Chapitre 2
Le trajet se déroula sans encombre malgré les remarques constantes de Lisbon sur la sécurité, auxquelles Jane répondait invariablement par un grand sourire, tout en continuant à n'en faire qu'à sa tête.
Ils arrivèrent sur la scène du crime bien après Cho Rigsby et Van Pelt qui leur lancèrent un regard étonné.
« - Plus tard, répliqua Lisbon. Donnez moi votre compte-rendu.
- Ok boss, le nom du jeune homme est Benjamin Vaughn, il a 18 ans, blanc, des traces de coups au visage et un bras cassé. Les coups ont été donné avant le coup de pistolet qui lui a été fatal. La mort remonte à 24h environ, le corps a du être déposé ici pendant la nuit, c'est une petite route sans beaucoup de passage, le meurtrier était tranquille.
- C'est joli ici, dit soudain Jane, je reviendrais bien pour me promener.
Vous promener? lui répondit sa supérieur d'un ton incrédule
Oui Lisbon, vous savez la randonnée, le temps libre, les petits oiseaux. Des concepts qui vont sont étrangers non?
Lisbon ne releva pas mais elle eu un sourire amusé en imaginant son consultant en sueur, jogging et basket, c'était tellement à l'opposé de ce qu'elle connaissait!
- Au lien de dire des bêtises, allez donc plutôt observer le corps, rendez-vous utile! »
Ils approchèrent tous du talus où était allongé le jeune homme, son bras formant un angle étrange avec le reste de son corps. Jane commença à tourner autour comme à son habitude. Il renifla les doigts, puis les cheveux et enfin souleva les lèvres avec une brindille pour voir les dents.
« - C'est bon dit-il au bout de trois minutes, on peut y aller.
Bon, Rigsby, Cho et Van Pelt, allez au village pour essayer d'en apprendre un peu plus sur ce jeune homme. On se rejoint tous à Sacramento. Essayez aussi de récupérer les empreintes balistiques et autres. Jane et moi allons interroger le père de la victime.
La maison des Vaughn était une grande demeure tape à l'œil et c'est un domestique en livrée qui leur ouvrit. En attendant le maître de maison, le consultant farfouillait de ci de là pour le plus grand désespoir de Lisbon.
« Mais enfin, Jane, tenez-vous tranquille nom d'un petit bonhomme, gémit la jeune femme.
Cela m'étonne toujours de vous entendre utiliser des expressions aussi vieillottes, vous qui êtes une femme si moderne, d'où les tenez-vous?
Lisbon s'était arrêtée net dans son mouvement, la bouche entrouverte. Elle la referma brusquement
De ma grand-mère » répondit t-elle d'un ton abrupt.
La question l'avait tellement surprise qu'elle n'avait même pas pensé à se mettre en colère.
Hmmm répondit Jane d'un air distrait tout en caressant du bout des doigts un tableau qui devait sans doute couter une petit fortune.
JANE CA SUFFIT se hérissa Lisbon en le voyant faire. Cela l'agaçait de s'être confiée à lui sans s'en rendre compte, il avait toujours l'art de lui tirer les vers du nez sans qu'elle puisse résister.
Enfin, Mr Vaughn arriva. Il était grand et carré, vêtu d'un costume noir très bien coupé. Il sera la main aux deux agents et les introduisit au salon. Après les présentations d'usage, il les fit assoir.
Mr Vaughn, nous sommes désolés pour votre perte. Nous ne voulons pas raviver des souvenirs douloureux, mais nous avons besoin que vous nous parliez de votre fils.
Oui, je comprends, Ben était un garçon merveilleux. Après la mort de sa mère, i ans, il s'est jeté à corps perdu dans les études. C'était déjà un garçon brillant à la base, mais avec tout le travail qu'il accumulait il était certain de pouvoir rentrer des les plus prestigieuses universités. D'ailleurs il avait été récemment accepté à Yale et Harvard.
Cela n'avait bien entendu rien à voir avec votre fortune? Glissa malicieusement le consultant à ce moment là
Je vous demande pardon?
Rien, rien, il n'a rien dit, oubliez le. Rattrapa Lisbon en jetant un regard furieux à Jane.
Comme je vous le disait, c'était un excellent élève, et aussi un excellent camarade. Tout le monde l'adorait au lycée. Il était très populaire auprès des filles mais aussi des élèves du groupe de mathématiques et d'astronomie dont il faisait partie. Ils organisaient souvent des réunions ici pour observer les étoiles grâce à mon télescope.
Votre fils avait-il eu des problèmes récemment? Une dispute avec un proche, un professeur?
Non, tout allait pour le mieux. Bien sur, ses admissions en fac avaient suscité quelques jalousies parmi ses camarades de classe, mais rien de très violent.
Votre fils fumait-il Mr Vaughn? Demanda le blondinet.
N-non...
Ha mais vous avez hésité, il n'est pas utile de nous mentir Monsieur, nous le saurons tout de suite.
Eh bien, il y a quelques mois, j'ai surpris Ben en train de fumer de la marijuana lors d'une soirée ici. Il était avec un ami à lui, Tom Anderson. Je l'ai fortement mis en garde contre cette drogue, et contre ce garçon en particulier.
Pourquoi?
Il me paraissait...bizarre, toujours un peu...fatigué et mollasson, du genre à trop consommer si vous voyez ce que je veux dire... Je ne dis pas qu'un petit peu de temps en temps, pour se relaxer mais... L'homme s'interrompit, l'air gêné d'en avoir trop dit devant la police.
Nous allons interroger ce garçon. Benjamin avait-il une petite amie que nous pourrions contacter?
Oui, il sortait avec une jeune fille nommée Lily Kingsley depuis quelques mois, ils avaient l'air très attachés l'un à l'autre. La pauvre fille doit être dévastée.
Bien, merci Mr Vaughn, ce sera tout pour l'instant. Nous vous demandons de rester à la disposition de la police pour d'éventuelles autres questions.
Tout ce que vous voudrez agent Lisbon. »
« - Comment se fait-il que tous ces parents soient persuadés que leurs enfants sont parfaits à ce point? Ce garçon sentait le cannabis à plein nez quand nous l'avons retrouvé, il ne faut pas être grand sorcier pour deviner qu'il se droguait encore sous le nez de son père.
Les parents sont souvent beaucoup plus indulgents avec les fautes de leurs enfants, qu'avec ceux des autres, dit Lisbon fataliste. Bon, reprenons votre « voiture » et rentrons à Sacramento. J'aimerais ne pas rentrer au milieu de la nuit. »
Il faisait nuit, et l'intérieur de la voiture n'était éclairé qu'occasionnellement par les phares des voitures d'en face.
Jane conduisait prudemment, non pas parce qu'il avait fini par se ranger à l'avis de sa collègue, mais parce que cette dernière justement dormait à côté de lui et il ne voulait pas la réveiller.
Il aimait beaucoup ces petits moments d'intimité volés au CBI. Il savourait la présence de sa chef même quand elle ne disait rien, il se sentait bien avec elle, détendu et accepté. Cela ne lui était pas arrivé depuis...les événements... et c'est pour cela qu'il chérissait leur relation.
La nuit était déjà assez avancée et il sentait ses paupières devenir lourdes. Il avait besoin de compagnie pour se tenir éveillé, et il caressa doucement la joue de Lisbon pour la réveiller.
« - Parlez moi, sinon je vais m'endormir!
- Hmmm, de quoi diable voulez-vous que je vous parle?
Tiens, de votre grand-mère pourquoi pas? »
Elle sentit au ton de sa voix qu'il s'était retenu de poser cette question depuis leur conversation de l'après-midi et cette attention la toucha. Elle se contracta un peu au souvenir de son enfance, mais le ronronnement de la voiture, la chaleur du siège et le sourire encourageant de son collègue eurent raison de son anxiété. Elle se sentait bien, détendue et prête à jouer le jeu des confidences.
« Eh bien, c'est elle qui nous a pratiquement élevée avec mes trois frères. Elle vivait près de chez nous. Après la mort de ma mère, et la descente dans l'enfer de l'alcool de mon père, nous étions très souvent chez elle. C'était une vieille dame adorable, qui nous faisait toujours des biscuit à la cannelle. Sa maison était une malle aux trésors pour les enfants que nous étions, pleine de recoins où se cacher, et d'objets fantastiques. Elle avait gardé tous les objets accumulés tout au long de sa vie, et nous passions des heures à jouer avec. »
Lisbon souriait en évoquant ses souvenirs, les yeux dans le vague, et elle ne vit pas le regard perçant que lui lança Jane. Il était épaté et heureux de ces confidences, jamais encore sa collègue ne lui avait parlé de son enfance comme cela, et telle qu'il la connaissait, elle ne devait pas en avoir parler à beaucoup d'autres personnes. C'était la marque de confiance qu'il attendait depuis si longtemps.
« Nous nous rendions chez elle à chaque fois que mon père partait dans ses beuveries, et elle nous accueillait toujours à bras ouvert. Cela a duré jusqu'à la fin du lycée, et j'ai passé chez elle certains des meilleurs moments de mon existence. Elle était très fière de moi quand je suis entrée à l'école du CBI, mais malheureusement j'avais beaucoup moins de temps pour la voir. »
Un voile de tristesse passa sur son visage.
« Elle est morte i ans...juste après l'affaire McTier qui m'a apporté la renommée. Ses dernières paroles ont été pour me dire qu'elle était fière de moi. »
Jane vit sa collègue tourner son visage vers la vitre et s'essuyer les yeux furtivement. Il lui prit la main délicatement pour la consoler.
Je suis désolé de vous avoir fait pleurer, je ne pensais pas que ce sujet était si sensible pour vous
Ne vous excusez pas, je suis heureuse d'avoir pu parler d'elle avec vous. Même si sa mort me rend encore triste, je ne garde que les bons souvenirs maintenant.
Jane lui sourit, et son sourire s'élargit quand elle entremêla ses doigts dans les siens, et garda sa main près d'elle.
Au loin, les lumières de Sacramento se dessinaient petit à petit, mais pour l'instant ils étaient tous les deux, dans cette voiture, une bulle de douceur et de paix qu'ils voulaient préserver le plus longtemps possible.
