses précautions n'avaient rien de rassurant. Elle nous fit signe de nous taire, alors que les questions fusaient déjà sur mes lèvres. Nous gardâmes donc le silence, en nous laissant guider dans un étroit couloir mal éclairé. Elle nous mena ensuite à l'étage, par un escalier tout aussi lugubre. Au souvenir de la dernière fois que j'en avais gravis un, mon mollet me tira légèrement. Arrivé au troisième niveau, elle bifurqua à droite et nous invita à entrer dans une grande pièce meublée de trois simples matelas à même le sol, d'une table et cinq chaises, chacune occupée. Parmi ces personnes, se trouvait Johnson. En chair et en os, bien vivant. Il s'élança à notre rencontre et même s'il se reprit au dernier moment, je pourrais jurer qu'il comptait me prendre dans ses bras sous l'effet du soulagement. Il nous regarda, quelque peu gêné, mais souriant.

« J'avais presque perdu l'espoir de vous revoir, Capitaine. » Avoua-t-il.

« Nous n'avons pas cessé de vous chercher. » Répondis-je.

Il en était visiblement reconnaissant.

« Que s'est-il passé ici ? » Demanda Spock, à personne en particulier.

« Un matin, le brouillard a simplement envahi les rues, s'est insinué dans nos maisons, nous engloutissant. Quelques secondes après, nous étions tous là. Nous n'avons toujours pas compris l'origine du phénomène. Seulement qu'il y a des règles à suivre, si vous tenez à rester en vie. » Nous expliqua la jeune femme qui nous avait secourus.

« Quelles sont-elles ? »

« Ne jamais sortir la nuit. La chose qui vous poursuivait n'est pas la seule menace qui vous attend dehors. Certains d'entre nous sont morts, le premier soir. Depuis, nous nous barricadons jusqu'au lever du jour. Malgré tout, cela ne veut pas dire que l'on peut se promener tranquillement la journée. Il y a d'autres dangers. Les rues n'en font qu'à leur tête, elles sont vivantes et changent de configuration dès que nous avons le dos tourné. Il est donc très facile de se perdre ou de se retrouver bloqué. Le cycle diurne ne dure que huit heures sur Génnisi, ce qui laisse peu de temps pour trouver un refuge, le cas échéant. Nous organisons donc régulièrement des expéditions groupées, pour aller chercher des vivres. Nous sommes extrêmement prudents quand nous sortons. » Nous apprit-elle.

« Quel est votre nom ? » L'interrogeai-je.

« Florence. Et vous ? »

« Jim. Et voici Spock. » Nous présentai-je.

« Vous êtes Vulcain. » Dit-elle, visiblement enchantée, en s'adressant à mon compagnon.

« Effectivement. » Confirma-t-il.

« Je suis fascinée par votre peuple. Bienvenue à vous deux, en tout cas. »

Une pointe de jalousie mal placée me fit tiquer, mais je me contentai d'acquiescer poliment, nous étions coincés ici pour une durée indéterminée, autant faire en sorte de nous entendre avec tout le monde.