Vous vous baladez dans Poudlard quand au détour d'un couloir vous apercevez un chapeau traînant par terre…
Pourquoi : L'idée de ces saynètes m'est inspirée du livre de Vincent Delecroix, Une chaussure sur un toit (chez Gallimard), dans lequel chaque chapitre a pour vocation d'expliquer la présence d'une chaussure sur le toit d'un bâtiment à proximité de la Gare du Nord, à Paris (j'habite à proximité de la Gare du Nord, à Paris). Mes textes ont pour but d'expliquer la présence d'un chapeau de sorcier (sans sorcier en dessous) dans un couloir de Poudlard. Je ne reprends pas l'idée que tous les protagonistes de chacun des chapitres se connaissent (parce qu'habitant les mêmes immeubles en fait) bien que ce soit là un coté des plus intéressant du roman pour la simple raison que je n'ai pu me décider entre l'époque des Maraudeurs et celle d'Harry.
Disclaimer : Les personnages, les lieux, le contexte… Tout ça, c'est pas de moi. C'est triste mais c'est comme ça. Donc, tout le monde le sait, rendons à César blabla, J.K est la reine. Moi, pas de sous. Je ne suis qu'une humble emprunteuse (merci J.K.R !)
Avertissement : Toujours lisible par tous, de 7 à 77 ans.
Epoque : Celle d'Harry.
Chapitre second : Précipitation
Quel temps perdu à traverser le château pour apporter à cet hybride sa potion tue-loup ! Laisser revenir le loup-garou ! Ce vieux gâteux de Dumbledore a vraiment une foi inoxydable en l'espèce humaine… Enfin l'espèce humaine… Je soupire. Je pouvais encore voir la scène se dérouler sous mes yeux sans que je puisse rien y faire.
Severus vous allez être content, le nouveau professeur de défenses contre les forces du mal est l'un de vos anciens condisciples.
Un ancien condisciple ? Professeur contre les forces du mal ? Mais la quasi-totalité de ses condisciples étaient devenus des Mangemorts. Dumbledore n'avait quand même pas fait ça ? Naïf, oui mais pas idiot.
Qu'entendez-vous par "ancien condisciple", Albus ? Avais-je demandé avec, il faut l'avouer, une pointe d'appréhension.
Un camarade d'école Severus, un camarade d'école.
Je sais ce que veux dire condisciple Monsieur le Directeur. (Imaginer là mon air froid et condescendant.) Dumbledore m'avait fixé par-dessus ses lunettes en demi-lune. Tss arriverai-je un jour à clouer le bec de ce vieil utopiste ? Bien, donc un camarde d'école. Qui ?
Remus Lupin, vous devez vous souvenir de lui, il était à Gryffondor.
Evidemment que je me souvenais ! Je crois que je perdis contenance quelques courts instant avant de retrouver mon habituel masque d'impassibilité.
Monsieur le Directeur, vous vous souvenez des amis de Remus Lupin, n'est-ce pas ? Avais-je demandé suspicieusement.
Je ne suis pas encore sénile, mon cher Severus, je me rappelle parfaitement qui étaient les amis de Monsieur Lupin. Pourquoi ?
"Pourquoi ?" ! Et on le disait "plus grand sorcier du monde". J'avais, ce me semble, jeté un regard… torve à mon employeur. Monsieur, vous savez la menace qui pèse en ce moment sur le jeune… sur les jeunes élèves de Poudlard ?
Severus, venez-en au fait, je vous prie.
C'est pas vrai. Ce qu'il peut être insupportable parfois. Albus, pensez à ce qu'il est ! Black est tout ce qui reste de sa scolarité et il a trahi ! Ne pouvez-vous donc pas imaginer que Lupin se tourne vers lui et ainsi à son tour vers… les forces du mal ?
Je ne crois pas que Monsieur Lupin trahirait la confiance que j'ai en lui, voyez-vous, mon cher Severus, Remus est un homme…
Un traître insoupçonnable aux cotés des Potter, est-ce si difficile d'en imaginer un second ?
Ca suffit Severus, je comprends vos griefs mais je pensais qu'avec le temps vous auriez pardonné.
La conversation s'était arrêtée là. Vous avez tort Severus, et j'ai raison. Comme toujours. Et voilà que Black s'introduisait dans le château ! Profitait de l'imbécillité congénitale de Londubat (quoique, je dois bien l'admettre si les gènes étaient entrés en ligne de compte, le jeune Londubat aurait été foutrement plus malin ; que je sache, ses Gryffondor de parents l'avaient conçu avant de devenir des légumes !) et terrorisait un Weasley. Dommage qu'il ne nous ait pas fait une crise cardiaque celui-là. Un rouquin en moins, c'est une bénédiction pour Poudlard et somme toute une bouche de moins à nourrir pour ces gueux. Que la fille Weasley ait survécu l'année dernière, passe encore, c'est de loin la plus maligne de toute la famille, et ce n'est pas peu dire, mais ce grand crétin de Ronald Bilius Weasley... Et maintenant tout Poudlard était aux aguets et impossible de faire une nuit complète ! Faire des rondes ! Comme si Black, je parle de Sirius Black ! qui d'autre connaît mieux le château que Black ? Comme si Black allait se laisser prendre par l'organisation de rondes dans le château. Ridicule !
Quatre fois dans l'année j'ai réitéré mes avertissements à Dumbledore. Quatre fois ce n'est pas parce que Monsieur Lupin a été mordu par un loup-garou dans son enfance que son âme est devenue mauvaise, Severus. Peut-être parce que l'un de ses meilleurs amis a tué les deux autres, alors ? Bon Black est quand même un Gryffondor benêt comme tous les autres. Il évitera les rondes, certes, mais comment diable a-t-il passé les détraqueurs ? Deux fois ! Pour sortir, et pour entrer. Respectivement d'Azkaban et à Poudlard ! Et dire que ce château délabré est censé être l'endroit le plus sûr au monde… Merlin ce que ce bureau est loin des cachots ! Tout ce chemin pour apporter le fruit d'heures de travail acharné et ce loup-garou qui avale ça avec une grimace de dégoût comme si c'était de la bile d'hippogriffe ! Il pourrait tout de même se rendre compte ! J'y passe un temps fou, moi à cette potion, tous les mois ! Parce qu'en plus elle ne se conserve pas. Le monstre pourrait retourner dans sa cabane moisie y pousser ces cris comme il y a vingt ans, qu'est-ce que ça changerait ? La Cabane Hurlante… Black en connaît l'existence, peut-être se cache-t-il là-bas ? Non. Il n'est quand même pas si bête. On est au moins dix ici à connaître cette cachette. Tiens voilà l'insupportable folle de Trelawney. Elle me regarde avec des yeux mouillés, l'air effrayé. Je lui jette mon regard le plus noir et je vois avec grand plaisir son visage se décomposer. Elle presse le pas pour me dépasser au plus vite. Dire qu'elle a fait des prédictions avérées. Si seulement elle l'apprenait, on ne pourrait plus la tenir.
Un groupe de Poufsouffle de deuxième année me regarde avancer vers eux avec appréhension. Je leur aboie de filer à leur salle commune avant que le couvre-feu ne soit dépassé. Les petits morveux filent sans demander leur reste. Les Poufsouffle sont vraiment une aberration de la nature. Les Serdaigle sont intelligents et travailleurs pour la plupart. Ils sont ambitieux et ont une pensée construite. Les Gryffondor sont en majorité des imbéciles finis mais on peut au moins leur concéder une certaine bravoure –que j'appelle témérité mal placée mais enfin— mais surtout ces têtes brûlées ont un avantage : réagissant toujours au quart de tour, ce sont de parfaites têtes de Cracmol, un bon défouloir devant lequel il suffit de prononcer le mot "sang-de-bourbe" pour avoir une réaction immédiate. Et puis on ne peut pas nier qu'avec Serpentard, c'est la maison qui fournit les sorciers les plus puissants. Mais les Poufsouffle. Pas plus malins que les autres, pas plus travailleurs, pas plus courageux, juste fidèles. Des suiveurs. J'adore voir la terreur dans les yeux des plus jeunes. On ne peut même pas en faire des bons Mangemorts ou de bons aurors, trop pleutres, trop médiocres.
En sens inverse marche une bande de Gryffondor qui s'empresse de me dépasser. Tous sont presque amoureux de leur Potter chéri. Et dire que tout ce dispositif est mis en place pour sauver sa tête. De la folie meurtrière de… son parrain. Quelle douce ironie. Dire qu'il me faut protéger la progéniture de mon pire ennemi de ce qu'il avait cru être son meilleur ami. Quel manque de discernement. Comment diable Black a-t-il pu changer de camp ? Qui donc aurait parié là-dessus ? Laissez-moi rire. Il y a vingt ans, quiconque aurait affirmé que Potter mourrait de la trahison de Black se serait retrouvé à Sainte-Mangouste, au service des grands décérébrés. Et maintenant, Potter, l'enfant chéri de la communauté sorcière, le survivant, est l'objet de toutes les inquiétudes parce que son imbécile de père a été infoutu de bien choisir ses amis. Mais ce jeune arrogant de Potter junior ne se rend pas compte de tous les efforts déployés pour sa sécurité ! Il continue à vadrouiller, insouciant, dans les couloirs et à rejoindre ses amis à Pré-au-Lard sous une cape d'invisibilité puisqu'il n'avait pas reçu l'autorisation de sortir. Ignorant de l'inquiétude que ressentent pour sa pauvre tête tout le personnel enseignant et toute la communauté sorcière, il joue les jeunes premiers ; insolent et orgueilleux comme l'avait été son père vingt ans avant lui. Oh oui ! Harry est bel et bien le fils de son prétentieux de père. Harry James Potter est certainement Harry JAMES Potter.
Enfin, le couloir de DCFM. Le bureau se trouve au bout. Tout de même, ce flemmard de Lupin pourrait se déranger un peu au lieu de me laisser traverser la moitié du château à chaque fois. Quand je pense qu'avant de savoir ce qu'il était je pensais qu'il était encore le plus normal de sa bande. Normal ! On peut utiliser un tas d'adjectifs pour qualifier Remus Lupin ; monstrueux, contre nature, effrayant, immonde, méprisable et bien d'autres encore. Mais normal n'en fait définitivement pas partie. Bon, me voilà arrivé devant la porte. Elle est entr'ouverte mais je suis quelqu'un de bien élevé. Une petite seconde pour me composer un visage. Comme d'habitude, froid et méprisant. Je frappe légèrement à la porte. Cette chose, avec ses sens ultra développés devrait entendre sans trop de problème. Mais pas de réponse. C'est pas vrai qu'il n'a même pas su tirer parti des quelques avantages à être un loup-garou. Je lève le poing à nouveau et, de façon un peu plus énergique, toque une seconde fois. Toujours pas de réaction à l'intérieur. Je me décide donc à pousser la porte.
"Eh, Lupin en plus d'être inhumain, tu es sourd ou quoi ?" Je n'ai pas pu me détacher du tutoiement qu'on utilisait quand on était élèves. Et puis si je me mettais à le voussoyer, on pourrait prendre ça pour du respect. Manquerait plus que ça. Je lève les yeux vers le bureau. Mais personne n'est assis derrière. D'un coup d'œil rapide, je m'aperçois que la pièce est complètement vide. Pourtant, il est exactement dix-neuf heures, j'en suis sûr, je ne suis jamais en retard (et jamais en avance). Ce bon à rien aura oublié notre rendez-vous. Je dois pourtant admettre que ce n'est pas son genre. Tant pis, je vais poser ce gobelet sur son bureau et il le prendra en revenant. Un parchemin attire mon attention. Je contourne le bureau et me penche sur le bout de papier. C'est un plan. Un plan de Poudlard. Un bon plan. Non. C'est une carte sacrément précise. Par la barbe de Merlin je ne connais pas ce couloir ! Ni cette salle, là.
Je l'emmène, tout en continuant à l'étudier, je sors et m'engage dans le passage secret qui me mènera directement dans le couloir des enchantements, direction salle des profs. Et qu'est-ce que c'est que ces points qui bougent ? Je fronce les sourcils. Enfin, l'un des points s'éloigne des autres et je vois un petit bandeau en dessous avec… le nom du point ! Cette carte est dotée d'un sort de traçage sur quiconque est dans l'enceinte de Poudlard ! Oui. Effectivement, je me trouve, là, près du bureau de Lupin. D'ailleurs où est-il ? Il me faut quelque temps pour trouver mon "collègue". Il est dans le parc. Il avance à bon train – non en fait il court – et il se dirige vers… le saule cogneur ! Le saule d'où part le passage secret. Et, au bout de celui-là juste avant qu'ils ne sortent du champ de la carte j'aperçois les noms de Potter, Weasley, Granger et… Black ! Et le loup-garou les rejoint. Ça va être un massacre, Lupin n'a pas pris sa potion ! Soudain l'évidence me frappe. J'avais raison. Lupin est dans le coup depuis le début ! Evidemment qu'on ne peut pas faire confiance à un loup-garou ! Et Black va tuer Potter. Merde ! Ce petit con va se faire écharper. Non !
Abandonnant mon air impénétrable je laisse la panique m'envahir. Perdant définitivement toute contenance (et soudain cela m'est étrangement complètement égal) je me mets à courir dans le couloir. N'importe qui pourrait me voir mais qu'importe, le petit con va se faire tuer par Black alors que j'ai réussi à l'arracher des mains même du Lord, collé alors à la tête de cet abruti de Quirell. La carte serrée dans ma main et ma cape flottant derrière moi, claquant contre mes mollets, je cours. Mon chapeau tombe, et je renonce à le ramasser. Je n'ai plus d'air mais j'arrive encore à courir et même à penser. Si j'arrive assez vite je pourrai empêcher le massacre et peut-être même capturer Black vivant. Et Lupin accessoirement. Peu à peu l'idée du sauvetage urgent est remplacée par celle de la médaille de l'ordre de Merlin deuxième classe. (Peut-être même première classe.)Et je me vois, serrant la main de ce crétin de Fudge.
Je traverse le parc au pas de course et arrive hors d'haleine devant le Saule Cogneur. Dire qu'il a été assez bête pour retourner se cacher là-bas. La vue de l'arbre déchaîné réveille en moi une vieille peur. Le souvenir d'une mauvaise, très mauvaise blague. Crétins de Maraudeurs ! Quand je pense que tout le monde les adulait. Un reflet argenté attire mon œil alors que je cherche la perche qu'a dû utiliser le loup pour immobiliser l'arbre. La voilà. Et à coté…une…une cape d'invisibilité. Je le savais ! Sale morveux ! Je me drape dans la cape et attrape le long bout de bois à quelques mètres de celle-ci. Je parviens sans trop de problème à me faufiler dans le tunnel. Une fois à l'intérieur, j'allume ma baguette, et avance à petits pas, fermant mon esprit afin que Lupin ne nous sente pas arriver, moi et mes relents de haine, de vengeance… et de peur. La cape me gêne mais je n'ose pas l'enlever, on ne sait jamais avec eux, j'ai suffisamment subi leur petites blagues pour ne pas les sous-estimer. Enfin, j'aperçois une porte délabrée, à travers et sous laquelle filtrent des rayons lumineux. Je la pousse le plus discrètement possible et me glisse à l'intérieur de la pièce, derrière le panneau. Tous se taisent et se tournent vers l'encadrement vide. Lupin s'avance et jette un œil sur le palier puis hausse les épaules.
Le jeune Weasley, recroquevillé sur le lit défoncé, sa jambe étrangement pliée fait remarquer à voix haute :
"La maison est hantée, tout le monde le sait."
Mais bien sûr.
"Pas du tout" Réplique Lupin, "les hurlements, c'était moi qui les poussais, les nuits de pleine lune" il s'était donc épanché sur sa pitoyable histoire. Lupin continue son explication jusqu'au moment où il arrive au passage où James Potter me sauve la vie, la raison pour laquelle je le hais tant. Comme si avant ça je l'avais adoré ou envié. Certes, il avait des amis et un charisme incroyable et il était un excellent joueur de Quidditch mais c'était surtout un arrogant, une tête brûlée, tellement sûr de lui que ça lui avait simplement valu un aller simple pour le cimetière. Je vois clairement les yeux de Granger s'écarquiller d'horreur en comprenant et elle demande :
"Et c'est pour ça que Rogue vous déteste tant ?" Tout à fait jeune fille, tu as tout compris. "Parce qu'il a cru que vous étiez dans le coup ?" Bien sûr qu'il était dans le coup. Je repousse la porte derrière laquelle j'étais tout en ôtant la cape d'un geste ample et confirme d'une voix froide :
"Exactement"
Soudain tout le monde se tourne vers moi, je fais venir à moi toutes les baguettes de la pièce et quand Black fait mine de se jeter sur moi, je lui plante la mienne entre les deux yeux, trop heureux de lui murmurer : "Donne moi une bonne raison, une seule bonne raison de le faire, Black, et je te tuerai" Et – enfin ! pour la première fois dans sa vie, Black reste tranquille. Alors que j'aurais tellement aimé le tuer de mes mains, il ne me donne aucune occasion de mettre ma menace à exécution. Tant pis, j'ai Lupin et Black à ma merci, il ne manquerait plus que Potter, mais j'ai son fils, j'ai attendu ça toute ma vie. Promptement je ligote le loup, (on ne sait jamais, c'est rapide ces sales hybrides) alors qu'il essaie de me "faire entendre raison". Je fais taire Granger d'une réplique cinglante dont j'ai le secret et m'apprête à faire sortir tout le monde quand cet imbécile de Potter me barre la route en se mettant dans l'encadrement de la porte et en déblatérant des âneries. Et voilà, Black et Lupin les ont ensorcelés, ou bien ils sont assez naïfs et crédules pour croire ce que ces petits malins leur ont dit ? Je dois rester calme. Ils ne connaissent pas Black et Lupin, ils ne savent pas de quoi ils sont capables. Mais Potter insiste et très vite je sors de mes gonds. Comme si la famille Potter ne m'avait encore assez humilié il faut qu'un petit impudent de treize ans se croie capable de vaincre Black simplement dans le but de se faire remarquer. Je ne peux alors m'empêcher de laisser éclater ma rage contre les Black, les Potter et toute leur sale engeance :
" SILENCE ! JE VOUS INTERDIS DE ME PARLER SUR CE TON ! Tel père, tel fils, Potter ! Je viens de vous sauver la mise, vous devriez me remercier à genoux ! Vous auriez été bien avancé s'il vous avez tué ! Vous seriez mort comme votre père, trop arrogant pour croire que vous auriez pu vous tromper sur Black... Et maintenant, écartez-vous Potter, ou bien c'est moi qui vous règle votre compte. DEGAGEZ !"
