Je sais pas trop ce qui s'est passé... En fait, c'est à partir de ce jour que tout a commencé à se précipiter. De tout façon, je peux m'en prendre qu'à moi même. Foutue curiosité. Foutue envie de tout savoir de la vie des gens, de découvrir le moindre secret.
La jeune femme était finalement arrivée au café Hatake's, en plein centre d'Atlanta. Elle avait pris le petit panneau « close » et le fit pivoter vers la face « open », et en un rien de temps avait déjà attaché son tablier dans sa nuque. Elle remit quelques chaises en place, alluma le grand écran plasma accroché au mur beige pour mettre une chaîne de musique. Elle noua ses longs cheveux roses – qui lui arrivaient à la taille, en un chignon fait à la va-vite pour ne pas qu'ils lui chatouillent le visage ou ne la gênent. Elle se plaça derrière le bar, tout en regardant distraitement ses ongles. Ils étaient très courts, puisqu'elle se les rongeait systématiquement, dès qu'elle était stressée. J'ai tropmangé le pouce. Mauvaise manie. Elle entrouvrit ses lèvres charnues, puis se mit à marmonner des paroles tout en nettoyant quelques verres. C'était les paroles du morceau de rap que diffusait la télévision.
Ses yeux lui grattaient mais elle n'osait pas les frotter. Ses longs et épais cils étaient surplombés d'une habituelle couche de mascara noir. Mais elle n'avait surtout pas envi de risquer d'effacer le trait d'eye liner qu'elle traçait chaque matin, lui donnant un effet cat eyes. Elle cligna plusieurs fois rapidement des yeux, espérant que l'envie de se les gratter lui passerait.
La porte du bar s'ouvrit pour laisser apparaître le premier client de la journée qui fut à nouveau cet homme. Elle se souvenait encore de la première fois qu'elle l'avait vu, elle était vraiment restée sceptique. La seule chose qu'elle pouvait distinguer, c'était la couleur blanche de sa peau ainsi que la noirceur de ses yeux et cheveux.
Mais finalement, elle l'aimait bien, malgré qu'il ne soit pas très bavard. Depuis qu'elle travaillait ici, elle le voyait tous les jours, assis à la même table, dans la même position. Sans perdre un instant, elle se dirigea vers lui pour prendre sa commande, le sourire au lèvre.
« Bonjour, je suppose que vous prendrez la même chose que d'habitude ? »
Il hocha simplement la tête. Elle retourna derrière le comptoir, lui préparant un café tout en fredonnant un air de rock. Un bruit de crissement de chaise sur le parquet attira son attention. Elle tourna vivement la tête, et vit l'homme partir prestement, faisant tomber la chaise où il était assis ainsi qu'un post-it jaune. Elle fronça les sourcils et accourut jusqu'à la table. De nature bienveillante, elle ramassa le morceau de papier et sortit en trombe du café, prête à se lancer à sa poursuite. Mais dès qu'elle eut franchit le pas de la porte, elle fonça dans un torse.
« Hey, quelque chose ne va pas Sakura ? »
C'était la voix de Kakashi, elle l'avait reconnu directement. Elle regarda la rue adjacente. On voyait encore l'homme courir à en perdre haleine. Elle reprit ses esprits en secouant la tête négativement, et retourna dans le bar, suivie de son patron. Après tout, puisque ce mystérieux client revenait tous les jours, elle pourrait bien lui rendre ce fichu papier demain. Elle releva la chaise qu'il avait fait tomber par terre, la replaçant correctement contre la table. Puis il est fou ou quoi ? Il se lève comme ça, tranquille, et se casse vite fait.
Elle avait tenu seulement trente minutes, pas une de plus. Sa curiosité l'avait remporté face à sa raison. Elle déplia avec méfiance le petit bout de papier, son cœur battant la chamade. En réalité, elle s'attendait à découvrir un secret, ou quelque chose de ce genre la. Elle s'imaginait déjà une histoire sanglante, comme dans les séries policières qu'elle regardait. Un truc qui allait changer sa vie. Mais rien. Il y était simplement inscrit un numéro de téléphone. Elle était mi- soulagée, mi- déçue. Mais surtout déçue. Puis elle remarqua ces deux mots, écrit en petit en bas à gauche de la feuille, dans une fine écriture légèrement penchée : « Aide-le. »
Elle déduit rapidement que ce papier n'avait pas été perdu, ni même oublié. Elle en était surement l'unique destinataire. L'adrénaline recommença à monter en elle. Elle le replia précieusement, le mit dans la poche arrière se son jean et reprit son travail, plus tendue qu'à la normal.
Le soir, la première chose qu'elle fit en rentrant chez elle fut de sortir la feuille de sa poche, la tripotant entre ses doigts d'un air nerveux. Toute la journée elle avait résisté à l'envie d'appeler le numéro. Mais, là, elle ne pouvait décidemment plus tenir. Prenant son portable en main, elle resta un instant dubitative. Comment je peux aider quelqu'un que je ne connais même pas ? L'autre mec là, il m'a pris pour une psychologue ou quoi ?
A chaque fois qu'elle cédait à sa curiosité, elle le regrettait.
Elle retira ses chaussures et son manteau puis se mit à l'aise sur le canapé noir du salon. Elle composa le numéro en posant nonchalamment ses pieds sur la petite table basse. Aller, soyons fous. Elle réfléchit une dernière fois avant d'appuyer sur le bouton vert, le cœur battant plus rapidement qu'à la normal et les mains moites. Elle resta interdite un instant, les battements de son cœur s'accèlerant. La tonalité retentit trois fois avant qu'une voix grave ne la brise.
« Allo ? »
Une voix qui décupla les battements du cœur de la jeune femme. C'était la voix d'un homme. Elle lui donnerait... entre vingt et trente ans. Elle essaya de se concentrer sur le son de sa voix. Elle devait surement le connaître. Malgré le fait qu'il ait une voix suave et légèrement rauque – ce qu'elle trouvait incroyablement sexy – cela ne lui rappelait personne. Putain, mais je dois surement le connaître ne serait-ce qu'un peu, puis c'qu'on me demande de l'aider ! Mais non, elle n'arrivait pas à savoir à qui appartenait cette voix.
« Allo ? se répéta-t-il.
- Heu... Salut Naruto, hésita-t-elle à dire. »
Elle savait pas pourquoi, mais elle avait tout de suite pensé à ce Naruto.
« Naruto ? C'est pas Naruto. Mais t'es qui toi ?
- Ah, moi ? Je suis... »
Elle s'arrêta un instant. Elle n'allait quand même pas dire son prénom à un inconnu. Depuis qu'elle était arrivée dans ce quartier, Sakura se méfiait de tout. Elle commençait à connaître le mental de toutes ces personnes. Ce mec au bout du fil serait très bien capable de la chercher et de l'égorger seulement parce qu'elle s'était risquée de l'appeler, l'importunant sans le vouloir. Enfin, c'est ce qu'elle supposait, et c'est sans réfléchir plus que ça qu'elle sortit du tac au tac la chose la plus ridicule de sa vie.
« Je m'appelle Rosita, et toi ?
- Rosita ?
- Rosita, affirma-t-elle.
- Et je peux savoir pourquoi tu m'appelles, Rosita, questionna-t-il en insistant sur chaque syllabe de son fauxprénom. »
Elle se figea, s'insultant mentalement. Je suis censée dire quoi là ? « En fait, on se connaît pas, mais j'ai lu sur un papier que je suis supposée t'aider. Alors, raconte moi tes p'tits problèmes mon coco. » Ridicule.
« Je sais pas. Je sais pas pourquoi je t'ai appelé, avoua-t-elle totalement perdue.
- Dis moi, on se connaît ? demanda-t-il après un silence.
- En fait... pas du tout.
- Et comment t'as eu mon numéro ? »
Essaye de pas passer pour une folle.
« Bah, j'ai trouvé ton numéro par terre, sur un papier, dit-elle comme si c'était logique. »
Elle n'avait pas déformé la vérité. Elle avait juste omis de lui raconter les détails.
« D'accord, et toi quand tu trouves un numéro par terre tu l'appelles ? demanda-t-il, moqueur.
- Et bah, en fait...
- Ecoute, je dois te laisser. A bientôt Rosita. »
Elle tiqua. Mais quelle conne, elle n'aurait pas pu trouver plus ridicule comme prénom ? C'était presque une insulte qu'elle se faisait à elle même. Elle soupira un instant, essayant de se calmer. Ça la démangeait atrocement de ne pas savoir à quoi il ressemble. Elle entra le numéro dans les contacts de son portable. On sait jamais, au cas où. Elle s'arrêta un instant ; elle n'avait même pas eu le temps de savoir comment il s'appelait. Alors, après quelques minutes de réflexion, dans la case « prénom », elle inscrivit simplement « Aide-le ».
Elle se releva du canapé et se dirigea vers sa chambre, le regard totalement perdu. Elle enfila sa nuisette improvisée qui était composée d'un large t-shirt, appartenant à son ex ainsi qu'un simple shorty. Elle se posa sur son lit, ferma les yeux, et essaya de ne pas se tracasser pour ce petit post-it qu'elle avait trouvé. Mais c'était peine perdue.
Cette nuit là, elle n'avait dormi que quatre heures avant que son portable ne se mette à sonner. Elle regarda s'afficher le nom de la personne qui s'était risquée de l'appeler si tôt ; Ino. Soupirant, elle porta le combiné à son oreille.
« Allô ?
- Sakura ! Je pensais que t'étais morte ! Ca doit faire bientôt un mois qu'on s'est pas vues.
- Hm, c'est que j'ai pas trop le temps en ce moment, déclara-t-elle en baillant. Mais si tu veux, tu peux passer cet aprèm.
- En fait, je suis déjà devant ton immeuble. Tu pourrais m'ouvrir ? On va dire que la manière dont certaines personnes me regardent n'est pas très rassurante. »
Une porte claqua dans le couloir du bâtiment. Elle soupira, mais se leva tout de même de son lit, poussant la couette par terre. Elle appuya sur le bouton de l'interphone et ouvrir la porte. Une dizaine de seconde plus tard, sa meilleure amie apparut, le sourire aux lèvres, toute excitée, puis elle se mit à l'enlacer.
« Dis donc, tu m'avais caché que tes voisins étaient des purs canons !
- Ino, soupira Sakura.
- Bah quoi ? sourit-elle béatement. »
Elle ne pouvait pas en vouloir à sa meilleure amie, elle avait toujours était comme ça. La première phrase qu'elle lui adressait, avant même de la saluer, concernait les hommes. Ino se retourna, faisant virevolter ses longs et lisses cheveux blonds attachés en une haute queue de cheval, et s'avança vers le salon pour finalement s'asseoir sur un des fauteuils.
La jeune blonde était comme un modèle pour Sakura. Partout où elle allait, elle attirait tous les regards. Elle était vraiment belle. Son visage était semblable à celui d'une poupée ; un fin visage pas trop long, un petit nez - légèrement retroussé, ainsi que de fines lèvres rosées naturellement.
Elle scruta de ses yeux bleus l'appartement de Sakura. Elle allait dire quelque chose quand le portable de Sakura, posé sur la table basse vibra une fois, signe qu'elle venait de recevoir un message. Ino se précipita sur le téléphone pour le déverrouiller et lire le SMS alors que Sakura grognait.
« Ah, tu m'avais pas dit non plus qu'un certain « Aide-le » t'envoyait des messages !
- Hein ? s'étonna-t-elle. Fait voir.
- Il te dit que tu ronfles la nuit.
- Quoi ?! s'exclama-t-elle en prenant son portable des mains de la blonde.
- Hm, je pense que t'as pleins de choses à me raconter, toi ! sourit Ino.
- Mais je te promets, j'le connais même pas ce mec. »
Justement, elle ne le connaissait même pas. C'était bien ça le problème. Comment pouvait-il admettre une telle chose ? Elle hésita un instant puis répondit à son message, essayant de masquer sa panique.
« Comment tu peux savoir ça toi ?»
« Ah, tu admets donc que tu ronfles vraiment ? Les murs sont fins, tu sais. »
Elle cligna plusieurs fois des yeux, relisant le message. Si à ce moment là Ino n'avait pas pris le portable de ses mains, elle aurait surement continué de fixer le petit écran comme une idiote. La blonde lut ce qu'il lui avait répondu, posa le petit appareil sur le canapé et croisa ses bras sur sa poitrine - plutôt généreuse. Sakura comprit sa demande silencieuse et lui expliqua à contre cœur toute l'histoire sous le regard d'Ino qui se faisait de plus en plus étonné au fur et à mesure de son récit.
« Et comme tu le sais, il m'a envoyé un message ce matin.
- ... Franchement ? commença Ino, ça fait flipper, ce mec la qui part du bar en courant comme un fou.
- Ouais mais c'est trop...
- Excitant, la coupa-t-elle, je sais. Mais fait gaffe.
- Je veux juste savoir pourquoi c'est à moi de l'aider. Après, je ne ferai même pas attention à cette histoire plus que ça. »
Evidemment, j'étais même pas capable de faire ça. Même pas capable de ne pas me mêler des affaires des autres.
