Douloureuse habitude
Tous les soirs les mêmes gestes comme un rite. Les mêmes dialogues comme une longue mélopée. Toujours ces mêmes soirs au fil des semaines, des mois, des années.
Une femme qui marche pied nus dans le sable, une bouteille à la main, la démarche vacillante, la peine de sa vie au cœur. Elle pénètre une maison où une vive lumière luit encore dans la nuit. Un homme travaille. Il tourne la tête vers la femme, la regarde brièvement, soupire d'énervement et détourne la tête.
«Hé oui, Grégory, ce n'est que moi. Tu peux continuer à travailler à tes plans diaboliques… Je ne te demanderais rien.» Elle esquisse un rire.
«Tu as encore bu.» Ce n'est pas une question, ce n'est qu'une simple affirmation, comme tous les soirs.
«Oui, j'ai bu. Mais tu te fiches bien de ce que je fais et avec qui.
Tu n'étais pas seule…
Ce n'est pas parce que tu ne daignes pas me voir que c'est le cas de tout le monde, chéri.»
Il se lève, un sourire mauvais aux lèvres.
«Parce que c'est ma faute si tu n'es qu'une trainée alcoolique?»
La phrase a fait mouche. Le regard bleu se fait humide. Grégory sait de nouveau quels mots vont franchir ces lèvres tremblantes:
«Tu… Tu ne peux pas penser cela. Je… Grégory… Je t'aime…»
Elle n'a pas besoin d'en dire plus, il se détourne d'elle et quitte la pièce.
«Bonne nuit, …chérie.»
